dimanche 20 mai 2007

Une croisière mouvementée


De Yann Quéffelec, je n'avais lu que « Les noces barbares », roman couronné par le Prix Goncourt. C'était il y a longtemps et j'avais oublié un peu l'univers particulier de cet auteur. Je comptais lire « Osmose » pour mon challenge lecture 2007 mais comme je ne l'ai point trouvé à la bibliothèque, j'ai tenté l'aventure avec « Happy birthday Sara ».
Sara Johanson embarque en catimini sur le ferry que commanda son père avant d'être dégradé et licencié. Pourquoi et de quoi son père a-t-il été accusé? C'est ce que tente de découvrir la jeune fille le jour de son dix-huitième anniversaire en allant, crânement, se confronter aux démons du passé. Le ferry s'appelle l'Estonia et relie Tallinn à Stockholm. C'est un paquebot moderne sur lequel viennent faire la fête la jeunesse d'Europe de l'Est et du Nord, sur lequel viennent boire les soiffards de tout poil, sur lequel viennent passer une nuit de croisière (s'amuse-t-elle?) les gens aisés en mal de sensations. Un ferry luxueux qui possède ses zones d'ombres et de lumières, comme tous les ferries et les paquebots du monde.
Dès le début, le décor est planté: le mystère, l'automne sur la Baltique, certains membres de l'équipage un tantinet interlopes, les soutes où sont arrimés les camions et les cars, les passerelles des premières classes aux cabines somptueuses. Tout y est pour que la lecteur sente une catastrophe imminente.
Yann Quéffelec s'est approprié un fait divers bouleversant, le naufrage d'un ferry estonien (L'Estonia!) en pleine tempête le 28 septembre 1994, pour écrire une quête initiatique: l'enfance qui sombre dans l'âge adulte au sortir d'épreuves douloureuses. La mer, liquide amiotique cruel et sublime, en est la toile de fond. Cette mer qui ne triche jamais, qui ne se dompte jamais et qui réserve toujours un spectacle inattendu.
Sara est confrontée aux divers trafics dont les grands navires à passagers sont coutumiers: alcools, passagers clandestins et trafic d'enfants alimentant les réseaux pédophiles mais aussi les familles aisées en mal d'enfant. Sara va côtoyer également les militants écologistes à l'écoute de la dégradation de la mer Baltique, vous savez celle qui a servi de dépotoir à la marine soviétique!
Yann Quéffelec sait instaurer une atmosphère sombre et dramatique qui est celle des thrillers, des romans noirs: les scènes dans les soutes, dans les escaliers de secours réservés aux pompiers scandent la montée de la tragédie annoncée. Peu à peu se déchire le voile du renvoi de l'ancien commandant de bord, seul maître à bord après Dieu, qui rebroussa chemin une nuit, sans raison apparente: les trafics humains sont lucratifs dans un monde sans foi ni loi hormis celle du profit et du pouvoir de l'argent. Le commandant déchu devient héroïque et chevaleresque, trahi par tous car il a fait fi de toutes les magouilles pour ne pas plier devant le chantage.
Puis, soudain, la catastrophe est là, palpable: la piscine déborde et l'eau est salée, les coursives lentement se relèvent, les ponts inférieurs se remplissent d'eau, l'étrave plie sous les butoirs des vagues et du vent, l'Estonia devient le Titanic: c'est le moment où l'humanité devient égoïste ou altruiste, où elle s'honore ou se salit.
Quéffelec embarque son lecteur, au fil de chapitres minutant l'approche de l'horreur, dans les méandres de l'illicite, des tromperies (le ferry est-il vraiment apte à affronter les sursauts violents de la Baltique?) et de la misère. Sans avoir l'air d'y toucher, il dresse un portrait peu flatteur de la société moderne occidentale. Dans ce chaos, une jeune fille perdra son innocence et sera intronisée dans le monde des adultes sans perdre sa part d'humanité. Une initiation brutale, noire et violente en un rite de passage éprouvant et douloureux.


Un avis ICI

8 commentaires:

Gambadou a dit…

J'aime beaucoup Yann Queffelec mais je ne connais pas celui là qui a l'air bien. Je viens d'acheter dans une braderie de livre "et la force d'aimer", je commencerai donc par celui là...

Morwenna a dit…

J'essayerai peut-être cet auteur, ton avis donne...envie! ^^
A bientôt

maijo a dit…

Tu sais nous donner envie quand tu parles d'un livre. Je le note sur ma PAL, mais je ne sais pas pour quand...

Anne a dit…

Moi non plus je n'ai jamais lu Y.Queffelec, mais j'ai acheté "Noces barbares" dans une bouquinerie le mois dernier.

anjelica a dit…

Comme toi, je n'ai lu que 'les noces barbares' et cela fait bien longtemps mais j'en garde un souvenir très fort. J'ai un autre de ces romans dans mon challenge et je note celui-çi !

Moustafette a dit…

Bouh, ça me fout la trouille, pas pour moi!

Katell Bouali a dit…

@gambadou: j'attends avec impatience ton avis de lecture sur ce titre que je connais pas!
@morwenna: je suis ravie de te donner l'envie de connaître son univers.
@maijo: merci pour le compliment. Si un jour ce roman te fait de l'oeil, tu passeras un agréable moment de lecture.
@anne: j'avais beaucoup aimé "Les noces barbares", roman qui ne laisse pas indifférent.
@anjelica: je vais aler voir quel est le roman que tu as choisi et le noter.
@moustafette: si tu n'aimes pas les scénarii catastrophes...je comprends que tu veuilles passer ton chemin ;-)

Anjelica a dit…

Je n'ai pas réussi à me laisser embarquer. Je n'ai pas aimé sa manière d'écrire dans ce roman.
Je n'ai pas eu le coup de coeur que j'avais eu il y a quelques années pour 'les noces barbares'.