jeudi 25 janvier 2007

Hymne d'amour à un fleuve


En lisant ce roman, le lecteur plonge dans le quotidien des villageois du nord de l'Inde, avec ses truculences, ses désespoirs, ses traditions.
L'histoire est celle des destins croisés de deux lutteurs, agriculteurs: l'un est propriétaire, issu d'une haute caste, l'autre vit au bord du Gange et puise ses ressources du limon laissé par les crues. Tous les deux se retrouvent injustement en prison, victimes de leur méconnaissance de la loi. Ils sympathisent et vont s'aider mutuellement à leur sortie:le premier, veuf, est secrètement amoureux de sa belle-soeur, elle même jeune veuve, et n'ose avouer à ses parents qu'il ne veut épouser personne d'autre qu'elle. Le second fera tout pour réunir les deux amoureux.
Bhairava Prasâd Gupta fait plusieurs fois allusion à la condition féminine (en particulier la place des veuves) dans la société traditionnelle hindoue des hautes castes: le veuvage est synonyme de sépulture virtuelle au sein de la belle famille (à laquelle la femme mariée appartient définitivement)car la veuve ne peut plus se remarier ....en d'autres temps elle aurait suivi son époux défunt dans le bûcher.
L'auteur aborde, également, un autre aspect de la société hindoue: le rapport particulier que les hindous entretiennent avec le Gange. Au cours de la lecture, on est transporté par le chant sublime louant les beauté du Gange et son caractère sacré. Le Gange est une divinité bienveillante pouvant être courroucée lors des crues. Puis, sous-jacent, émane un chant, profond, encourageant les paysans pauvres à se libérer du joug des grands propriétaires terriens qui exploitent sans vergogne leur misère. On entend les chants pour la dignité et la fierté retrouvées d'une caste méprisée.
Cette dignité ne se conquiert par forcément (nous sommes en Inde) par la non-violence: les coups bas et les coups de bâton volent souvent dans ces campagnes et le lecteur se trouve loin de l'image d'Epinal de l'Inde.
Bhairava Prasâd Gupta, par sa verve et son style, nous donne la sensation d'être dans un film "made in Bollywood": toute la théâtralité hindoue est présente dans son récit pittoresque et émouvant où la piété filiale se dispute aux clichés des amours contrariés et impossibles.
Ce roman est un hymne à la vie et à l'espoir: Le Gange pourvoie aux besoins de ceux qui l'aiment et le respectent...et peut aider deux amoureux, perdus dans les carcans de leur caste, à trouver un chemin de vie.

2 commentaires:

rachel a dit…

ouah j'adore la litterature indienne!

Katell Bouali a dit…

Il y a un autr titre dont j'ai publié le commentaire sur le blog "Compartiment pour dames" qui est très très bien!!