mardi 23 janvier 2007

I have a dream....


Khadra serait-il un adepte de la construction en parenthèse du roman? Comme dans "les sirènes de Bagdad", il y a une ouverture sur un lieu identique à celui de la fermeture. En l'occurrence un attentat en territoire palestinien.
Entre ces deux parenthèses, le récit d'une vie brisée par l'horreur du sang, du secret, du fanatisme.
Le héros, Amine Jaafari, éminent chirurgien à Tel-Aviv, arabe israëlien, issu d'une tribu bédouine. La vie lui a souri malgré sa condition de bédouin et d'arabe en Israël: il a une brillante situation, une sublime jeune femme, des amis, d'importantes relations sociales et professionelles. Puis, un jour, tout s'effondre lorsqu'il apprend que sa femme est la kamikaze qui a ravagé un restaurant bondé! Rien ne l'avait préparé à affronter la part d'ombre de son épouse.
Dans ce deuxième volet de la trilogie consacrée aux relations "autistes" entre l'Occident et le monde Arabe, Khadra met en scène un des aspects le plus terrible du conflit israëlo-palestinien: l'entrée des femmes dans le cercle des martyrs de la Cause. Comment une femme, sensée donner la vie et non la prendre, peut-elle s'engager dans ces actes aveugles?
Lentement, Amine va suivre le parcours de son épouse, Sihem, pour tenter de comprendre ce qui lui a échappé. Lui qui est de ceux qui refusent la violence, l'escalade de la terreur stérile et mortifère, lui qui est "soignant", sauveur de vies et non meurtrier. Il incarne cette espérance de l'intégration au sein d'Israël, terre bénie des monothéismes qui la déchirent sans cesse.
Amine ira au-delà du Mur, cette construction infâme qui rappelle d'autres murs aussi célèbres que peu empreints de dignité humaine. Il regardera en face ces enfants désespérés qui préfèrent mourir plutôt que croupir sans adhérer à leur idéologie. Il se retrouve entre deux mondes qui s'ignorent et qui refusent de communiquer.
Amine Jaafari est une lueur d'espoir, une lueur fragile, ténue qui peut s'éteindre dans un souffle....dans le souffle de poussière levé par le bulldozer israëlien détruisant la maison ancestrale de sa tribu...dans le souffle de poudre et de flamme d'une roquette pulvérisant une voiture.
Le rythme du roman est trépidant, empreint de l'urgence et de l'angoisse d'un pays en proie au terrorisme quotidien. Le lecteur est en apnée sauf en de rares instants, lorsque la poésie, la beauté et l'espoir forment la toile de fond de la rencontre d'Amine, l'arabe israëlien,avec un ascète, image du Juif errant. Un instant que l'on voudrait éternel, autour d'un passage de la Bible (Isaïe 1, 11 et suivants).
"Tout juif de Palestine est un peu arabe et aucun Arabe d'Israël ne peut prétendre na pas être un peu juif."
"...alors pourquoi tant de haine dans une même consanguinité?...C'est parce que nous n'avons pas compris grand-chose aux prophéties ni aux règles élémentaires de la vie."

Que faire?
"D'abord rendre sa liberté au bon Dieu. Depuis le temps qu'il est l'otage de nos bigoteries."
La folie des hommes est toujours sanglante, aveugle et sourde sous toutes les latitudes. Il y aura toujours des hommes pour dire ou écrire "I have a dream...". C'est sous une note mélancolique et poétique que Khadra ferme sa parenthèse:
"On peut tout te prendre; tes biens, tes plus belles années, l'ensemble de tes joies, et l'ensemble de tes mérites, jusqu'à ta dernière chemise-il te restera toujours tes rêves pour réinventer le monde que l'on t'a confisqué."
Puisse un jour le rêve être libéré des carcans de la souffrance et de la haine.
Un roman qui comble le lecteur par son audace, son humanisme et sa générosité. "I have a dream" disait Martin Luther King....J'ai fait aussi un rêve pourrait répondre Khadra.

5 commentaires:

Flo a dit…

Je ne me souvenais plus de la phrase que tu cites en dernier et, en effet, elle est extra ! J'avais beaucoup aimé ce roman et, encore une fois, tu en parles très bien. Tiens, je vais linker ton article à celui que j'avais écrit à l'époque de ma lecture.

Katell Bouali a dit…

Khadra m'a vraiment émue par son écriture et les thèmes, peu faciles car brûlants, qu'il a choisi de traiter.
Je vais me lancer dans la découvertes d'autres de ses romans.
Merci de ton passage.
à bientôt j'espère!

nicolas a dit…

Ce livre est tout simplement génial ! Il amène à une autre reflexion concernant les kamikazes...on apprécie le suspens jusqu'au bout. Merci pour ton excellent commentaire

anjelica a dit…

il est dans mon challenge et maintenant pas ma PAL !

Musky a dit…

Celui-ci aussi, je vais le lire très prochainement, je te dirai ce que j'en ai pensé ;))