jeudi 22 février 2007

Histoire d'une solitude


C'est ce qu'indique le titre "Le livre d'un homme seul". C'est ce qui est poignant dans ce récit.
Xingjian alterne les souvenirs de son passé et son actualité d'homme libre. Va et vient très fort, extrêmement parlant. Il raconte cette Chine de la Révolution de Mao, la Chine de la révolution culturelle, celle qui broie les êtres humains. Ces derniers n'ont qu'une seule alternative : suivre le mouvement pour se sauver ou s'exiler quand ils le peuvent. Malgré la terreur de la dictature, on peut aimer, être aimé mais le prix à payer est toujours très élevé.
Autre moment fort du livre : la rencontre du narrateur avec une allemande, juive par sa mère. Rencontre qui devient symbole : le génocide des intellectuels est mis en parallèle avec celui des juifs. Mao, Hitler, des machines à broyer les âmes ?
Marguerite traîne sa judéité et sa culpabilité d'allemande comme le narrateur traîne sa liberté d'intellectuel chinois apatride... dans la terrible solitude dont personne ne peut les sortir.
La Chine a rendu solitaire les chinois du continent, les a enfermés dans un exil intime et intérieur. Après la Révolution, rien n'est comme avant, ni dehors, ni dedans. La Chine nous apparaît, fascinante malgré tout pour notre regard d'occidental bien à l'abri, comme une machine infernale à broyer, mixer, les idées et les chairs.
Une solution ? La création artistique, l'écriture salvatrice pour le narrateur : pages 237 à 239 d'excellents passages sur la position de l'écrivain par rapport à son personnage. De même qu'au chapitre 24.
La solitude permet sans doute cette capacité à créer. Mais la liberté dans la solitude est difficile à bien vivre

2 commentaires:

florinette a dit…

Très bel article qui donne envie de découvrir cet auteur ! ;-)

Katell Bouali a dit…

Merci florinette:-). Ce livre m'avait enchantée.