jeudi 15 février 2007

Polar social


Le nom de l'auteur me disait quelque chose et comme j'avais envie de lire un polar, il m'est tombé dans les mains à la bibliothèque.
Destins de héros qui semblent n'avoir aucun rapport entre eux mais qui aiguillonnent la curiosité du lecteur.
Au début, la lecture m'a un peu désarçonnée, j'étais perplexe car je ne voyais pas trop où l'auteur voulait en venir. Mon enthousiasme faillit s'enfuir. Mais, peu à peu, je me suis prise au jeu des aller-retours entre les personnages.
Puis j'ai compris ce qui, au départ, me freinait: la dscription sans concession de la misère, des misères de notre société. Je suis de plus en plus convaincue que le roman policier est une photographie très précise d'une société à un moment donné. Il nous renvoie des images que aimerions ne pas voir.
Quel peut être le point commun entre Daniel (le looser xénophobe, pensant que son malheur vient d'une Gauche lâche et des immigrés s'engraissant sur le dos des bons français), Alain (le scénariste en vogue, auteur d'un roman à succès qui lui permit de quitter l'Education Nationale), Bernard, dit Nanard (le roi des clodos, charismatique et étrange, régnant sur une bande de déchus), Jacques, dit Jaquot (standardiste dans un hôpital) et Mathieu, un vieil inconnu atteint d'Alzeimer)? A priori rien, sinon qu'à divers degrés la chance a réservé d'étranges surprises à ces êtres en souffrance. Parfois, cette chance fait une risette pour ensuite disparaître dans un rictus qui transforme la vie en véritable cauchemard.
Thierry Jonquet nous entraîne dans un dédale de misères sociale, affective ou psychologique. Avec en guise d'épices....la canicule de l'été 2003 qui pointa l'incurie des responsables politiques et mis sur le devant de la scène la gestion désastreuse des personnes âgées par notre société individualiste, ne jurant que par la productivité et la rentabilité.
"Mon vieux", un polar social qui fait grincer les dents, qui secoue nos consciences endormies par l'habitude de l'étalage de la misère.
Les invités surprises de l'intrigue: la canicule et la panique hospitalière qui rendront bien des services aux divers protagonistes de l'histoire.
Quand on sait, en plus, que Thierry Jonquet travailla quelques années dans un hôpital gériatrique, on savoure l'ironie mordante de nombreux passages.
Certes, il est peut-être morbide de s'auto-flageller avec son auto-critique mais cependant, lire ce roman noir permet de garder les yeux ouverts devant la réalité du quotidien...ce qui peut aider à ne pas écouter certaines sirènes.

7 commentaires:

Anne a dit…

J'ai aussi travaillé dans un service de gériatrie, et je reste toujours sensible à l'évocation de ces "mouroirs". Je lis peu de polars mais je vais quand même noter ce titre.

Katell Bouali a dit…

Je l'ai pris, par hasard, à la bibliothèque (pendant que mes élèves choisissaient leur livre hebdomadaire) et je n'ai pas été déçue par ce hasard.

Gachucha a dit…

J'aime beaucoup Thierry Jonquet, celui-ci je ne l'ai pas encore lu. Je pense aussi que le roman policier n'est pas un genre mineur, loin s'en faut. Si tu découvres Jonquet avec ce titre, va faire un tour du côté des "Orpailleurs", il reste mon préféré, avec une fin très forte.

Katell Bouali a dit…

Je le note tout de suite...pour mon prochain passage à la médiathèque! Merci pour le conseil!

Camille a dit…

Merci de me faire découvrir cet auteur que je ne connaissais pas du tout! Je suis toujours à la recherche de nouveaux auteurs de polars, et je vais immédiatement ajouter celui-ci à ma LAL!

Saveur(s) a dit…

Chez Thierry Jonquet, il y a deux temps : avant et après Les Orpailleurs. Avant c'est glauquissime, je n'arrive pas à juguler mon imagination comme tu dis et l'envie de vomir est plus grande que tout...
Après Les Orpailleurs, Thierry s'est débarrassé de certains de ses démons et rentre dans une écriture plus ciselée. J'aime tout ce qu'il a écrit "après" sauf dans le domaine politique.
Par ailleurs, il écrit dans le même quartier que Pennac, autant lui avait de la tendresse pour le quartier, autant Thierry est visiblement excédé par la manière dont Belleville évolue. Et la présence du quartier, dans ses derniers livres est tout à fait intéressante !

pom' a dit…

je viens de lire "mygale" de T. jonquet, au depart on est aussi desarconné , on sait pas trop ou on va, mais une fois les pièces du puzzle en place , c'est diaboliquement bien , je vais surement lire d'autres livres de lui, car j'ai adoré dont celui-ci