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vendredi 12 décembre 2008

Aux fils des eaux....

J'avais beaucoup aimé la lecture de "Voyage aux pays du coton" et c'est avec plaisir que j'ai reçu le second opus du Petit précis de mondialisation d'Erik Orsenna consacré, cette fois, à l'eau. L'eau, ce bien si proche, si abondant parfois et tellement convoité, souvent maltraité, toujours au centre de toutes les préoccupations.
"L'avenir de l'eau" est un écrit tout sauf sec et aride: Orsenna sait rendre lisible les exposés les plus indigestes et les plus complexes, rendre fluide l'approche d'une documentation pointue, parfois absconse.
Comme Orsenna, je suis bretonne donc très sensible à l'univers de la mer, cette masse liquide mouvante, changeante, dansante, attirante, enivrante et fascinante. Comme Orsenna, je suis à l'écoute de cet élément, dont nous sommes en très grande partie composés, d'où nous sommes issus, dans lequel nous avons baigné pendant les neuf mois de notre vie intra-utérine, et du fait de mon appartenance à un parti à la couleur verte et des dossiers que je suis dans le cadre de mes fonctions d'élue, la lecture de cet essai ne pouvait que m'intéresser.
L'eau fait partie du paysage breton tout au long des saisons: en crachin qui dure, qui dure, en pluies d'orage, en pluie fine ou en averses ensoleillées. Elle coule au fond de mon jardin, tranquille ou presque tumultueuse selon l'intensité des précipitations, parfois elle transpire de la terre engorgée par la déferlante des nuages gris ou déborde des canalisation pour envahir tout ce qui fait barrage à son élan.
Il est difficile de donner une vue d'ensemble du livre: son foisonnement et sa documentation sont tels que l'on a envie de souligner et de citer de multiples passages.
Erik Orsenna procède de la même façon que son précédent opus consacré au coton (plante par ailleurs grande consommatrice d'eau!!!): il s'est rendu dans différentes régions de globe afin de cerner au mieux les particularismes comme les généralités concernant l'eau. Le tout émaillé de références littéraires: la scène sur le Jourdain est d'une grande intensité.
L'eau est la vie mais aussi la mort: lorsqu'elle charrie trop d'ordures, d'immondices, lorsqu'elle n'est pas assainie avant de desservir les foyers, elle apporte maladies et souffrances; lorsqu'elle devient irrationnelle après une mousson diluvienne ou des fontes de neige énormes, se tranformant alors en rouleau compresseur que rien n'arrête, elle entraîne désolation et scènes de chaos et lorsqu'elle subit de terribles secousses sous-marines, elle devient mur liquide dévastateur! L'eau contient la joie et la malheur dans la moindre de ses gouttes, l'eau terriblement présente ou épouvantablement absente, l'eau, molécules sans lesquelles la vie n'existerait pas. Ce bien, ô combien précieux, ô combien peu respecté parfois et ô combien exploité à outrance, risque de se faire rare, paradoxe pour une planète que l'on appelle aussi la Planète bleue: l'eau douce est en passe de devenir un trésor que l'on défendra bec et ongles...elle cède peu à peu la place à l'eau salée, cette eau qui enfle au fil de la régression de la banquise, cette eau qui monte, monte, lentement mais sûrement, au point que certaines parties du globe n'existeront plus, au point que des hommes deviendront des naufragés climatiques.
Entre l'avancée des déserts et la montée des eaux marines, la recherche mobilise et fait bouillonner nos chercheurs: la déssalinisation peut être une réponse au manque d'eau endémique de certaines régions du globe, coup de frein au développement économique, l'édification d'un mur une étrange réponse indienne au désarroi des hommes du Bengladesh. Seulement, la première provoque des dérèglements au sein des mers (les rejets asphixient et polluent mers et océans, étouffant faune et flore) tandis que le second fait frissonner d'horreur et swinguer le Brahmapoutre, fleuve qui attise convoitises et déverse ses tonnes d'eau sur un pays sombrant peu à peu sous la masse liquide et réduit à l'état d'îles éphémères.
L'eau, ce bien tellement commun et accessible pour nous, est une denrée péniblement lointaine pour un trop grand nombre d'êtres humains: pourquoi existe-t-il tant de disparités et d'inégalités? Pourquoi est-ce si difficile de mettre en place un réseau d'assainissement ou de distribution pour certains pays? Pourquoi tant d'énergies, souvent féminines, perdues dans la recherche et le transport de cet élément vital à la vie mais aussi à la dignité humaine? Comment peut-on laisser, lorsque l'on est dirigeant, ses concitoyens dans une telle incurie? L'eau serait-elle, malgré elle, un moyen de domination sur l'autre? Autant de questions que de situations ubuesques, surréalistes et dramatiques, autant d'interrogations que de main mise sur un bien qui devrait être commun, libre d'accès et pourquoi pas gratuit!
Un bien commun, n'appartenant à personne en particulier et donc appartenant à tous, peut-il être autrement que gratuit? On aimerait bien que ce bien commun soit gratuit, or la facture d'eau semestrielle est loin de l'être! En France, la quasi totalité des collectivités territoriales a délégué ses compétences de gestion à quelques grandes entreprises privées qui se chargent de l'assainissement, du traitement des eaux. Ces derniers ont un coût certain et le développement économique sans prise de conscience environnementale provoque l'augmentation des divers traitements que subit l'eau avant de sortir de nos robinets. Le cycle est titanesque tant sur le plan des produits traitants que sur les infrastructures et on ne peut s'empêcher de tiquer un peu devant le coût lorsque l'on sait que les plus grands consommateurs et "pollueurs" d'eau sont les industriels (chez moi, ce sont les entreprises agro-alimentaires, pourvoyeuses certes d'emplois - mais peu qualifiés et donc rémunérés chichement -) et une certaine agriculture! Depuis quelques années, des collectivités territoriales trouvent des alternatives au prix de l'eau: le retour en régie municipale et/ou communautaire en est une et non des moindres: en effet, passer en régie permet d'économiser 20% à 30% sur la facture car la régie n'a pas d'actionnaires à rémunérer! Avec ces 20% à 30% en plus, une collectivité peut un peu plus respirer et entreprendre des travaux pour l'amélioration de ses réseaux! Donc, si la gratuité de l'eau n'est pas possible, en revanche il n'est pas impossible, loin de là, de permettre une baisse non négligeable de la facture! En tout état de cause, ce type de décision est uniquement politique comme le souligne avec justesse Erik Orsenna.
"L'avenir de l'eau" est un essai dont on sort remué, saisi, émerveillé par les prodiges d'inventivité, de créativité, par les hardiesses et les paris des hommes. C'est un essai qui aborde simplement mais avec rigueur les différents points de vue sur l'eau, son devenir, sa nature et ses utilisations: Erik Orsenna sait également mettre le doigt sur le hiatus, le point de divergence et mettre en lumière la beauté intrinsèque de cet élément basique et essentiel. Après cette lecture, on ne regarde plus le moindre ruisseau ni les plus grands fleuves ou océans de la même manière: nous avons les yeux de Chimène pour ces serpents liquides et ces masses salées qui nous dévoilent leurs forces et leurs faiblesses sous la plume efficace d'Orsenna.
"L'avenir de l'eau" est une ode aux eaux de notre terre mais aussi une ode à la terre, cette terre que l'homme ne peut hélas pas s'empêcher de martyriser: l'eau mal maîtrisée, l'eau détournée, enfermée dans des conduites souterraines, érode les sols, les malmène, les appauvrit et précarise la production agricole, celle qui nourrit les hommes! Orsenna a confiance en l'intelligence des hommes de pouvoir qui ne pourront pas laisser la planète aller droit dans le mur sans réagir....je souhaite de tout coeur que la vie l'emportera sur l'avidité et l'envie d'avoir toujours plus! Au final, l'eau et la terre auront le dernier mot, de cela j'en suis certaine....à nous de faire en sorte que ce dernier mot ne soit pas dévasteur!





Merci à Julia Roubaud de Bonnie & Clyde pour l'envoi de cette belle lecture.




Le site d'Erik Orsenna ICI une interview de lui LA

jeudi 12 juin 2008

Randonnée culturelle


Un homme, professeur d'université, voyage à pieds dans les paysages de la côte est de l'Angleterre. Au gré de ses marches, il chemine dans les oeuvres de Thomas Browne, "la leçon d'anatomie" de Rembrandt et pense au destin de Conrad.
"Les anneaux de Saturne" est une oeuvre non romanesque aux accents de roman: le voyage à pieds frise avec l'épopée et l'aventure commence dès l'entrée dans le dédale des chemins creux anglais perdus au milieu de la lande. Une fois le rythme pris, ce rythme particulier de la marche avec le défilement lent et subtil des paysages parcourus, le lecteur entre avec délice dans le récit de voyage et déambule, doucement ballotté, dans les pensées du voyageur. Les souvenirs de lectures et d'études succèdent à l'observation et au commentaire du tableau de Rembrandt, la fameuse "Leçon d'anatomie", dans lequel le lecteur, passager clandestin, se retrouve intégré. Puis, le cheminement des pensées croise le souvenir des déambulations à travers le monde de Joseph Conrad. Une envie soudaine de prendre un gréement en partance vers l'Afrique, de rencontrer Lord Jim ou d'aller "Au coeur des ténèbres", titille le lecteur gentiment installé dans le sac à dos du narrateur. La magie du récit de voyage opère et très vite la côte est de l'Angleterre devient une terra incognita imprévisible, chatoyante, insolite et extraordinaire. Sebald balade son lecteur entre présent et passé, entre histoire humaine et histoire naturelle et l'amène aux rives du rêve et de la réalité grâce à une plume érudite stimulant la curiosité de ce dernier et l'amenant à poursuivre avidement le cheminement du récit.
"Les anneaux de Saturne" n'est pas seulement un roman et décline plusieurs genres littéraires: journal de voyage, autobiographie, encyclopédie, notes de lecture, essai. Sebald explore le monde que l'homme a construit depuis qu'il existe et que trop souvent il s'applique à détruire ou à oublier.
Sebald a écrit un "Objet à Lire Non Identifiable" (expression extrêment juste et joliment trouvée par un blogger, Emmanuel Gaspard) superbement écrit qui emmène son lecteur dans les entrelacs de la mémoire culturelle et scientifique où parfois il s'égare car ne sachant plus demêler le vrai du fantaisiste. Un livre que l'on ne peut absolument pas résumer et que l'on ne peut que conseiller de lire afin d'en éprouver tout le sel, la beauté poétique et la force narrative. Bref, un petit bijou étonnament et jubilatoirement déconcertant.
Une seule chose m'a gênée au cours de ma lecture: les citations et passages en anglais non traduits (certainement une volonté de Sebald) ce qui m'a frustrée car je ne maîtrise absolument pas la langue de Shakespeare! Mais la langue est tellement belle et bien traduite, la narration tellement prenante que ce léger désagrément n'est que vétille!!!!

Traduit de l'allemand par Bernard Kreiss

samedi 21 avril 2007

Diariste, vous avez dit diariste?


J'ai achevé la lecture de "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" et comme je n'ai pas fini mon commentaire, je n'ai pas voulu laisser une page blanche sur mon blog. Vanitas vanitatis? peut-être, peut-être pas: tout dépend du bout de la lorgnette.

En parcourant les blogs, en relisant le mien, je me suis dit qu'il était bien à propos de parler, un peu, du sujet d'étude de prédilection de l'universitaire Philippe Lejeune: le journal intime et plus précisément l'autobiographie, celle qui s'ignore, celle qui s'accumule au fil des carnets, cahiers, feuillets. En effet, que faisons-nous d'autres, blogueurs, sinon laisser une trace de nos lectures, de nos sorties cinéma, de nos émotions? Peut-être Mr Philippe Lejeune se penchera-t-il un jour sur les blogs? J'ai remis le nez dans d'anciennes notes (je suis une grande conservatrice) et j'ai tenté de rendre lisible celle qui concernait cet essai.

Ayant été une diariste assidue pendant de longues années, j'ai toujours été intéressée par les travaux concernant les journaux intimes.
Je n'ai pas encore lu "Un journal à soi" mais j'ai dévoré "Le moi des demoiselles" édité chez Gallimard, toujours de Philippe Lejeune.
Cet essai m'avait touchée par le fait de constater que l'exercice de la tenue d'un journal intime était fortement conseillé aux jeunes filles de la bonne société. Il servait d'examen de conscience en fin de journée. Le plus incroyable était que ces journaux intimes ne l'étaient pas tant que cela puisque mère et confesseur pouvaient y avoir accès.
Ces journaux intimes sont une mine de renseignements pour les historiens, les sociologues. Ce sont aussi de forminables exercices de style auxquels se sont adonnés (et s'adonnent encore) les grands de ce monde (littéraire, politique...). Une manière de laisser une trace de soi après le passage sur terre ? Un bout d'éternité arraché grâce à l'encre et au papier... besoin qu'a tout un chacun !!!

Pour en savoir plus sur l'autobiographie, les journaux intimes.... cliquez ICI.

dimanche 25 mars 2007

5ème Prix des Lecteurs du Télégramme #1




Erik Orsenna possède un talent certain: rendre simples des notions compliquées, voire complexes.
Après « La grammaire est une chanson douce », « Les chevaliers du subjonctifs », il nous offre « Voyage aux pays du coton »...un voyage tant littéraire qu' « économique » dans le monde de l'économie libérale...une économie libérale vue par le prisme d'un regard de romancier.
Le voyage commence en Afrique, continent de la génèse de l'humanité, au Mali où une entreprise d'état, le CMDT (qui participe à l'alphabétisation des producteurs de coton), centralise les récoltes et permet aux producteurs de vivre du fruit de leur labeur. L'Afrique, où l'attente est reine, où le temps est extensible à l'infini, où les aides routiers décorent leur camion pour tromper ce temps qui s'écoule avec une infinie lenteur....les usines cotonnières ne possèdent pas d'entrepôts pour stocker les balles blanches de coton....Kafka ou Ubu en Afrique? Orsenna nous livre les échos d'une légende Dogon où l'on apprend que « soy » signifie « étoffe » mais aussi « c'est la parole »....quand coton et racines millénaires se mêlent, l'économie sauvage a des accents chantants d'épopée.
J'ai aimé les descriptions des ambassadeurs des Etats-Unis et de France: deux personnages très éloignés l'un de l'autre: l'ambassadrice américaine au leitmotiv de mondialisation économique, l'ambassadeur français à l'esprit empreint des Lumières et sachant regarder autour de lui les beautés botaniques et géologiques du Mali, l'économie sèche et cupide face à la curiosité intellectuelle envers l'autre. Deux visions du monde....on souhaiterait tellement que ce soit la deuxième qui fasse avancer ce monde...
Le voyage se poursuit aux Etats-Unis où les protections douanières sont aussi efficaces qu'invisibles....les producteurs sont subventionnés au plus haut point afin de pouvoir concurrencer allègrement les cotonniers africains. Au pays du libéralisme sauvage, les lobbies sont rois, surtout celui du coton, et les subventions publiques la bouée de sauvetage d'une production qui sinon sombrerait. On voit la paille dans l'oeil du voisin mais surtout pas la poutre que l'on a dans le sien. Une allusion aux recherches scientifiques menées par Monsanto fait frémir...
Ensuite, Orsenna nous emmène au Brésil, le pays où tout est neuf, où tout est à créer, à dompter. Il y a encore des terres à conquérir et à défricher...mais à quel prix! La déforestation de l'Amazonie, l'accaparement des terres agricoles par une poignée d'hommes, et la grande importance des OGM dans le coton!!! Quand on inocule un gènes d'araignée pour obtenir une texture plus fine et plus résistante, quand un laboratoire a l'idée d'introduire un gène de lait (il plaisante mais à peine...) afin d'obtenir une blancheur éclatante, il y a de quoi frémir. Le Brésil, pays du libéralisme triomphant, pays émergent en plein croissance où l'oeil avide des grand groupes repère les « bonnes affaires » possibles.
Puis, le lecteur, étourdi, se retrouve en Egypte, où le coton est une culture millénaire et où pousse le plus beau coton du monde. L'Egypte et ses couleurs, son passé illustre et qui poursuit lentement, mais sûrement, sa route vers l'avenir. L'Egypte qui a une conception familiale de l'économie, qui tisse ses relations économiques entre grandes familles à travers le monde. Une autre conception du monde et de sa marche. Un pays qui a son musée du coton où personne ne se rend et qui est d'une richesse incroyable. La rencontre avec le directeur du musée est belle et émouvante: c'est une rencontre d'hommes empreints d'humanité dans un monde qui en est de plus en plus dépourvu. Le temps s'arrête puis reprend doucement sa course. Le chapitre sur l'Egypte s'achève sur cette note d'éternité du bassin méditerranéen, berceau des échanges commerciaux: « ...notre ville (Alexandrie) a d'abord le génie du commerce. Et pour le vrai commerçant, l'important c'est le commerce, pas ce dont il commerce. Le vrai tissage est le lien qui se développe entre les humains. Comment leur donner tort? », « Il y a tous les métiers dans le coton, de l'agriculture à la finance. Un bon négociant doit tout savoir à tout moment de la Chine et de l'Amérique, de l'Australie et de l'Ouzbékistan. Un bon négociant est à l'écoute permanente de la planète. Et puis le coton aime la paix. Quand le coton va bien, c'est que le monde est calme et digne. »
L'étape suivante du voyage: l'Ouzbékistan. Le coton est le revenu de l'état. L'irrigation fait pousser cet arbuste de blancheur....et fait reculer la Mer d'Aral. La mer blanche supplante l'étendue bleue et perturbe l'écosystème d'une région. La marée ne monte plus, elle est pour toujours à marée basse: pour la mer d'Aral, la montre de la lune s'est arrêtée au nom du coton qui fait exister sur la scène internationale au même titre que le pétrole. L'Ouzbékistan, entre tradition et modernité, terre d'Histoire, terre des Scythes, terre qui abrita les artistes proscrits par Moscou...la laideur recèle parfois d'extraordinaires beautés.
Enfin, la Chine. Qui ne laisse plus le temps au temps: les arbres plantés sont déjà grands le long des boulevards modernes. Les jardins des palais anciens ne sont plus que des pépinières où tout s'accélère. Une poésie s'en va pour une prosaïque vision du monde. Les chaussettes font la fortune de Datang et les malheurs de l'Occident: le capitalisme a des racines millénaires en Chine. Le travail est incessant et culturel: « Pourquoi en France, n'aimez-vous pas les enfants? En France, vous ne travaillez pas assez. Donc vous préparez mal l'avenir de vos enfants. Chaque année, la dette de la France augmente. Seuls ceux qui ne travaillent pas assez s'endettent. Et qui doit rembourser? Les enfants. ». En effet, « que répondre? »!
Ce voyage ne masque pas les duretés de la récolte de ce coton si blanc, si doux: il coupe, lacère les mains des récoltants, il mène la vie dure à ceux qui le travaillent et qui en dépendent. Mais le coton est au monde végétal ce que le porc est au monde animal: tout est bon...la fleur floconneuse et blanche, les graines (transformées en huile végétale que nous consommons sans le savoir), les restes fibreux qui deviennent litière. Une manne terrestre?
Le juste prix du labeur de chacun ne se trouve pas dans nos habitudes occidentales d'achats dans les hypers, symboles de la mondialisation et du libéralisme, insultes au travail et à sa valeur. En effet, sous toutes les latitudes cultivant le coton, la fierté du travail bien fait illumine les coeurs des hommes et des femmes qui peinent dans les champs et dans les usines. Et rien ne peut le leur ôter...
« Pour comprendre les mondialisation, celles d'hier et celle d'aujourd'hui, rien ne vaut l'examen d'un morceau de tissu. Sans doue parce qu'il n'est fait que de fils et de liens, et des voyages de la navette. »...Il n'y a rien à ajouter à cette belle conclusion d'Orsenna, en quatrième de couverture.

samedi 24 février 2007

Les idées reçues

Quatrième de couverture de l'édition brochée:
"Tous les Noirs sont supposés identiques, produits d'une tradition immuable, aimant les même choses, avec plein de trucs dans la peau et le sang, comme le rythme, le vol ou le mensonge. Pourquoi m'enfermerais-je dans cette image qu'ils voudraient pétrifiée ? Dans le sang, je n'ai que des globules. J'ai le droit d'aimer Beethoven et pas forcément Beko-sade, comme Dupont aime la flûte des Andes. J'apprécie l'opérette et non le tam-tam ou le Griot que je ne connais même pas. J'ai le droit d'être de Dijon et pas du Zambèze. Je suis cadre et non éboueur. J'ai sur le front l'onction chrétienne et non musulmane. Quand je dis MOMO, je pense à Maurice et non à Mohamed. J'ai le droit de croire que l'on peut aimer les sauterelles de Ngomezap sans être plus sauvage que le mangeur de grenouille, l'amateur de corrida, ou le gobeur d'ortolans de braconnage... J'ai le droit de dire que les Blacks sont une fabrication hybride qu'il faut éradiquer du paysage social français. Mais surtout, j'ai au fond du coeur l'espoir qu'un jour, il deviendra évident qu'un Français peut se nommer Mamadou. Et quand on vit dans un pays, comme la France, depuis vingt ans, on soit considéré comme français quelle que soit la couleur de sa peau."

... sont battues en brèche dans ce pamphlet très facile à lire... on dirait un roman !! J'ai aimé les exergues de chaque chapitre faites avec des anecdotes ou des blagues sur les noirs : c'est d'une saveur épicée qui agace positivement. Eh oui, le politiquement correct est aussi mis à mal et l'auteur au nom très "franchouillard" de l'Est se plait à démonter chaque petit fait du racisme ordinaire. Dieu, que certaines élites de gauche peuvent être mesquines !!! Ca fait réfléchir. De plus, l'image du miroir que nous renvoie ce délicieux livre n'est guère agréable. Cela a le mérite de faire réfléchir et de regarder d'un autre oeil (beaucoup plus égalitaire) les "gens de couleur" (oups, je viens de faire du politiquement correct !!).Mr. Gaston Kelman pose cette question dérangeante : "et si le Noir n'était rien d'autre qu'un Blanc à la peau noire ?" La tolérance doit s'apprendre chaque jour et ce n'est pas du tout facile de devenir tolérant, loin de là, même si on a les meilleures intentions du monde !!!
Son dernier essai "Au-delà du Noir et du Blanc" est sorti chez les éditions Max Milo...une petite mise en bouche pour donner l'appétit de le lire:
"Je ne me réveille pas tous les matins au son du djembe. Je ne me réveille pas avec sur le visage le crachat qu'a pris mon père colonisé. Je ne me réveille pas le corps meurtri par les coups qu'ont reçus les ancêtres des Noirs américains ou des Noirs antillais. Je voudrais cesser d'être un Noir. Je voudrais être tout simplement un homme."