lundi 19 avril 2021

Le roman du Brexit?

 


Les héros de « Bienvenue au club » ont vieilli, ils ont la cinquantaine bien tassée, la vie n'a pas forcément tenue toutes ses promesses et pourtant …. on les suit avec bonheur et enthousiasme dans les méandres de leurs regrets, de leurs réussites, de leurs rêves aboutis ou encore à réaliser.

Benjamin, Philip et Doug sont devenus époux et pères, les uns sont restés dans la région de Birmingham, un autre a cédé aux sirènes londoniennes et aux riches héritières.

L'Angleterre de Thatcher est derrière eux, les conflits sociaux et la guerre civile avec l'IRA également. Il y a eu l'idylle travailliste avec un Tony Blair Premier Ministre, les JO de 2012, la bulle de la City, le multiculturalisme londonien ravissant tout européen convaincu.

Les lendemains déchantent lentement mais sûrement. Comment en est-on arrivé là ?

 

2011, les émeutes bouleversent le paysage social britannique : l’Angleterre montrait une tolérance de bon aloi, les Bobbies ne sont pas armés, cas unique en Europe, tout est remis en question lors de l’interpellation d’un jeune noir. Le feu qui couvait s’attise pour gagner la rue, pour une escalade dans la violence : les grandes enseignes sont saccagées parce qu’elles représentent le pouvoir mais ça, le pouvoir ne veut pas le considérer ainsi. Ian Coleman, le mari de Sophie se fait agresser alors qu’il tente de s’interposer, le fossé s’élargit entre elle et sa belle-mère qui cite Enoch Powel et son discours des « fleuves de sang ». Les JO de 2012 ne parviendront pas à gommer le fossé séparant les gens ordinaires des « intellectuels » et des politiques.

La famille Trotter traverse la période mouvementée comme elle peut : Benjamin présente enfin son roman à Philip devenu éditeur, Lois oscille entre retourner auprès de son époux, Christopher Potter, et poursuivre leur modus vivendi, Sophie décide de ne plus prendre de petit ami au sein de son cercle professionnel, l’université, elle en a soupé des intellectuels. Elle épouse un moniteur de conduite qu’elle a rencontré lors d’un stage de conduite obligatoire suite à sa verbalisation pour excès de vitesse : ils n’ont rien en commun mais construisent un avenir ensemble. Doug est devenu journaliste politique et chroniqueur incontournable, toujours à l’affut du bon mot ou du tuyau qui fera un bon papier.

Puis arrive le gouvernement de coalition de David Cameron : il promet un Référendum sur la sortie ou non de l’Union Européenne. Le couperet est sans appel : ce sera le Brexit. Coup de tonnerre parmi l’élite anglaise qui s’attendait à tout sauf à ça.

« Comment en est-on arrivé là ? » se répètent en boucle Benjamin, Philip, Doug, Lois ou Sophie. Le Brexit peut-il devenir un argument pour divorcer ? Sophie s’éloigne de son époux, Benjamin retrouve un ancien copain de collège, qui n’est pas entré à « King William College », devenu amuseur dans les goûters d’enfants. Lois est en proie à ses vieux démons.

Le regard doux-amer de Jonathan Coe parcourt « Le cœur de l’Angleterre », sa plume élégante, délicatement ironique, mettent en scène la perte des êtres chers ou des idéaux, le passage, inexorable du temps, ce sable glissant entre les doigts des personnages. Il y a l’observation critique des relations humaines aussi bien au sein de l’intime que dans la société, dans laquelle la tendresse est toujours présente.

« Le cœur de l’Angleterre » est également un roman qui explore, malicieusement, les sources des crispations actuelles, celles qui délitent, avec violence, le tissu socio-culturel et intellectuel d’aujourd’hui : le politiquement correct dont la captation du langage ôte toute aspérité, et ce dans tous les domaines. Sophie en fera les frais lorsque la fille de Doug, la terrible Coriandre, s’insurge en lieu et place d’une jeune étudiante transsexuelle ce qui provoque sa mise en congé. L’austérité implacable renforce le nationalisme ainsi que le sentiment d’identité. Ces démons ne sont pas joyeux, ils sont inquiétants au point de provoquer, parfois, un repli sur soi. Ils sont omniprésents aujourd’hui puisque le terrain est dégagé pour laisser libre cours à la « cancel culture », le glas insupportable de la négation de ce qui fait la richesse de la création artistique.

Que faire pour réagir ? Quitter le pays pour aller vivre outre-Manche ? Les moulins se ressemblent-ils dans les Midllands  et en Provence ? « Adieu to old England » rythme le roman en une partition nostalgique d’une époque révolue.

Un roman jubilatoire, et une délicieuse satire sociale, qui pose les bonnes questions sur notre aujourd’hui toujours plus inquiétant.

 

Traduit de l’anglais (RU) par Josée Kamoun

 

Quelques avis :

Babelio  Tu vas t'abîmer les yeux  La Croix  Mots pour mots  Actualitté  Anita

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dimanche 18 avril 2021

Bataille des Anciens et des Modernes

 


« Jusqu'au milieu du XXe siècle, les tanukis, emprunts d'habitudes frivoles, partageaient aisément leur espace vital avec les paysans. Leur existence était douce et paisible.
Mais le gouvernement amorce la construction de la ville nouvelle de Tama. On commence à détruire fermes et forêts. Leur habitat devenu trop étroit, les tanukis jadis prospères et pacifistes se font la guerre, l'enjeu étant de conserver son bout de territoire. Efforts dérisoires car la forêt continue de disparaître...
Les humains, avec qui ils ont appris à cohabiter, font preuve d'un expansionnisme inexpliqué. Les chefs de clans coordonnent la riposte. Un plan est établi sur cinq ans : le temps pour les animaux d'étudier les humains et de réveiller leur pouvoir de transformation. Il va falloir tenter d'effrayer les humains en évoquant peurs et superstitions. Les solutions les plus farfelues sont expérimentées. »


J'ai quitté l'univers nostalgique de « Souvenirs goutte à goutte » pour entrer avec "Pompoko" dans celui, plus délirant, des tanukis, petits canidés ressemblant aux ratons laveurs.

Dans la mythologie japonaise, le tanuki est un des « yokai » (esprits) de la forêt.

Il existe chez les tanukis, comme chez les renards (ou kitsune), deux catégories : les tanukis dotés du pouvoir de transformisme et les autres. Les premiers organisent et orchestrent les ripostes jusqu'au bout de leurs forces et de leur espoir ; il leur en faudra beaucoup pour tenter de repousser l'expansionnisme des hommes.


Isao Takahata évoque la forte croissance démographique du Japon des années 1960 alors que l'emprise de l'occupation américaine disparaît peu à peu. Il n'y a pas assez de logements aussi le pays met-il sur pied des programmes de construction gigantesque induisant la destruction des paysages traditionnels d'une campagne grignotée au nom de la modernité.

Les années 60 amorcent ce qui ne sera qu'un moment M dans l'histoire occidentale, « Les trente glorieuses » époque au cours de laquelle les progrès technologiques, la demande exponentielle de produits de consommation, font oublier la symbiose entre l'homme et la nature.

Les anciennes valeurs ne pèsent pas lourd dans la balance économique et sont vite remisées dans les placards de l'Histoire : il n'est plus l'heure de respecter la nature et les divinités qui s'y rattachent, il est l'heure, pour l'homme japonais, d'avancer et d'oublier ses racines au nom du progrès.

D'ailleurs, quand les sages tanukis unissent leurs forces mentales pour organiser un défilé d'esprits et de figures mythologiques pour frapper les humains et leur faire comprendre que la coexistence des deux univers ne peut perdurer ainsi, les gens sont persuadés qu'il s'agit un défilé organisé par un parc d'attraction. Le combat des tanukis semble vain et voué à l'échec au point que pour survivre il n'y aura qu'une seule échappatoire : se déguiser en humain pour s'adapter à la vie citadine. Et les autres, que deviennent-ils ?

Dans la scène du bateau construit par un des Shikoku (maîtres, vénérés par les humains) survivants pour quitter le rivage hostile d'une contrée devenue inhabitable pour les tanukis, il y a un peu du départ, dans "Le seigneur des anneaux", des Elfes du Havre Gris pour rejoindre, sans espoir de retour, les Terres Immortelles. Les tanukis non transformistes s'exilent pour des terres inconnues. Est-ce la métaphore de la disparition des espaces naturels au profit délétères des espaces urbains ? Pour moi, c'est une évidence. Le départ des derniers tanukis est l'adieu à l'ancien Japon qui ne peut faire face à la marche de la modernité.

Ce que vivent les tanukis transformistes c'est ce que vit l'homme moderne exilé dans les villes, coupé de la nature malgré sa domination sur cette dernière.

L'espoir d'une prise de conscience est en gestation, ténu mais présent : un des tanukis-humains suit un soir un des siens pour s'apercevoir qu'ils se sont adaptés aux parcs au cœur de la ville nouvelle de Tama, près de Tokyo, et vivent leur vie insouciante de tanukis.


« Pompoko » est un film d'animation au rythme soutenu avec des clins d'oeil à l'histoire culturelle du Japon, entre combats de samouraï, de sumos, de super-héros de manga et et les allusions à Porco Russo, Totoro ou Kiki.

Takahata fait des tanukis de petits animaux dotés de multiples petits défauts, souvent adorables, qui les rendent attachants et sympathiques. On rit, on éprouve de la peine au fil des actions désespérées pour restaurer le monde ancien... on se dit, surtout, que le film est précurseur : aujourd'hui les trente glorieuses ne sont plus qu'un souvenir doux-amer laissant place à des enjeux gigantesques dont l'homme n'a pas encore pris la complète mesure. La nature, à un moment, à force de dévastations au nom d'un progrès de plus en plus illusoire, ne pourra que se rebeller et signifier à ses hôtes que la partie est finie.


Film à partir de 7 ans.

Quelques avis:

Kanpai  Sens critique  Tokonoma

Visionné dans le cadre



jeudi 15 avril 2021

I love you so mochi

 


Kimiko
, lycéenne californienne d'origine japonaise, prépare son entrée dans une université d'art réputée. Son avenir semble tout tracé, or elle ne parvient plus à peindre et a lâché son cours de peinture depuis plusieurs mois. Tout s'emballe quand sa mère apprend cela, Kimiko ne sait plus où elle en est et surtout ne sait plus vers quelle voie se diriger. Une seule certitude : elle adore la mode, dessiner des tenues, inventer des associations de tissus ; sa dernière œuvre ? Une robe réalisée à partir de papiers de bonbon pour une de ses meilleures, Bex.

Pour tenter de remettre de l'ordre dans sa vie d'adolescente, Kimiko accepte l'invitation de ses grands-parents maternels : les rejoindre pour les vacances de printemps.


Elle ne connaît ses grands-parents maternels que par photos interposées, sa mère les boudant depuis son mariage avec un japonais des Etats-Unis.

A peine arrivée à Kyoto, Kimiko se perd dans les allées d'un parc où les cerisiers en fleurs offrent un spectacle à couper le souffle. Elle admire le paysage et les tenues extravagantes des jeunes filles japonaises.

Au détour d'un stand de mochi, elle assiste à une danse originale : un mochi géant qui à force de se déhancher se retrouver les quatre fers en l'air. Ainsi, Kimiko fait-elle la connaissance d'Akira, neveu du fabricant de mochis.

Tout de suite, les jeunes gens se plaisent sans se le dire, ils flânent ensemble jusqu'à l'heure du départ du train amenant Kimiko chez ses grands-parents. Kimi donne son numéro de portable à Akira qui veut l'aider à trouver sa voie avant la fin des vacances.


Pendant deux semaines, Kimiko vit au rythme d'un Japon qui l'enchante et l'interpelle, au rythme des visites dans les lieux mythiques de l'ancienne capitale impériale, lieux qui mettent en ébullition sa créativité. Elle apprend à découvrir ses grands-parents, parvient à apprivoiser sa grand-mère au point qu'elles vont ensemble acheter tissus et matériel de couture dans les vieux quartiers de Kyoto. Sa grand-mère et elle ont un point commun : la couture et l'amour de la création de vêtements.


« I love you so mochi » est un roman d'apprentissage d'une agréable fraîcheur : on suit la jeune héroïne dans ses questionnements existentiels, dans sa quête de soi, dans l'éclosion d'un amour adolescent adorable. Avec elle, on s'extasie sur les cerisiers en fleurs, les maisons traditionnelles de Kyoto, les mets japonais, notamment les mochis, le quartier des « fantômes », le magasin de tissus extraordinaire tenu par une amie de son obaasan (mamie en japonais) ou encore la mercerie vieille de quatre cents ans présentant des épingles à tête en forme d'animal, de fleur ou de personnages des contes traditionnels.

Kimiko reviendra en Californie en sachant ce qu'elle souhaite faire et en apportant le renouveau des liens entre sa mère et ses grands-parents.

Avec douceur, Kimiko, grâce à la patience et l'amour d'Akira, brisera le cercle fatal de la peur de décevoir sa mère. Cette peur avait coupé les liens de sa mère avec ses parents, posant une chappe de plomb sur une partie des racines familiales.

Sarah Kuhn évoque, brièvement mais à point nommé, un volet de l'histoire américaine lors de la Seconde Guerre mondiale : après Pearl Harbour, la communauté japonaise installée depuis presque deux siècles en Californie, est spoliée de ses biens et internée dans des camps. Un épisode traumatisant pour une génération de Japonais américain et étouffé par la geste américaine.


J'ai apprécié « I love you so mochi » pour son thème sur l'adolescence qui se cherche, se questionne, se perd pour enfin se retrouver et prendre son envol. Mais aussi pour les saveurs du Japon traditionnel au cœur de Kyoto, notamment la démonstration de la fabrication des mochis.

Un roman très kawaï tout en étant sérieux dans les thématiques abordées : l'adolescence peut-elle être comme le mochi ? Acidulée et pleine de surprises ? Sans doute... certainement....

Traduit de l'anglais (USA) par Camille Cosson

Quelques avis:

Babelio  Sophie lit  Temps de mots  Galleane  Livrest-ce de la nuit  Comme dans un livre  Livraddict

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mardi 13 avril 2021

Nostalgie à la japonaise

 


Autant je connais une grande partie de la filmographie de Hayao Myazaki, autant celle d'Isao Takahata m'est quasi inconnue, je n'ai vu que « Le tombeau des lucioles », admirable et poignant.

Le Challenge « Un mois au Japon » m'a ainsi offert l'opportunité d'élargir mon éventail de films d'animation japonais.

J'ai choisi de visionner « Souvenirs goutte à goutte » parce que le thème des souvenirs d'enfance me plaisait et m'évitait de sortir de ma zone de confort.

 

La narratrice, Taeko, égrène, « goutte à goutte », ses souvenirs d'enfance quand elle part en séjour à la campagne. Elle a 25 ans, est toujours célibataire et vient de refuser le parti proposé par sa famille. Elle part aider à la cueillette des fleurs de carthame (Carthame ou Safran du teinturier) dans une famille paysanne, à la campagne. Très vite, le voyage puis le séjour prend une dimension de voyage intérieur car dans ses bagages, Taeko a emporté la fillette de CM2 qu'elle était en 1966.

 

Chaque souvenir est une scène baignée de clarté douce, lointaine et proche, on touche du doigt la sensibilité de Taeko, petite fille étrange et aux résultats désastreux en mathématiques. Elle est la benjamine d'une « fratrie » de trois sœurs dont les deux aînées sont déjà adolescentes.

La scène, charmante, du premier amour : Taeko et un garçon d'une autre classe se retrouvent face à face au retour de l'école. Hésitations, rougissements, puis le garçon ose une approche... déconcertante, « Entre les jours pluvieux, nuageux et ensoleillés, quel temps tu préfères ? » Taeko ménage le suspense et prend son temps pour répondre un « nuageux », en écho le garçon dit « Comme moi » avant de détaler comme un lapin.

Le Japon des années soixante n'est pas facile pour une fillette de 10 ans : une mère effacée et dévouée à son époux, des sœurs adolescentes bavardes, pénibles et autoritaires envers elle, une grand-mère... et surtout un père qui ne sort de ses silences que pour imposer son point de vue. Il y a les grands espoirs et les petites déceptions qui construisent la Taeko devenue adulte.

 

Isao Takahata met en scène une très belle fresque dans son film d'animation tout en rondeurs crayonnées et en introspection empreinte de tendresse.

On est dans le monde onirique tout en étant ancré dans le réel par cette jeune femme qui se remet en question à un tournant de sa vie.

 

J'ai aimé la manière de relater la vie de Taeko : l'auteur alterne le présent et les scènes du passé, celui de l'année des 10 ans de l'héroïne. On peut remarquer le thème, mis en avant, des valeurs traditionnelles, de la vie saine et paisible de la campagne, proche de la nature, la vie au sein d'une communauté solidaire, le respect de la nature et celui du travail agricole, notamment les balbutiements de l'agriculture biologique au Japon.

La nostalgie berce le film au point que ce sentiment accompagne toute la narration. Quant à la chute, il faut être patient et rester jusqu'au bout du générique de fin. J'adore ce procédé !

A noter qu’on ne peut le visionner qu’en VOSTF (Version Originale Sous-Titrée en Français) ce qui implique la capacité de lire rapidement. Je suis une inconditionnelle des films en VOSTF aussi ai-je adoré entendre les sonorités de la langue japonaise.

Quelques avis:

Films pour enfants  Sens critique  Buta connection  Kanpai


Visionné dans le cadre




lundi 12 avril 2021

Vous prendrez bien un p'tit mochi!

 

(crédit photo: internet)

Dans le cadre du Challenge "Un mois au Japon", j'ai voulu réaliser une gourmandise japonaise, célébrissime depuis la sortie du film "Les délices de Tokyo" réalisé par Naomi Kawase d'après le roman éponyme de Durian Sukegawa, le si mignon mochi.

Entre vouloir et pouvoir il y a toujours chez moi un grand pas à combler: il me manquait l'ingrédient essentiel, la farine de riz gluant, introuvable en coop bio et en supermarché. Guingamp n'est pas Saint-Brieuc, ni Rennes et encore moins Paris, aussi les épiceries asiatiques ne courent-elles pas les rues. D'ailleurs, elles sont inexistantes.

Comment faire? J'ai regardé sur internet et ai vu une astuce, à priori sympathique: moudre au Thermomix du riz gluant, que j'ai en stock puisque j'aime préparer les makis. Me voilà à réduire en poudre fine le riz gluant. J'ai tamisé, deux fois, et suivi les conseils d'un blogueur cité par Hilde, las!, je n'ai pas réussi à obtenir la bonne texture type "guimauve" qui fait le charme du mochi. Ce n'était pas mauvais mais il manquait ce petit quelque chose qui aurait apporté une dimension japonaise.

Aujourd'hui j'ai commandé de la farine de riz gluant sur internet. Je n'aime pas acheter de cette manière mais parfois je n'ai pas vraiment le choix. Je ne suis pas allée sur le site du géant américain bien connu pour maltraiter ses employés et ne pas s'acquitter l'impôt en France, j'ai limité les dégâts.

Je ne m'avoue pas vaincue, je réitèrerai la recette quand je réceptionnerai ma commande de farine.

Recette:

250g de riz gluant

40g de sucre

250g d'eau.

- Réduire en fine poudre (avec un mixeur puissant) le riz, le tamiser au moins deux fois pour obtenir ce qui se rapproche le plus d'une farine.

- Mettre la "farine" dans un saladier allant au micro-ondes.

- Ajouter le sucre et l'eau. Bien mélanger.

- Recouvrir d'un film puis mettre 30" au micro-ondes. Mélanger. Réitérer le processus jusqu'à obtention de la consistance souhaitée.

- Fariner avec de la fécule de maïs le plan de travail, faire de même avec les mains.

- Découper le pâton en 12 parties égales (j'en ai fait 10) puis aplatir la boule pour déposer la garniture choisie (de la pâte à tartiner bio).

- Refermer le mochi puis faire rouler dans la main pour l'arrondir.

- Déguster!

Mes mochis:



Réalisé dans le cadre:




samedi 10 avril 2021

Chat-tittude chapitre 3

 


Le synopsis :

« Kensuke Fuji est un amoureux inconditionnel des chats, cet amour n'est cependant pas réciproque, les chats ayant tendance à le fuir comme la peste. Il fait un jour la rencontre de Jin Nekoya, un « maître-chat » prêt à lui enseigner ses techniques secrètes pour se faire aimer des félins. »


Que nous réserve le troisième opus de « Félin pour l’autre » ?

Kensuke continue son initiation en tant que padawan du Maître-chat Jin Nekoya, Koharu s’investit de plus en plus aux côtés de son ami et Tora grandit

Notre jeune héros s’améliore et connaît une grande partie des subtilités de la gente féline. La rentrée scolaire a eu lieu, il est temps pour lui de faire quelque chose en rapport avec sa passion : quoi de mieux que de créer un club consacré aux chats, un « cat-club ». Or, pour ouvrir un club au sein du lycée, il faut qu’il y ait au moins trois membres et il n’y en a que deux, Kensuke et Koharu. Comment trouver le dernier membre ?

Une fois encore, l’esprit soupçonneux de Koharu se met en branle. Un nouvel élève est arrivé au lycée, il porte l’uniforme de son ancien lycée et porte d’étranges cicatrices sur le visage. Un ancien loubard ? Toujours est-il qu’il n’inspire pas confiance tout en intriguant car il se murmure son surnom « le loubard à chats ». Ce qui intéresse beaucoup Kensuke qui se rend compte que c’est Ichijô qui a brossé tous les chats de gouttière du quartier. L’épisode du duel entre les deux garçons est autant surprenant qu’hilarant d’autant que la chute est inattendue. Ahhh, qui du sac plastique ou du carton aura la préférence du jury, en l’occurrence un chat ? Mon petit doigt me dit que ce sera un match nul..

 

Successivement, au cours de ce troisième tome, nous apprendrons pourquoi Kôtarô Ichijô porte autant de cicatrices sur le visage et sur les bras : c’est l’amour vache entre son chat angora noir, Schwartz, et lui. Les démonstrations sont impressionnantes et interpellent : pourquoi tant de violence ? Ichijô a aussi ce genre de relations d’amitié avec ses anciens comparses.

Nous apprenons ensuite que Tora a des sentiments d’autant qu’il est le narrateur de l’épisode. Avoir le point de vue d’un chat peut être riche d’enseignements.

Tora essaie de faire comprendre à son jeune maître que s’il a des mouvements d’impatience envers lui c’est uniquement parce qu’il a une mission de la plus haute importance : surveiller et défendre leur territoire, surtout quand le Maître est absent… le padawan manque encore d’envergure.

Si vous l’saviez ma brave dame qu’il est compliqué d’éduquer un humain ! Tora a beaucoup de patience, d’empathie et une gourmandise incroyable, excellente aide empathique s’il en est.

Enfin, la question des moyens de communication félins est posée. Une fillette s’inquiète de la disparition de son chat absent depuis une bonne semaine. De fil en aiguille, nous apprenons qu’elle culpabilise parce qu’elle a grondé son chat, Marimo, qu’elle adore, comme elle a été une fois rouspétée par ses parents suite à une grosse bêtise. Elle pense qu’il lui en a voulu et qu’il s’est enfui pour ne plus la voir. En désespoir de cause, elle a collé un rituel magique à hauteur de chat près de sa maison. Devinez quoi !!!! Les chats du quartier se sont passés l’information, le Maître une fois tous les éléments en main est allé récupérer Marimo à trois cents kilomètres de là : l’imprudent siestait dans la remorque d’un camion qui l’a fait voyager sans crier gare.

Le mode de communication félin est-il une légende ou existe-t-il vraiment ? Nous aurions envie d’y croire, un peu comme dans la scène du film « Les 101 dalmatiens » où les chiens diffusent l’avis de recherche de Pongo et Perdita. Le miaounet existe certainement sans pour autant être accessible au commun des humains. Nous apprenons qu’un seul miaulement correspond à 106 000 caractères du langage humain… comme Koharu je m’interroge : info ou intox de la part de l’auteur ?

Nous connaissons les chiens sauveteurs, nous connaissons peu de chats sauvant la vie de leur maître. Ginji est un énorme chat, un pacha trônant dans la boutique de sucreries tenue par une vieille dame. Par amour et reconnaissance pour elle, il endure les câlins et autres gratouilles énervantes de la clientèle enfantine. Un jour, peu après le départ de Kensuke et Koharu du magasin, la vieille dame tombe. Affolé, Ginji ne sait pas quoi faire, il doit se bouger mais est gêné par son poids. N’écoutant que son courage et son amour pour la vieille dame, il trottine à toute allure dans la rue pour rattraper les deux jeunes lycéens. Kensuke comprend rapidement que c’est un appel à l’aide et sent que quelque chose de grave est arrivé à la maîtresse de Ginji. Les secours arrivent à temps pour la sauver.

Moralité, il n’y a pas que les chiens à être fidèles !

A noter que les dessins représentant le grassouillet Genji en train de trottiner sont hilarants et vraiment réalistes.

Je suis irrémédiablement fan, voilà, c’est dit et écrit.

Traduit et adapté du japonais par Julien Pouly

Quelques avis

Babelio  Manga news  Sens critique  

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Chat-ittude chapitre 2

 


Le synopsis :

« Kensuke Fuji est un amoureux inconditionnel des chats, cet amour n'est cependant pas réciproque, les chats ayant tendance à le fuir comme la peste. Il fait un jour la rencontre de Jin Nekoya, un « maître-chat » prêt à lui enseigner ses techniques secrètes pour se faire aimer des félins. »


Le deuxième tome nous en apprend plus sur Jin Nekoya qui n’apparaîtra plus aussi louche que cela aux yeux de Koharu. Il dirige une organisation étonnante : la WWOP, ou Fédération Internationale de Protection des Chats. Ses membres sont persuadés que les chats ont beaucoup à apprendre à l’humanité. Ce qui ne pourrait pas être aussi incongru que cela, non ?

Il y a toujours autant d’humour un brin déjanté, les chats sont toujours aussi mignons et bien dessinés, Koharu est désopilante à vouloir en être sans trop s’impliquer, Kensuke est craquant dans son rôle de disciple que rien ne fera dévier du but qu’il s’est fixé.

Tout shonen rencontre un rival ou entre en rivalité que ce soit sur le plan personnel ou idéologique. Jin Nekoya n’a pas la même vision du mode de vie félin que sa rivale Yoneko Nekoyashiki propriétaire de nombreux bars à chats où les gens peuvent venir se détendre en prenant soin d’un ou plusieurs chats. Elle est absolument délirante avec son chapeau sur lequel se love un chat siamois.

Le premier prône la liberté de choix pour les chats des rues : le confort ou la liberté dans la rue, autrement dit le droit de disposer d’eux-mêmes.

La seconde estime que les chats des rues ne peuvent trouver le bonheur que dans la domestication afin de pouvoir être choyés, bien alimentés et soignés, et vivre plus longtemps. Raison pour laquelle elle a enlevé tous les chats errants du quartier.

Chacun, à leur manière, ne souhaite que le bonheur des chats. Et chacun alimente le débat, vieux comme le monde, de savoir si l’épanouissement personnel passe par le confort matériel ou le confort spirituel. Un chat « sauvage » est-il moins heureux ou plus heureux qu’un chat « domestique » ? Les contraintes de la domesticité entravent-elle le libre-arbitre des chats ? Ayant quatre chats à la maison, maison dotée d’un grand jardin, mes compagnons à pattes de velours sont libres d’aller et venir à leur guise. Une des chattes, il y a quelques années, avait fait le choix de « disparaître » quasiment deux mois car, je l’ai appris plus tard, elle accompagnait un voisin en fin de vie. Pour me rassurer elle faisait de brèves apparitions, mangeait quelques croquettes avant de filer.

Mais reprenons le fil du billet.

Un autre épisode aussi amusant qu’édifiant : celui de la rencontre entre Tora, le chaton qui ne peut sortir tant qu’il n’a pas atteint l’âge adulte, et Joe l’immense chien Saint-Bernard de Koharu. Les premiers instants de la rencontre sont agités et angoissants pour s’achever dans une atmosphère apaisante. L’épisode montre combien les chats et les chiens peuvent bien s’entendre, surtout quand le chat est jeune et le chien placide. Ils sont capables de s’entendre comme larrons en foire et faire les quatre cents coups ensemble.

Une épreuve sera imposée à Kensuke : travailler dans un bar à chats. Et qui verra-t-on entrer avec deux amies ? Koharu, bien entendu ! Notre jeune padawan sera confronté à la gestion de cinquante-et-un minets, gestion troublée par un geste maladroit d’une star qui doit se mettre dans la peau de son prochain rôle, une amoureuse des chats. Une bataille rangée impressionnante provoque la panique parmi les clients. Pourquoi les chats se sont-ils battus ? Kensuke, grâce à ses nombreuses notes prises sur le comportement des chats de l’établissement, remarquera qu’il y a trois types de caractères chez les chats et surtout cinq règles à respecter. Il réorganise le planning des chats en fonctions de leurs affinités.

Mais quels sont les fameux trois types de chats selon les observations de notre héros ? Il y a les chats qui aiment leur indépendance, ils aiment être seuls. Il y a les chats qui aiment les chats, ils apprécient vivre au contact de leurs congénères. Enfin, il y a les chats qui aiment les humains, ils préfèrent vivre avec les humains. S’ils sont contraints de cohabiter les uns avec les autres, la moindre étincelle peut provoquer un carnage.

Quant aux cinq règles, les voici : ne pas regarder un chat que l’on ne connaît pas dans les yeux, ne pas faire trop de bruit, ne pas le regarder d’en haut, ne pas faire de gestes brusques et ne pas trop se parfumer.

A bon entendeur….

Traduit et adapté du japonais par Julien Pouly

Quelques avis:

Babelio  Manga news  Apprenti Otaku  

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Chat-ittude chapitre 1

 


Je n'avais pas lu de manga depuis une éternité, le challenge « Un mois au Japon » m'a donné l'occasion de regarder de plus près les rayons « mangas » jeunesse de ma médiathèque et mon œil a été attiré par un titre « Félin pour l’autre ». Un manga sur les chats ! Ni une ni deux, les trois premiers volumes ont atterri dans la besace de Chatperlipopette.

 

Le synopsis :

« Kensuke Fuji est un amoureux inconditionnel des chats, cet amour n'est cependant pas réciproque, les chats ayant tendance à le fuir comme la peste. Il fait un jour la rencontre de Jin Nekoya, un « maître-chat » prêt à lui enseigner ses techniques secrètes pour se faire aimer des félins. »

 

Le premier tome nous familiarise avec le jeune héros, Kensuke Fuji, lycéen souvent dans la lune. Il adore les chats sans pouvoir en avoir un chez lui car ses sœurs sont allergiques au poil de chat. Kensuke en est réduit à observer les chats des rues sans pouvoir les approcher pour les caresser. Notre jeune homme voudrait bien câliner les chats mais ne parvient pas à leur plaire ce qui le frustre d’autant plus. Il s’est attaché à une jeune chatte de gouttière qu’il a appelée Tamako. Un jour, elle disparaît, Kensuke part à sa recherche en compagnie d’une camarade de classe, Koharu Yamada.

Ils tombent sur un homme étrange, Jin Nekoya (en japonais, neko signifie chat) qui se présente comme un « Maître-chat ». Il étonne nos deux lycéens par sa connaissance aiguë des félins et sa facilité à dialoguer avec eux. Il n’en faut pas plus pour que Kensuke lui demande de devenir son disciple au grand dam de son amie Koharu.

Commence alors l’initiation de notre héros qui acceptera les défis les plus incroyables pour apprendre la Voie des Chats. Le tout sous le regard interloqué teinté de bienveillance de Koharu qui est un peu la « voix » de la raison.

Koharu est le personnage d’emblée méfiant : elle a envie de ne pas se laisser embarquer dans les aventures de Kensuke tout en ne souhaitant pas le laisser seul, persuadée qu’il a l’art de se fourrer dans les pires ennuis. Elle trouve Jin Nekoya très louche, elle ne lui fait pas confiance car les deux lycéens ne savent rien de lui.

Un des premiers défi que devra relever Kensuke sera celui de faire bouger un gros matou de gouttière, Yatarô. Bien entendu, le défi sera réussi sous le regard halluciné de Koharu qui n’en revient pas du caractère fantasque des amoureux des chats.

Le manga a la particularité de montrer les êtres humains dessinés à la manière des dessins animés japonais alors que les chats sont dessinés de manière très réaliste.

Autre élément intéressant à souligner, l’auteur utilise, en les détournant, les codes du shonen nekketsu, c’est-à-dire l’apprentissage, l’entraînement, les épreuves, le dépassement de soi, la force de l’espoir et l’amitié, pour amener un discours pédagogique quant aux relations à instaurer entre humains et chats. Kensuke a rempli de nombreux cahiers d’observation des chats de gouttière pour tenter de comprendre leur fonctionnement et parvenir à s’en approcher, d’abord sans succès puis avec réussite quand son Maître lui donne quelques éléments de compréhension.

Au fil des défis du jeune héros, le lecteur apprend de nombreuses choses sur le comportement des chats, les gestes à faire ou ne pas faire, et ce pour son plus grand plaisir même s’il connaît, ou croit connaître, les chats.

Le début du parcours de Kensuke peut commencer : le Maître-chat lui offre un chaton, Tora, à éduquer. 
La suite ne pourra qu’être croustillante.

Traduit et adapté du japonais par Julien Pouly

Quelques avis:


Lu dans le cadre





mercredi 7 avril 2021

Les nuages de Magellan

 


Nous sommes au 27è siècle, l'Humanité a conquis les étoiles, colonisé des galaxies, accomplissant le rêve de l'ancienne Terre.

La nouvelle frontière sont les nuages de Magellan vers lesquels les yeux des explorateurs dans l'âme se tournent sans pouvoir partir en voyage d'exploration.

Les Compagnies ont abandonné l'esprit de conquête, trop aléatoire, trop coûteux et trop dangereux, pour se centrer sur les affaires à réaliser dans les multiples mondes annexés.

Pourtant, deux cents ans auparavant la mise au point et la maîtrise de l'énergie sombre, ressource illimitée, a permis l'arrêt des guerres pour les énergies fossiles. Une époque de liberté et d'exploration de l'espace s'ouvre … Rien n'aurait du freiner la conquête spatiale.

Or, peu à peu, les Compagnies prennent goût aux jeux de pouvoir et d'influence sur la politique, marginalisant les pionniers de l'espace, les contraignant à devenir des hors la loi.

La Piraterie devient un art de vivre pour les gens épris de liberté, pour les personnes dont l'esprit de conquête n'a pas été étouffé. Ils veulent aller toujours plus loin, faire reculer les frontières du possible, avancer, audacieusement, au plus profond de l'espace.

Lors d'une mémorable et ultime bataille, les Compagnies mettent en déroute la Piraterie dont quelques vaisseaux commandés par de valeureuses têtes brûlées, s'évanouissent dans le vide intersidéral. Il se murmure alors qu'ils ont trouvé refuge sur une planète bien cachée.... Carabe devenue mythique.

 

Quelques décennies plus tard, sur Ankou, Damian Sabre, leader des pilotes, souhaite renouer avec les anciens rêves de vie d'aventure offerts par l'immensité de l'espace à explorer.

Dans un combat acharné, il somme les Compagnies de rendre aux gens la liberté de mouvement au-delà de la frontière des mondes connus. La lutte est grandiose et vaine, l'argent musèle une nouvelle fois le souffle de liberté des aventuriers.

Au moment où Damian Sabre tombe sous le feu des Compagnie et qu'Ankou est transformée en enfer, Dan, aux confins de la la Voie Lactée, se met à chanter une complainte de l'ancienne Terre dans laquelle elle chante les héros massacrés par les Compagnies.

Elle est serveuse au Frontier, un bar miteux, sur une planète couleur rouille. Depuis toujours les étoiles inexplorées la font rêver, depuis toujours l'épopée de la grande Piraterie berce ses lectures.

Dan devient une célébrité interplanétaire parce sa prestation au Frontier a été enregistrée et mise sur les réseaux sociaux. Les sbires des Compagnies sont à ses trousses et Dan ne doit son salut qu’à Mary Reed et son vieux vaisseau.

Commence alors une course poursuite interstellaire au cours de laquelle le lecteur glanera informations plus incroyables les unes que les autres sur les différents protagonistes de l’histoire.

 

« Les nuages de Magellan » est un space opéra comme je les aime : du mystère, de l’aventure à n’en plus finir, des rencontres improbables et uniques, des machinations, du rêve, de l’audace et un soupçon de picaresque. On y croise les éléments traditionnels du genre : guerres dévastatrices qui ont usé la Terre des origines, fascination pour l’immensité spatiale, domination des cyborgs amenant à leur interdiction et à l’établissement de lois strictes sur la cybernétique, police religieuse, planète-prison, trahisons et rédemption.

L’écriture d’Estelle Faye est agréable et allie la verdeur du langage des pirates à une élégance dans les descriptions, un peu courtes à mon goût, amenées au bon moment.

Ses héroïnes sont de très beaux portraits de femme : on voit Dan prendre peu à peu son envol et acquérir une assurance qui fera d’elle une femme d’affaires qui ne s’en laisse pas conter. Ce qui est le plus vivifiant, c’est qu’Estelle Faye applique les codes de la SF habituellement destinés à des héros masculins à des personnages féminins et queers.

Je suis restée sur ma faim car il y avait matière à étoffer le roman. Cependant, cela n’enlève rien à son agréable lecture car il y a du Bordage en elle.

 

Quelques avis :

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samedi 3 avril 2021

Sommeil en fuite

 


Haruki Murakami
possède un art de l'écriture allant du roman fleuve à la nouvelle. « Sommeil » est un excellent morceau de choix. Il faut dire que le format choisi par les éditions 10/18 est de toute beauté : les illustrations noir, blanc et gris de Kat Menschik sont à couper le souffle et animent avec à propos le texte.


Que dire de l'histoire ? Est-ce celle d'une femme qui perd la faculté de dormir ou celle d'une allégorie d'une prise de conscience de soi ?

Avec Murakami tout événement banal peut basculer dans le fantastique ou l'étrange ainsi en va-t-il pour « Sommeil ».

Une jeune femme, trentenaire, perd soudain la faculté de dormir et plus encore la notion de fatigue physique. Elle a déjà subi des périodes d'insomnie, or ce qu'elle vit n'a rien de commun avec la difficulté de dormir.

Elle a tout pour être heureuse : un mari, dentiste doté d'une clientèle importante, un fils, un appartement et des revenus confortables lui permettant de ne pas travailler. Elle mène une vie ordinaire, sans événements extraordinaire, vie banale d'une femme au foyer banale. Jusqu'au jour où le sommeil la fuit et qu'elle ne ressente plus la fatigue : un cauchemar éveillé dans lequel elle voit un vieillard au visage inexpressif, aux vêtements ajustés tenant une carafe ancienne à la main, il la soulève pour en verser l'eau sur les pieds de la jeune femme, en panique « Je voyais qu'il y avait de l'eau sur mes pieds, je l'entendais couler et je ne sentais rien. » ; elle veut hurler, le fait sans qu'aucun son ne sorte de sa bouche, quand elle rouvre les yeux le vieillard a disparu tout comme le sommeil . Le jour est celui des tâches du quotidien, préparation des repas, rituel de l'au revoir du matin et des courses au supermarché, la séance de natation au club sportif, s'occuper de son fils et de son ménage. La nuit devient son espace de liberté de penser, l'espace dans lequel elle retrouve le goût de lire, de renouer avec cette passion abandonnée lorsqu'elle s'est mariée.

Un roman, « Anna Karénine » de Tolstoï, un verre de cognac, les heures nocturnes défilent à lire et redécouvrir l'écriture de l'auteur russe, à s'immerger dans le style au point d'en saisir la quintessence et de se dire qu'avant, elle n'avait rien compris de sa justesse à amener ses personnages, qu'il avait tout un cheminement nécessaire pour que Vronski et Anna puissent se rencontrer.

La fuite du sommeil semble avoir aiguisé sa faculté de comprendre la littérature la plus ardue, elle lui permet de ressentir la subtilité des textes.

Peu à peu, l'héroïne ne pense plus qu'à lire, elle se détache de ses tâches ménagères et familiale du quotidien qu'elle réalise mécaniquement pour s'en libérer. Après avoir retrouvé des vestiges de chocolat entre deux pages de son « Anna Karénine », elle court acheter des tablettes de chocolat pour accompagner ses lectures, comme elle le faisait quand elle suivait ses études.

Personne ne s'aperçoit de son « état » pas même son mari et encore moins son fils. Tous les deux dorment chaque nuit profondément, du sommeil du juste : rien ne peut les réveiller.


La nouvelle « Sommeil », très énigmatique, plonge le lecteur dans les dix-sept nuits sans sommeil de l'héroïne et le fait naviguer dans l'univers particulier de l'auteur qui oscille, ici, entre l'étrange et le fantastique.

On se demande, en quasi apnée, quand la jeune femme s'effondrera de fatigue et sombrera dans un sommeil réparateur. On se le demande tout au long du récit, porté jusqu'au bout par les constats et souvenirs du personnage principal : chaque bribe apporte un morceau du puzzle et pourtant il en manquera un... à charge pour le lecteur de l'imaginer ou de ne pas tenter de la chercher pour rester sous le charme étrange, parfois dérangeant, de l'histoire d'un sommeil en cavale : sa fuite apporte le goût de l'interdit chez la jeune femme, a priori comblée, mais aussi le goût d'une liberté trop longtemps étouffée par son quotidien d'épouse et de mère. Un souffle de révolte féminine écrit avec subtilité et justesse par un Murakami qui sait si bien décelé les méandres de la psyché sous l'absence de ride à la surface du lac imperturbable d'une « ménagère » japonaise accomplie. Le tsunami est en gestation, il n'éclate pas ….. quoique la chute de la nouvelle laisserait supposer le contraire.


« Sommeil » est une nouvelle envoûtante qu'on lit avec délectation.


Traduit du japonais par Corinne Atlan


Quelques avis :

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jeudi 1 avril 2021

Un mois au Japon, c'est à partir d'aujourd'hui

 


En attendant d'être en retraite pour m'offrir le voyage au Japon dont je rêve depuis de longues années, la Challenge "Un mois au Japon" organisé par Hilde et Lou tombe à pic pour une évasion immobile vers le pays du Soleil Levant. C'est la quatrième édition et j'y participe pour la première fois.

Dans ma PAL du Challenge:

"Sommeil" d'Haruki Murakami

"Le restaurant de l'amour retrouvé" d'Ito Ogawa

"Le dévouement du suspect X" de Keigo Higashino

"I love so mochi" de Sarah Kuhn

"Esprits et créatures du Japon" illustré par Benjamin Lacombe

"Pompoko" ou "Souvenirs goutte à goutte" (ou les deux!!) d’Isao Takahata

Recette de mochis au chocolat

Une aventure de l'adorable Famille Souris de Kazuo Iwamura

"20 ans avec mon chat" de Mayumi Inaba

"Felin pour l'autre" de Wataru Nadatani (tomes 1,2 et 3)

"Une drôle de famille" de Yumi Unita (tome 1)

"Zatoichi" de Takeshi Kitano

"Voyage à Yoshino" de Naomi Kawase


Quant aux mangas je verrai ce que je peux emprunter en médiathèque.


Mata ne!