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lundi 30 mai 2022

L'attaque du Calcutta-Darjeeling


 

1919, la Grande Guerre s'est achevée quelques mois auparavant, laissant des paysages et des âmes dévastées, la terre crevassée par les tranchées, des champs de ruines tant matériels que psychologiques. Quand on a tout perdu, l'espoir de tenter sa chance en Inde devient la planche de salut de nombreux britanniques. C'est ainsi que notre héros, le capitaine Sam Wyndham, ancien de Scotland Yard, vétéran traumatisé de la Grande Guerre, il est dépendant à la morphine, débarque à Calcutta, ville presque aussi dangereuse pour un britannique que les tranchées : chaleur moite, insectes en tout genre, eau frelatée, ruelles malfamées et la haine de plus en plus visible des indigènes envers les colons.


Wyndham se retrouve vite à enquêter sur l'agression mortelle dont a été victime un haut fonctionnaire, Mac Auley. Cela est-il du à cette haine envers le colon blanc ? Ou est-ce un crime crapuleux ? C'est que le capitaine et son équipe, formée par un jeune officier indien, le sergent Banerjee issu de l'élite indienne il est passé par Cambridge, et Didby, anglais arrogant et raciste.

Sa hiérarchie souhaite que l'enquête soit bouclée rapidement afin d'éviter une main mise de la « section H » de la police militaire aux méthodes musclées.

Une complicité se nouera rapidement entre Wyndham et Banerjee, jeune homme éduqué, intelligent, sympathisant des idées indépendantistes et tiraillé entre sa fidélité envers les siens et le devoir inhérent à sa fonction. Il est l'archétype du fonctionnaire indigène prêt à prendre la relève lorsque l'indépendance sera proclamée.

Une autre complicité naîtra entre Wyndham et un conducteur de rickshaw qui lui servira de guide et de taxi lors de ses déplacements dans les méandres de Calcutta.

Alors que l'enquête semble piétiner, l'attaque du train reliant Calcutta à Darjeeling donne à penser au plus grand nombre que les deux événements sont liés. D'autant plus qu'un célèbre rebelle indien, Benoy Sen, en fuite depuis plusieurs années se fera arrêté. Cependant, mieux vaut être prudent avec les évidences et prendre les événements avec circonspection et calme.


Abir Mukherjee construit avec brio un roman policier digne d'un roman d'Agatha Christie avec une véritable ambiance « Cluedo ». Il peint une ville secouée par les premières révoltes indiennes contre l'autorité britannique dues aux lois Rowlatt entrées en vigueur en 1919, lois iniques autorisant les arrestations des plus arbitraires.

Le contexte politique est aussi poisseux que le climat chaud et humide du Bengale. La peur du terrorisme provoque la mise en place d'une terreur systémique, pour étouffer dans l'oeuf la moindre velléité de révolte chez les indiens.

Il brosse le portrait d'une Inde aux prémices d'une longue révolte, d'abord violente ensuite pacifique sous l'influence de Gandhi, dans laquelle le monde politique et celui des affaires s'entendent merveilleusement bien pour le développement de leurs sociétés commerciales. Notre héros se voit contraint de se passer des procédures traditionnelles pour utiliser des chemins détournés pour affirmer ses valeurs humanistes et progresser dans son enquête, démontant les multiples manipulations au plus haut niveau. Le cynisme teinté d'un humour féroce donne une véritable force au roman, lui permettant d'aborder les problèmes socio-politiques marquant la fin inéluctable du Raj britannique.


Je ne connais pas l'Inde et encore moins Calcutta mais la force d'évocation des mots choisis par l'auteur pour décrire cette ville, son ambiance, son architecture, ses bas-fonds comme ses palais, ses fumeries d'opium, fait que la lectrice que je suis a eu l'agréable sensation d'y être, de souffrir de cette moiteur poisseuse, de cette chaleur qui étouffe, de humer les odeurs les plus agréables comme les plus abjectes... j'étais à Calcutta, en 1919, dans la galère aux côtés de Sam Wyndham.

Abir Mukherjee fait la part belle à la capitale du Bengale occidental au point que je ne regrette pas d'y avoir passé quelques jours en compagnie de ces policiers humanistes et rigoureux.

« L'attaque du Calcutta-Darjeeling » est le premier volet des enquêtes de Sam Wyndham et Banerjee. D'ailleurs, Banerjee aura-t-il de l'avancement ? Wyndham s'acclimatera-t-il à Calcutta ? Parviendra-t-il à faire changer le regard de ses pairs sur les locaux ? Certaines répondes se trouveront, certainement, dans les tomes suivants que je lirai avec plaisir.

Traduit de l'anglais par Fanchita Gonzalez-Batlle

Quelques avis :

Babelio  Mon roman noir et bien serré  Le Figaro littéraire  Du côté de chez Cyan  PatiVore  Manou  Sens Critique  Alex  Belette Rachel

Lu dans le cadre


 
 





 

dimanche 17 avril 2022

Panipat

 


Il aura fallu un abonnement « Netflix » pour que je visionne un film indien (d'Inde) dans le cadre des Etapes Indiennes 2022.

Mon choix s'est porté sur un film historique, et en costumes, « Panipat ».

« L'histoire se déroule dans un contexte de guerre entre l'Inde et l'Afghanistan. En 1761, Sadashiv Rao Bhau est à la tête de l'armée marathe. Il mène ses hommes dans le but de repousser les forces d'invasion de Ahmad Shah Abdali, le roi de l'Afghanistan. » (source : Google)

 

J'ai découvert le cinéma de « Bollywood » qui a la caractéristique d'entrecouper les films de plusieurs séquences chantées et dansées, sur fond de comédie musicale. Contrairement à la danse classique indienne, les séquences dansées sont très rapides demandant une importante coordination dans les mouvements. Les héros sont entourés d'une troupe importante de danseurs ce qui donne un effet de masse impressionnant. D'autant plus impressionnant que tous les mouvements et déplacements sont synchronisés au cordeau.

J'avais un peu peur en remarquant la durée du film : 2heures 50 minutes... tout de même. Pourrai-je regarder sans ennui cette reconstitution historique ?

N'étant une spécialiste de l'histoire de l'Inde, je n'ai pas pu avoir un regard critique sur le respect de l'exactitude historique. Par contre, j'ai été étonnée de ne voir aucune allusion aux présences européennes de l'époque : la France et l'Angleterre avaient déjà posé leurs jalons en Inde. J'en ai déduit que le parti pris du réalisateur était de magnifier le courage, l'abnégation et l'esprit de sacrifice des Marathes dont l'empire s'étendait jusqu'aux confins du Cachemire.

Il n'empêche que j'ai passé un excellent moment et que je me suis laissée prendre par l'histoire : entre trahisons et romance, entre batailles et décors léchés, entre chants dansés et costumes magnifiques, le jeu des acteurs dont certaines mimiques soulignent les moment humoristiques de la narration.

 

La scène de la dernière bataille devant le fort de Panipat est un grand moment : le jeu des ralentis montrent l'intensité du combat et du courage du héros que le spectateur suit dans la furie suicidaire des sabres et des lances. Les duels au milieu des mêlées m'ont rappelé les scènes de batailles au pied des murs de Troie : le temps ralenti pour magnifier l'héroïsme des personnages.

Quant au jeu des acteurs, n'étant pas spécialiste du cinéma de Bollywood, je n'oserai pas m'ériger en juge. Hormis le fait que je n'ai pas vraiment compris l'utilité du rôle de l'épouse du héros lorsqu'elle le suit jusqu'à Panipat.

Toujours est-il que « Panipat », décrié par certains spécialistes du genre, m'a donné envie de regarder d'autres films bollywwodiens et d'autres films du réalisateur Ashutosh Gowariker  Jodhaa Akbar  et Swades  ... quitte à les regarder en deux fois.

 

Pour en savoir plus sur la réalité historique de ce fameux 14 janvier 1761, je vous invite à cliquer ici et 

 

Quelques avis :

Sens Critique Rachel

Visionné dans le cadre:




lundi 28 mars 2022

Ranee Tara Sonia Chantal Anna

 


Trois générations, cinq femmes, cinq voix et voies d'émancipation pour une harmonie entre culture indienne et vie américaine.

Ce roman jeunesse est également le récit de grandes histoires d'amour : celle que l'on vit avec sa moitié d'orange, celle qui se tait et se crie sous le crayon volubile dans un journal intime, celle compliquée et chaotique avec une mère, celle magnifiée avec un père, Rajeev, trop tôt disparu, enfin l'histoire d'amour que l'on transporte avec sa culture maternelle.

Il raconte le fragile équilibre entre désir d'émancipation et envie de conserver sa culture d'origine sans les tabous qui forme un couvercle de plomb sur la vie des femmes.

Les femmes de la famille Das avancent dans la vie au gré de leurs révolte ou acceptation, au gré de leurs amours.

Elles vivent les tourments de l'intégration dans un pays qui n'est pas le leur, tiraillées, parfois, entre ce qu'elles sont et ce qu'elles désirent être.

Tara, dicte Starry, l'aînée de Ranee, aime le théâtre, le cinéma et a l'art du mimétisme en s'imprégnant de la culture du pays d'accueil, elle est un peu le caméléon de la famille.

Quant à Sonia, la cadette, c'est dans les livres qu'elle se plonge pour s'intégrer dans le paysage. Elle y puisera l'énergie pour promouvoir le droit des femmes à être maîtresses de leur corps, de leur avenir, de leur féminité.

L'auteure, Mitali Perkins, aborde les mariages forcés au Bengale, et en Inde, les rituels religieux lorsque le Pa disparaît dans un accident de la route. Elle raconte également la cuisine, les odeurs et les fragrances épicées de l'Inde. Elle relate, aussi, l'art de la danse et du chant traditionnel des femmes, les couleurs chatoyantes des saris et des salwars, la pudeur que bouscule la pratique sportive au lycée.

Le roman évoque les tensions raciales des années 70 aux Etats-Unis ainsi que le racisme de Ma envers les Noirs que Sonia a du mal à comprendre et accepter. Vous imaginez un peu la tête de Ma (Ranee) quand Sonia tombe amoureuse de Lou, afro-américain originaire de Louisiane, qu'elle épousera quelques années plus tard.

« Ranee Tara Sonia Chantal Anna » parle des amours adolescentes, des premiers émois, des peurs de la différence, des batailles pour s'accepter sans oublier d'où l'on vient, du pouvoir des mots ouvrant l'horizon et donnant la force de s'affirmer.

La joie est toujours présente malgré les deuils et les chagrins, Ranee quitte sa chrysalide de veuve bengali pour devenir un très beau papillon, ses filles s'accomplissent chacune à leur manière et ses petites-filles ne s'en laissent pas conter.

C'est bien écrit, drôle et émouvant. On pense à la feel-good littérature et ma foi, de temps en temps ça fait du bien d'en lire. Est-ce que dans la vie, ce genre d'histoire se termine-t-il toujours bien ? Sans doute pas mais un peu d'optimisme est toujours bienvenu.

Ah... j'allais oublier un détail important : à chaque chapitre son beau mandala.


Lu dans le cadre d'une lecture commune des Etapes Indiennes 2022 avec Rachel, Hilde, Isabelle, Niniolivre et Blandine.

Traduit de l'américain par Pascale Jusforgues


Quelques avis :

Babelio  Ricochet Mylène Analire Hilde  Isabelle Ninijolivre  


  


mercredi 16 mars 2022

Les murs et autres histoires (d'amour)

 


Ou comment découvrir l'Inde en lisant des nouvelles. Cinq textes, cinq tranches de vie, cinq contes philosophiques offerts au lecteur qu'il termine par un « Mangalam Shubam! Que le bonheur vous sourie! »


Basheer nous entraîne dans une prison dont le directeur est amateur de roses. Le narrateur, la main verte, devient le fournisseur de rosiers de l'établissement pénitentiaire et tombe sous le charme d'une odeur perçue au-delà du mur séparant la prison des hommes de celle des femmes. Une odeur de femme. Dès lors, le narrateur, qui n'est que Basheer lui-même emprisonné pour ses écrits et prises de position politiques, cherche à la voir bien qu'il l'entende chanter à la nuit tombée.

L'amitié nouée avec les détenus et les gardiens se double d'un amour redonnant des couleurs à la réalité, offrant l'espoir en un avenir après la prison.

La nostalgie est également présente, chant ténu empreint de tristesse d'avoir recouvré la liberté avant de pouvoir mettre un visage sur les voix et odeur de Narayani.

Sous la plume subtile de Basheer, la poésie se lie à l'odeur d'une femme et à l'imagination incroyable du prisonnier.


Le voyage continue entre négociations conjugales, sursauts spirituels aux accents fantastiques et quête amoureuse au long cours. Basheer pointe avec poésie, humour et tendresse, les contradictions de la société indienne, sa complexité, ses nombreux groupes identitaires et ses interdits.

L'écriture de Basheer est ciselée et poétique, elle a un goût de liberté et de fantaisie qui enchante la lecture.

Mais, ce que j'ai vraiment apprécié c'est le côté malicieux de l'auteur, sa finesse d'esprit et sa capacité à produire le merveilleux et la sagesse.


Traduit du malayalam (Inde) par Dominique Vitalyos


Quelques avis :

Babelio  Hélène  Sens Critique  Clarabel Rachel

Lu dans le cadre:


 




mercredi 26 janvier 2022

Mes étapes du Tour du monde en 80 jours


Je consignerai dans ce billet les étapes réalisées en un ou plusieurs romans.

Les romans ou récits chroniqués auront leur lien vers leur chronique.




Algérie:

"Le sel de tous les oublis" Yasmina Khadra

Allemagne:

Meurtre d'un baron allemand: les Enquêtes de Miss Merkel" David Safier

Angleterre:

"Son espionne royale et la fiancée de Transylvanie" Rhys Bowen

"Le Cercle de Farthing" Jo Walton

* "Un intérêt particulier pour les morts" d'Ann Granger

"Emma" de Jane Austen

* "Randonnée mortelle" de M.C Beaton

"Madame la colonelle" de Somerset Maugham

"Son espionne royale et le collier de la reine" de Rhys Bowen

"Sherlock Holmes: Une étude en rouge" de Conan Doyle

"Invitation à la vie conjugale" de Angela Huth

"Jack et la grande aventure du Cochon de Noël" de J.K Rowling

Argentine:

"Fictions" de Jorge Luis Borgès

Canada: 

"Les Variations Goldberg" de Nancy Huston

* "Azami" d'Aki Shimazaki

* "Le premier quartier de la lune" de Michel Tremblay

* " Anna d'Avonlea" de Lucy Maud Montgomery


Chine:

* "Baguette chinoises" de Xinran

* "Bons baisers de Lénine" de Yan Lianke


Corée du Sud:

* "Bonne nuit maman" de Seo Mi-Ae

* "Chut, c'est un secret" de Seo Mi-Ae

* "Le stratagème du corbeau" de Yoon Ha Lee

Etats Unis:

* "Jours de juin" de Julia Glass

* "Reflets dans un oeil d'or" Carson McCullers

* "Le lac de nulle part" de Peter Fromm

"L'oiseau moqueur" de Walter Travis

* "Western star" de Craig Johnson

"Etés anglais" de Elizabeth Jane Howard

* "Une saison à Hydra" de Elizabeth Jane Howard

"Le piège d'or" de James Oliver Curwood


Inde:

"La vengeance du carnivore" d'Upamanyu Chatterjee

"Les Murs et autres histoires (d'amour) de Vaikom Muhammad Basheer

"Ranee Tara Sonia Chantal Anna" Mitali Perkings

* "La passeuse d'histoire" de Sejal Badani

"L'attaque du Calcutta-Darjeeling" de Abir Mukherjee

Italie:

"Sherlock, Lupin et moi"  de Pier Dominico Baccalario et Alessandro Gatti (texte) Lacopo Bruno (illustrations)

"Quand les pensées gelaient dans l'air" de Alberto Moravia

"L'île des âmes" de Piergiorgio Pulixi

* "Comment nous dire adieu" de Marcello Fois

"L'écarlate de Venise" de Maria Luisa Minarelli

Irlande:

* "Best love Rosie" de Nuala O'Faolain

Japon:

"Les belles endormies" de Yasunari Kawabata

* "Première personne du singulier" de Haruki Murakami

"Meurtres pour tuer le temps" de Jiro Akagawa

"Un flingue et du chocolat" d'Otsuichi

"Un café maison" de Keigo Higashino

"Petites boîtes" de Yoko Ogawa

"Les mémoires d'un chat" de Hiro Arikawa

"Choses dont je me souviens" de Natsume Sôseki

* "L'ode au chou sauté" de Inoue Arenoe


Russie:

* "L'échelle de Jacob" de Ludmila Oulitskaïa

Serbie:

* "Soixante-neuf tiroirs" de Goran Petrovic

Suisse:

"La panne" de Friedrich Dürrenmatt


Turquie:

* "Le château blanc" d'Ohran Pamuk


Ukraine:

* "Le caméléon" de Andreï Kourkov


51/80

lundi 24 janvier 2022

La vengeance du carnivore

 


« Le lien entre les carnivores et le goût de tuer ne me paraît pas évident. Il suffit de penser aux abominations qu'a fait subir un végétarien à l'Europe et au monde. » est un passage qui m'a beaucoup déstabilisée parce que cela a heurté ma sensibilité de végétalienne. A cette lecture j'ai failli fermer le roman et de passer à autre chose sauf que cela aurait été trop facile d'autant plus que l'intrigue me plaisait.

 

L'histoire se déroule deux ans après la proclamation d'Indépendance de l'Inde. Les infrastructures et les rouages administratifs gardent encore la marque de l'Angleterre.

Une riche famille trouve la mort dans le violent incendie de leur maison. Que s'est-il passé ? La famille avait-elle des ennemis ? Le magistrat Mahusudan Sen est chargé de l'enquête et décèle immédiatement ce qui cloche dans le macabre tableau : le serviteur, Basant Kumar est indemne et son apparente frayeur m'émeut point le magistrat qui le confond très vite.

C'est là que l'intrigue bascule.

Parce qu'en enquêtant sur les liens de la famille anéantie par le feu sacrificiel, il débarque dans un abattoir où il est témoin de tant de violences inutiles faites aux animaux et aux hommes, et qu'il sait que le système juridique en Inde est d'une lenteur effroyable, Mahusudan Sen décide de devenir végétarien jusqu'à ce que le coupable soit châtié.

 

Basant Kumar est coupable, c'est indéniable et irréfutable. Cependant il a des circonstances atténuantes : il est maltraité, mal nourri et doit quand même garder le sourire et servir la famille. Seulement, un soir, affamé, il perd tout sens commun et commet un carnage qu'il tente de dissimuler en incendiant la maison. Par un feu purificateur.

En prison, un codétenu lui explique pourquoi il doit rédiger une lettre de recours en grâce, lettre qu'il enverra régulièrement.

Les années passent, on pourrait penser que Mahusudan Sen pense à autre chose, or il n'en est rien. Il guette le moment où il mettre fin à la procédure juridique. Il a gravi les échelons au cours des vingt années écoulées pour se retrouver bien placé dans un ministère, bien placé pour intercepter la moindre information concernant son affaire.

 

Il y a une scène importante, dans le roman, qui se déroule dans un temple vieux de mille ans alors que la ville n'en compte qu'un peu plus de soixante-dix. La viande est tabou dans le temple et dans ses alentours, englobant la ville de Batia, lieu où tout commence. Le carnage de Basant Kumar a pour origine un ragoût de bœuf, viande doublement sacrilège. Cet acte est au cœur de la satire du roman : Upamanyu Chatterjee n'épargne rien ni personne de sa plume acérée, trempée dans l'encre la plus noire pour mieux souligner la noirceur d'une société hypocrite et sans pitié.

 

« La vengeance du carnivore » n'est pas une plaidoirie pour que cesse la souffrance animale et encore moins une plaidoirie pour le végétarisme. Le roman décortique avec précision les travers d'une société indienne qui vénère les animaux et qui n'a que mépris ou indifférence envers les castes inférieures. Une parentèle pauvre, un serviteur peuvent être battus, affamés, personne n'en a cure puisque c'est ainsi depuis que le monde est monde.

« La vengeance du carnivore » est aussi une dénonciation du système juridico-policier : la lenteur de l'administration, les petits arrangements entre amis, les pressions de la hiérarchie sur les subalternes, un système dans lequel l'impartialité n'existe pas. L'auteur montre également comment le système carcéral broie les prisonniers, les maltraite sans vergogne lors des interrogatoires ou les spolient de leur humanité.

La chute est effrayante par la froideur dégagée par le magistrat devenu chef de cabinet ministériel.

 

J'ai aimé découvrir l'auteur Upamanyu Chatterjee et son écriture précise. Une belle surprise !


Traduit de l'anglais (inde) par Sylvie Schneiter

 

Quelques avis :

 Babelio  Sens Critique  L'Inde en livres Bookmaniac Rachel  Hilde

Lu dans le cadre




samedi 22 janvier 2022

Les étapes indiennes 2022



 L'an dernier je découvrais "Les étapes indiennes" orchestrées de main de maître par Blandine et Hilde.

Cette année s'ouvre la troisième édition de ce joli défi littéraire dont l'objectif est de partager ses lectures, ses visionnages ou ses recettes autour de l'Inde.

Il y a régulièrement des lectures communes, permettant de vivre à plusieurs la découverte d'un auteur à travers deux ou trois titres, la découverte d'un roman ou d'u recueil de nouvelles.

Tous les renseignements et informations utiles sont chez Blandine et Hilde. Vous y trouverez des logos et des pistes de lecture.

Je reprends la route de l'Inde artistique et littéraire avec plaisir car le voyage en bonne compagnie est toujours merveilleux.

Nos cicérones Blandine et Hilde ont eu la judicieuse idée de mettre en place des "checkpoints"


Réalisez les Étapes au choix (celles du dessus) et/ou amusez-vous à relever différents détails dans vos lectures et visionnages
 : un mariage, la mention d’un plat, le passage dans une ville (région) ou sa description, un objet d’art, un vêtement etc. et checkez-les sur la grille.

Un détail relevé ou une étape réalisée = 1 checkpoint.
On peut cumuler les checkpoints : Imaginons, un roman qui se passe à New Delhi, avec quelques lignes sur la fête de Diwali, ça fait 3 checkpoints

De gauche à droite et de haut en bas :
► Mythologie et contes / Enquêtes / Arts / Calcutta / Fête de Holi
► Mariage indien / Cinéma / Ganesh / Jeunesse / Mumbai
► BD / Cuisine / Taj Mahal / Chennai / le Gange
► New Delhi / Récits de voyage / Jodhpur la Ville Bleue / Vache sacrée / roman
► Fête de Diwali / Etapes en Angleterre, au Pakistan, au Tibet / Nouvelles / Bangalore / Sari – vêtements

Quel voyageur serez-vous ?

« Voyageur paisible «  : Checker une fois chaque case de la grille ou obtenir 25 checkpoints

« Voyageur de l’extrême » : Checker trois fois chaque case de la grille ou obtenir 70 checkpoints

Les dates: du 8 janvier 2022 au 7 janvier 2023. Allez, laissez-vous tenter!