jeudi 31 décembre 2020

Pas de bilan lecture mais...

 


Je vous souhaite une belle et heureuse année 2021 remplie de jolies lectures.

mardi 29 décembre 2020

« Où se réfugier quand aucun chemin ne mène hors du monde ? »

 


Sigvaldi, la trentaine, tombe amoureux de la splendide Helga, jeune femme qui ressemble à Elizabeth Taylor, elle a dix ans de moins que lui.

Ils sont heureux, ils ont deux filles, Sesselja et Asta. Tout pourrait leur sourire... sauf que Helga ne s'épanouit pas dans le rôle de femme au foyer. La fissure aura lieu lors d'une soirée chez son père où elle chante et subjugue l'assemblée de fêtards.

Quelques semaines plus tard, le mariage part à vau-l'eau, Helga abandonne son foyer et ses filles alors que Sigvaldi est au travail.

Les filles sont recueillies chacune de leur côté, leur père ne pouvant pas s'en occuper. Pour Asta ce devait être l'affaire de deux ans, elle restera jusqu'à l'année de ses seize ans avec sa vieille nourrice.

Asta est aussi belle que sa mère, elle est admirée, regardée et convoitée. Jusqu'au jour où elle refuse d'aller plus loin avec son petit ami et le gifle. Dans les années soixante, les adolescents dits « difficiles » sont envoyés à la campagne, autrement dit au fin fond du monde islandais, pour réapprendre les règles sociales. C'est ainsi qu'Asta se retrouve dans la ferme d'Arni et sa mère Kristin dont l'esprit bat la campagne régulièrement. Il y a déjà Josef, un adolescent de son âge.

Asta, ou « amour » en islandais si on enlève le -a- final, est une héroïne sensuelle, avide de vivre et de trouver sa place dans le monde. D'ailleurs tout tourne autour de l'amour, l'antienne du roman de Jon Kalman Stefansson.


L'amour et ses multiples formes sont autant de pièces du puzzle littéraire concocté par l'auteur.

Aime-t-on follement plusieurs fois au cours d'une vie ? Sans doute mais pas avec le même schéma.

Ce qui est certain c'est que l'amour, comme la souffrance, son pendant, apportent à l'existence humaine son intensité, ce qui lui confère sa réalité. On aime, on souffre donc on est, on vit, on existe.

L'amour donne à l'être humain sa place dans un tout. « Où se réfugier quand aucun chemin ne mène hors du monde ? » Dans l'amour, dans toute sa globalité et sur toutes ses gammes. Il nous grandit, il nous construit au fil des désillusions, des échecs, des regrets, des remords et des doux souvenirs. Il nous montre combien brève est la vie et que chaque instant passé auprès de ceux qui comptent est un cadeau plus précieux que le plus pur des diamants.

C'est cette quête que le lecteur suit avec Asta du cœur de l'Islande battue par les vents incessants, perdue sous la neige ou les brouillards à couper au couteau, isolée dans la nuit boréale au milieu d'un océan immense ; au centre de Vienne ou de Prague, là où bat le cœur de la culture théâtrale de l'Europe.

L'Islande, petite île au milieu d'une immensité liquide, engendre des femmes et de hommes au caractère trempé et fantasque parce que la nuit polaire ne peut que donner corps à une fête permanente pour oublier que trop de sombre tue la lumière. Ils peuvent se perdre dans l'immensité d'une bouteille de vin ou de vodka.

Jon Kalman Stefansson nous conte l'histoire croisée de l'Islande moderne et d'une famille en utilisant tous les ressorts qui tissent la trame d'un roman extraordinaire malgré l'arythmie des récits enchâssés. Peu à peu les pièces du puzzle s'agencent pour offrir une fresque romanesque qui touche à l'universel.

Il y a de la poésie, de l'épique, du tragique et du bonheur ce qui est délectable.

J'avais beaucoup apprécié « D'ailleurs, les poissons n'ont pas de pieds », j'ai adoré « Asta » roman vibrant et envoûtant.


« J'ai fini par trouver le sommeil. Au moment où d'autres se réveillaient. Je me suis endormie dans le noir et réveillée dans le noir, mais il faut se garder de procéder à je ne sais quelles déductions dramatiques. Nous sommes tout bonnement en décembre, aucun autre mois ne produit autant d'obscurité » (p 119)


« Tu es peut-être dans les fjords de l'Ouest, dans une ferme abandonnée depuis des dizaines d'années ? Serais-tu là-bas, au creux de mon passé ? Et la seule manière pour moi de te retrouver serait de refaire tout ce chemin à l'envers ?

Ou es-tu simplement « parti » ?

Quel que soit le sens deton geste.

Parce que tu en as eu assez ? Parce que c'est ainsi que tout doit se terminer : dans le silence, l'absence et l'indifférence ?

Que tu as coupé les liens qui nous unissaient, ces liens que je croyais si puissants, et qui nous ont unis pendant plus de trente ans ? Que tu as résolument tranchés.

Et qu'aucune puissance sur terre ne saurait renouer.

Vraiment ? Aucune puissance sur terre ne saurait les renouer ? » (p 124-125)


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mercredi 23 décembre 2020

Mille nuances de blanc

 


Quatrième de couverture

Peu avant Noël, à Copenhague, un garçon groenlandais de six ans se tue en tomban du toit d'un immeuble. Accident, conclut la police. Ce n'est pas l'avis de Smilla Jaspersen. Elle connaît l'enfant. Et, surtout, elle « connaît » la neige.


Smilla Jaspersen est une jeune femme métisse danoise et groenlandaise. Elle est libre, indépendante et rebelle. Elle s'habille de manière toujours très chic et recherchée avec des vêtements d'excellente qualité respirant le luxe. Ce qui la rend d'autant plus surprenante et mystérieuse.

Smilla vit dans le même immeuble que Esajas et sa mère, elle accueille souvent le garçonnet chez elle quand la mère sombre dans les limbes de l'ivresse. Elle connaît bien l'enfant et son vertige aussi n'abonde-t-elle pas dans le sens de la police quand cette dernière conclut à un accident. Quand elle a observé la scène de l'accident, elle a su lire la neige : son enfance passée à Thulé, au Groenland, lui a appris à la langue de la neige, cette neige qui porte mille et un noms en groenlandais. C'est pourquoi les traces de pas sur le toit lui relatent une autre histoire que celle d'un banal accident.

Smilla ne veut pas en rester là : elle veut comprendre pourquoi Esajas est tombé, ce qui l'a poussé à grimper sur le toit et a provoqué la chute mortelle.


A mesure qu'elle avance dans son raisonnement et pose des questions, « on » cherche à entraver la progression de ses investigations et à l'intimider. Pourquoi ?

De questionnement en découverte, Smilla se rend compte que la mort du garçonnet est un élément, aux apparences anecdotiques, qui a perturbé les rouages bien huilés d'une organisation mêlant trafics en tout genre et recherches scientifiques secrètes.

Les enjeux sont énormes et provoquent une réaction en chaîne quand Smilla fouille dans les archives de la Compagnie danoise de Cryolithe et découvre qu'elle a couvert une expédition géologique au Groenland, en 1991, à Gela Alta. Une autre expédition avait eu lieu en 1966, infructueuse également. En remontant dans le temps, Smilla s'aperçoit que des chercheurs danois et norvégiens s'étaient joints à une expédition allemande au cours de la seconde guerre mondiale. Qu'est-ce qui peut attirer les regards sur cette région polaire, en dehors de la cryolithe, nécessaire minerai dans la fabrication de l'aluminium ?


Le Groenland est une terre hostile à la richesse minière indéniable ce qui attise la convoitise des grands groupes capitalistes prêts à tout pour s'emparer ce qui ce qui peut rapporter de l'argent au mépris des droits humains les plus élémentaires.

La course au profit ne prend pas en compte l'histoire, les traditions et encore moins l'équilibre écologique entre la glace, la neige, la faune, la flore et les hommes.

L'enquête de Smilla peut compromettre une expédition scientifique importante ce qui met en danger la vie de la jeune femme.

N'écoutant que son courage et son opiniâtreté, acquise dans une enfance groenlandaise, Smilla se fait embaucher comme femme de chambre sur le Kronos un petit cargo brise-glace paré pour se rendre dans le Grand Nord, là où les icebergs achèvent de dériver pour s'agglutiner en amas de glace d'une dangerosité extrême. Elle y trouvera des réponses.... glaçantes et effrayantes.


Peter Hoeg navigue entre le roman policier, roman noir et roman de science-fiction. Il n'épargne pas son lecteur avec des allers-retours entre le passé de Smilla, son présent, le passé du Groenland et sa modernité. Il orchestre le mystère avec maestria, distille la peur, tel un poison savamment dosé, tant chez Smilla que chez le lecteur.

Son héroïne doit puiser au fond d'elle-même courage et passion pour découvrir ce qui a provoqué la mort du jeune Esajas, elle lit les silences éloquents chez les autres, elle débusque un étrange parasite plus ravageur que le ver de Guinée ou le ver polaire. Mutation du parasite due à la proximité d'une météorite, objet de nombreuses convoitises ?

L'auteur excelle à mêler la critique envers la manière dont le Danemark a colonisé le Groenland, l'observation de la difficulté à tenir entre deux cultures aussi différentes que celle des Inuits et celle des Danois, à porter un regard acéré sur l'éternel conflit des relations homme-femme et à mettre en lumière le risque énorme à court ou moyen terme pour l'humanité d'un dérèglement dans l'équilibre subtil de l'écosystème du Groenland et des régions polaires, risque encouru par la course au profit d'un capitalisme à qui on a lâché la bride.

« Smilla et l'amour de la neige » est un hymne à ces régions hostiles où la vie dépend de la connaissance de la neige sous toutes ses formes. Une neige aux mille mots, aux mille nuances de blanc. Un monde cruel et envoûtant par sa beauté indicible.


Peter Hoeg offre un roman d'une beauté époustouflante, au rythme soutenu et à l'atmosphère délicieusement oppressante.

J'avais lu « La petite fille silencieuse » roman dans lequel l'eau tient un rôle essentiel, et « Le pouvoir de Susan », romans que j'avais hautement appréciés. « Smilla et l'amour de la neige » m'a enchantée au point que j'ai quitté, à regret, Smilla l'inclassable jeune femme aux mille et une facettes aussi intéressantes les unes que les autres.

Le must du must ? Le lire bien au chaud sous la couette ou confortablement installé(e) avec à portée de main un mug de thé brûlant.


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lundi 21 décembre 2020

Par ici la bonne soupe danoise, le Gule aerter

La réalisation de la soupe danoise aux pois cassés aurait du avoir lieu mercredi dernier. Pour des raisons de temps après lequel je courais, elle n'a eu lieu qu'aujourd'hui.

J'ai trouvé la recette chez Amand et basilic . J'ai remplacé le céléri rave, que je n'avais pas en stock, par un morceau de patate douce blanche.

Pour 4 personnes:

Ingrédients

500 g de pois cassés
300 g d’oignons
250 g de pommes de terre
250 g de carottes
200 g de chou vert
100 g de céleri rave
100 g de poireaux
4 branches de thym frais ou 1/2 cuillère à café de fleur de thym
Sel et poivre du moulin
1 litre de bouillon
2 cuillères à soupe d’huile d’olive (ou de colza)

Déroulé de la recette:

  1. Pour commencer, préparer le bouillon et tous les ingrédients de la soupe danoise, gule aerter.
  2. Tout d’abord, éplucher les oignons, les pommes de terre, les carottes et le céleri rave.
  3. Émincer les oignons puis laver pommes de terre, carottes et céleri rave et les couper en brunoise (petits dés). Réserver.
  4. Ensuite, ôter les feuilles abîmées du chou et des poireaux. Émincer le chou et couper les poireaux en deux dans le sens de la longueur, puis les débiter en petits morceaux.
  5. Désormais, laver l’ensemble abondamment (les poireaux sont souvent terreux), réserver.
  6. Dans une grande casserole, verser l’huile et jeter les oignons. Laisser blondir en remuant de temps en temps.
  7. Maintenant, ajouter les dés de pommes de terre, carottes et céleri rave. Mélanger, puis laisser dorer quelques minutes.
  8. À ce moment, intégrer les lanières de chou et le poireaux et bien mélanger. Laisser suer deux à trois minutes puis jeter les pois cassés.
  9. Alors, verser le bouillon, saler, poivrer et déposer le thym. Remuer, couvrir et laisser cuire à feu moyen environ 45 minutes.
  10. En cours de cuisson, vérifier que les légumes de la soupe danoise soient bien couverts d’eau.
  11. Environ 15 minutes avant la fin de la cuisson, retirer le couvercle et laisser épaissir. J'ai choisi de mixer le Gule aerter.
  12. Enfin, rectifier l’assaisonnement avant de servir.


samedi 12 décembre 2020

Education musicale

 


Aksel Vinding est un adolescent féru de musique classique, encore lycéen quand commence le roman. Il a un groupe d'amis musiciens, tous pianistes comme lui. Ils rêvent de se lancer, de devenir célèbres et pourquoi pas solistes.

Le lecteur est envoûté par la présence des œuvres de Bach, Chopin, Beethoven, Ravel, Schubert et Rachmaninov. Il entend leur musique, il suit leur rythme, l'intensité des émotions qu'ils dégagent.

Il s'attache très vite aux jeunes gens foisonnant de projets et de rêves. Ils s'aiment, se soutiennent tout en étant en concurrence.

Nous sommes à la fin des années soixante en Norvège, à Oslo, c'est l'époque où groupes de rock américains et britanniques enfièvrent la jeunesse avide de liberté. C'est l'époque de la conquête de l'espace et du premier pas de l'homme sur la lune.

La vie de Aksel n'est pas toujours rose : il n'est pas vraiment proche de sa sœur aînée Cathrine, ses parents ne s'entendent plus, sa mère s'alcoolise sans cesse pour oublier la vie qu'elle aurait aimé vivre et qu'elle n'a pas. C'est elle qui initie son fils à la musique classique et au piano. C'est elle qui lui insuffle le rêve de devenir concertiste. C'est elle qui veut pour lui un avenir brillant loin des fiascos immobiliers répétés du père.

La vie n'est pas rose sans être sordide pour autant. Jusqu'au jour du drame : la noyade de sa mère lors d'un pique-nique trop arrosé, le point d'orgue d'une famille à la dérive entre incompréhension et jalousie.

A partir du décès maternel Aksel s'éloigne du lycée pour finir par ne plus y mettre les pieds et faire une croix sur l'obtention du baccalauréat. Il perd pied longtemps avant de se raccrocher à la musique : il doit répéter et travailler dur pour se présenter au concours du « Jeune maestro ».

Le roman est celui d'un apprentissage où joies et douleurs s'entremêlent pour s'accorder sur la partition de la vie du jeune Aksel. Il apprend le deuil, l'amour, l'amitié qui transcende les ambitions, les meurtrissures intimes qu'une famille peut porter à une jeune fille ou encore les petits riens, les leçons auprès des pédagogues talentueux ou simplement bienveillant, ou les drames du quotidien.

Aksel et attiré par une étoile, Anja aussi mystérieuse que belle et talentueuse surveillée de près par un père possessif et implacable quant au plan de vie qu'il a décidé pour sa fille unique. Un père omniprésent avec un côté vampire tellement éloigné de l'attitude de son père. Peu à peu, l'empreinte exercée par le père d'Anja devient presque de la maltraitance : Anja s'étiole au fil des mois.

« La Société des Jeunes Pianistes » est un roman d'une grande délicatesse sur l'adolescence et l'entrée dans la vie adulte. Le rite de passage ? Un concours puis les débuts. Rebecca Frost et Anja Skoog en feront les frais avec un retour d'expérience différent. Rebecca se détourne de l'ambition de devenir une pianiste célèbre pour mordre la vie à pleine dents, la vivre intensément sans meurtrir dos et doigts à répéter sans relâche sonates et concertos sur un Steinway. Quant à Anja, elle deviendra évanescente au point de n'être qu'une ombre dévorée par l'ogre qu'est son père.

Le roman est un concerto dont les différents mouvements font vibrer le lecteur au rythme des émotions ressenties par ses jeunes héros. La fin est une ouverture pour un autre mouvement, un allegro espère le lecteur.

J'ai beaucoup aimé l'écriture de Ketil Björnstad, fluide comme un traîneau glissant sur la neige, subtile et onirique. D'aucuns trouveront qu'il y a des longueurs, or ces dernières sont importantes car elles contiennent ce que ressent, au plus profond de lui-même, le jeune héros en proie aux atermoiements de l'adolescent face à l'amour, à la sexualité et à ce qu'il doit faire de sa vie d'adulte. Je lirai avec plaisir le second tome "L'appel de la rivière".

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Extrait de l'oeuvre musicale de l'auteur Ici


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La gourmandise vient aussi de Norvège: les Skolebrød ou Skoleboller




(NB: le livre mis en scène n'est pas contractuel, il est là pour rester dans le thème)

J'ai terminé ma lecture norvégienne (
"La Société des Jeunes Pianistes") hier soir mais je m'étais lancée en cuisine mercredi après-midi. Comme je n'avais pas eu le temps de photographier mes oeuvres pâtissières, je n'ai pas pu poster dans les temps. Depuis la fin de matinée, la photo est dans les "bacs".

Les Skolebrød ou Skoleboller sont de petites brioches norvégiennes à la crème, noix de coco et cardamone. J'ai réalisé la version végétalienne trouvée sur le blog d'une pâtissière extraordinaire, Maeva. Ce ne fut pas sans mal car j'ai vraiment galéré. Le résultat n'est pas mal, cependant il est perfectible car j'ai utilisé de la farine semi-complète et la levée n'a pas eu lieu comme il fallait: le lait était-il trop chaud, pourtant, pour le deuxième essai j'ai fait chauffer le lait au Thermomix? Ou ma levure de boulanger express pas vraiment efficace? Mystère.

Par contre, j'ai réussi la crème pâtissière et je conserverai cette base pour réaliser l'été prochain des tartelettes aux fraises.
Je n'ai pas fait de glaçage, j'étais un peu beaucoup dépitée aussi me suis-je découragée.

Recette copiée chez Maeva.

Préparation : 30 minutes
Temps de repos (pousse) : 2 heures + 1 heure
Cuisson : 15 minutes
Quantité : 8 petites brioches

Pâte à brioches : 

- 275 g de farine
- 5 g de levure sèche de boulanger
- 35 g de sucre blond complet (ou autre sucre non raffiné)
- 2 c. à café de cardamome
- 1 pincée de sel
- 165 g (16,5 cl) de lait de votre choix
- 25 g de beurre ou margarine végétale

Crème pâtissière au pomelo (à l'orange car je n'avais pas de pamplemousse sous la main):

- 2 c. à soupe de farine
- 2 c. à soupe de fécule de maïs
- 125 ml de jus de pomelo
- 125 ml de lait végétal
- 1 c. à café de jus de citron
- 1 pincée de sel
- 30 g de sucre non raffiné


Glaçage : 

- 5 c. à soupe de sucre glace
- 1 c. à café d'eau
- de la noix de coco râpée

  • Dans un saladier, mélangez 215 g farine, la levure, le sucre, la cardamome et le sel. 

  • Faites tiédir le lait à feux doux. Si vous utilisez le micro-ondes, faites-le par palier de 5 secondes, le mien était tiède au bout de 15 secondes à 750 w. Attention, il ne doit pas être chaud au risque de tuer la levure et que vos brioches ne lèvent pas. 

  • Ajoutez le beurre/margarine au lait tiédi et mélangez bien. 
  • Versez ce mélange au mélange sec et mélangez avec une cuillère en bois puis terminez avec les mains. Ajoutez les 50 g de farine restants progressivement jusqu'à pouvoir former une boule de pâte encore légèrement collante.
  • Farinez le dessus, couvrez d'un linge propre et laissez pousser 1 h 30 à 2 heures dans un saladier graissé dans un endroit tiède à l'abri de l'air, la boule de pâte doit avoir doublé de volume.
  • Pendant ce temps, préparez la crème pâtissière.
  • Mélangez le jus de pomelo et le lait végétal dans un verre doseur.
  • Dans un petit saladier, mélangez la farine, la fécule et 1/3 du mélange jus + lait et mélangez jusqu'à obtenir une consistance homogène.
  • Dans une casserole, versez le restant du mélange jus + lait, le jus de citron, le sucre, le sel. Ajoutez la préparation précédente et faites chauffer à feu moyen pendant environ 5 minutes, jusqu'à ce que le mélange épaississe, sans cesser de remuer au fouet.
  • Versez la crème dans un plat à gratin ou une assiette et filmez au contact, laissez refroidir puis réservez au frais jusqu'à utilisation.

  • Lorsque la boule de pâte a bien poussé, dégazez-la sur un plan de travail (pas trop fariné si possible) et façonnez 8 boules de pâte de poids similaire (à 5 g près). 
  • Disposez-les sur une plaque recouverte de papier cuisson en les espaçant. Couvez d'un linge et laissez pousser à température ambiante 1 heure. 
  • Faites un trou au centre de chaque boule de pâte avec le pouce (pour le diamètre, c'est selon votre gourmandise de remplissage de crème). 
  • Remplissez chaque trou de crème refroidie avec une poche à douille (ou un sac congélation dont vous aurai coupé un coin à défaut). Il vous restera de la crème pâtissière, vous pouvez la déguster comme une tartinade sur du pain, des pancakes ou dans un yaourt. 
  • Enfournez à four chaud pour 15 minutes à 17 minutes à 180°c (th. 6) puis laissez-les tiédir sur une grille.
  • Pendant ce temps, préparez le glaçage : dans un bol, mélangez le sucre glace et l'eau jusqu'à avoir une pâte un peu épaisse, si besoin ajoutez un peu de sucre glace ou d'eau, j'ai fait un peu au feeling. 
  • Glacez les bords de chaque briochette avec un pinceau ou alors en les trempant directement dans le mélange et saupoudrez de noix de coco râpée. 
  • Laissez prendre sur une grille avec la feuille de papier cuisson en dessous, vous pouvez aussi les déguster tout de suite si vous êtes gourmands (ça colle un peu mais testé et approuvé !...)

Recette réalisée dans le cadre:




dimanche 6 décembre 2020

Etape gourmande: la Suède et ses Pepparkakor


La lecture est souvent associée à un moment privilégié, confortablement installé sur un voltaire ou un canapé. Aujourd'hui je me suis lancée dans la réalisation de petits gâteaux épicés suédois, les Pepparkakor, consommés essentiellement en période de Noël.

La recette est en version végétalienne. Je l'ai trouvée sur le blog de Rosenoisettes . La liste de ingrédients et le déroulé de la recette y sont, aussi ne ferai-je pas de copié/collé. C'est facile  et délicieux: il y a une explosion de saveurs épicées en bouche après avoir avalé la première bouchée. Une réussite!

NB: comme je n'avais plus de graines de lin pour faire "l'oeuf de lin" j'ai pris du lucuma, 20g, pour le remplacer.

Recette réalisée dans le cadre:



samedi 5 décembre 2020

Meunier tu hurles le grain et l'ivraie


« Un petit village du nord de la Finlande, peu après la guerre, voit arriver un inconnu qui rachète et remet en marche le vieux moulin. D'abord bien accueilli, le nouveau meunier Gunnar Huttunen a malheureusement un défaut : à la moindre contrariété, il se réfugie dans les bois pour hurler à la lune, empêchant les villageois de dormir. Ces derniers n'ont dès lors qu'une idée, l'envoyer à l'asile. Mais Huttunen, soutenu par la conseillère rurale Sanelma Käyrämö, est bien décidé à se battre pour défendre sa liberté. »

Le décor est planté dès les premières lignes du roman : Gunnar Huttunen passe pour un insensé quand il entame les travaux de rénovation du vieux moulin qu'il vient d'acquérir. Pourquoi s'enquiquiner à retaper un moulin délabré et inutilisé depuis plus de trente ans ? Pourquoi s'installer comme meunier alors qu'i y a une coopérative, « La coopérative meunière de la Bouche » pourvoyant sa mécanique aux paysans du coin ?

Et pourquoi pas, d'abord !

Cependant, il y a un hic et non des moindres : le caractère de Gunnar est loin d'être facile. Il peut traverser de longues périodes sombres, au cours desquelles il ne fait pas bon de le titiller, avant de montrer une mine plus joyeuse. Notre héros serait-il un bipolaire qui s'ignore ? Ou simplement un original éprouvant des difficultés à maîtriser ses émotions ?

Dans cette belle comédie humaine à la finlandaise, Arto Paasilinna nous offre les tribulations d'un héros attachant et profondément humain, dénué de toute méchanceté, n'aspirant qu'à une vie tranquille de meunier.

Gunnar est un homme qui ne peut que désarçonner ses semblables englués dans le cadre rigide d'une Finlande conformiste et intolérante envers ce qui en sort.

Paasilinna brosse un tableau âpre de cette société qui condamne l'originalité sans même lui accorder des circonstances atténuantes. Est-ce un délit que d'exprimer bruyamment une émotion devant les splendeurs de la nature, devant le travail bien fait ou exprimer la joie de voir couronné de succès son savoir-faire ?

Gunnar est particulier : quand il est heureux ou en colère il part dans les bois hurler sa joie ou son irritation. Il aime aussi imiter les animaux, ce qu'il fait à la perfection. Est-ce blâmable ? Ce n'est pas certain.

Par contre, il dérange les hommes de bien car il leur renvoie une image qui leur fait peur : être trop sensible, être trop près de la nature ne peut que conduire à la respecter et à ne pas la violenter en la cultivant ou en la domptant en dépit du bon sens. Et puis, la sensibilité est une part un tantinet « sauvage » de l'âme, un espace de liberté dangereux. Etre libre, aspirer à vivre selon ses critères, est un crime de lèse société policée, tournée vers le progrès technique et scientifique gage d'une entrée dans le monde de la modernité.

Gunnar est la note discordante dans le paysage idyllique d'une Finlande qui veut en finir avec la pauvreté et la ruralité.

« Le meunier hurlant » est le combat d'un homme pour se faire accepter tel qu'il est : original, indomptable, apportant la richesse de la diversité une société qui tend à uniformiser.

C'est aussi le procès d'une médecine obtuse et campée sur des certitudes erronées. Une médecine abusant de son pouvoir pour interner des gens pas plus fous que d'autres. Une médecine qui interne sans réellement songer à soigner ses malades mentaux. Les malades mentaux sont plus parqués que pris en considération, leur abandon est poignant de tristesse et la cruauté ordinaire des personnels manifeste.

Une société visant la modernité ne doit pas s'encombrer des forces qui le freinent et lui renvoient une image difficile à supporter. C'est tellement plus facile de soulever le tapis pour y glisser ce qui dérange que de prendre le problème à bras-le-corps.

Paasilinna réussit à montrer le sordide de l'asile avec un humour sans doute féroce qui provoque le rire. Le rire est libérateur tout en apportant de l'eau au moulin de la réflexion sur les conditions de vie d'un pan de la société. Le rire permet de parler de vérités qui dérangent et c'est dans cet art qu'excelle l'écriture de Paasilinna.

Gunnar dict le meunier hurlant est un personnage pittoresque et attachant : il a beau être poursuivi, traqué à chaque moment de sa vie, il trouve en lui les ressources pour rebondir, et par la même occasion se moquer des gens de bien, et conserver son émerveillement devant les beautés de la nature, des hommes et de l'amour.

Il y a des moments irrésistibles : la scène dans l'église devant Jésus sur sa croix et le dialogue qui s'ensuit. C'est bien beau de solliciter l'aide du Sauveur mais le mandant se rend-t-il compte de la situation douloureuse et frustrante dans laquelle il se trouve, sur sa croix ? Ou encore celle du pistage des hommes du village avec leurs chiens qui malgré avoir reniflé des vêtements de Gunnar, pensent à tout sauf à dénicher sa trace. Comme s'ils savaient que le fou sauvage n'était pas lui.

« Le meunier hurlant » est le roman d'un conteur extraordinaire qui sait tricoter un récit autant édifiant, drôle qu'émouvant. On ne peut que remercier le succès en librairie du « Lièvre de Vatanen » qui inaugura la traduction en français de nombre de ses romans.

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mardi 1 décembre 2020

Un peu plus au nord: décembre sera nordique


Mais elle n'arrête pas! me direz-vous à juste titre. 

Mais n'aurait-elle pas les yeux plus grands que le ventre? m'apostropherez-vous avec raison.

Mes lectures du Mois Celte ne sont pas toutes terminées et encore moins chroniquées. Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse! Qu'importe la bibliothèque pourvu qu'on ait à lire!

Ce mois de décembre est consacré aux lectures d'auteurs nordiques. Un défi lecture au gré des envies et des disponibilités organisé par l'énergique Cryssilda Collins.

Quel programme concocté par Chatperlipopette?

- 04 décembre: "Le meunier hurlant" d'Arto Paasilinna pour la Finlande

- 06 décembre: les Pepparkakor, biscuits épicés suédois (Suède)

- 10 décembre: le Skolebrød ou Skoleboller, petites brioches à la crème (Norvège)

- 12 décembre: "La Société des Jeunes Pianistes" de Ketil Bjørnstad  pour la Norvège 

- 21 décembre: "Le Gule aerter ou soupe aux pois cassés" (Danemark)

- 23 décembre: "Smilla et l'amour de la neige" de Peter Høeg pour le Danemark 

- 24 décembre: le Köttbullar ou boulettes de viandes dans sa version végétalienne (Suède) Ce sera pour après Noël.

- 29 décembre: "Asta" de Jon Kalman Stegfansson pour l'Islande

- 31 décembre: "Le départ des musiciens" de Per Olov Enquist pour la Suède.

Pourvu que ce ne soit pas un voeu pieux! Je compte sur les vacances de Noël pour avancer rapidement dans les lectures prévues.

Bon mois nordique à tou(te)s les participant(e)s!

samedi 28 novembre 2020

La lecture c'est la vie!


J'ai laissé passer quelques années avant de rouvrir un roman de Jasper Fforde. J'avais été enthousiasmée par la lecture de « L'affaire Jane Eyre », aussi avais-je un peu peur de ne pas être conquise par « Délivrez-moi ! ».

La crainte a disparu dès les premières lignes du roman et j'ai retrouvé, avec un réel plaisir, notre Thursday Next citoyenne, non plus britannique, mais galloise puisque le Royaume Uni ne l'est plus.

L'affreux et odieux Achéron Hadès est toujours enfermé dans sa prison littéraire, le monde de Thursday est toujours aussi décalé et empreint par la littérature.


Thursday est jeune mariée, heureuse en ménage avec Landen et toujours affublée de son dodo de compagnie. Cette fois, le dodo a une marotte : il couve un œuf. Ce n'est certes pas le nœud de l'intrigue, cependant le détail est récurrent et questionne le fait établi suivant : les espèces disparues recréées par la magie de la science ne peuvent se reproduire. Ainsi en est-il pour les Néanderthaliens. Cela vaudra-t-il pour les dodos ?


Thursday est appelée pour authentifier une pièce de Shakespeare exhumée d'une bibliothèque privée : « Cardenio » réapparaît. Or il est nécessaire de s'assurer de l'authenticité de la pièce disparue. Le service d'enquête de Thursday a pour mission de traquer les plagiats et les faux, de démasquer les faussaires de tout poil et de verbaliser les comédiens prenant un peu trop de liberté avec les textes de Shakespeare. Il est loin d'être aisé de ne pas se perdre dans le dédale des sectes issues des querelles au sujet de l'identité exacte de l'auteur Shakespeare : quand les « baconiens «  ou les « marlowiens » s'invitent sur la scène politique, ce peut être un vrai boulevard pour une personne mal intentionnée en quête de pouvoir absolu.

L'enquête, qui aurait pu, qui aurait du se dérouler selon une routine bien établie, dérape en une course-poursuite contre le Temps afin de sauver le monde d'une catastrophe imminente. Il s'agit, rien de moins, que d'éviter la fin du monde.

Notre détective de choc a à peine quinze jours pour trouver le moment M du petit fait F à l'origine de l'horreur à venir.

Il s'en passera des événements jusqu'au dénouement final ! Le Portail de la prose ? Disparu avec le départ en retraite, et plus exactement la fuite dans le Temps pour se réfugier à l'époque victorienne, de l'oncle Mycroft – j'ai toujours envie d'ajouter le -s car c'est tellement tentant!- Mais doit-on se laisser assujettir par des machines ou des programmes ? Que nenni, l'être humain est capable de prouesses libératoires s'il accepte de suivre un apprentissage pas comme les autres : apprendre à lire à voix haute.

Thursday rencontre, à point nommé par une coïncidence tellement extraordinaire qu'il doit y avoir anguille sous roche, une certaine Miss Havisham des « Grandes espérances », experte dans le voyage au cœur des livres.

C'est l'occasion de suivre l'enseignement de Miss Havisham, seule issue pour sauver le monde et retrouver son époux disparu, « éradiqué ».

Les lecteurs ont intérêt à s'accrocher car Miss Havisham les conduit tout droit dans une bibliothèque unique en son genre : non seulement elle abrite tous les livres écrits depuis la nuit des temps, mais aussi tous les livres en gestation, non terminés ou non édités. Son bibliothécaire n'est autre que le Chat du Chesterhire, enfin non puisque le Royaume Uni n'est plus uni mais il a un nom tellement ridicule qu'on ne veut pas s'en souvenir.


Jasper Fforde emporte le lecteur dans un tourbillon d'intrigues secondaires dont il se délecte avec bonheur, d'une chasse à l'Etre Suprême Maléfique à une fin du monde qui, heureusement, n'aura pas lieu grâce à une enchaînement de circonstances exubérant et jubilatoire.

Ce roman est aussi jubilatoire et protéiforme que « L'affaire Jane Eyre », jubilatoire n'est pas exagéré, loin s'en faut : on sourit, on rit, on déguste et on savoure de la première à la dernière page en suivant les démêlées de Thusday Next avec la Chronogarde, sa hiérarchie, son propriétaire ou encore avec la firme « Goliath », un géant de l'industrie qui se targue de contrôler l'être humain de sa naissance à sa mort au point que le mari de Thursday dit avec justesse au représentant de la firme « Croître pour croître est la philosophie du cancer » (p 88) sous entendant ainsi que le désir d'expansion sans fin de Goliath peut s'apparenter à la colonisation du cancer dans un organisme vivant.


« Délivrez-moi ! » est une uchronie loufoque à l'humour bienvenu en cette période de drôle de confinement qui nous interdit d'entrer dans une librairie pour humer les odeurs des livres, pour feuilleter leurs pages, pour déambuler le long des rayonnages avant de déposer, triomphalement, notre choix de lecture.

« Délivrez-moi » nous délivre des affres du quotidien et de la morosité ambiante. Il est à recommander et à lire sans modération.


Quelques extraits :

« Je m'approchais et posais les doigts sur les volumes immaculés. Ils étaient tièdes au toucher ; me penchant, je collai l'oreille contre leurs dos. J'entendis un bourdonnement lointain, le vrombissement de machines, des gens qui parlaient, un bruit de circulation, des mouettes, des rires, des vagues sur des rochers, le vent d'hiver dans les branchages, un tonnerre distant, une pluie battante, des enfants qui jouaient, le marteau d'un forgeron – un million de sons simultanés. Soudain, j'eus une révélation : les nuages se dissipèrent dans mon esprit et, en un éclair de lucidité, je compris la véritable nature des livres. Ce n'était pas simplement des mots assemblés sur une page pour créer une impression de réalité – chacun de ces volumes était la réalité. Ces livres-là ressemblaient à ceux ce que j'avais lus chez moi comme une photographie ressemble à son sujet. Ces livres étaient vivants ! » (p 157)


« Je repérai la première mention de Miss Havisham, trouvai le bon endroit pour commencer et me mis à lire tout haut, m'efforçant de faire vivre les mots. Car ils étaient bel et bien vivants. » (p 165)


Quelques avis :

Babelio   Sens Critique  Les pipelettes en parlent  A livre ouvert  L'herbefol  George Sand et moi  Lilly et ses livres


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mercredi 18 novembre 2020

Hissez les voiles et larguez les amarres!


Depuis le temps que je me promettais de lire, enfin, ce classique de la littérature jeunesse, le Mois Celte m'a permis de découvrir un beau roman d'aventure.

 

Le jeune Jim Hawkins aide ses parents à tenir l'auberge « L'Amiral Benbow » sur la côte anglaise. Un jour, un vieux loup de mer inquiétant, répondant au nom de Bill Bones, débarque pour prendre pension.

La scène d'arrivée de Bones est digne des premières pages de « L'auberge de la Jamaïque » : temps lugubre et inquiétant, silhouette sombre de l'auberge et apparence effrayante du loup de mer rappelant l'oncle du roman de Daphné du Maurier. Le lecteur sait qu'il y aura des moments sinistres et effrayants ce qui l'amène à s'y confronter rapidement.

Jim, notre jeune héros, est autant effrayé que fasciné par Bones, vieil aventurier, aux allures de pirate, ivrogne, braillard et colérique.

L'atmosphère s'alourdit quand un aveugle patibulaire vient rendre visite à Bones : Chien Noir, également pirate, est le messager de mauvais augure, il lui appose la « tache noire » .Les heures de Bones sont comptées. Une attaque d'apoplexie le terrasse alors qu'au même moment le père de Jim trépasse.

Cela commence à sentir le roussi pour Jim et sa mère qui partent quérir de l’aide au village voisin. C’est sans compter avec la peur des villageois qui n’osent affronter la bande de Chien Noir. Ils les dotent d’une pétoire et la promesse de leur envoyer le docteur Livesey et ses hommes.

De retour à l’auberge, voulant récupérer le montant de la pension due par Bones, Jim et sa mère trouvent dans la chambre le coffre du pirate, l’ouvrent et s’emparent de leur dû, ni plus ni moins. Cependant Jim emporte le paquet récupéré par simple curiosité. Ils ont juste le temps de s’enfuir avant l’arrivée de Pew et Chien Noir.

Un peu plus tard, Jim est invité avec le docteur Livesey chez le Chevalier Trelawney afin de relater sa mésaventure. Jim ouvre le paquet et découvre une carte au trésor. Aussitôt une fièvre s’empare des trois héros et une expédition est montée pour rejoindre l’île au trésor à bord de l’Hispaniola.

Ce que nos héros ne savent pas c’est qu’une partie des compères d’un ancien pirate a été engagée… heureusement que le flair du capitaine Smollett limitera les ennuis. Car forcément, il y en aura des ennuis.

Jim fait la connaissance du charismatique et inquiétant Long John Silver, unijambiste, maître coq de l’expédition, doté d’un perroquet haut en couleurs. Son attitude affable est trop polie pour être honnête et l’avenir donnera raison à la méfiance de Smollett.

Au cours du voyage, Jim caché dans un tonneau de pommes presque vide, surprend une conversation de Long John Silver avec ses affidés et comprend qu’une mutinerie aura lieu avant le voyage du retour. Jim et ses amis s’organisent pour ne pas être pris de court.

Il y aura combat entre les mutins et le groupe de Jim puis une « guerre des positions » pour enfin parvenir au dénouement. L’apparition d’un pirate marronné (c’est-à-dire abandonné trois ans plus tôt sur l’île par ses compères) Ben Gunn sera un élément essentiel de l’aventure au même titre que les désobéissances de Jim dues à sa juvénile curiosité.

 

Je me suis délectée de ce roman d’aventure et de pirate excellement servi par la personnalité extraordinaire de Long John Silver : on ne rencontre pas tous les jours un pirate aux manières courtoises et au langage châtié, le tout teinté de réelle cruauté. Le regard de Jim, jeune garçon d’à peine treize ans, oscillant entre fascination admirative et répulsion, fait que LJS ne semble pas aussi cruel et assoiffé de sang qu’il pourrait l’être. Le lecteur devine que la violence peut exploser à chaque instant du récit, que le vernis de Long John peut s’écailler en un éclair, ce qui fait le sel de la lecture : il se pourrait que… or l’once d’humanité présente chez le pirate unijambiste s’impose en compagnie de Jim. LJS est malin comme un renard, courageux comme un tigre, futé comme seuls peuvent l’être les as de la roublardise, et maîtrise l’art de la dissimulation. Stevenson réalise avec lui l’archétype du pirate qu’on ne peut que trouver sympathique. Oui, il est très difficile de détester et de trouver odieux ce personnage.

Les rebondissements et le suspense tiennent le lecteur en haleine, le fait tourner les pages sans jamais se lasser. Allez, encore un petit chapitre, ça ne peut pas faire de mal.

 

Ce qui importe, dans les romans de flibustiers ou de joyeux pirates sans vergogne, ce n’est pas vraiment le trésor, même s’il est le moteur de la recherche, mais plutôt la garantie de vivre une aventure sur les mers lointaines, se battre contre l’adversité, déjouer des complots et des trahisons, brailler au gré du rhum bu sans modération, de se confronter à des pirates au langage fleuri et à l’humour décapant. "L'île au trésor" c'est tout cela.

On prend un grand bol d’air en lisant ce roman très moderne dans l’écriture juste et humoristique de Stevenson.

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