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samedi 31 décembre 2022

L'oiseau moqueur

 


La quatrième de couverture n'en dévoile pas trop et met tout de suite dans l'ambiance

"Pas de questions, détends-toi". C’est le nouveau mot d’ordre des humains, obsédés par leur confort individuel et leur tranquillité d’esprit, déchargés de tout travail par les robots. Livres, films et sentiments sont interdits depuis des générations. Hommes et femmes se laissent ainsi vivre en ingurgitant les tranquillisants fournis par le gouvernement. Jusqu’au jour où Paul, jeune homme solitaire, apprend à lire grâce à un vieil enregistrement. Désorienté, il contacte le plus sophistiqué des robots jamais conçus : Spofforth, qui dirige le monde depuis l’université de New York. Le robot se servira-t-il de cette découverte pour aider l’humanité ou la perdre définitivement ?"


Le titre de la première traduction était « L'oiseau d'Amérique », moins porteur, il faut l'avouer. J'ai mis un peu de temps à comprendre ce changement, les indices se récupèrent tout au long de la lecture.

Walter Tevis imagine, en 1980, un monde sur lequel règne les robots, des plus sophistiqués aux plus basiques, un monde dystopique poussant à l'extrême la robotisation d'une société.

Souvenez-vous des années 80 ! La robotique, en plein essor, était le gage d'une société moins soumise au travail et plus portée vers les loisirs. L'avenir semblait radieux et, ma foi, heureusement que le monde merveilleux des robots prenant la place des humains n'a pas été créé. Quoique, maintenant, nous avons le courant transhumaniste surfant sur les progrès scientifiques et technologiques époustouflants, frôlant dangereusement la ligne rouge.

Revenons au roman « L'oiseau moqueur ».

Le monde de Paul Bentley est aseptisé, automatisé au plus haut point. Les êtres humains sont en voie d'extinction, ils ne savent plus communiquer entre eux ou penser ou encore s'intéresser à quoi que ce soit de dérangeant. La rengaine « Pas de questions, détends-toi » est la phrase magique intimant à l'humanité de ne pas faire de pas de côté. Aussi, a-t-il été nécessaire de proposer des dérivatifs chimiques et naturels aux hommes : calmants, haschich et stérilisation massive des populations. Ainsi annihile-t-on la curiosité d'esprit, l'envie d'apprendre inhérentes à l'être humain.

Nous sommes en 2400, même le dernier robot le plus sophistiqué, Spofforth, est au bord de la neurasthénie, cherchant, désespérément, à se suicider chaque année, sans y parvenir. En effet, les robots de sa classe craquaient à moyen terme et se suicidaient si bien qu'un léger changement dans la programmation fit de Spofforth une IA dépressif.

Au début de la lecture, le sourire me venait facilement aux lèvres puis très vite il disparut sous l'effet glaçant de la dystopie.

Les livres n'ont pas été brûlés comme dans Fahrenheit 451, ils ont été tout simplement retirés des bibliothèques pour être oubliés au fin fond des réserves, dans les sous-sols.

Plus de livres, plus de lecture, plus d'accès à l'imaginaire, plus de structuration de la pensée, plus d'échanges de points de vue, plus d'envie d'apprendre et de savoir, plus d'émulation, plus de projection dans le passé ou dans le futur. On assiste à l'appauvrissement de langage et donc à la disparition du libre-arbitre et des émotions. Pour que les êtres humains puissent supporter cela, il a fallu les rendre dépendants aux anti-dépresseurs et aux joints. Cependant, malgré cela, certains se rassemblent et s'immolent en place publique.

Bien entendu, Paul sera le grain de sable dans les rouages d'une société qui tourne à vide. Il apprendra à lire en tombant, par hasard, sur un manuel d'apprentissage de la lecture.

Bien entendu, accéder à la lecture lui ouvrira les portes de la réflexion et donc... des questionnements existentiels. Ce qui le conduira auprès de Spofforth, à New-York et lui permettra de rencontrer Mary Lou, jeune femme élevée en marge des pensionnats. Avec elle, Paul apprend à aimer, à partager, à éprouver d'innombrables émotions, sensations et sentiments. Les deux amants, les Adam et Eve d'un monde en devenir, recouvrent leur humanité et sont la clef d'un avenir rassurant : ils sont un bug dans le bug qui construisit le monde de 2400.


Ce qui m'a plu dans le roman c'est que l'auteur pousse jusqu'au bout le raisonnement du tout robotique en vogue dans les années 80. Le monde est sans odeur, sans saveur quand on n'a rien à faire pour gagner son pain, une alimentation d'ailleurs insipide puisque fabriquée à partir d'une plante, produite en monoculture, dont le nom est un numéro, garantie avec OGM.

Walter Tevis, avec une écriture des plus efficace, relate la remise en route d'un cerveau humain, celui de Paul Bentley. Il reconquiert sa liberté de penser, de créer, de réfléchir, d'inventer et de croire en une entité supérieure, celle de Dieu.

L'éveil à la conscience de Paul est faite d'obstacles, de peurs et surtout d'aventures parfois cocasses, parfois émouvantes. Il y a une scène édifiante : celle de l'usine de fabrication de grille-pain qui tourne en boucle stérile -assemblage des pièces, montage final, vérification … et mise au pilon pour défectuosité et enfin recyclage puis tout recommence- tout cela parce qu'un boulon est tombé dans un rouage de la chaîne. Ce que Paul remarque et répare en un seul geste. Depuis combien de temps durait le cycle infernal ? Aucun robot n'avait « pensé » à ce type de panne. L'oeil humain est irremplaçable, CQFD.

L'absurdité de ce monde dystopique est que les robots ne parviennent même plus à se réparer, entraînant une série de dysfonctionnements et amenant le monde au bord du chaos.

Les robots remplaceront-ils l'homme en le transformant en être dénué de bon sens et d'intelligence ? Derrière l'horreur de la disparition de la Culture, de la lecture, de l'écriture, de tous les objets véhiculant le savoir et la connaissance, l'espoir est toujours présent : il est nécessaire de faire confiance à l'être humain car il y en aura toujours un qui ouvrira les yeux, par hasard ou pas, et qui se redressera et partira à la reconquête de son humanité.

La fin du roman est absolument magnifique : le geste d'amour, de Paul et Mary Lou, envers Spofforth m'a émue au plus haut point.


« L'oiseau moqueur » est un très beau roman sur ce qui fait la beauté de l'humanité, capable du pire comme du meilleur.

Traduit de l'anglais (USA) par Michel Lederer

Un extrait:

"Pourquoi ne nous parlons-nous pas ? Pourquoi ne nous blottissons-nous pas les uns contre les autres pour nous protéger du vent glacial qui balaye les rues désertes ? Autrefois, il y a très longtemps, il existait des téléphones privés à New York. Les gens se parlaient alors, peut-être à distance, de façon étrange, avec des voix rendues ténues et artificielles par l'électronique, mais ils se parlaient. Des prix des produits alimentaires, des élections présidentielles, du comportement sexuel de leurs enfants, de leur peur de la météo et de leur peur de la mort. Et ils lisaient, ils écoutaient les voix des vivants et des morts leur parler dans un silence plein d'éloquence, connectés à cette rumeur du discours humain qui devait s'enfler dans leur esprit pour dire : Je suis humain. Je parle. J'écoute. Je lis."

Quelques avis :

Babelio  Yvan Sens critique Yuyine  Critiques libres  Geneviève  Cathoon

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mardi 27 décembre 2022

Bons baisers de Lénine

 


La dernière fois que j'ai lu Lianke Yan, c'était en 2008, année des jeux olympiques d'été à Pékin. J'avais souhaité lire un roman à contre-courant de ce que faisaient passer les autorités chinoises dans les médias. Je n'avais pas été déçue en lisant « Servir le peuple ».

« Bons baisers de Lénine » dormait depuis plus de deux ans dans ma bibliothèque, le défi « En sortir 22 pour 2022 » m'a poussée à le sortir de son rayonnage.


Benaise est un village perdu au milieu de nulle part dans les montagnes du Henan, et chaque habitant y vit « bénaise » autrement dit tranquille et sans souci majeur.

Benaise a une particularité, et non des moindres, qui est d'être peuplée uniquement de gens handicapés, éclopés, malmenés par la vie. Tout ce petit monde vit loin du charivari du monde, en marge de ce dernier, menant son quotidien loin des tracas administratifs des autorités du district.

On apprend, grâce aux commentaires de l'auteur, roman dans le roman, que Benaise est depuis la nuit des temps le refuge des infirmes.

Benaise est « dirigé » par une figure féminine, Mao Zhi, qui ramena dans le giron du district le village. Cette dernière voit d'un mauvais œil le chef du district souhaiter organiser la « benaisade » à laquelle participeront les villageois.

C'est au cours de la fête que vient à l'idée du chef du district d'utiliser les talents inouïs des Benaisois pour créer une troupe de cirque et gagner ainsi de l'argent afin d'acquérir la momie de Lénine, délaissée à Moscou car trop coûteuse à entretenir. Si cela se concrétisait, quelle réussite pour le chef en question et quel rayonnement glorieux pour cette région perdue au milieu de nulle part et quel merveilleux développement économique en perspective. Une occasion unique de mettre en pratique le slogan de Deng Xiaoping « enrichissez-vous ».

A partir de là, commence une aventure rocambolesque, drolatique et incroyable au cours de laquelle tous les défauts et qualités humaines seront passés au crible ravageur de l'humour de l'auteur.

Il est impossible de résumer ce roman fleuve en quelques lignes qui ne lui rendraient absolument pas justice. Il faut le lire, surmonter son organisation déroutante (les notes peuvent devenir des chapitres à part entière) qui m'a rappelé celle de « L'arbre monde » de Richard Power (qui a peut-être lu Lianke) puisque la lecture part des « racines » pour arriver à la dernière partie « les graines ». La narration naît et croît tel un arbre majestueux, emmenant le lecteur dans les méandres des frondaisons, ces petites notes qui apportent, l'air de rien, beaucoup au récit.

La galerie des personnages est croquée de manière drolatique avec juste ce qu'il faut de pointe ironique. Ils sont tous attachants et j'ai suivi avec jubilation leurs aventures et déboires, tantôt riant de bon cœur, tantôt avec émotion.

Je me suis demandé, à plusieurs reprises, pourquoi la censure chinoise n'a pas sanctionné « Bons baisers de Lénine » car Lianke n'y va pas de plume morte pour critiquer l'appareil politique chinois. Aurait-elle bon goût ? Ou l'auteur possède-t-il au plus haut point l'art de l'ironie subtile  et ainsi échapper aux risques d'emprisonnement ? A moins que la censure, devant la notoriété internationale de Lianke, a compris qu'il était un des grands romanciers contemporains.

Lianke met en place avec « Bons baisers de Lénine » une fable extraordinaire, un conte hallucinant où la momie de Lénine tient lieu de Graal communiste. Mao Zhi, elle, espère qu'une fois la quête accomplie, Benaise soit « déjointée » et retourne dans l'oubli afin que tout un chacun puisse y vivre paisiblement, loin des tracas administratifs et des exigences du Parti. Sauf que le chef du district ne tient absolument pas à abandonner sa poule aux œufs d'or. Sauf que... forcément rien ne fonctionnera comme prévu sinon ce ne serait pas amusant. Entre les délires de gloire et de richesse des uns et des autres, s'immisce une angoisse récurrente, celle qui naît de l'opposition entre les idéaux de la Chine révolutionnaire d'hier et la vision nouvelle de la Chine capitaliste d'aujourd'hui.

Yan Lianke réussit, magistralement, à conter cette quête du Graal avec une narration longue (655 pages), un récit protéiforme, frisant carrément le délire (le lecteur est emporté dans un maelstöm de situations relevant du picaresque ou de la farce comique sans filtre), et laisse au lecteur une liberté d'interprétation incroyable.

« Bons baisers de Lénine » est un roman jubilatoire, succulent, parfois cruel, qui m'a embarquée dans un voyage romanesque délirant et joyeux.

Traduit du chinois par Sylvie Gentil

(Roman de 655 pages)

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Babelio  Sens critique Critiques libres  In libro veritas

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mardi 20 décembre 2022

Jack et la grande aventure du Cochon de Noël

 


La magie de Noël vue par J.K Rowling, autrice des aventures d'Harry Potter, avait fait la joie des lecteurs, petits et grands, l'an dernier au moment de sa sortie en France.

Comme souvent, j'ai laissé passer la déferlante avant de me plonger, aussi, dans ce conte de fée.


Jack est un petit garçon timide, aimant le calme et la sérénité. Il a un ami très cher : LC autrement dit Lo Cochon, une peluche avec laquelle il a grandi. LC sait tout de Jack et inversement. Ils se comprennent sans avoir besoin de mots et puis... LC possède l'odeur rassurante qui n'appartient qu'à lui « ...un mélange de tous les endroits où LC avaient vécu ses aventures, et de la caverne tiède et sombre qui se formait sous les couvertures de Jack, sans oublier le soupçon de parfum de maman qui ne manquait jamais d'embrasser LC, lui aussi, et de le serrer dans ses bras lorsqu'elle venait dire bonsoir à Jack. » (p 13-14)

LC est d'autant plus cher à Jack quand les parents de ce dernier se séparent, que le nouvel ami de sa mère se révèle être le père de Holly, sa partenaire de lecture en CP, et qu'Holly, en pleine crise d'adolescence devient insupportable, irritable au point de commettre un geste épouvantable : jeter par la fenêtre de la voiture, alors qu'il neige sur la route, le pauvre LC tant sa rage est immense. C'est un peu comme si elle martyrisait Jack en s'en prenant au pauvre LC.

C'est le drame en cette veille de Noël. LC est perdu, Jack est tant dévasté qu'il refuse le « remplaçant » de LC, un Cochon de Noël, tout rose, tout dodu, et tente de lui arracher la tête. Jack pique une crise de rage aiguë dans sa chambre qu'il met sans dessus-dessous, balançant tous ses jouets aux quatre coins de la pièce. Epuisé, il s'endort tout en se promettant de partir, une fois reposé, à la recherche de LC.

La veille de Noël est le temps de tous les possibles.

Jack est réveillé par des voix et se rend compte que les jouets sont doués de parole... parce qu'ils sont avivés par les sentiments des humains envers eux. Le Cochon de Noël, propose à Jack de profiter de la magie unique de cette nuit particulière pour partir à la recherche de LC au pays des Choses perdues. Ce ne sera pas sans danger car règne sur ce pays l'épouvantable Grand Perdeur, dévoreur d'objets.

Commence alors l'extraordinaire aventure de Jack et du Cochon de Noël.


Tous les codes du conte de fée sont dans ce roman délicieux à lire : la magie, bien sûr, la quête, les embûches, les rencontres bénéfiques et maléfiques, les dangers à surmonter, le courage qui ne doit pas faiblir, la volonté et l'amour porté à l'objet perdu.

J'ai eu plusieurs fois la larme à l'oeil au cours de ma lecture, certainement parce que l'enfant en moi est toujours à l'écoute des contes. J'ai aussi perdu mon « doudou » aimé, Margotte du Manège enchanté, et je me suis plu à penser qu'elle devait passer des jours heureux sur l'île des Bien-Aimés.

Les rencontres faites par nos deux héros sont cocasses et parfois bouleversantes, chacune apporte sa part de lumière au récit, avec les objets, j'ai eu des frissons de peur dans la Rocaille des Indéplorés, j'ai ri en écoutant la Boussole fulminer contre les Mauvaises Habitudes, j'ai encouragé Jack et CN et été bluffée par la présence du Père Noël. Quant à l'ultime rencontre entre Jack et LC autant vous dire que ma gorge était serrée. Ridicule pour une adulte ? Non, car cela prouve que mon âme d'enfant et ma soif de Merveilleux sont toujours présentes.

Tous les ingrédients sont présents pour concocter un très joli conte de Noël. Sans compter que les illustrations de Jim Field sont très expressives et apportent une dynamique au récit.

Traduit de l'anglais par Jean-François Ménard.


Quelques avis

Babelio  Eva  Bianca  Livraddict  Lily Mylène

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samedi 8 octobre 2022

Agatha Raisin: Randonnée mortelle

 


Je continue, à mon rythme, la lecture des aventures de la célèbre Agatha Raisin, mi-mégère mi-fleur bleue.


Après six mois passés à Londres à travailler comme consultante dans son ancienne entreprise, Agatha revient au bercail pour retrouver son cottage, ses deux chats et son James Lacey. Sera-t-il heureux de la revoir ? Ce n'est pas l'impression qu'il donne à Agatha, bien décidée à ne plus le convoiter tout en pinçant encore pour lui.

Pendant son absence, James a mis en place une sorte de club de promeneurs, plutôt que de randonneurs, qu'il guide dans les chemins creux de la campagne des Cotswolds.


Par un heureux hasard, un événement vient perturber le quotidien d'Agatha : un meurtre a été commis dans le Gloucestershire, à Dembley, sur la personne d'une jeune femme, diplômée d'Oxford, professeure dans l'école de la ville, Jessica, activiste féministe au caractère bien trempée et au charisme brutal. Le club des « Marcheurs de Dembley » est choqué malgré les divergences de vue avec la victime. Cette dernière militait bruyamment pour le respect des droits de passage dans les propriétés des environs, ce qui ne lui offrait pas une grande cote de popularité.

Les membres du club de randonnée et les propriétaires font partie des suspects au point que la Présidente de la Société des Dames de Carsely, dont une des nièces appartient au club des « Marcheurs de Dembley », fait appel à Agatha pour innocenter Déborah Camden.

En compagnie de James Lacey, Agatha se lance dans l'enquête afin de découvrir la piste du tueur. Or, rien n'est plus facile que de la perdre et de se retrouver avec un suspect qui ne l'est plus.


« Randonnée mortelle » est une enquête plaisante à suivre malgré le suspense très vite éventé. Les personnages sont, hélas, très caricaturaux : la féministe portant caleçon et non culotte, adepte des poils aux aisselles et aux jambes, au verbe cru et cruel, l'intellectuel sympathisant de la cause nord irlandaise, les couples homosexuels ou la fille pâle et timide désespérant de sortir de son milieu social au point que cela en devienne une obsession. Il va sans dire que le personnage du baronnet est également caricatural et un peu agaçant.

L'intérêt de cette aventure est dans le choix de la couverture choisie par Agatha pour les besoins de l'enquête : jouer, avec James, le rôle d'un couple marié amateur de randonnée. Les relations entre nos deux héros sont un peu plus apaisées, James se rend compte que la présence d'Agatha peut être une agréable compagnie. Doucement, subtilement, les lignes bougent jusqu'à ce qu'une dégustation d'une bonne bouteille de vieux porto change la donne.

Agatha parviendra-t-elle à s'extirper du pétrin dans lequel elle risque de se retrouver ? Réponse dans le ou les tomes suivants.

Traduit de l'anglais par Jacques Bosser


Quelques avis :

Babelio  Livraddict Bianca

Lu dans le cadre

  
 







dimanche 25 septembre 2022

Une étude en rouge

 


Les classiques et l'amitié, tel était le menu de ce mois de septembre.

J'ai choisi un court roman, ou longue nouvelle, d'Arthur Conan Doyle, « Une étude en rouge » dans lequel l'auteur relate la rencontre de son célébrissime duo, Sherlock Holmes, encore méconnu malgré sa compréhension fulgurante des homicides, et John Waston, jeune médecin-chirurgien rapatrié d'Afghanistan où il a contacté une fièvre typhoïde.

La rencontre entre ces deux hommes, si dissemblables et pourtant tellement complémentaires, est le début d'une longue amitié et d'une formidable complicité.


Watson, affaibli par la maladie, vivote dans un hôtel plus que modeste du Strand à Londres Sa maigre pension d'invalidité, d'un montant de « 11 shillings et six pence par jour » lui fait prendre conscience qu'il ne pourra pas tenir longtemps ainsi avant de connaître la rue.

Au cours d'une discussion avec un vieil ami, il apprend qu'un certain Holmes recherche un colocataire. Une mise en garde lui est faite : Holmes est un original difficile à vivre et a des centres d'intérêt étonnants.

Lorsque furent faites les présentations, Watson est autant intrigué qu'attiré par la personnalité d'Holmes, accepte la colocation et emménage au 221 Baker Street.


John Watson prend très vite la dimension extraordinaire des capacités de déduction de Holmes ainsi que de son invisibilité aux yeux des journaux : ces derniers louent les exploits des détectives de Scotland Yard dus à sa perspicacité et son intelligence aiguë. Il décide d'être le témoin privilégié du travail d'enquêteur d'Holmes.


Holmes sera, peu de temps après, mis à contribution lors de la découverte d'un corps au n° 3 de Lauristen Garden près de Londres. Pas de traces de blessures ni de coups, alors que la pièce est maculée de taches de sang, aucun indice hormis une inscription mystérieuse en allemand « Rache » écrite en lettres sanglantes. Toujours est-il que ce n'est pas un crime crapuleux puisque le portefeuille du mort n'a pas été volé. Pourquoi un tel crime ?

Petit à petit, Holmes collecte des indices auprès desquels les as de Scotland Yard sont passés. De fil en aiguille, notre Sherlock déroule la trame du crime et pose les bases d'une méthode d'investigation s'appuyant sur les faits scientifiques et non uniquement sur le collationnement des témoignages ou de la réputation des suspects toujours sujet à caution.

Quel rapport entre le meurtre d'un riche américain et l'exécution, en Utah vingt ans plus tôt, d'un propriétaire terrien, Jean Ferrier, par la police secrète des mormons ? Holmes traque indices et preuves matérielles pour dénouer l'écheveau du crime.


« Une étude en rouge » est la nouvelle inaugurale du célèbre duo d'Arthur Conan Doyle. L'amitié et la complicité entre les deux hommes sont palpables tout comme l'admiration de Watson et le côté décalé d'Holmes.

Contre toute attente, ce qui devait être une amitié éphémère entre les deux personnages, devient pérenne : Watson en narrateur-biographe d'un Holmes devenant célèbre au fil des romans.

Lire cette nouvelle m'a permis d'enrichir ma vision des deux personnages emblématiques de l'auteur, un peu comme une préquelle des enquêtes de Sherlock Holmes.

Traduit de l'anglais par Pierre Baillargeon

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lundi 29 août 2022

Fictions

 


En août, « Les classiques, c'est fantastique » embarquait les participants en Amérique Latine. J'ai choisi de repartir à la rencontre de Jorge Luis Borges en relisant, plus de 25 ans après, « Fictions » un recueil de nouvelles extraordinaire.


Claude Mauriac écrivait « Jorge Luis Borges est un des dix, peut-être des cinq, auteurs modernes qu'il est essentiel d'avoir lus. Après l'avoir approché, nous ne sommes plus les mêmes. Notre vision des êtres et des choses a changé. Nous sommes plus intelligents. Sans doute même avons-nous plus de cœur. »


J'avais cela en tête lorsque j'ai commencé ma relecture de « Fictions ».


Que dire de ce petit bijou littéraire qui, de tautologie en pur imaginaire délirant, m'a ouvert un monde littéraire d'une incroyable richesse, sinon que ce fut un réel régal à lire !


Composé de deux parties « Le jardin aux sentiers qui bifurquent » et « Artifices », le recueil appartient à la littérature fantastique avec des récits d'abord ordinaires glissant rapidement, avec une subtilité brillante, dans le fantastique. Quelques mots, quelques images et les héros franchissent la ligne ténue menant de l'autre côté du miroir.

J'ai adoré la première nouvelle « Tlön Uqbar Orbis Tertius », celle dans laquelle le narrateur relate la découverte d'une contrée imaginaire à la seule aide d'une encyclopédie et d'un miroir. Avec l'auteur, j'ai joué à traverser le miroir de la réalité pour entrer dans un monde plausible grâce à l'usage qu'a l'auteur de la tautologie. Ce qui a fait que j'ai été « bluffée » (en mauvais français) par « La bibliothèque de Babel » : Borges pousse à l'extrême le stratagème tautologique pour créer, en quelque sorte, une philosophie-fiction. Cette dernière provoque étonnement puis enchantement devant l'immensité, le dédale des pistes de réflexions. On peut choisir de se perdre dans le labyrinthe sans fin des couloirs et des classements et trouver, enfin, la source tant cherchée pour apaiser sa soif d'apprendre, d'imaginer, de rêver.

Borges offre à son lecteur le privilège de choisir, au cœur de son jardin imaginaire, les innombrables bifurcations de ses sentiers, pour reprendre l'idée de la nouvelle éponyme.

Sous la plume de Borges, l'humanité se peint sous ses multiples spectres, des plus vils aux plus éblouissants, avec l'élégance de la langue et l'intelligence de ses regards.


« Fictions » est également le vivier des thèmes récurrents de l'auteur : les références littéraires, la métaphysique et la théologie (« Les trois versions de Judas » sont saisissantes), les labyrinthes avec « Le jardin aux sentiers qui bifurquent », que j'ai apprécié au plus haut point, et cet infini du monde, provoquant moult questions, que rend si bien « La bibliothèque de Babel ». C'est époustouflant et effrayant, telle une phalène attirée inexorablement vers la brûlure de la lumière.

Mais au final …. quelle aventure monumentale ! J'ai plus apprécié le recueil que lors de ma première lecture, j'avais alors eu la frustrante impression d'être complètement passée à côté... la maturité intellectuelle, nourrie par mes nombreuses lectures et leur partage avec autrui , en serait-elle la cause ?

Traduit de l'espagnol par P. Verdevoye, Ibarra et Roger Caillois


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mercredi 10 août 2022

L'île des âmes

 


La Sardaigne, son identité bien ancrée, ses beautés paysagères, son soleil, son maquis sauvage, ses villages isolés et ses mystères.

Depuis des décennies, l'île est au cœur de meurtres rituels, sur des sites ancestraux d'une civilisation très ancienne, de jeunes filles dont personne ne réclame le corps. Qui sont-elles ? Pourquoi ce silence sur leur disparition ? Le mystère demeure total, les affaires classées sans suite. Jusqu'au jour où un nouveau meurtre, rituel, est commis. Les événements s'accélèrent d'autant plus qu'une nouvelle inspectrice, venue de Gênes, a débarqué, entourée d'un halo d'interrogations.


« L'île des âmes », roman de l'auteur sarde Piergiorgio Pulixi, m'a entraînée dans un voyage presque lyrique tant les descriptions des paysages sardes, des maquis éloignés de tout, évoquent des images enchanteresses et inquiétantes, tant des mots émanent les fragrances particulières d'un maquis sauvage et authentique.

Cependant le roman n'est pas qu'une contemplation extraordinaire de paysages sublimes et préservés, il est aussi l'histoire d'une enquête tumultueuse et une traversée d'un monde rural attaché à ses traditions et à sa culture nuragique. Un monde rural qui règle son devoir de protection et de prospérité à coup de tradition très violente.


Le roman suit deux événements, a priori sans lien entre eux : l'enquête du duo d'enquêtrices, Mara Rais, la sarde, et Eva Croce, la génoise, placardisées aux affaires criminelles non résolues du commissariat de Cagliari qu'elles doivent trier avant de les classer définitivement aux archives ; le quotidien d'une famille paysanne, vivant dans les montagnes de Barbagia, semble entretenir d'étranges relations avec la tradition millénaire nuragique. La jeune génération a soif d'émancipation et d'ouverture sur le monde extérieur au maquis de Bargagia. Elle est avide d'ailleurs à ses risques et périls.

Ces deux voies sardes donnent du corps à l'histoire policière et aux secrets de famille des uns et des autres.

Nos deux inspectrices seront confrontées à de nombreuses horreurs, à des situations dangereuses et sanglantes. Elles seront moquées, ridiculisées, vilipendées même, sans qu'elles baissent pavillon. Elles rebondiront de fausses pistes en aveux inattendus pour réussir à boucler une enquête des plus glauques.


Je ne souhaite pas divulgâcher l'essence de ce polar, aux accents ethnologiques, en parlant trop de l'intrigue, car se serait annihiler le plaisir de la découverte et de la lecture. L'auteur parle de sa Sardaigne à partir d'un prisme différent que celui utilisé par Milena Agus.

J'ai aimé le duo féminin dont la réussite, comme souvent dans les duos policiers, réside dans ses différences viscérales : la coquette très féminine et l'austérité presque garçonne et asexué, le feu et la glace, la pétillance et la froideur, le verbe haut et la pondération. Chaque héroïne dissimule des blessures sous la carapace qu'elles ont choisie. Ces deux femmes affrontent le machisme ambiant d'une Italie patriarcale qui a du mal à accepter l'émancipation féminine au cœur de la société moderne.

Et puis … il y a la sublime Sardaigne dont l'auteur dévoile, avec une lenteur majestueuse, l'histoire millénaire inscrite dans ses paysages somptueux. Piergiorgio Pulixi instille dans chaque mot une force d'évocation extraordinaire : ses descriptions sont tellement ciselées et belles que je ne pouvais qu'inspirer les senteurs salines sublimant les fragrances du maquis et des montagnes. En quelques mots, j'étais au pied des vestiges d'un nuraghe, monument funéraire dont la tour, en forme de cône, est tronquée, observant les allées et venues nocturnes de paysans sardes mutiques et fiers sous leurs masques rituels terrifiants. Une description suffit pour être transportée hors du temps et parcourir, en quelques battements de cils, des millénaires.


« L'île des âmes » est une lecture prenante et jubilatoire au cœur d'une atmosphère qui m'a happée dès les premières lignes.

Mille et un mercis aux éditions Gallmeister qui élargissent leur catalogue à la littérature italienne. J'espère que d'autres pays auront leur place.

Traduit de l'italien par Anatole Pons-Reumaux


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lundi 8 août 2022

Son espionne royale et le collier de la reine ou des vacances "intranquilles"

 


J'avais prévu de lire le cinquième opus de la série « Son espionne royale mène l'enquête » lors du Mois anglais. Las, juin est un mois chargé car rime avec fin d'année scolaire et évaluations.

Aussi, après avoir lu trois pavés, ai-je souhaité me détendre avec un court roman agréable à lire... je n'ai pas été déçue.


J'ai retrouvé avec joie l'incroyable Lady Georgiana, et son impayable femme de chambre Queenie, dans une nouvelle aventure absolument rocambolesque.

Janvier 1933, l'hiver est morne et froid à Londres. Notre Lady préfère servir d'exemple et oeuvrer à distribuer la soupe populaire aux gens brisés par la crise économique due au jeudi noir de 1929, que de supporter sa belle-soeur, Fig, à Rannoch Hall, Belgravia, demeure londonienne de la famille.

Alors que Lady Georgie distribue moult bols de soupe en gare de Victoria, elle a en face d'elle une réclame sur les merveilles de la Riviera en hiver. De quoi la faire rêver et désespérer de ne pouvoir en profiter.

Georgie est toujours fauchée et n'a pas pu trouver un emploi digne de sa condition. Passe Belinda, sa meilleure amie, en partance pour Nice, qui lui annonce son séjour hivernal au soleil. Quelle chanceuse, cette Belinda !

A partir de là, les événements se précipitent : son frère, Binky, et sa belle-soeur sont invités par la famille de Fig à Nice. Magnifique, Georgie pourra en être. Las ! C'est sans compter avec l'avarice de Fig qui refuse de payer le billet pour Lady Georgiana à bord du luxueux Train Bleu (liaison ferroviaire ralliant, sans arrêt à Paris, Calais à Nice).

Heureusement, la Reine Mary confie une mission à sa jeune parente : une précieuse tabatière a été dérobée lors d'une fête, la reine soupçonne un baronnet, Sir Toby Tripoter, collectionneur compulsif, d'être le coupable. Georgie se retrouve dans le Train Bleu pour tenter de récupérer l'objet précieux.


Bien entendu, notre Lady vivra des aventures incroyables et rencontrera, notamment, la célèbre Coco Chanel qui fera d'elle un de ses mannequins vedettes pour la présentation de sa nouvelle collection « féminin-masculin » lors d'un défilé de mode au Casino.

Au cours du défilé, Georgie trébuche et se retrouve sur les genoux d'une douairière russe, est secourue par un Marquis français au charme envoûtant et se fait voler la rivière de perles et de diamants prêtée par la Reine Mary, ce qui est un fait historique – le prêt pas le vol -.

Georgie est confrontée à deux vols et donc deux objets de la Couronne à retrouver.

Et Darcy ? Il est présent et ce dès le voyage en train au cours duquel Georgie surprend une conversation dont le sujet est Darcy. La rumeur se concrétise quand elle l'aperçoit, sur une plage niçoise, en compagnie d'une jeune femme et d'un garçonnet qu'il semble affectionner.

Le sang de notre Lady écossaise ne fait qu'un tour : Darcy en aime une autre et il lui a même fait un enfant. Cette découverte l'amène à se laisser charmer par le Marquis Jean-Paul de Ronchard et plus si affinité. Aristocrate français riche et bien né.

Tout se présente sous les meilleurs auspices sauf que Georgie se voit accusée du meurtre de l'affreux et lubrique Toby Tripoter.


« Son espionne royale et le collier de la reine » voit une Georgiana plus émancipée, même si elle a toujours le chic de se mettre dans le pétrin sans le vouloir, plus sûre d'elle, plus caustique envers sa belle-soeur. J'ai vraiment apprécié le déroulé des événements auxquels est confronté l'héroïne qui prend conscience qu'elle peut plaire sans pour autant être dupe de tout le clinquant d'un hiver sur le Riviera.

Il y a, comme toujours, des allusions à l'actualité historique :la montée de l'influence de Hitler en Allemagne, la liaison scandaleuse du futur Edouard VIII avec l'américaine Wallis Simpson, le regard indulgent du Prince de Galles, et héritier de la Couronne Britannique, envers la politique d'Hitler alors que tout le monde s'accorde en Europe qu'il est impossible de prendre au sérieux ce petit homme moustachu agité et criard. L'auteure, Rhys Bowen, montre parfaitement, par petites touches dans le roman, combien la montée du nazisme s'effectue lentement mais sûrement.

Autre anecdote : celle du penchant de la belle société britannique à se lâcher sur la Riviera, abandonnant convenances et étiquette ennuyeuse pour mener mille et une frasques. Ce qui ne donne pas une bonne image de cette société anglaise aux yeux des provençaux. Le personnage de l'inspecteur Peton est un petit bijou.


Un cinquième opus plein de charme et d'inattendu de la part des protagonistes. Vraiment, j'adore Lady Georgiana de Rannoch dont la romance avec Darcy avance à grands pas !


Traduit de l'anglais par Blandine Longre


Quelques avis :

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samedi 30 juillet 2022

L'invitation à la vie conjugale


 

Frileux vis à vis du mariage s'abstenir.... quoique.


C'est l'histoire de plusieurs couples, des vieux et des plus jeunes. Ils se connaissent, se côtoient, s'apprécient plus ou moins. Il y a aussi un célibataire à graviter autour d'eux, Ralph Cotterman dont l'art consiste à tomber amoureux de femmes mariées. Il y a la campagne anglaise, la ville d'Oxford et son université. Il y a la mer et les aquarelles de Rosie. Il y a la nuit propice à l'observation des blaireaux. Il y a des couples perdus dans leurs habitudes. Il y a la vie qui s'écoule, pas forcément dans le sens que l'on souhaiterait.

Le temps fait des ravages, l'ennui conjugal aussi.

Question primordiale issue du triste constat précédent: quel est le secret, quelle est l'alchimie, pour qu'un couple fonctionne ?


Frances Farthingoe s'ennuie dans son manoir, sombre et isolé, au point que seule l'organisation d'une fête peut la sortir de son désespoir et lui redonner de l'énergie pour combler le vide de sa vie.

Rachel Arkwright, agaçante aux yeux de son mari, Thomas, ne pense qu'à une seule chose, depuis que ses enfants volent de leurs propres ailes, rejoindre le cocon douillet de son lit afin d'y dormir tout son soûl.

Mary Lutchins se torture en imaginant la vie de Bill, son époux, si elle partait la première, elle s'inquiète tant qu'elle porte un fardeau, invisible mais si lourd qu'elle en oublie les petits riens délicieux de la vie.

Ursula Knox, épouse de Thomas, professeur, et chercheur, d'économie à Oxford, déteste une seule chose : la vie à Oxford, ville laide et triste à ses yeux, elle qui ne rêve que d'installation à la campagne, loin de tout.


Frances et son mari Toby n'ont plus rien à se dire depuis longtemps, comme Rachel et Thomas. Alors que Mary et Bill sont unis dans leur amour pour la nature ou qu'Ursula et Martin affichent un bonheur conjugal insolent tant ils paraissent être sur la même longueur d'onde.

Qu'est-ce que le bonheur conjugal ? Partager les mêmes passions ? Apprendre l'un de l'autre tout au long d'une vie ? S'habituer aux petites manies de l'autre au fil du temps ? Etre toujours dans l'exaltation de l'amour ? Ou accepter de renoncer à une complicité remplie de tendresse ?

Chaque personnage, sous la plume d'Angela Huth, est un des mondes mystérieux qui font qu'un couple est un couple, même si la courtoisie et le respect ont pris le relais d'une tendresse amoureuse.

Thomas Arkwright peut paraître, d'emblée, détestable en étant d'une froideur à la limite du mépris envers Rachel. Pourtant, au fil du roman, il est délesté de son horripilante envie de séduire les jeunesses grâce à la rencontre avec Rosie Cotterman, une artiste peintre dont il collectionne les tableaux. Il est face à lui-même, face à son néant, face à son désir contrarié de devenir peintre.

Quant à Toby, il s'est réfugié dans l'étude des blaireaux pour ne plus penser au béguin que son épouse, Frances, éprouve pour Ralph qui ne ressent plus rien pour elle. La nuit, en pleine forêt, seul, il attend la sortie des blaireaux, planches de salut pour continuer à avancer.

Et Ralph ? Il court après l'impossible : Ursula qui ne le trouve que simplement sympathique bien qu'un peu pot de colle.


Angela Hunt peint la vie de ses personnages pendant plusieurs mois, ces mois qui s'écouleront entre la réception de l'invitation à la soirée organisée par Frances et le jour J. Les menus faits sont décortiqués, déroulés, scrutés sans aucune malveillance, sans acrimonie. Ils apportent leur lot de petits bonheurs ou de pénibles déceptions. L'écriture de l'auteure est si joliment ciselée, son observation tellement fine, que l'on ne s'ennuie à aucun moment. On les accompagne, on apprend à les apprécier malgré leurs défauts et on finit par constater que ce que peint la plume de l'auteure est le cœur de la vie ordinaire de gens ordinaires. Vie qui, finalement, n'est pas aussi ennuyeuse que cela. Certainement parce que Angela Hunt sait apporter, avec subtilité, de la poésie dans le quotidien de ses personnages auxquels on peut s'identifier sans difficulté. Ils ne furent pas moi, ils furent quelques parcelles de vie.


« L'invitation à la vie conjugale » est un roman qui montre de manière subtile qu'il est important de rester soi quand on vit à deux : cultiver un jardin secret est essentiel même si on autorise son partenaire à en partager quelques bribes. Etre soi pour pouvoir vivre à deux, une réponse apportée pour mener une vie conjugale harmonieuse.

Traduit de l'anglais par Christiane Armandet et Anne Bruneau


Quelques avis :

Babelio  Charlotte  Mumu  Sens critique  Critiques libres

Merci aux éditions de la Table ronde et au Mois anglais 2020 pour cette très belle lecture offerte.

Lu dans le cadre

    



mardi 19 juillet 2022

Madame la Colonelle

 


Pour la première fois j'ai ouvert un recueil de nouvelles de William Somerset Maugham, le plus francophile des écrivains anglais. J'ai choisi de lire le recueil intitulé « Madame la Colonelle » doté de vingt-quatre nouvelles toutes plus réjouissantes les unes que les autres.

C'est tout un univers pittoresque que nous propose l'auteur, écrivain voyageur s'il en est, lui qui a parcourut le monde pour assouvir sa soif de curiosité.

La nouvelle d'ouverture, éponyme du recueil, m'a entraînée à la suite de l'épouse d'un colonel, blasée de tout sauf de l'écriture. Le colonel voit cela d'un œil goguenard voire condescendant, lui qui ne prise absolument pas le monde de la culture, jusqu'au jour où un roman de son épouse est édité. La vie domestique du colonel bascule dans l'incroyable car le roman révèle une longue liaison de sa femme avec un homme plus jeune.

Il aura fallu la publication du roman en vers pour qu'il ouvre les yeux sur la personne de son épouse : elle a des idées, des envies, des émotions, elle est un être humain doté d'une richesse intérieure extraordinaire.

En quelques pages, Maugham griffe l'institution du mariage ainsi que la propension des maris à ne pas voir leurs épouses. Evie Peregrine en sort la tête haute, magnifique femme dans la plénitude de l'âge tandis que l'époux en sera réduit à célébrer les qualités créatrices d'Evie, histoire de ne pas sombrer plus profondément dans le ridicule.


Avec cette nouvelle, le ton est donné. Maugham au cours des vingt-trois nouvelles suivantes investit l'univers immuable de la campagne anglaise et l'ambiance particulière de la vie des Anglais à travers l'Empire, notamment en Inde et Malaisie.

Les personnages sont hauts en couleurs, pittoresques, les lieux sont empreints de la fin programmée des empires occidentaux, ils reflètent une époque conjuguée bientôt au passé au même titre que l'art de vivre colonial.

Chaque nouvelle a son lot de parvenus, de déprimés, de corrompus, de femmes suivant les lubies ou la tyrannie de leur époux. L'auteur lance ses piques à l'encontre du puritanisme, de la morgue anglaise qui se refuse à connaître les mœurs, coutumes et cultures des pays sous domination anglaise alors qu'il y a tant à recevoir de l'autre.

Il peint les passions des hommes avec une finesse d'observation extraordinaire, aussi ai-je lu lentement ce recueil afin de déguster chaque nouvelle dont la saveur est à chaque fois particulière.

Maugham ne fait pas dans le riant, les fins heureuses sont rarissimes mais quel art de la pique, quel art de la description du microcosme colonial où tout le monde épie son voisin, commente ses faits et gestes …. la vie étant si ennuyeuse malgré le cadre exotique. Le tout est servi par un humour dévastateur ce qui rend quelques nouvelles amusantes.


« Madame la Colonelle » est un régal à lire, je ne me suis absolument pas ennuyée bien au contraire : les voyages en Malaisie, les promenades dans la jungle bruissante et inquiétante, le suivi des exploitations de caoutchouc, les révoltes brisant les carrières les plus prometteuses, ont été autant de voyages appréciés.

Je ne peux qu'inviter à ouvrir un recueil de nouvelles de l'auteur pour entrer dans un monde délicieusement peint, avec un brin d'insolence, dans toute sa diversité.


Traduit par Jean-Claude Amalric, Joseph Dobrinsky et Jacky Martin


Quelques avis :

Babelio Sens critique

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