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jeudi 8 mars 2007

Les lendemains


Texte publié dans mon atelier d'écriture, les Poudreurs d'escampette. J'ai choisi une photo parmi trois proposées.


Il était encore tôt, ce matin-là. La chambre sommeillait de cette langueur musquée des ébats nocturnes. Une femme suivait le chemin de ses pensées, le sentier de sa vie. C'était au temps de l'adolescence, au temps de l'insouciance. Les senteurs diffuses d'après la pluie d'été, saupoudrant l'espace de la salle commune. La pendule égrene son tic-tac, l'odeur du café titille les papilles et réchauffe la pièce. Un oiseau trille près de la fenêtre. Une journée commence. Une longue journée s'ouvre pour sortir de l'enfance. Le rituel du matin s'achève lentement, posément. Une attente étrange et insoutenable étreint son coeur qui cogne dans ses oreilles. Un picotement chatouille délicieusement sa nuque, une perle de sueur apparaît sur sa lèvre supérieure, promesse d'un voyage intérieur. Elle a rendez-vous, elle a une rencontre avec sa vie, avec son jeune amour. Le temps n'arrête pas de s'étirer, ne cesse de s'allonger. Ah! douce et amère sensation d'une heure trop longue! Impatience et peur, curiosité et tremblement. Le chemin des pensées, le sentier de la vie se déroulent, subrepticement, pour amener au souvenir. Soudain, le temps s'accélère, libère les minutes et les heures: le rendez-vous approche, suffocant et haletant. Elle est là, ils sont là, petites statues de terre cuite, petites marionnettes malhabiles. La brise estivale les entoure de caresses subtiles et douces, amenant leurs mains à papillonner sur les corps étonnés, un peu apeurés, mais avides de découvertes. L'enfance se perd peu à peu, une pointe d'étonnement s'épanouit dans un autre monde, celui de l'autre que l'on est devenu. Un sourire ému, un souvenir fugace, un bonheur renouvelé. Derrière la porte, la douche crépite sur l'émail blanc. Ils sont devenus grands, ils sont devenus parents et sont toujours amants. Le musc, doucement, s'évapore jusqu'à la nuit prochaine, jusqu'aux retrouvailles de leurs corps adolescents devenus grands.

mardi 16 janvier 2007

Lignes....


Des traits longs ou courts ou encore petits et espacés, galaxies minuscules d'imaginaires inavoués,
Des fils ténus, tendus entre deux murs, entre deux mondes,
Torsades verdoyantes des tortillons végétaux, lierres grimpant au firmament,
Sinuosités liquides des pluies hivernales scintillent au soleil pastel,
Arabesques encrées des calames virevoltent au gré du papier virginal,
Volutes éphémères et odorantes des bûches immolées dans l'âtre de granit,
Gribouillis, rondes et danses des crayons enfantins, petits nuages de couleurs et de rêves inexprimés,
Rubans d'asphalte, transpirent en tremblant sous la chaleur des roues nomades,
Rayures bruissantes des bambous musiciens, verticalité d'un mur végétal qui murmure,
Ondulations d'une mer terrienne libérant la chevelure rousse des épis bientôt cueillis,
Ridules estompées par le poudroiement d'un masque à jamais envolé,
Vagues charivaris des mots, naissance mille fois renouvelée des histoires du monde,
Entrelacs des chemins, enrênent les rails, guides de partances vers la clé des songes,

...Lignes ouvertes aux souffles chauds des mots inventés, lignes voyages vers un ailleurs conté....lignes noircies par un crayon facétieux....

...Lignes, lignes d'une vie...

jeudi 11 janvier 2007

Dans les rues de Hankyu


Texte publié dans le cadre d'un atelier d'écriture auquel je participe depuis peu et qui est formidable: les poudreurs d'escampette (c'est sur Yahoo groupes).
Toutes les 4/5 semaines, deux sujets sont soumis à notre inspiration.
Votre histoire commence par cet incipit de Yukio Mishima:"Ce jour-là Etsuko entra dans un grand magasin de Hankyu et acheta deux paires de socquettes de laine: l'une bleue, l'autre marron"...(on pouvait modifier les noms propres)


Il régla ses achats puis sortit pour rentrer chez lui.
Du bleu et du marron, quelle drôle d'idée!
Du bleu, du marron, du marron, du bleu, mantra intérieur en
déambulant dans les rues grouillantes et criardes de la ville
tentaculaire.
Du bleu, du marron, des néons clignotants, l'ombre du vent. Etsuko
marche au rythme de ces deux couleurs: bleu, lumières et
spots;marron, ruelles perdues, contes de l'enfance.
Soudain, une sensation étrange: l'ombre du vent ébouriffe ses
cheveux, souffle le bleu des lumières et fait flotter une bannière
inconnue. Plus loin, une toute petite lumière, une lanterne de
papier, lui ouvre une porte.
Du bleu, du marron, un autre monde apparaît: une table basse, des
tatamis,un bol de thé, une calligraphie. Un doux bruissement derrière
le paravent: soie d'un kimono, papier de riz pour pinceaux?
Etsuko ôta ses chaussures, s'agenouilla et attendit. Quoi,
d'ailleurs? Lui-même ne le savait pas.
Bleu, marron, marron, bleu....
Dehors, les bambous étaient une pluie chuchotante, dedans, le silence
répondait.
Il but une gorgée de thé. Que faisait-il dans cette pièce? Il ne
savait même pas pourquoi il avait suivi la lumière de la
lanterne...une envie de se reposer des bourdonnements stridents de la
ville?
Lentement, Etsuko ferma les yeux et se retira en lui-même.
Un jardin s'offrit à lui...un autre monde, une autre vie. Graviers
marrons, galets bleus ratissés en spirale, étang paresseux où
somnolent les carpes repues. Le millenaire de la civilisation passe
sur le gong et le fait doucement tinter. Le bleu fugace d'un martin
pêcheur mêlé au marron d'une écorce, gouttelettes frémissantes dans
l'allée.
Doucement, Etsuko sortit de son rêve, le bol de thé devant lui. Un
proverbe lui revint en mémoire, comme une évidence: "Seule la feuille
verte apaise la montagne". Il vida, cérémonieusement, son bol de thé,
quitta la pièce, remit ses chaussures puis replongea dans la ville.
Bleu, marron, marron, bleu, silence et sérénité retrouvés....dans un
simple bol de thé.

mardi 2 janvier 2007

Mon jardin


A l'heure où les goëlands retournent au port, les ombres s'allongent dans mon petit jardin citadin.
Le rose doré du soleil couchant fait deviner une myriade de moucherons virevoltants.
Le ciel enfile des atours bleutés.
Les arbres dénudés deviennent, peu à peu, ombres chinoises.
Un oiseau traverse, frôle, vite, le jardin pour retrouver son abri.
Tiens...les corneilles prennent le chemin de leur dortoir...elles rentrent du travail, sans doute.
La circulation s'estompe.
C'est l'heure étrange du "entre chien et loup": tant de choses se confondent, se fondent dans le gris bleuté du soir qui tombe.
Même les chats ont déserté le muret de pierres...
Tout est calme, limpide dans la lumière apaisante de cette fin du jour.
Lentement, le ciel ferme ses paupières.
Lentement, le voile de la nuit se lève pour enrubanner le jardin de ses atours nocturnes.
Doucement, le poudroiement du crépuscule se dépose dans la maturité du monde.
chuuuut....

dimanche 31 décembre 2006

An neuf


L'an 2006 est mort, vive l'an 2006!
Cet "entre-deux ans" est le temps des rétrospectives, des bilans et des bonnes résolutions...vite oubliées.
Le gui et le houx nous caressent les cheveux, le givre aux carreaux (quoique cette année, le givre s'est fait discret)nous rappelle que c'est l'hiver. Le feu dans l'âtre nous convie à lire, confortablement installé dans un voltaire, une tasse de thé fumant à portée de main. Sur le canapé, un siamois médite sur le temps qui passe. Dehors, l'année s'achève pour renaître.
Les jours se rallongeront...cycle imperturbable de l'éternité insondable.
2007 frappe à nos portes: discrètement nous vieillissons d'un an.

lundi 25 décembre 2006

Haïkus et Accrostiche



Clochettes, tintement
Dans un souffle givré et
un noeud se défait.

Odeur des pins verts
Rouges et ors des lumières
Un chat se faufile.

Nues scintillantes parures
Odeurs d'agrumes chocolatées
Enrubannent les paquets dorés
Langes d'un sacré qui perdure.

mardi 12 décembre 2006

haïkus maison


Récolte du raisin
Le rouge nectar dansotte
Et le rêve s'enfuit.

Danse des blonds épis
La robe lentement mûrit,
Cristal d'un matin.

samedi 9 décembre 2006

In vino veritas


Intimité du souffleur de verre
Nuage d'eau de la fournaise solitaire
Voyage au long cours nonchalant
Il berce le palais gourmand
Nautilus des Côtes de Nuits égarées
Olifan joyeux des Pommards dégustés
Verres cristallins pièges des bouquets
Effeuillant les arômes coquets
Rivesaltes ambrés aux accents rocailleux
Images de sillons des coteaux caillouteux
Tanins dépôts précieux de l'alchimie
Assoiffée de soleil, de terre et de grappes
Solfège des crûs voguant le long des méandres

vendredi 8 décembre 2006

derrière le pan de mur


Un étrange murmure l'attira vers ce pan de mur. Un étrange murmure
l'invita à mettre son oeil dans cet interstice incongru. Etait-ce si
étrange d'entendre ce murmure parmi les cris grinçants des
mécaniques urbaines? Peut-être, peut-être pas.
Elle glissa son regard vers cet espace nouveau et là....
Le murmure s'amplifia, devint chuchotement chatoyant, devint
conversations mêlées. Que disaient-elles, ces paroles invisibles,
ces transparences cristallines? Les secrets des millénaires, les
confidences intimes du monde? Non, rien de tout cela...seulement une
invitation à aller au-delà du brouillard du quotidien. Seulement un
appel à venir rejoindre ces voix mystérieuses.
Alors, telle une passe-muraille, son âme alla à la rencontre des ces
murmures multiples.
Un autre espace-temps l'enveloppa avec une infinie douceur. Le
bruissement de l'air, de la lande, des feuillages iodés, l'entoura
et lui raconta cette armée minérale immobile, depuis des millénaires
murée dans son silence. Quelle est-elle? D'où vient-elle? Du tréfond
des âges, des tréfonds de la Terre....
Elle s'allongea dans la bruyère parfumée et les ajoncs mellifères
puis s'enfonça dans le couloir du temps.
C'était aux temps d'avant le Temps, les balbutiements de l'Homme,
les balbutiements de la civilisation. Elle imagine ces êtres apeurés
par l'apparition puis la disparition, chaque jour, du soleil. Ces
êtres qui tentent de conjurer cet éternel va et vient par une
création mystique....ces alignements minéraux, ces alignements
statiques, issus des profondeurs de la Terre, issus des profondeurs
insondables du monde des Ancêtres, garants de l'immuabilité des
choses, garants de la constance du réel.
Le temps n'existe pas pour ces hommes, la Nature est éternelle, ils
ne sont que de passage. Ce qu'ils entreprennent, leurs descendants
le continueront. La sacré, le mystère n'ont pas d'âge, pas de début,
pas de fin. Ils touchent l'éternité afin que l'astre d'or revienne
chaque jour.
Les âges farouches viendront plus tard....pour ne plus s'arrêter.
O, Temps suspends ton vol, encore, afin que le monde puisse
s'arrêter pour respirer, serein, apaisé et apuré!!!
Elle ouvre à nouveau les yeux. Son regard flotte au dessus de cette
armée de silence, cette armée du silence. Le murmure s'atténue,
devient insoupçonné. Son âme, remplie d'allégresse, franchit ce
petit pas de mur. Le présent reprends des couleurs lorsque la
sérénité est enfin retrouvée, lorsque le Temps perdu devient le
Temps retrouvé...

mercredi 6 décembre 2006

petit pamphlet


Salpêtre de visqueuses idéologies
Ame damnée d'une économie débridée
Raccolant les consciences démunies
Kafkaïen discours de mensonges annoncés
Osons l'envoyer paître aux oubliettes!
Zarathoustra de pacotille
Ypérite n'ayant rien d'une broutille

....en abuser est dangereux pour la société!

mardi 5 décembre 2006

La gelée de mûres


Une envie de coucher sur le papier, les instants fugaces de la mémoire...

Souvenirs, souvenirs d'une enfance, d'une adolescence, d'une vie.

Un soir, en parlant avec un cher inconnu, par écran interposé, Mamie est arrivée dans la conversation. Tout avait commencé par l'image d'une mûre....

C'était il y a longtemps. Le temps des nattes sages, des insouciances joyeuses d'une fillette qui se perdait dans les livres.

C'était une fin dété. L'air sentait la rentrée des classes, les retrouvailles avec les copines, le cartable rempli d'odeurs sérieuses.

C'était un bel après-midi. Brillant des derniers feux de l'été. Début d'été indien breton.

Une balade à bicyclette, Mamie marchant à mes côtés.

Des paniers en prévision de la récolte des mûres.

Dans les haies roncières, cette odeur si particulière, reconnaissable entre mille: celle des mûres, confites par le soleil, attirant le bourdonnement besogneux des abeilles, des bourdons...bzz,bzz...silence, travail, récolte des sucs...bzz,bzz...envol vers d'autres têtes noires gorgées de jus pourpre.

Les paniers se remplissent au gré des ronciers, au gré des chemins, au gré des fossés.

L'odeur devient entêtante et alléchante.

Rires aux morsures des épines....les mûres se méritent...toujours...

Peur de renverser la précieuse récolte...

De temps en temps, rencontre avec des voisins, bavardages futiles, paroles diffuses....la vie...la vie sociale d'une campagne aux portes de la ville...une chaleur impromptue, parfois inopportune.

Doux échos lointains d'une tranche de vie.

On revient tout de pourpre taché...heureux de s'être égratiné et d'avoir englouti moult baies noires...

Retour à la maison. Fraîcheur de la cuisine. Tintement des casseroles. Cristallin des saladiers. cascade d'eau. Chuchotement des mûres rafraîchies.

Ainsi commence la gelée!!!

Je regarde le faitout en fer blanc. J'y mets les mûres, qui murmurent leur mur de verdure.

Chanson des bulles pourpres.

Cascade du jus parfumé.

Le torchon blanc devient mauve, les petites baies moût violet.

Les pots se remplissent, lisses, onctueux.

On ne résiste pas à l'envie d'y tremper un doigt. On se brûle un peu. Mais le bonheur est intense, le palais joyeux, les papilles en fête.

Les pots de referment, se retournent, se rangent...la gelée, doucement, suavement se fabrique!!!!

Demain matin, les tartines auront un parfum de fin d'été. Un parfum d'été indien breton. Un parfum de rentrée des classes. Un parfum de cartable encré.

Mamie s'éloigne doucement...une cuiller en bois dans une main, un torchon blanc dans l'autre...un sourire aux lèvres.

Une jeune femme apparaît, une cuiler en bois au-dessus d'une bassine en cuivre. Les bulles pourpres chantent. Les pots bientôt se rempliront de gelée et de souvenirs.Saveurs subtiles de l'enfance et de mûres qui murmurent leur mur de verdure.

Lentement, suavement, la gelée s'imagine.

Demain matin, les tartines auront le goût de l'enfance d'une fin d'été, du sourire d'une grand-mère tant aimée.

Demain matin, la vie aura la couleur violette des encriers du passé.

Eternité improbable du temps qui passe sans se retourner.