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dimanche 5 février 2023

Son Espionne royale: Les douze crimes de Noël

 


Dans le cadre du R.A.T du Challenge Bristish Mysteries, j'ai renoué avec les aventures de l'inénarrable Lady Georgiana de Rannoch. Je dois avouer qu'elle m'avait manqué.


C'est bientôt Noël en Ecosse comme partout ailleurs au Royaume Uni et dans le monde. Le temps est glacial et l'ambiance à Rannoch plus que morose : il n'est guère facile de supporter les remarques désobligeantes d'une belle-soeur radine comme pas deux. Cette dernière a l'art de faire sentir à notre Georgiana combien son célibat pèse sur les finances familiales et qu'il serait grand temps de trouver un homme riche à épouser.

Son Espionne royale tourne en rond au désespoir de fêter Noël dans la joie et la bonne humeur. Son Noël 1933 est en passe d'être raté et ennuyeux au plus haut point.

Lorsque Fig, la belle-soeur, annonce que sa famille les rejoindra en Ecosse, Lady G. se met en quête d'un moyen pour échapper à la catastrophe annoncée et gagner quelques sous.

Par un heureux hasard, elle tombe sur une annonce de recrutement : une famille d'aristocrates recherche une jeune femme connaissant l'étiquette sur le bout des ongles pour animer les fêtes de Noël et du premier de l'an à Tiddleton-under-Lovey, un village, aux allures de celui du « Chant de Noël » de Dickens, perdu dans la campagne anglaise.

Le Noël de Son Espionne royale est sauvé et une tranquillité financière assurée.

C'est sans compter avec une série d'événements qui chambouleront le séjour tant de Lady Georgiana et de ses hôtes que celui des invités, payants, venus pour assister à des festivités d'un Noël traditionnel anglais.


Les malheureux accidents se succèdent, au rythme d'une comptine traditionnelle, ce qui n'est pas sans rappeler une certaine enquête policière d'Agatha Christie « Ils étaient dix » (titre original en français « Les dix petits nègres »). En effet, chaque mort « accidentelle » renvoie à un passage de la chansonnette.

Il y aura des rebondissements, des révélations, des rencontres inopinées (la mère de Georgiana passe Noël avec un auteur de théâtre, Noël Coward, décidé à relancer sa carrière d'actrice), des invitations chaleureuses (elle invitera son grand-père et sa charmante voisine à venir rejoindre sa mère) et une surprise avec l'arrivée de ce cher Darcy, neveu de la lady organisatrice et hôtesse du Noël traditionnel anglais. Lors de l'épisode précédent, les deux jeunes gens s'étaient avoué leur amour et avaient échangé moult baisers... tout en restant chastes). Darcy et Georgiana, c'est enfin dit, se marieront dès que le premier aura un emploi stable permettant de faire vivre, décemment, le couple.


« Les douze crimes de Noël » est gentillet et amusant mais manque de sel, celui des cachotteries de Georgiana pour que personne ne sache qu'elle travaille malgré son statut d'aristocrate. Il manque aussi le sel des missions, parfois alambiquées, confiées par la Reine consort dont l'obsession est de voir David, le futur roi Edward, s'éloignée de Mrs Simpson, devenue sa maîtresse.

Dans cet épisode, nos deux espions s'offrent comme une parenthèse dans leurs tribulations personnelles : ils pensent à eux et à leur avenir.


Une lecture charmante et amusante, comme toujours avec Lady G et la galerie de personnages croisés, ciselés avec humour par Rhys Bowen. J'ai également apprécié le fait que les fausses pistes orchestrées par l'auteure, fassent que le coupable est caché jusqu'au bout. C'est bien d'être embobinée jusqu'à la fin !

Traduit de l'anglais par Blandine Longre


Quelques avis :

Babelio  Livraddict  Bianca  Maeve  Mylène  Parfums de livres  A livre ouvert  Lilly  

Jojo  Critiques Libres

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jeudi 19 janvier 2023

Agatha Raisin: Pour le meilleur et pour le pire

 


J'avais quitté Agatha Raisin en plein assouvissement de son fantasme : séduire pour de bon James Lacey. Je la retrouve dans « Pour le meilleur et pour le pire » à quelques jours de son mariage.

Agatha et le village de Carsely sont en effervescence afin que l'événement de déroule le plus parfaitement possible.

Sauf que.. les nuages annoncés se précisent pour éclater, de manière tonitruante, quand Jimmy Raisin, l'ex mari de notre héroïne, réapparaît pour gâcher la cérémonie.

C'est le chaos !

Puis vient le drame : Jimmy est retrouvé sans vie en bordure d'un champ à la sortie du village ? Qui aurait pu lui en vouloir à mort ? Agatha est la première suspecte, suivie de près par James Lacey. Tous les deux ont un mobile évident. Or l'évidence est loin d'être celle à laquelle on pense.


La situation devient compliquée pour Agatha qui n'a même plus son joli cottage où se réfugier car vendu à une dame acariâtre et peu avenante. Le temps de l'enquête, les deux ex tourtereaux devront faire toit commun chez James.

L'enquête est convenue, certes, mais parsemée de drôleries douces amères. J'ai éprouvé de la tristesse pour Agatha qui voit tout s'écrouler autour d'elle en quelques secondes, elle ne méritait pas cela. Et j'en ai voulu à James Lacey pour sa rancune et sa sévérité envers Agatha. Même si une trop grande compréhension et rapide absolution n'auraient pas été crédibles de la part de James.

Agatha parviendra-t-elle à reconquérir James ? James est-il toujours amoureux d'Agatha ? Se retrouvrront-ils à Chypre ? Réponse au prochain épisode.


Agatha Raisin a beau être un personnage agaçant, parfois à la limite du supportable, on ne peut la détester. Elle reste sympathique car ses répliques ou remarques cinglantes ne sont pas foncièrement méchantes.

Chaque enquête apporte plusieurs éclairages sur la personnalité de l'héroïne. Peu à peu des voiles sont levés offrant quelques pièces du puzzle. Agatha souffre de son manque de culture et d'éducation, elle a bataillé pour arriver au sommet de son art de communicante et elle tente, depuis son installation à Carsely, de s'améliorer …. et elle y parvient.

Traduit de l'anglais par Françoise du Sorbier


Quelques avis :

Babelio  Bianca  Critiques libres  A livre ouvert  Sens critique  Lily

Lu dans le cadre

  



lundi 9 janvier 2023

Le chat du bibliothécaire: succès mortel

 


Le titre a tout pour me plaire puisqu'il comporte les mots « chat » et « bibliothécaire ».

Charlie Harris vit à Athena, dans l'état du Mississipi, en compagnie de son chat Diesel, un adorable Maine Coon, doté de nombreux admirateurs.

Charlie a croisé le chemin de Diesel après avoir subi deux deuils successifs, ceux de sa tante Dottie, qui lui a légué sa maison, et de son épouse. Ses enfants, jeunes adultes, sont entrés dans la vie active et vivent au loin. Un soir, sur le parking de la bibliothèque de l'université, Charlie recueille un chaton en détresse et en fait son compagnon à quatre pattes.

Diesel a une qualité, en plus de ses ronronnements si puissants qui lui valent son nom : il est doté d'une compréhension des émotions humaines incroyable et sait apaiser, rassurer, soigner, ceux qu'il apprécie. Douze kilos de tendresse ronronnante et de présence sans faille, Diesel suit partout son maître.

Diesel est un personnage à part entière, crédible et attachant.


Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si la venue d'un auteur à succès, Godfrey Priest, enfant du pays, n'avait pas été retrouvé assassiné dans sa luxueuse chambre d'hôtel.

Qui lui en voulait au point de le tuer ?

On apprend, très vite, que Godfrey a toujours été suffisant, nombriliste, fieffé égoïste et odieux avec tout le monde depuis les bancs du collège.


Charlie mènera, discrètement, son enquête, pour aider l'agente Kanesha Berry, en charge du meurtre. Pourquoi ? Parce que malgré les compétences de la jeune femme, les mentalités n'évoluent pas vraiment dans cet état du Sud où les habitants, blancs, ont du mal à échanger avec les gens de couleur. La Guerre de Sécession est loin d'être terminée, hélas, les préjugés encore ancrés dans l'inconscient collectif, Charlie aura plus de facilité à faire parler les gens.


Au fil de l'enquête, Athena se dévoile : les rancoeurs, les ragots, les inimitiés vont bon train ce qui amènera bien des surprises.


« Le chat du bibliothécaire » est un « cosy mystery » à l'américaine. L'intrigue est bien menée malgré un style répétitif. L'histoire est agréable à lire, les personnages attachants, cependant il manque le petit quelque chose qui caractérise les « cosy mysteries » anglais. Il manque le grain de folie, la pétillance, l'humour et le côté décalé d'une Agatha Raisin ou d'une Lady Georgiana ou d'un Hamish MacBeth ou encore d'un duo formé par Trudy Loveday et Clement Ryder.

Même si Charlie Harris est fort sympathique avec sa passion des livres, il apparaît plus atone, plus monotone que les héroïnes et héros de « cosy » anglais aux personnalités tranchées et/ou décalées, pleines d'humour et de drôleries.

L'auteur Miranda James a encore du chemin à parcourir pour égaler la verve si charmante de ses consoeurs et confrères britanniques.


Je tenterai, malgré tout, la lecture du deuxième opus, plus tard dans l'année.


Traduit de l'américain par Guillaume Le Pennec


Quelques avis

Babelio  Sonia  Livraddict Louise Grenadine  Geneviève


dimanche 8 janvier 2023

Bilan du Challenge British Mysteries 2022

 


Janvier est le mois des bilans de lectures. 

Celui des British Mysteries n'est pas pire que ceux du "Tour du monde en 80 livres" et d' "En sortir 22 pour 2022". Je ne me glorifie pas, loin sans faut, de mon faible score.

J'ai essayé de suivre, tant bien que mal, la trame proposée par les organisatrices, Lou et Hilde.







Son Espionne Royale et l'affaire du collier de la Reine, m'a permis de cocher deux cases d'un coup: les vacances (in)tranquilles et famille royale et noblesse.

Bal tragique à Windsor, enquête menée dans l'ombre par Sa Majesté Elizabeth II, m'a permis de cocher la case Meurtres à la maison. J'ai considéré que le château de Windsor était une de ses maisons.

Le cercle de Farthing dont l'action se déroule à la campagne m'a fait cocher la case Manoirs et cottages.

Son Espionne Royale et la fiancée de Transylvanie et ses fantômes de vampires m'a permis de cocher la case Hanté.

La Randonnée mortelle d'Agatha Raisin et ses arrêts dans les pubs et restaurants m'ont donné l'occasion de cocher la case Tonic, Pub et autres remontants.

Quant à une étude en rouge mettant en scène la rencontre entre le fameux duo Sherlock Holmes et Watson, j'ai longuement hésité à cocher la case Enquêteurs et enquêtrices loufoques. Finalement je l'ai coché car Sherlock est, malgré tout, un tantinet décalé et loufoque.

Six romans sur douze possibles. ferai-je mieux en 2023? Je l'espère!


samedi 8 octobre 2022

Agatha Raisin: Randonnée mortelle

 


Je continue, à mon rythme, la lecture des aventures de la célèbre Agatha Raisin, mi-mégère mi-fleur bleue.


Après six mois passés à Londres à travailler comme consultante dans son ancienne entreprise, Agatha revient au bercail pour retrouver son cottage, ses deux chats et son James Lacey. Sera-t-il heureux de la revoir ? Ce n'est pas l'impression qu'il donne à Agatha, bien décidée à ne plus le convoiter tout en pinçant encore pour lui.

Pendant son absence, James a mis en place une sorte de club de promeneurs, plutôt que de randonneurs, qu'il guide dans les chemins creux de la campagne des Cotswolds.


Par un heureux hasard, un événement vient perturber le quotidien d'Agatha : un meurtre a été commis dans le Gloucestershire, à Dembley, sur la personne d'une jeune femme, diplômée d'Oxford, professeure dans l'école de la ville, Jessica, activiste féministe au caractère bien trempée et au charisme brutal. Le club des « Marcheurs de Dembley » est choqué malgré les divergences de vue avec la victime. Cette dernière militait bruyamment pour le respect des droits de passage dans les propriétés des environs, ce qui ne lui offrait pas une grande cote de popularité.

Les membres du club de randonnée et les propriétaires font partie des suspects au point que la Présidente de la Société des Dames de Carsely, dont une des nièces appartient au club des « Marcheurs de Dembley », fait appel à Agatha pour innocenter Déborah Camden.

En compagnie de James Lacey, Agatha se lance dans l'enquête afin de découvrir la piste du tueur. Or, rien n'est plus facile que de la perdre et de se retrouver avec un suspect qui ne l'est plus.


« Randonnée mortelle » est une enquête plaisante à suivre malgré le suspense très vite éventé. Les personnages sont, hélas, très caricaturaux : la féministe portant caleçon et non culotte, adepte des poils aux aisselles et aux jambes, au verbe cru et cruel, l'intellectuel sympathisant de la cause nord irlandaise, les couples homosexuels ou la fille pâle et timide désespérant de sortir de son milieu social au point que cela en devienne une obsession. Il va sans dire que le personnage du baronnet est également caricatural et un peu agaçant.

L'intérêt de cette aventure est dans le choix de la couverture choisie par Agatha pour les besoins de l'enquête : jouer, avec James, le rôle d'un couple marié amateur de randonnée. Les relations entre nos deux héros sont un peu plus apaisées, James se rend compte que la présence d'Agatha peut être une agréable compagnie. Doucement, subtilement, les lignes bougent jusqu'à ce qu'une dégustation d'une bonne bouteille de vieux porto change la donne.

Agatha parviendra-t-elle à s'extirper du pétrin dans lequel elle risque de se retrouver ? Réponse dans le ou les tomes suivants.

Traduit de l'anglais par Jacques Bosser


Quelques avis :

Babelio  Livraddict Bianca

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dimanche 25 septembre 2022

Une étude en rouge

 


Les classiques et l'amitié, tel était le menu de ce mois de septembre.

J'ai choisi un court roman, ou longue nouvelle, d'Arthur Conan Doyle, « Une étude en rouge » dans lequel l'auteur relate la rencontre de son célébrissime duo, Sherlock Holmes, encore méconnu malgré sa compréhension fulgurante des homicides, et John Waston, jeune médecin-chirurgien rapatrié d'Afghanistan où il a contacté une fièvre typhoïde.

La rencontre entre ces deux hommes, si dissemblables et pourtant tellement complémentaires, est le début d'une longue amitié et d'une formidable complicité.


Watson, affaibli par la maladie, vivote dans un hôtel plus que modeste du Strand à Londres Sa maigre pension d'invalidité, d'un montant de « 11 shillings et six pence par jour » lui fait prendre conscience qu'il ne pourra pas tenir longtemps ainsi avant de connaître la rue.

Au cours d'une discussion avec un vieil ami, il apprend qu'un certain Holmes recherche un colocataire. Une mise en garde lui est faite : Holmes est un original difficile à vivre et a des centres d'intérêt étonnants.

Lorsque furent faites les présentations, Watson est autant intrigué qu'attiré par la personnalité d'Holmes, accepte la colocation et emménage au 221 Baker Street.


John Watson prend très vite la dimension extraordinaire des capacités de déduction de Holmes ainsi que de son invisibilité aux yeux des journaux : ces derniers louent les exploits des détectives de Scotland Yard dus à sa perspicacité et son intelligence aiguë. Il décide d'être le témoin privilégié du travail d'enquêteur d'Holmes.


Holmes sera, peu de temps après, mis à contribution lors de la découverte d'un corps au n° 3 de Lauristen Garden près de Londres. Pas de traces de blessures ni de coups, alors que la pièce est maculée de taches de sang, aucun indice hormis une inscription mystérieuse en allemand « Rache » écrite en lettres sanglantes. Toujours est-il que ce n'est pas un crime crapuleux puisque le portefeuille du mort n'a pas été volé. Pourquoi un tel crime ?

Petit à petit, Holmes collecte des indices auprès desquels les as de Scotland Yard sont passés. De fil en aiguille, notre Sherlock déroule la trame du crime et pose les bases d'une méthode d'investigation s'appuyant sur les faits scientifiques et non uniquement sur le collationnement des témoignages ou de la réputation des suspects toujours sujet à caution.

Quel rapport entre le meurtre d'un riche américain et l'exécution, en Utah vingt ans plus tôt, d'un propriétaire terrien, Jean Ferrier, par la police secrète des mormons ? Holmes traque indices et preuves matérielles pour dénouer l'écheveau du crime.


« Une étude en rouge » est la nouvelle inaugurale du célèbre duo d'Arthur Conan Doyle. L'amitié et la complicité entre les deux hommes sont palpables tout comme l'admiration de Watson et le côté décalé d'Holmes.

Contre toute attente, ce qui devait être une amitié éphémère entre les deux personnages, devient pérenne : Watson en narrateur-biographe d'un Holmes devenant célèbre au fil des romans.

Lire cette nouvelle m'a permis d'enrichir ma vision des deux personnages emblématiques de l'auteur, un peu comme une préquelle des enquêtes de Sherlock Holmes.

Traduit de l'anglais par Pierre Baillargeon

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mercredi 10 août 2022

L'île des âmes

 


La Sardaigne, son identité bien ancrée, ses beautés paysagères, son soleil, son maquis sauvage, ses villages isolés et ses mystères.

Depuis des décennies, l'île est au cœur de meurtres rituels, sur des sites ancestraux d'une civilisation très ancienne, de jeunes filles dont personne ne réclame le corps. Qui sont-elles ? Pourquoi ce silence sur leur disparition ? Le mystère demeure total, les affaires classées sans suite. Jusqu'au jour où un nouveau meurtre, rituel, est commis. Les événements s'accélèrent d'autant plus qu'une nouvelle inspectrice, venue de Gênes, a débarqué, entourée d'un halo d'interrogations.


« L'île des âmes », roman de l'auteur sarde Piergiorgio Pulixi, m'a entraînée dans un voyage presque lyrique tant les descriptions des paysages sardes, des maquis éloignés de tout, évoquent des images enchanteresses et inquiétantes, tant des mots émanent les fragrances particulières d'un maquis sauvage et authentique.

Cependant le roman n'est pas qu'une contemplation extraordinaire de paysages sublimes et préservés, il est aussi l'histoire d'une enquête tumultueuse et une traversée d'un monde rural attaché à ses traditions et à sa culture nuragique. Un monde rural qui règle son devoir de protection et de prospérité à coup de tradition très violente.


Le roman suit deux événements, a priori sans lien entre eux : l'enquête du duo d'enquêtrices, Mara Rais, la sarde, et Eva Croce, la génoise, placardisées aux affaires criminelles non résolues du commissariat de Cagliari qu'elles doivent trier avant de les classer définitivement aux archives ; le quotidien d'une famille paysanne, vivant dans les montagnes de Barbagia, semble entretenir d'étranges relations avec la tradition millénaire nuragique. La jeune génération a soif d'émancipation et d'ouverture sur le monde extérieur au maquis de Bargagia. Elle est avide d'ailleurs à ses risques et périls.

Ces deux voies sardes donnent du corps à l'histoire policière et aux secrets de famille des uns et des autres.

Nos deux inspectrices seront confrontées à de nombreuses horreurs, à des situations dangereuses et sanglantes. Elles seront moquées, ridiculisées, vilipendées même, sans qu'elles baissent pavillon. Elles rebondiront de fausses pistes en aveux inattendus pour réussir à boucler une enquête des plus glauques.


Je ne souhaite pas divulgâcher l'essence de ce polar, aux accents ethnologiques, en parlant trop de l'intrigue, car se serait annihiler le plaisir de la découverte et de la lecture. L'auteur parle de sa Sardaigne à partir d'un prisme différent que celui utilisé par Milena Agus.

J'ai aimé le duo féminin dont la réussite, comme souvent dans les duos policiers, réside dans ses différences viscérales : la coquette très féminine et l'austérité presque garçonne et asexué, le feu et la glace, la pétillance et la froideur, le verbe haut et la pondération. Chaque héroïne dissimule des blessures sous la carapace qu'elles ont choisie. Ces deux femmes affrontent le machisme ambiant d'une Italie patriarcale qui a du mal à accepter l'émancipation féminine au cœur de la société moderne.

Et puis … il y a la sublime Sardaigne dont l'auteur dévoile, avec une lenteur majestueuse, l'histoire millénaire inscrite dans ses paysages somptueux. Piergiorgio Pulixi instille dans chaque mot une force d'évocation extraordinaire : ses descriptions sont tellement ciselées et belles que je ne pouvais qu'inspirer les senteurs salines sublimant les fragrances du maquis et des montagnes. En quelques mots, j'étais au pied des vestiges d'un nuraghe, monument funéraire dont la tour, en forme de cône, est tronquée, observant les allées et venues nocturnes de paysans sardes mutiques et fiers sous leurs masques rituels terrifiants. Une description suffit pour être transportée hors du temps et parcourir, en quelques battements de cils, des millénaires.


« L'île des âmes » est une lecture prenante et jubilatoire au cœur d'une atmosphère qui m'a happée dès les premières lignes.

Mille et un mercis aux éditions Gallmeister qui élargissent leur catalogue à la littérature italienne. J'espère que d'autres pays auront leur place.

Traduit de l'italien par Anatole Pons-Reumaux


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lundi 8 août 2022

Son espionne royale et le collier de la reine ou des vacances "intranquilles"

 


J'avais prévu de lire le cinquième opus de la série « Son espionne royale mène l'enquête » lors du Mois anglais. Las, juin est un mois chargé car rime avec fin d'année scolaire et évaluations.

Aussi, après avoir lu trois pavés, ai-je souhaité me détendre avec un court roman agréable à lire... je n'ai pas été déçue.


J'ai retrouvé avec joie l'incroyable Lady Georgiana, et son impayable femme de chambre Queenie, dans une nouvelle aventure absolument rocambolesque.

Janvier 1933, l'hiver est morne et froid à Londres. Notre Lady préfère servir d'exemple et oeuvrer à distribuer la soupe populaire aux gens brisés par la crise économique due au jeudi noir de 1929, que de supporter sa belle-soeur, Fig, à Rannoch Hall, Belgravia, demeure londonienne de la famille.

Alors que Lady Georgie distribue moult bols de soupe en gare de Victoria, elle a en face d'elle une réclame sur les merveilles de la Riviera en hiver. De quoi la faire rêver et désespérer de ne pouvoir en profiter.

Georgie est toujours fauchée et n'a pas pu trouver un emploi digne de sa condition. Passe Belinda, sa meilleure amie, en partance pour Nice, qui lui annonce son séjour hivernal au soleil. Quelle chanceuse, cette Belinda !

A partir de là, les événements se précipitent : son frère, Binky, et sa belle-soeur sont invités par la famille de Fig à Nice. Magnifique, Georgie pourra en être. Las ! C'est sans compter avec l'avarice de Fig qui refuse de payer le billet pour Lady Georgiana à bord du luxueux Train Bleu (liaison ferroviaire ralliant, sans arrêt à Paris, Calais à Nice).

Heureusement, la Reine Mary confie une mission à sa jeune parente : une précieuse tabatière a été dérobée lors d'une fête, la reine soupçonne un baronnet, Sir Toby Tripoter, collectionneur compulsif, d'être le coupable. Georgie se retrouve dans le Train Bleu pour tenter de récupérer l'objet précieux.


Bien entendu, notre Lady vivra des aventures incroyables et rencontrera, notamment, la célèbre Coco Chanel qui fera d'elle un de ses mannequins vedettes pour la présentation de sa nouvelle collection « féminin-masculin » lors d'un défilé de mode au Casino.

Au cours du défilé, Georgie trébuche et se retrouve sur les genoux d'une douairière russe, est secourue par un Marquis français au charme envoûtant et se fait voler la rivière de perles et de diamants prêtée par la Reine Mary, ce qui est un fait historique – le prêt pas le vol -.

Georgie est confrontée à deux vols et donc deux objets de la Couronne à retrouver.

Et Darcy ? Il est présent et ce dès le voyage en train au cours duquel Georgie surprend une conversation dont le sujet est Darcy. La rumeur se concrétise quand elle l'aperçoit, sur une plage niçoise, en compagnie d'une jeune femme et d'un garçonnet qu'il semble affectionner.

Le sang de notre Lady écossaise ne fait qu'un tour : Darcy en aime une autre et il lui a même fait un enfant. Cette découverte l'amène à se laisser charmer par le Marquis Jean-Paul de Ronchard et plus si affinité. Aristocrate français riche et bien né.

Tout se présente sous les meilleurs auspices sauf que Georgie se voit accusée du meurtre de l'affreux et lubrique Toby Tripoter.


« Son espionne royale et le collier de la reine » voit une Georgiana plus émancipée, même si elle a toujours le chic de se mettre dans le pétrin sans le vouloir, plus sûre d'elle, plus caustique envers sa belle-soeur. J'ai vraiment apprécié le déroulé des événements auxquels est confronté l'héroïne qui prend conscience qu'elle peut plaire sans pour autant être dupe de tout le clinquant d'un hiver sur le Riviera.

Il y a, comme toujours, des allusions à l'actualité historique :la montée de l'influence de Hitler en Allemagne, la liaison scandaleuse du futur Edouard VIII avec l'américaine Wallis Simpson, le regard indulgent du Prince de Galles, et héritier de la Couronne Britannique, envers la politique d'Hitler alors que tout le monde s'accorde en Europe qu'il est impossible de prendre au sérieux ce petit homme moustachu agité et criard. L'auteure, Rhys Bowen, montre parfaitement, par petites touches dans le roman, combien la montée du nazisme s'effectue lentement mais sûrement.

Autre anecdote : celle du penchant de la belle société britannique à se lâcher sur la Riviera, abandonnant convenances et étiquette ennuyeuse pour mener mille et une frasques. Ce qui ne donne pas une bonne image de cette société anglaise aux yeux des provençaux. Le personnage de l'inspecteur Peton est un petit bijou.


Un cinquième opus plein de charme et d'inattendu de la part des protagonistes. Vraiment, j'adore Lady Georgiana de Rannoch dont la romance avec Darcy avance à grands pas !


Traduit de l'anglais par Blandine Longre


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samedi 16 juillet 2022

Bal tragique à Windsor

 


2016, Elizabeth II d'Angleterre s'apprête à fêter ses 90 ans et à accueillir le couple Obama à Windsor.

Lors d'un bal organisé au château, un pianiste russe est découvert, pendu et presque nu, dans la penderie de sa chambre. C'est le choc pour le petit monde de Windsor.

L'enquête est rapidement ouverte et les enquêteurs sont très vite amenés à soupçonner le personnel de la Reine d'être impliqué dans le meurtre. Mais la Reine est loin d'en être aussi certaine car quand on sert à Windsor the Crown of England, quand on sert la Couronne, on est fidèle et sans tache.

Elizabeth, aidée de ses deux secrétaires privés, mènera une enquête parallèle en faisant appel à de vieilles amitiés tout en ayant la grâce et l'intelligence de faire profiter l'enquêteur en chef de ses trouvailles... c'est qu'il est primordial qu'on ne se doute de rien.


Après la première enquête « cosy mystery » de Madame Merkel, jeune retraitée, écrite par l'auteur allemand David Safier, S.J Bennett met en scène la Reine d'Angleterre dans un roman plaisant, bien écrit, à l'intrigue intéressante et prenante.

En lisant « Bal tragique à Windsor », je revivais certaines anecdotes de la série, excellente, « The Crown » : le personnage de la Reine est à l'aune de ce qu'on peut appréhender en regardant les divers reportages consacrés à Elizabeth II, un sang-froid incroyable, un certain humour, le sens de la justice et du bien du Royaume, la capacité de fédérer ses serviteurs, proches ou éloignés, une intelligence plus fine qu'elle ne laisse paraître... une main de fer dans un gant de velours. Une petite et vieille dame digne que rien n'étonne.

Dans le roman, la Reine partage ses réflexions et ses pistes de recherches avec sagacité et doigté : elle ne doit pas interférer dans les affaires d'état, quelles qu'elles soient, et ne peut exposer ses idées que par des chemins détournés très subtils. La grande classe !! C'est Rozie Oshodi , sa jeune secrétaire particulière adjointe, d'origine nigériane et au passé militaire, qui se retrouve en charge de l'enquête royale.


J'ai suivi les tribulations de Rozie dans le dédale du sac de nœuds auquel elle, et la Couronne, est confrontée. Tout est feutré, tout est extrêmement bien documenté, la passion des chevaux et des corgis, la complicité avec le Prince Philip, le seul à pouvoir la bousculer et la chahuter un peu, le charme discret de cette vieille dame auprès de ses proches collaborateur et du personnel dans son ensemble.

Il n'y a pas de moquerie ou de critique, ce n'est pas le lieu ni le but poursuivi. L'autrice montre ainsi que la Reine, à presque 70 ans de règne, connaît on ne peut mieux la nature humaine et a su aiguiser son esprit au fil des années et acquérir un sens politique plus que maîtrisé.


« Bal tragique à Windsor » est un cosy mystery sans la touche fantaisiste qui caractérise le genre. Cependant on ne boude pas son plaisir et on en redemande.

Ah... ne pas oublier la tasse de thé et les petits gâteaux anglais.

Traduit de l'anglais par Mickey Gaboriaud


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mercredi 15 juin 2022

L'écarlate de Venise

 


La semaine italienne invitait à voyager du nord au sud aussi ai-je commencé par Londres, Rome et Venise avec trois auteurs différents.

« L'écarlate de Venise » est un roman policier historique dont l'action se situe à Venise, au XVIIIè siècle, et est le premier tome des « Mystères de Venise ». Tout pour me plaire.


« Venise, 1752. Lors d’une nuit glaciale de décembre, un homme est retrouvé assassiné dans une ruelle. La victime, un noble ruiné, a été étranglé. Dettes de jeu  ? Affaire d’escroquerie ou de mœurs ayant mal tourné  ? Pour Marco Pisani, le magistrat chargé de l’enquête, l’affaire s’annonce complexe. Elle le devient encore plus quand on découvre d’autres victimes, assassinées de la même manière. Un tueur sévit dans les rues et une vague de terreur déferle sur la Sérénissime. »


Marco Pisani, advocateur (procureur) vénitien aux méthodes originales, rappelant que le siècle des Lumières débutera sous peur, d'enquêteur, mène l'enquête de terrain avec l'aide de son ami Zen, avocat, et de Nani, le jeune gondolier à son service, pipelette et efficace dans le collationnement d'informations en tout genre.

La police locale préférant la facilité à aux recherches d'indices plus élaborées, met rapidement le grappin sur un jeune apprenti tailleur oeuvrant chez la belle Chiara, femme d'affaires indépendante et très perspicace. Très vite, Marco est convaincu que le pauvre hère est innocent et fait en sorte qu'il ne soit pas maltraité en prison. La suite des événements lui donne raison puisqu'un autre meurtre est perpétré dans la ville, portant la même signature que l'assassinat précédent.


L'auteure, Maria Luisa Minarelli, entraîne son lecteur dans une Venise mystérieuse et sombrement belle. Les intrigues, les luttes de pouvoir, les familles nobles ruinées d'avoir raté le tournant économique de la Sérénissime, tentent de survivre et de sauver les apparences coûte que coûte, la riche société allant de réception en bal masqué au gré des canaux et des palazzi.

Bien que l'intrigue ne soit pas des plus complexes, j'ai pris plaisir à suivre les divers personnages dans leurs déplacements au cœur de la ville. Complètement happée par l'ambiance, j'ai lu le roman sans m'ennuyer un seul instant tant l'atmosphère de l'action est bien installée.

J'ai eu un gros faible pour Nani, le gondolier de Marco, jeune homme impétueux, rusé, finaud et plein de ressources.

Quant aux descriptions des fastueux palais, elles m'ont ravie, j'y étais, je suivais Marco et Zen, je m'inquiétais aux côtés de la belle Chiara hésitant à se laisser aller au sentiment amoureux.

J'ai passé un excellent moment et c'est ce m'importait le plus.

Traduit de l'italien par Marie-José Theriault


Quelques avis :

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mardi 31 mai 2022

Sherlock, Lupin et moi: dernier acte à l'opéra

 


J'ai retrouvé le trio d'adolescents friands de mystère et d'aventure avec plaisir. Après Saint-Malo en période estivale, nos jeunes amis m'ont entraînée à Londres pour admirer, Covent Garden, la diva Ophélia Merrodew , vedette du nouvel opéra du maestro Giuseppe Barzini.

Irène Adler, en septembre 1870, alors que les canons prussiens sonnent le glas pour les armées françaises, et que Paris devient dangereux, part avec son père et Horacio Nelson, l'homme de confiance de la famille, pour Londres.

Irène est heureuse de retrouver Sherlock Holmes, incognito, et Lupin qui, part le plus pur des hasards, se trouve à Londres, son père se produisant dans un cirque en tournée londonienne.

Le soir même, Irène et son père assistent, émerveillés, à la représentation donnée par la grande cantatrice Ophélia Merrodew.

La magie de l'instant ne résiste pas à l'annonce d'un meurtre perpétré à l'hôtel Albion, où logent Arsène et son père Théophraste. Ce dernier est accusé d'avoir assassiné le secrétaire particulier du grand Giuseppe Barzani. Les trois amis enquêtent pour innocenter le père d'Arsène, accusé trop évident pour qu'il soit le véritable meurtrier. Or, un malheur ne venant jamais seul, Ophélia Merrodew disparaît à son tour.


L'enquête m'a entraînée dans les bas-fonds de Londres comme dans les beaux quartiers et les grands magasins. Il y a même l'entrée en scène du fameux brouillard londonien plongeant la ville dans une dangereuse purée de poix. Le quartier miteux de Bethnal Green, dont est originaire la cantatrice, est sordide au possible et inquiétant : des tripots malsains, des mines patibulaires, une vieille femme dérangée, des ruelles sombres et gluantes tels les tentacules d'une pieuvre …. de quoi engendrer angoisse et ambiance horrifique.

Les jeunes héros prendront de nombreux risques pour découvrir la vérité et éviter, ainsi, la pendaison à Théophraste Lupin.


Comme pour le premier volet de leurs aventures, j'ai apprécié les informations distillées (j'ai souri, amusée, quand le jeune Sherlock trouve la maison du 221B Baker Street, intéressante et pas mal du tout) par la jeune narratrice, permettant de mieux appréhender les personnalités des adolescents : leurs caractères deviennent plus marqués et ils laissent deviner leurs futures personnalités.

L'intrigue est menée tambour battant dans un contexte historico-scientifique très bien documenté : le XIXè siècle est bien esquissé, sans être ennuyant, tout comme le Londres victorien et les avancées scientifiques et technologiques.

Le récit est distrayant et bien construit. J'y prends goût !

Traduit de l'italien par Béatrice Didiot

Quelques avis :

Babelio  Bianca  Sens Critique  PatiVore

Lu dans le cadre