mardi 16 janvier 2007

Quelques phrases en passant....


"A Kaboul, les joies ayant été rangées parmi les péchés capitaux, il devient inutile de chercher auprès d'une tierce personne un quelconque réconfort." Y.Khadra in "Les hirondelles de Kaboul"

"Nous avons perdu nos fortunes, ne perdons pas nos bonnes manières. Le seul moyen de lutte qui nous reste, pour refuser l'arbitraire et la barbarie, est de ne pas renoncer à notre éducation." Y.Khadra in "Les hirondelles de Kaboul"

"...je refuse de porter le tchadri. De tous les bâts, il est le plus avilissant. Une tunique de Nessus ne causerait pas autant de dégât à ma dignité que cet accoutrement funeste qui me chosifie en effaçant mon visage et en confisquant mon identité." Y.Khadra in "Les hirondelles de Kaboul"

"Avec ce voile maudit, je ne suis ni un être humain ni une bête, juste un affront ou une opprobre que l'on doit cacher telle une infirmité." Y.Khadra in "Les hirondelles de Kaboul"

"La musique est le véritable souffle de la vie. On mange pour ne pas mourir de faim. On chante pour s'entendre vivre." Y.Khadra in "Les hirondelles de Kaboul"

lundi 15 janvier 2007

Un drôle d 'oiseau chez les Romains


Un inventeur de génie vient présenter ses inventions à l'empereur de Rome. Le point commun de ces dernières: l'utilisation de la vapeur. Idée révolutionnaire, porteuse d'incroyables progrès technologiques, socle d'une toute puissance sur le monde connu.
Le lecteur nage en pleine fantaisie où les scènes les plus extravagantes se disputent l'humour le plus décapant.
William Golding plante un décor romain des plus classiques: un empereur décadent, un petit-fils blasé s'ennuyant à mourir, de beaux jardins, des statues...jusque là tout va bien. Puis, arrive l'inventeur, Phanocle: il est myope et ex-bibliothécaire (adjoint, a-t-il l'ironie d'ajouter)....là, le doute s'installe quant à la suite, sereine, du récit: ce Phanocle apporte sur un plateau la machine de guerre à vapeur, le canon....et la cocotte-minute!!!
En un rien de temps, nous basculons en plein délire jubilatoire. Le paroxysme de l'absurde est atteint lors de la démonstration des capacités du bateau et du canon: une catastrophe hilarante pendant laquelle le lecteur suit l'empereur, prisonnier de la légion de son héritier, qui passe en revue lesdits soldats, sous un soleil de plomb et une cacophonie ambiante inouie. Ces derniers, accablés de chaleur, écrasés par le poids de leur équipement tombent comme des mouches: l'empereur prend un temps infini à demander des nouvelles de chaque soldat.Son stratagème lui permet de manipuler son public et d'inverser la situation.
Lorsque tout le charivari se calme enfin et que tout rentre dans l'ordre, William Golding surprend le lecteur: finalement, l'invention qui retient toute l'attention de l'empereur n'est pas celle que l'on croit...
La chute de la nouvelle est cruelle: la plus belle des inventions (chuuutt...vous le saurez en lisant le livre), malgré toutes les immenses possibilités qu'elle offre, n'est que menace pour quiconque se trouve au sommet du pouvoir. Alors, Phanocle se retrouve récompensé par une ambassade en...Chine...pays où il pourrait faire des émules...
Finalement, les hommes de pouvoir sont empreints de méchanceté et d'hypocrisie: ils écartent, d'une jolie chiquenaude, le grain de sable qui pourrait enrayer leur machine bien huilée,...non?

Roman traduit de l'anglais par Marie-Lise Marlière

Une photographie de Kaboul


Ce livre relate la vie quotidienne d'une famille afghane de Kaboul. Celle-ci est vue par les yeux d'une occidentale.
Le récit commence par une demande en mariage : celle du patriarche auprès de la famille de sa future seconde épouse.
Cet homme est libraire, il aime les livres, la culture, il a risqué sa vie pour sauver ses trésors littéraires, il est libéral et tolérant... sauf dans le cadre familial.
L'auteur nous montre cet homme autoritaire, sans prendre parti, laissant le lecteur seul juge.
Une photo douce amère qui fait mesurer le chemin qui reste à parcourir pour ce peuple blessé, nié par les talibans. Les blessures seront longues à se fermer. L'émancipation des femmes, des adolescents, de la famille semble être une histoire de longue haleine.
Et l'on apprend que le voile fut mis à la mode par la famille régnante puis par la haute bourgeoisie... ironie du sort.
Livre émouvant, tendre et dur à la fois. Un beau témoignage d'une société meutrie qui se reconstruit.

Ce livre complète les lectures de "Les cerfs-volants de Kaboul" et "Les hirondelles de Kaboul", richesse des lectures croisées....

dimanche 14 janvier 2007

Film pour enfants


Jeudi matin, l'école est allée au cinéma voir "Franz et le chef d'orchestre", un film d'animation suédois.
46 minutes de bonheur!! Le parti pris du gros plan est assez audacieux (les bouches des personnages sont ornées de belles dents!!) surtout quand on connait l'importance du thème de la dévoration chez les loupiots (Le petit poucet, le petit chaperon rouge, les 3 petits cochons...). Eh bien, mes "roudoudous" ( ils ont 2/3 ans) n'ont pas eu peur et ont adoré le film!!!
J'ai bien aimé le message de tolérance, d'acceptation de l'autre. la musique adoucit les moeurs et réconcilie Anciens et Modernes.
Il y a des ambiances inquiétantes (le champ effroyable....)et d'autres plus légères, bref une vraie réussite qui change des "gros succès" du moment.
Vive les petits trésors nordiques!!!
Synopsis:
"Dans une colonie musicale d'été, le petit Franz observe avec attention son père diriger un orchestre amateur. Lorsque le soliste perd un morceau de son instrument, Franz et son père lui viennent en aide pour sauver le concert...
Les histoires se nouent autour de leur trio, en musique et en passant du rire aux larmes."
Un moment intense de cinéma au rythme de la musique classique, des gammes et de l'oeil observateur d'un petit garçon adorable.

Promenade nocturne


Ce court roman entraîne le lecteur dans la découverte du monde des sensations du Japon traditionnel.
Le narrateur se promène, la nuit de la fête de la lune, autour d'un ancien palais impérial, le long d'un fleuve bordé de champs de roseaux.
Des poèmes classiques lui reviennent en mémoire dont un, en particulier, scandant le rythme de la promenade et des réminescences:
"Je regarde dans le lointain,
Le pied des montagnes est enveloppé de brumes.
Rivière Minase!
Pourquoi avoir préféré
Les soirs d'automne?"
Et nous voilà plongés dans l'univers captivant des empereurs disparus, des quartiers de plaisirs, des geishas...
La pleine lune est propice aux rêveries, à la poésie, à l'imagination. Les roseaux chantent sous le vent d'automne et soudain une rencontre...
Le lecteur lit alors une histoire d'amour aussi pure que dérangeante. Une question s'insinue au fil des lignes: où se situe la frontière entre la vénération d'un amour épuré et la perversité de l'inaccessible amour?
Les roseaux ondulent et nous emportent....
Une lecture à l'atmosphère apaisante et mystérieuse.

Les sirènes du désert


A l'instar de Mizukami, le roman de Khadra est comme une parenthèse: il s'ouvre et se ferme à Beyrouth, au Liban.
Entre les deux, le roman nous emmène aux portes du désert puis à Bagdad.
Comment la guerre peut transformer un jeune homme cultivé et tranquille en graine de kamikaze, tel est le fil conducteur du roman de Khadra.
Le lecteur navigue, chavire dans la houle déchaînée des passions et des horreurs. Il assiste à la mise en pièces d'une culture millénaire, une culture qui participa à l'éveil du monde, à la grandeur de l'humanité. On ne peut qu'être mal à l'aise, en tant qu'occidental, devant le spectacle pitoyable des GI hurlant leur haine, masque de leur peur indicible ressentie devant un monde qu'ils ne comprennent pas.
On suit le narrateur dans sa volonté de laver l'affront subi par sa famille et son père. Il est Bédouin et pour lui, le code de l'honneur exige d'effacer un affront par le sang.
A travers le parcours initiatique de ce dernier, le lecteur est ballotté sur les routes désertiques et désertées, de barrage en barrage, puis déambule, sonné, dans un Bagdad à feu et à sang, une ville devenue l'ombre d'elle-même. Son architecture est aveugle, comme ses habitants qui ne voient plus le sordide ni l'absurde car obsédés par la nécessité de survivre.
Ce roman peut sembler sombre, pessimiste tels les paysages désolés, délaissés par les hommes. Cependant, une étincelle de vie redonne l'espoir en un avenir serein et éclairé...étincelle fugace, fragile mais qui irradie sa chaleur et sa joie de vivre: non, l'horreur, l'obscurantisme ne peuvent avoir raison de l'Homme.
Un livre qui nous emporte au gré de ses accents simples ou lyriques, tels les dunes du désert et les beautés d'une Babylone perdue de vue.
Un hymne à l'espérance et à la croyance en une humanité qui ne jetera pas aux orties ses cultures certes différentes mais ô combien complémentaires.

samedi 13 janvier 2007


"Le vrai racisme a toujours été intellectuel. La ségrégation commence lorsqu'un de nos livres est ouvert." Y.Khadra in "Les sirènes de Bagdad"

"Ce que le vent du désert emporte, la mémoire le restitue; ce que les tempêtes de sable effacent, nous le retraçons de nos mains." Y.Khadra in "Les sirènes de Bagdad"

"Nous étions pauvres, humbles mais nous étions tranquilles. Jusqu'au jour où notre intimité fut violée, nos tabous profanés, notre dignité traînée dans la boue et le sang...jusqu'au jour où, dans les Jardins de Babylone, des brutes bardées de grenades et de menottes sont venues apprendre aux poètes à être des hommes libres." Y.Khadra in "Les sirènes de Bagdad"

Bruissements des bambous


On dirait un conte (le récit commence comme un conte : "Il était une fois..."). Un conte cruel et fataliste. Mizukami transporte de lecteur dans une région reculée du Japon, dans un village perdu dans les montagnes, entouré de bambouseraies.
Il nous raconte le Japon laborieux, deshérité, pauvre: la région nous apparaît inhospitalière tant elle est humide, sombre et froide.
C'est une histoire de solitude et d'amour inassouvi où une courtisane rencontre un génial artisan nabot et contrefait. Rencontre insolite augurant une fin heureuse.
Cependant, ce roman n'est pas un documentaire, loin s'en faut.
On y retrouve une récurrence des thèmes : la mort, comme dans "Le temple des oies sauvages", ouvre et ferme le roman, l'art,élément qui survit, qui donne l'éternité à l'artiste, le mal de vivre du héros qui se desespère de sa laideur, de sa petite taille (on se rappelle le moinillon du "temple des oies sauvages").
"Poupées de bambou" est aussi un huis-clos, souvent oppressant, diffusant une atmosphère en permanence menaçante (due à la présence des bambous).
On espère jusqu'au bout une issue heureuse mais un souffle de vent fait bruire les bambous...

Je me suis délectée de l'écriture minimaliste, très "zen", de Mizukami qui sait mettre en valeur, par la grâce de quelques mots et expressions, son univers intérieur, son imagination et son Japon.

Comment se dire je t'aime?


C'est, maintenant, un "classique" de la littérature jeunesse!!!
Un papa et son fiston mesurent leur amour mutuel:
avant d'aller dormir Petit Lièvre Brun demande à Grand Lièvre Brun "Devine combien je t'aime". "Je t'aime grand comme ça", dit-il en écartant les bras... Et chacun mesure à tour de rôle son affection, à travers toutes sortes d'acrobaties. Illustrée de dessins aux couleurs pastel, l'histoire est conçue un peu comme une nouvelle avec une chute pleine de poésie...
Les illustrations sont superbes et d'une poésie extraordinaire: un chant d'amour à mettre dans sa bibliothèque et à lire et relire au fil des années...émotion garantie

vendredi 12 janvier 2007

Un nouvel évangile


Un Pierre Bordage, lu en 2005. Pierre Bordage est un auteur que j'adore et que je dévore. Je ne résiste pas à l'envie de partager cette ancienne lecture!C'est le premier volet d'une trilogie, la trilogie des prophéties. Il me reste à lire les 2 autres volets (ça ne va pas tarder...et hop encore 2 étages dans ma PAL)

Un nouveau messie est arrivé, il vit en Lozère et inquiète les pouvoirs en place.
Bordage nous emmène dans un univers apparemment éloigné de celui de la Science-Fiction. Seulement en apparence.
Vaï Ka'i est un jeune indien d'Amazonie adopté par une famille française. Il prône l'abandon des possessions, des biens, le respect de la Terre, mère de toutes les créatures. Il accomplit des miracles et à sa suite de plus en plus d'hommes et de femmes se lancent sur les routes. Le néo-nomadisme naît et les certitudes de chacun basculent.

Le roman est construit sur quatre piliers : Lucie, Marc, Mathias et Yann. Une prostituée, le disciple du premier jour, un tueur à gages et un journaliste qui se décrit comme appartenant à la clique des "quarante violeurs". Quatre piliers, quatre vies qui vont finir par se rencontrer: ces quatre-là sont des fils importants de la toile tissée par ce nouveau Messie.
Un roman empreint d'humanité surtout quand les aspects les plus abjects de cette dernière sont mis en évidence.
Un roman écologique, oeucuménique, philosophique qui amène le lecteur à regarder notre monde d 'un oeil plus critique.
De l'excellent Pierre Bordage.

jeudi 11 janvier 2007

Dans les rues de Hankyu


Texte publié dans le cadre d'un atelier d'écriture auquel je participe depuis peu et qui est formidable: les poudreurs d'escampette (c'est sur Yahoo groupes).
Toutes les 4/5 semaines, deux sujets sont soumis à notre inspiration.
Votre histoire commence par cet incipit de Yukio Mishima:"Ce jour-là Etsuko entra dans un grand magasin de Hankyu et acheta deux paires de socquettes de laine: l'une bleue, l'autre marron"...(on pouvait modifier les noms propres)


Il régla ses achats puis sortit pour rentrer chez lui.
Du bleu et du marron, quelle drôle d'idée!
Du bleu, du marron, du marron, du bleu, mantra intérieur en
déambulant dans les rues grouillantes et criardes de la ville
tentaculaire.
Du bleu, du marron, des néons clignotants, l'ombre du vent. Etsuko
marche au rythme de ces deux couleurs: bleu, lumières et
spots;marron, ruelles perdues, contes de l'enfance.
Soudain, une sensation étrange: l'ombre du vent ébouriffe ses
cheveux, souffle le bleu des lumières et fait flotter une bannière
inconnue. Plus loin, une toute petite lumière, une lanterne de
papier, lui ouvre une porte.
Du bleu, du marron, un autre monde apparaît: une table basse, des
tatamis,un bol de thé, une calligraphie. Un doux bruissement derrière
le paravent: soie d'un kimono, papier de riz pour pinceaux?
Etsuko ôta ses chaussures, s'agenouilla et attendit. Quoi,
d'ailleurs? Lui-même ne le savait pas.
Bleu, marron, marron, bleu....
Dehors, les bambous étaient une pluie chuchotante, dedans, le silence
répondait.
Il but une gorgée de thé. Que faisait-il dans cette pièce? Il ne
savait même pas pourquoi il avait suivi la lumière de la
lanterne...une envie de se reposer des bourdonnements stridents de la
ville?
Lentement, Etsuko ferma les yeux et se retira en lui-même.
Un jardin s'offrit à lui...un autre monde, une autre vie. Graviers
marrons, galets bleus ratissés en spirale, étang paresseux où
somnolent les carpes repues. Le millenaire de la civilisation passe
sur le gong et le fait doucement tinter. Le bleu fugace d'un martin
pêcheur mêlé au marron d'une écorce, gouttelettes frémissantes dans
l'allée.
Doucement, Etsuko sortit de son rêve, le bol de thé devant lui. Un
proverbe lui revint en mémoire, comme une évidence: "Seule la feuille
verte apaise la montagne". Il vida, cérémonieusement, son bol de thé,
quitta la pièce, remit ses chaussures puis replongea dans la ville.
Bleu, marron, marron, bleu, silence et sérénité retrouvés....dans un
simple bol de thé.

Une enquête sur le toit du monde



J'ai lu ce polar, il y a 2 ans...sur les conseils de mon mari (qui a l'art de "dégoter" des auteurs fabuleux et des romans époustouflants)....

Le décor est celui des camps de travail du Tibet et de la beauté de l'Himalaya. Le camp est composé essentiellement de moines boudhistes : choc des cultures entre eux et les soldats, frustres et incultes, chinois de la révolution culturelle.
La découverte d'un cadavre décapité arrête la construction de la route : les moines refusent de travailler tant qu'un religieux n'est pas venu purifier le lieu du crime. La victime semble avoir été tuée par le Démon de la Montagne (figure de légendes tibétaines).

Un ancien policier chinois emprisonné pour avoir mis son nez trop loin dans les affaires d'état est appelé à la rescousse. Ainsi commence un voyage entre la bureaucratie aveugle et obtuse de la Chine de Mao et un peuple qui ne veut pas renoncer à ses croyances. Le Tibet grandit ou fait chuter les hommes en fonction de leur âme : l'appât du gain, le profit des richesses d'un pays conquis, l'amour de la liberté mal employé fait sombrer les mieux intentionnés et plus avides.
Ce policier fait frémir devant la dureté inhumaine du système chinois, une machine à broyer l'homme, la nature et l'âme. Mais, on se rend compte que même les plus obtus peuvent être touchés par la grâce de ce Tibet, de ce Toit du Monde qui grandit celui qui sait ouvrir ses yeux et son âme.

mercredi 10 janvier 2007

Etrange tandem


Deuxième aventure policière du tandem barcelonais inspectrice Petra Delicado/inspecteur-adjoint Firmin Garzon, écrite par l'auteure espagnole Alicia Gimenez Bartlett.
Ce tandem, bien sûr mal assorti, joue sur le registre des anti-héros. Ils sont tous les deux un peu looseurs, toujours à côté du cours des événements.
Pour leur deuxième enquête, ces deux "Pieds Nicklés" vont explorer les bas-fonds de Barcelone, celui des voyous minables qui n'intéresse personne.
En même temps, ces deux sombres héros, nous émeuvent, nous font sourire car ils nous ressemblent un peu. Par ailleurs, la romancière fait évoluer ses deux personnages au coeur de la réalité sociale glauque, triste, tragique, avec une pointe d'humour et d'ironie....ce qui sauve le lecteur!!!
L'intrigue se met en place lentement, au gré des fausses pistes et de l'inintérêt de l'enquête (un homme battu à mort, retrouvé dans la rue, que personne ne semble connaître). Un seul témoin: le chien de la victime que Petra Delicado reccueille et tente de faire "parler". Et nous voilà à croiser le monde du "business" canin: vétérinaire, éleveurs, labo de recherches pharmaceutiques, salon de beauté,voleurs,combats de chien.
Ce qui est intéressant dans la démarche de cette auteure, c'est la manière de prendre en compte la réalité de notre société, "sans en faire des tonnes", des petites bassesses et des grands manquements de l'être humain. Son univers semble désenchanté et toujours ironique mais tellement vrai (il suffit d'écouter la radio, la télé ou lire les faits divers pour s'en rendre compte!!). Je ne résiste pas à la tentation de citer un passage qui résume bien l'état d'esprit du polar: "Un crime passionnel et une correction qui avait mal tourné, c'était tout. On ne pouvait pas parler de matériau sophistiqué. Argent et amour. Brutalité et dépit. Vulgarité. Les raisons de tuer sont peu nombreuses, toujours les mêmes depuis Shakespeare, depuis Abel et Caïn. Tout le reste n'est que répétition."
J'avais beaucoup aimé son premier polar "Rites de mort" et j'ai vraiment apprécié le deuxième: son écriture est drôle et grave à la fois. On passe du rire aux larmes...comme dans la vie.

Japonitude


Un étrange roman où se côtoient trois personnages qui vont être au coeur d'une intrigue presque policière.
Le roman s'ouvre et se referme sur une disparition. Entre les deux parenthèses, Mizukami amène le lecteur à essayer de comprendre l'ultime disparition, celle du maître du temple de Kohôan, par une dramatisation progressive du huit-clos des trois personnages.
Tout semble tranquille, immuable, bercé seulement par les peintures des oies sauvages de Nangaku Kishimoto, tableaux vivants et aériens.
Peu à peu les rancoeurs et les humiliations subies par le novice vont rendre l'atmosphère de plus en plus pesante, comme la règle de la secte.
Peu à peu la maîtresse du Supérieur (celui qui a disparu) sera oppressée par la présence silencieuse, muette mais tentaculaire, du novice, oppression qu'elle oublie dans le libertinage imposé par le maître du temple.
Peu à peu au fil des phrases, quelques ronds dans l'eau viennent rider, troubler, la surface lisse du huis-clos.
Le dernier chapitre est la chute soupçonnée du roman. Mizukami, en maître japonais de l'écriture, est concis, direct quand il juge cela nécessaire au bon déroulement de l'intrigue. Mais il sait, aussi, disséminer la poésie des haïkus et des thèmes privilégiés de la peinture japonaise. Ainsi, cette "phrase-haïku": "Quand on foulait les feuilles mortes jonchant la terre, on mettait en fuite quelques oiseaux."
Un roman court, mais dense, d'une épure stylistique extraordinairement agréable.

mardi 9 janvier 2007


"Il est facile de servir un honnête homme, mais difficile de lui plaire. Tâchez de lui plaire par des moyens immoraux: ça ne lui plaira pas. Mais il n'exige que ce que vous pouvez donner. Il est difficile de servir un homme vulgaire, mais facile de lui plaire. Tâchez de lui plaire avec des moyens immoraux: ça lui plaire. Mais ses exigences sont infinies." Confucius in "Les entretiens de Confucius"

"Envoyer à la guerre un peuple qu'on n'a pas instruit, c'est l'envoyer à sa perte." Confucius in "Les entretiens de Confucius"

Etrange compartiment



C'est un livre que j'ai lu, il y a presque 2 ans, et qui m'avait marquée. J'ai retrouvé le commentaire que j'en avais fait,alors:
L'Inde et ses contradictions devant la modernité du monde... Le train, métaphore du voyage initiatique. Le train élément de la renaissance.
Une femme, célibataire, 45 ans, brahmane, décide de partir en voyage, seule. Elle se retrouve dans un compartiment pour dames, vestige d'une société patriarcale sclérosante. Elle y côtoie cinq autres femmes, toutes différentes, qui vont lui raconter leur vie, leur soif d'être elles-mêmes. Chacune est une non-conformiste, tout en étant dans la société. Akhila, qui a sacrifié sa vie intime pour la survie de la famille à la mort du père (pilier de la société !!), va se défaire des ultimes carcans qui l'étouffent pour devenir, pleinement, elle-même, pour vivre enfin sa vie de femme.
La pelote de fil de jute se dénoue au fil du livre et des histoires de ces inconnues du compartiment, et le dernier noeud (l'amour de sa vie, celui à qui elle offrit sa virginité), le plus intime et donc le plus important, se délitera naturellement lorsque Akhila renaîtra de ses cendres....moment où Akhila devient les dix déclinaisons féminines de la religion hindoue.

L'Inde, dans ce récit, lentement mais sûrement se libère de son joug religieux et social. Le compartiment pour dames du train est aussi celui des femmes hindoues en Inde, où elles sont constamment confinées. Est-il si confortable qu'il semble paraître ? Pour nous, occidentaux, certes pas, pour ces femmes hindoues, l'inconnu de la liberté de mouvements, de pensées et de sentiments, les fait hésiter....encore un peu, juste encore un peu.
Une écriture fraîche, un rythme lent, comme celui du train, huis clos de l'action, comme celui des souvenirs de ces femmes. Un rythme lent, comme celui du changement profond, le changement inéluctable.

Paysage et art


En lisant le commentaire laissé par une visiteuse, je me suis dit qu'il fallait que je parle d'un livre sur le Land-Art très intéressant et accessible à tous.
Note de l'éditeur:
"Neige, glace, feuilles, fleurs, baies, tiges, bois, branches, boue, galet, sable... Ce livre vous propose une série de réalisations simples, non figuratives, à faire au fil de vos balades, au fil des saisons, avec tous les matériaux naturels que vous pouvez rencontrer. Cela peut être pour le plaisir de devenir créateur en quelques minutes, cela peut aussi être, avec des enfants notamment, un formidable outil d'éveil du regard sur tous les éléments que la nature nous offre, ainsi que de sa diversité de formes, de couleurs, de textures.
Partez donc sur les traces de Marc Pouyet effeuiller la marguerite... avec tout le respect que l'on lui doit."
Les photos sont superbes et on peut s'amuser à tenter de reproduire in situ les réalisations proposées.Les assidus de Goldsworthy saisiront tout de suite les références et les allusions....on ne boude pas son plaisir!!!

lundi 8 janvier 2007

Land-Art


Encore un bel ouvrage à compulser sans bouder son plaisir.
Ce beau livre nous explique la constitution du mur de Storm King (NY USA) par Andy Goldsworthy et ses maçons venus de Grande Bretagne. Les photos sont splendides et donnent l'impression au lecteur d'y être.
En plus de ces photos du mur, il y a celles d'autres oeuvres (installations) du maître à travers le monde. Les monticules pyramidaux, les oppositions mouillé/sec sur les pierres de rivière etc...
Un moment intense où on se remplit les yeux de belles choses.

Révolte!


Quand un artiste s'engage pour dénoncer la dévastation du "poumon" de notre planète, cela donne des oeuvres fortes, impressionnantes et d'une beauté extraordinaire ;
Voyage par les images, par les textes dans l'imaginaire de Frans Kracjberg et voyage au pays de la prise de conscience d'un danger imminent.
L'art est, reste, un mode d'alarme important pour l'humanité moderne.
L'art, un cri pictural, littéraire, sculpté pour réveiller nos consciences endormies.
Un beau livre, abordable, que l'on aimera feuilleter au gré des envies... et qui plaît aussi aux enfants (j'ai testé !!).

dimanche 7 janvier 2007

Dommage


Demain, c'est la reprise.
Demain, je reprends le chemin de l'école.
Demain, mon rythme de lecture ralentira.
Demain, demain, les vacances seront finies....
Demain, je retrouve mes loupiots et les albums de Ponti!
Demain, c'est la reprise d'une autre vie...