jeudi 22 février 2007

Etrange Japon


Etrange et bizarre roman. L'auteure entraîne le lecteur dans un monde hors le monde, voire hors du temps...presque dans un huis-clos angoissant.
La narratrice est assistante-réceptionniste dans un laboratoire qui naturalise les spécimens apportés par les clients. Le lecteur met un moment avant de cerner la nature des spécimens, le mystère grandit: que sont ces spécimens, à quoi servent-ils, pourquoi sont-ils si importants? Au fil des phrases, le lecteur commence à saisir l'essence des spécimens: ils représentent les blessures, les souvenirs de ceux qui souhaitent échapper à leur mémoire afin de vivre sereinement.
Ce court roman (moins de 100 pages) est dérangeant: comme la narratrice, le lecteur ne comprend pas ce qui se joue sous ses yeux.Comme elle, il succombe au charme inexplicable du récit, à sa charge émotionnelle importante. Lentement, il tombe sous la coupe de l'auteure. Une relation envoûtante s'installe. Il est parfois douloureux de vouloir saisir le sens des phrases ou du rythme du récit.
J'avoue avoir trouvé le texte souvent abscons et je me suis demandée où l'auteure voulait en venir. L'application à décrire le rangement, à souligner une liberté par rapport à la hiérarchie semble offrir des pistes: la soumission à l'ordre supérieur, la hiérarchie pesante dans les relations au travail, ces angoisses obsessionnelles au Japon soutendent le propos de l'auteure.
Sans doute faut-il y voir une approche personnelle de l'étrange et de l'enfermement: l'ancien foyer de jeunes filles désert où sont conservés les spécimens, les scènes des rendez-vous entre la narratrice et M.Deshimaru dans l'ancienne salle de bain collective ou les escarpins enchâssant peu à peu les pieds de la narratrice. En gardant bien en tête l'accident de travail de la narratrice, le lecteur saisit la fascination de cette dernière pour les spécimens: elle conserve un souvenir douloureux de la perte d'une partie, infime, de son annulaire gauche, souvenir qu'elle désire effacer de sa mémoire. D'ailleurs, on pourrait gloser sur la symbolique de l'annulaire gauche: représentation sociale du mariage, suprématie du masculin sur le féminin...
Ce désir de spécimen de son annulaire rejoint sans doute celui que la narratrice éprouve pour M.Deshimaru, un désir un peu trouble, teinté de fétichisme (les chaussures qu'elle ne doit plus quitter).
En réalité, ce texte m'a laissée dubitative, voire mal à l'aise, et sur ma faim: je n'ai pas trouvé toutes les clés pour accéder au coeur du récit...pas suffisamment angoissée par la vie?

Un autre avis, celui de pitou....qui m'avait donné envie de lire ce roman.
L'avis de Rachel

Roman d'un tableau


J'avais admiré au Louvre le tout petit tableau « La dentellière » de Vermeer, j'avais regardé avec délice des reproductions de « La vue de Delft » ou de « La laitière », je n'avais pas vraiment prêté attention à « La jeune fille à la perle ». J'avais lu « La dame à la licorne » de Tracy Chevalier. Aussi, me suis-je plongée dans la lecture de « La jeune fille à la perle » avec ravissement.
J'aime les ambiances d'ateliers, les descriptions des gestes, des regards des peintres. Tracy Chevalier nous emmène à Delft, au milieu du XVIIè siècle, âge d'or de la peinture hollandaise. J'avais en mémoire,non seulement la lecture de « La prisonnière » de Proust où ce dernier décrit avec minutie et poésie le fameux « petit pan de mur jaune » qui éclaire la vue de Delf, mais aussi le film « Rembrandt ».
J'ai aimé l'allusion, rapide mais élégante, de Tracy Chevalier aux artisans, artistes aussi, faïenciers de Delft...ces bleus si délicats, si multiples faisant la réputation de cette ville portuaire. Cela me rappelait l'atmosphère de « La dame à la licorne » et ses tisserands. La rencontre de Griet, fille d'un artisan faïencier devenu aveugle, et de Vermeer, dans la cuisine avec les légumes épluchés et harmonieusement répartis, montre d'emblée que la sensibilité artistique des héros se trouve au coeur du roman. Griet a des dispositions certaines pour l'agencement des couleurs, pour l'harmonie d'une scène, pour l'équilibre d'un tableau: l'auteur le souligne dans la scène où elle arrange un pan d'étoffe pour équilibrer le tableau mettant en scène la femme du boulanger. On se dit que si elle était un homme, si elle était éduquée et instruite, elle pourrait devenir artiste peintre. Elle comprend ce que dégage les tableaux de son maître, Johannes Vermeer, elle saisit, peu à peu, les subtilités infimes des couleurs: le blanc n'est pas uniquement blanc, il a des nuanges légères de bleu, de jaune voire de vert! D'emblée, ce sens du détail charme et conquiert le peintre Vermeer, lui qui par de petits détails, semblant anodins, sublime ses toiles. D'ailleurs, en lisant cette vie romancée, on peut s'interroger: est-ce l'oeil de la jeune Griet qui ouvre celui du peintre aux détails qui illuminent une scène avec un rien?
A mesure que Griet s'immerge dans la vie familiale des Vermeer, on perçoit le malaise qui se tapit: elle est vue comme une menace par Catharine et Cornelia, épouse et fille de Vermeer. Cette dernière n'aura de cesse de la faire chasser. Griet, élément perturbateur, élément qui attise les regards conscupiscents d'un mécène, pour qui une servante est toujours l'occasion de consommer de la chair tendre et fraîche. Griet devient peu à peu l'assistante, jalousée car étant autorisée à entrer dans l'atelier, du maître: elle pile, broie les couleurs, les rince, les prépare pour les tableaux...une sensualité transparaît dans la description des gestes, annonçant la scène où Vermeer accroche la perle à l'oreille de Griet. Griet, assistante et modèle du peintre, modèle amoureuse silencieuse de ce dernier...une poussière amoureuse d'un astre.
On est en 1666....une innovation scientifique, la chambre noire ou camera obscura, récurrente dans le roman, dévoile son importance peu à peu: regarder la toile en cours permet de voir d'un autre oeil celle-ci et de se rendre compte qu'un détail infime manque à l'harmonie de l'ensemble. Ainsi, la perle est-elle le pendant du « petit pan de mur jaune » éclairant la « Vue de Delft ».
J'ai été touchée par le personnage de Griet, jeune fille, protestante modeste et droite avec ses faiblesses, ses blessures et ses larmes mainte fois refoulées. Au regard immense, à la naïveté qui se heurte au génie égoïste.
« La jeune fille à la perle » est un voyage à l'intérieur des couleurs d'un peintre, à l'intérieur d'une âme sensible et belle, à l'intérieur d'une passion silencieuse et douloureuse. Un voyage hors du temps dont on revient avec les lumières changeantes du ciel dans les yeux.

Les avis de Virginie de lulu de frisette de leeloo et d' allie

Roman traduit de l'anglais par M.O Fortier-Masek

Histoire d'une solitude


C'est ce qu'indique le titre "Le livre d'un homme seul". C'est ce qui est poignant dans ce récit.
Xingjian alterne les souvenirs de son passé et son actualité d'homme libre. Va et vient très fort, extrêmement parlant. Il raconte cette Chine de la Révolution de Mao, la Chine de la révolution culturelle, celle qui broie les êtres humains. Ces derniers n'ont qu'une seule alternative : suivre le mouvement pour se sauver ou s'exiler quand ils le peuvent. Malgré la terreur de la dictature, on peut aimer, être aimé mais le prix à payer est toujours très élevé.
Autre moment fort du livre : la rencontre du narrateur avec une allemande, juive par sa mère. Rencontre qui devient symbole : le génocide des intellectuels est mis en parallèle avec celui des juifs. Mao, Hitler, des machines à broyer les âmes ?
Marguerite traîne sa judéité et sa culpabilité d'allemande comme le narrateur traîne sa liberté d'intellectuel chinois apatride... dans la terrible solitude dont personne ne peut les sortir.
La Chine a rendu solitaire les chinois du continent, les a enfermés dans un exil intime et intérieur. Après la Révolution, rien n'est comme avant, ni dehors, ni dedans. La Chine nous apparaît, fascinante malgré tout pour notre regard d'occidental bien à l'abri, comme une machine infernale à broyer, mixer, les idées et les chairs.
Une solution ? La création artistique, l'écriture salvatrice pour le narrateur : pages 237 à 239 d'excellents passages sur la position de l'écrivain par rapport à son personnage. De même qu'au chapitre 24.
La solitude permet sans doute cette capacité à créer. Mais la liberté dans la solitude est difficile à bien vivre

mercredi 21 février 2007

Voyage en Inde


Le prochain salon du livre de Paris ayant en invités d'honneur l'Inde et ses écrivains, je me suis laissée tentée par quelques titres, notamment celui-ci. C'est un premier roman, l'auteur Tarun J Tejpal est journaliste, critique littéraire et essayiste.

« L'Inde du Nord à la fin des années 1990.Depuis quinze ans, un journaliste et son envoûtante femme Fizz vivent une intense passion amoureuse entre Chandigarh et Delhi. Mais une étrange découverte dans leur vieille maison, accrochée aux contreforts de l'Himalaya, fait basculer leur couple. Au cœur de cette demeure délabrée, soixante-quatre épais carnets reliés de cuir livrent les secrets de Catherine, une intrépide aventurière américaine et précédente propriétaire de la maison. Subjugué par la lecture de ces carnets très intimes, le narrateur s'éloigne peu à peu de Fizz. Le journal de Catherine l'entraîne à Chicago, Londres et Paris au tournant du XXe siècle, puis dans le tourbillon de l'histoire de l'Inde à la veille de son indépendance. Il lui apporte aussi les clefs des énigmes de l'alchimie du désir et de l'amour. »

L'argument littéraire est intéressant, alléchant mais parfois difficile à suivre car plusieurs histoires sont imbriquées dans le roman...mais une fois les récits situés dans leur déroulement, les flash backs ne sont plus gênants.
Ce roman est un foisonnement hallucinant, déroutant et jubilatoire pour celui qui aime se perdre dans les dédales du conteur. Le lecteur suit les déboires du narrateur face à ses romans détruits( par le feu puis l'eau), ses souvenirs d'enfance qui éclairent sur l'adulte qu'il est devenu: un homme amoureux des mots, des images, des sensations, des odeurs, des femmes ce qui en fait un homme pas comme les autres. Les récits croisés de l'Histoire de l'Inde sont une peinture de ce pays qui se construit une identité nouvelle, sans atermoiement pour les nostalgies d'un orientalisme occidental. Certes, la scène, empreinte d'un regret, des deux déménageurs sikhs jamais sortis du périmètre de leur petite ville de montagne, effarés par l'immensité grouillante et bruyante de Dehli avec ses règles du jeu inconnues d'eux, pourrait faire penser à un orientalisme nostalgique mais montre plutôt l'agacement de l'auteur devant l'économie libérale triomphante et la guerre menée par les ambitieux dérisoires pour accéder au sommet. La tristesse de constater que les préceptes de Gandhi n'ont pas résisté face à ce déferlement sauvage de la modernité, chantre de l' individualisme et de la médiocrité des âmes.
Les mots du roman chantent un amour des couleurs, des paysages sublimes et contrastés de cet immense pays, des odeurs, des bruits, tous ces ingrédients qui font l'Inde et qui enchantent l'Occidental (en la personne de Catherine) qui y pose le pied pour la première fois. Et ce point de vue extérieur rejoint celui du narrateur (et aussi de l'auteur) sans aucune trace de condescendance.
Ces sensations épicées et musquées sont tout entières dans l'érotisme fabuleux du roman. Le narrateur aime les femmes, aime sa femme plus que de raison. Catherine, cette femme du passé, aime aussi l'amour plus que de raison et les descriptions des moments intimes des amants sont d'une poésie extraordinaire car peints sans vulgarité. On est époustouflé par les termes innombrables décrivant les plaisirs de la chair, par les multiples expressions imagées à la gloire du livre des passions: le Kama Sutra. Le narrateur use de termes salaces uniquement pour marquer sa répugnance devant l'avidité des hommes pour le pouvoir, quel qu'il soit.
J'ai aimé les phrases récurrentes du roman, mantras éparpillés au fil des pages, petits rappels tintinabulants de l'hindouisme, culture religieuse millénaire: « Il fallait mener sa vie entre le dieu de la raison et le dieu de la déraison/Vénérer l'un et l'autre, n'en offenser aucun », « La désintégration inhérente à tout acte de création/Il n'est rien de si grand qui ne périra un jour. ». mais aussi la phrase qui décrit le thé brûlant et sucré que l'on ne peut boire qu'en faisant du bruit: surrrcccchh.
Puis arrive la rencontre, finement et magistralement préparée par l'auteur, du narrateur avec le coffret de Catherine. Ce coffret, rempli de carnets intimes, est l'élément pertubateur du conte, l'élément qui lance la quête du héros. Peu à peu la personnalité de celui-ci change, il s'éloigne de l'être aimé, Fizz son épouse qui le quitte, il a des hallucinations sensuelles et cauchemardesques. La plongée dans la lecture maudite de ces carnets, retrace un passé que l'on veut oublier (le temps de rajahs richissimes et de leurs folies sous la houlette complaisante de l'Empire Britannique). Des morts qui ne peuvent trouver le repos: les vies antérieures qui se recoupent, le narrateur est l'amant de la memsahib (Catherine) qui part à la recherche de leur fille abandonnée. La paix de l'âme ne peut revenir qu'au bout de cette quête.
La force du roman s'épanouit à la fin par une grande beauté de style : le lecteur comprend que la boucle est bouclée, que le roman s'ouvre et se ferme sur deux phrases symétriques qui s'opposent. « L'amour n'est pas le ciment le plus fort entre deux êtres. C'est le sexe » qui devient « Le sexe n'est pas le ciment le plus fort entre deux êtres. C'est l'amour. ».
Le narrateur concrétise ainsi sa renaissance. La naissance de son roman est proche. Mais que de souffrances entre les deux avant de comprendre que l'amour est un élément indispensable au bonheur des hommes.

Apprivoiser les peurs


"Pomelo est bien sous son pissenlit"

Un adorable livre pour les tout-petits pour leur faire apprivoiser les peurs du quotidien : perte de l'univers de la maison, des parents, du "confort", de la nuit, de l'orage, etc. Les illustrations sont superbes dans leurs tons pastels et le petit éléphant Pomelo a un physique "trognon" !!! Une suite vient de paraître à l'occasion du salon de Montreuil "Pomelo est amoureux" à lire d'urgence !

Laure a lu aussi cet adorable album jeunesse...pour lire son commentaire cliquez ICI !!!

mardi 20 février 2007

Nostalgie



Souvenir audio-visuel d'une série culte que je regardais avec ferveur il y a bien longtemps.Bien entendu, vous avez reconnu la formidable équipe déjantée de la série TV "M.A.S.H". .



Elle était inspirée de l'excellent film "MASH" de Robert Altman avec Mr Donald Sutherland, film qui hélas n'est plus guère rediffusé...sans doute un peu trop iconoclaste et incorrect politiquement? N'hésitez pas à cliquer sur la flèche, la chanson est belle et les images pleines de souvenirs.

Un autre Dao ?


Beau roman initiatique, dans un Japon médiéval qui n'a jamais existé, où les "contes" relatés par les différents personnages rencontrés au hasard des pérégrinations du héros sont autant de préceptes sages à méditer.
On est confronté à l'éternel problème posé à l'être humain : le choix cornélien entre la gloire (facile et peu exigeante pour l'âme) et la voie de la sagesse qui est de refuser honneurs et richesses, gloire et pouvoir, pour écouter son âme, son intériorité.
Vanité des biens terrestres ? Celui qui gagne à tous les coups est-il vraiment le vainqueur ? L'élévation de l'âme ne réside-t-elle pas dans la perte du pouvoir sur les êtres et les choses, cruelle illusion, dérisoire mirage ?
Cultivons notre jardin intérieur et nous trouverons sagesse, sérénité et amour. Tel est l'enseignement de la voie du sabre !

Histoire de lignes


En attendant la fin de mon voyage littéraire en Inde, un autre poème de Tardieu.

L'oblique

Dans un temps lisse, parfois grenu des pesanteurs s'acharnent. Des lacunes rassurent par la facilité. L'obstacle s'oublie, se perd: un rien le traverse. L'oblique triomphe de l'équerre. C'est le soudain rappel à l'autre espace qui n'est pas vu.

JEAN TARDIEU in "L'accent grave et l'accent aigu" (nrf, poésie, Gallimard)

lundi 19 février 2007

Lecture philosophique


Quel beau livre et quelle lecture palpitante !!! A ne pas éteindre la lampe le soir... Tout commence par un meurtre, banal pour un polar. On se dit qu'il n'y a pas que 10/18 qui édite des polars historiques !!! Puis, on avance dans la lecture, et on est surpris, attaché et accro aux notes de bas de page : un roman dans le roman !!! Des tiroirs que l'on ouvre et qu'on a du mal à refermer. On se demande où veut en venir l'auteur, surtout quand des cours de philo de Terminale (ah Platon et ses dialogues !!) surgissent sous la plume de Somoza et que les souvenirs de bachotage viennent vous happer !
On est absorbé par cette intrigue étrange, avec des adeptes sanguinaires de secte. Les héros des notes de bas de page semblent réels, ont des interrogations qui interpellent le lecteur. Tout se réalise lentement jusqu'au dénouement où tout bascule dans un rire éclatant du lecteur ! Pourquoi ce rire enjoué ??? C'est le sel de ce roman, on ne dévoilera donc pas le pourquoi... ce serait trop cruel !!!

Je ne remercierai jamais assez mon bibliomane de mari de m'avoir mis ce trésor littéraire entre mes mains. Kalistina l'a lu également.

Fresque chinoise


Cette fresque grandiose, écrite par un japonais (si, si), peint les derniers siècles de l'empire Mandchou. Le lecteur est plongé dans le monde sans pitié de la société chinoise : le labeur de la paysannerie, les intrigues des puissants, les suées intellectuelles des candidats au mandarinat, la condition misérable des eunuques, la méfiance envers les missionnaires, le rejet de ce qui vient de l'étranger.
Trois principaux portraits en filigrane : celui du mandarin un tantinet iconoclaste, Wen-Sieou, celui du jeune garçon (qui fut le protégé de Wen-Sieou) Tchouen-Yun qui s'auto mutile pour réaliser la prophétie (qui s'avèrera "montée" par la voyante) lui promettant les richesses du Vieux Bouddha (surnom affecteux de la vieille impératrice), enfin celui de l'impératrice Tseu-Hi, redoutée de tous mais qui cache sous ce masque impitoyable une âme de midinette et un côté fleur bleue qui la rendent attachante.

Il y a des scènes amusantes, notamment celles de l'extension de la concession de Hong Kong aux Anglais sous les yeux ébahis d'un journaliste américain qui est admiratif du "coup" politique du vieux mandarin et général, Li Hong-tchang ainsi que celle de la rencontre d'un mandarin déchu, affamé et au bord du suicide, avec celui qui sera le futur Mao !!!
Roman fleuve, long comme le fleuve Jaune, plein de tourmentes, de "flash back", passionnant. Le lecteur est immergé dans cet empire exangue et moribond, ratant les ultimes occasions d'accéder en douceur dans l'ère du modernisme. Il en sort, comme le jeune Tchouen-Yun, époustouflé mais ayant appris une chose importante : le plus beau des trésors est celui de la vie et de ses douceurs comme ses douleurs.

dimanche 18 février 2007

Insolite





Les propriétaires de cette maison connaissent-ils les oeuvres de Tennessee Williams, notamment celle-ci ?
Je ne peux résister à l'envie de vous la montrer cette statue féline expressive!

Perfide Albion?


L'Angleterre fascine les intellectuels américains, sans doute un fantôme de la présence colonisatrice d'Albion sur les terres du Nouveau Monde.
Vinnie Miner, professeur spécialisée en littérature enfantine, et Fred Turner, professeur spécialisé en littérature anglaise du XVIIIème siècle,obtiennent un congé d'étude à Londres, d'une durée de 6 mois. 6 mois de bonheur à vivre au contact de la vraie civilisation, loin de la barbarie américaine.
Vinnie et Fred ne sont certes pas les voyageurs américains fortunés des romans de Henry James, mais ils vont expérimenter l'expatriation comme les héros de James.
Vinnie est aussi insignifiante physiquement que Fred est beau, aussi petite et menue qu'il est grand et sportif, aussi vite intégrée à la bonne société londonienne qu'il est en marge de celle-ci. Elle travaille sur « l'étude comparative des chansons à jouer des enfants britanniques et américains » et a déjà essuyer des sarcasmes d'un critique littéraire. Fred, lui travaille sur le théâtre de Gay.
Au fil des chapitres, Alison Lurie nous invite à observer le microcosme londien de la bonne société anglaise et peu à peu les fantasmes se lézardent. Les nantis londoniens s'avèrent être condescendants, hypocrites sous leurs airs de politesse raffinée: l'Amérique semble être encore une colonie sauvage que l'on doit regarder avec une pitié dédaigneuse. Alison Lurie nous dresse un portrait cruel de ce Londres intellectuel, de cet esprit « so british » qui fascine et agace profondément, que l'on soit américain ou européen.
L'apparence est le chef d'orchestre de toute relation sociale: surtout ne pas montrer ses travers, cacher ses entorses au protocole sous un vernis de civilisation raffinée. Vinnie et Fred se rendront compte que leur admiration anglophile n'est peut-être que le produit de leur colonisation intellectuelle: à la fin de leur séjour, ils se retrouvent transformés, comme s'ils avaient quitté enfin leur chrysalide pour devenir eux-mêmes et voler de leurs propres ailes.
Londres ne résiste pas au décorticage subtil et ironique d'Alison Lurie mais cette dernière nous fait vivre un Londres que l'on aime à croire qu'il existe vraiment. Cette atmosphère particulière du flegme britannique, cette nonchalance guindée et élégante qui font que le monde entier envie ces traits de caractère tout en les détestant amoureusement.
Fred tombe amoureux d'une icône du cinéma londonien, Vinnie dans les rets amoureux d'un touriste américain, Chuck, rencontré dans l'avion l'emportant vers Londres, typique, inculte, grossier, à l'habillement tapageur et grotesque de cow-boy, mais se révélant plein de bon sens et allant plus à la rencontre de l'esprit anglais que Vinnie et Fred sclérosés dans leurs coteries londoniennes.
Londres n'est pas l'Angleterre, cette dernière vibre et étincelle dans les campagnes et les cottages perdus dans les champs, les landes ou les bois.
On ne peut s'empêcher d'être ému par l'envie, chez beaucoup d'américains, d'avoir des ancêtres nobles en Angleterre: la quête de Chuck est un petit bijou d'humour et de férocité envers les clichés énoncés de part et d'autre de l'Atlantique. C'est un personnage secondaire qui revêt une grande importance dans le roman. Un autre personnage, a priori insignifiant, parcourt inlassablement le récit: Fido, le chien invisible de Vinnie, symbole de son mal-être et son apitoiement sur elle-même. Il devient l'image du bonheur entrevu que l'on ne sait pas saisir à temps, ironie amère du sort que l'on apprend à côtoyer.
Une atmosphère romantique teintée d'une douce amertume, telle le brouillard londonien qui s'estompe sans disparaître vraiment. Un roman qui donne envie de relire les classiques anglais, de replonger dans les époques edwardienne et victorienne de cette Angleterre irritante, attirante mais attachante.
Une belle découverte littéraire d'un univers d'auteur que l'on souhaite approfondir.

samedi 17 février 2007

Un chemin



Un chemin

Un chemin qui est un chemin
sans être un chemin
porte celui qui passe
et aussi ce qui ne passe pas

ce qui passe est déjà passé
au moment où je le dis
ce qui passera
je ne l'attends plus je ne l'atteins pas

je tremble de nommer les choses
car chacune prend vie
et meurt à l'instant même
où je l'écris

moi-même je m'efface
comme les choses que je dis
dans un fort tumulte
de bruits, de cris.

JEAN TARDIEU in "L'accent grave et l'accent aigu" (nrf poésie Gallimard)

vendredi 16 février 2007

Week End à Rome


Le bonheur au plus haut point: un bon roman policier et les rues de Rome! Que demander de plus pour que me reviennent, pêle-mêle, les souvenirs de mon séjour romain: le Forum, le Colisée, la place Navone, les ruelles, les berges du Tibre...
Nous voilà donc aux côtés de l'inspectrice Flavia di Stefano de la brigade de protection du patrimoine artistique pour une enquête sur un vol d'icône.
Le lecteur croise alors une voleuse de tableau de haute volée, des marchands de tableaux un peu trafiquants, un antagonisme entre polices, des moines empêtrés dans leurs contradictions...et la chute de Contantinople!
le tout est un policier très bien mené par Iain Pears (comme d'habitude) où les références historiques et artistiques comblent les amoureux des arts et des lettres.
J'ai beaucoup aimé le "raton laveur" (de l'inventaire...) de service en la personne du fiancé de Flavia, Jonathan Argyll (ancien marchand de tableaux...honnête et probe!), délicieux personnage planchant sur des textes latins et grecs dans le scriptorium du monastère San Giovanni.
Quant au restaurateur de tableaux de maître, américain....un vrai portrait haut en couleurs.
Une enquête romaine fleurant bon le soleil italien, les marchés colorés et l'histoire millénaire de cette Ville Eternelle.

Roman traduit de l'anglais par G.M Sarotte

jeudi 15 février 2007

Polar social


Le nom de l'auteur me disait quelque chose et comme j'avais envie de lire un polar, il m'est tombé dans les mains à la bibliothèque.
Destins de héros qui semblent n'avoir aucun rapport entre eux mais qui aiguillonnent la curiosité du lecteur.
Au début, la lecture m'a un peu désarçonnée, j'étais perplexe car je ne voyais pas trop où l'auteur voulait en venir. Mon enthousiasme faillit s'enfuir. Mais, peu à peu, je me suis prise au jeu des aller-retours entre les personnages.
Puis j'ai compris ce qui, au départ, me freinait: la dscription sans concession de la misère, des misères de notre société. Je suis de plus en plus convaincue que le roman policier est une photographie très précise d'une société à un moment donné. Il nous renvoie des images que aimerions ne pas voir.
Quel peut être le point commun entre Daniel (le looser xénophobe, pensant que son malheur vient d'une Gauche lâche et des immigrés s'engraissant sur le dos des bons français), Alain (le scénariste en vogue, auteur d'un roman à succès qui lui permit de quitter l'Education Nationale), Bernard, dit Nanard (le roi des clodos, charismatique et étrange, régnant sur une bande de déchus), Jacques, dit Jaquot (standardiste dans un hôpital) et Mathieu, un vieil inconnu atteint d'Alzeimer)? A priori rien, sinon qu'à divers degrés la chance a réservé d'étranges surprises à ces êtres en souffrance. Parfois, cette chance fait une risette pour ensuite disparaître dans un rictus qui transforme la vie en véritable cauchemard.
Thierry Jonquet nous entraîne dans un dédale de misères sociale, affective ou psychologique. Avec en guise d'épices....la canicule de l'été 2003 qui pointa l'incurie des responsables politiques et mis sur le devant de la scène la gestion désastreuse des personnes âgées par notre société individualiste, ne jurant que par la productivité et la rentabilité.
"Mon vieux", un polar social qui fait grincer les dents, qui secoue nos consciences endormies par l'habitude de l'étalage de la misère.
Les invités surprises de l'intrigue: la canicule et la panique hospitalière qui rendront bien des services aux divers protagonistes de l'histoire.
Quand on sait, en plus, que Thierry Jonquet travailla quelques années dans un hôpital gériatrique, on savoure l'ironie mordante de nombreux passages.
Certes, il est peut-être morbide de s'auto-flageller avec son auto-critique mais cependant, lire ce roman noir permet de garder les yeux ouverts devant la réalité du quotidien...ce qui peut aider à ne pas écouter certaines sirènes.

Ecriture passion








En attendant mon commentaire sur "Mon vieux" une mosaïque pour les amoureux des stylos et autres objets d'écriture...Depuis le temps que je voulais la placer ;-)

mercredi 14 février 2007

Une recette du bonheur


Les éditions Thierry Magnier ont toujours de petits trésors à éditer, notamment en littérature jeunesse !! "Cinq, six bonheurs" fait partie de ces petits trésors que l'on aime lire et relire lorsqu'on a un petit moment à consacrer à cette éternelle quête.
Le sujet nous fait revivre ces moments intenses de l'école primaire et des rédactions... Ah les sacro saintes rédactions !!
Cette fois, le sujet est philosophique, ça change de la relation des vacances d'été (du coup ça désarçonne !!).
Ces pages sont pleines de fraîcheur et la chute est élégante : le bonheur est en soi et parfois est fait de tous petits riens !!!
A lire le soir pelotonné sur le canapé (avec un bol de tisane ??) ou avec son grand fiston (ou sa grande fille) contre soi.

St-Valentin


Que font deux LCA sous un même toit pour la St-Valentin? Ils s'offrent un cadeau...un livre! Le hasard qui est très souvent plein d'humour a fait en sorte que nos deux LCA s'offrent mutuellement le même roman. Lequel? "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" que la jeune stagiaire de notre libraire lisait, il y a quelques petites semaines. Elle nous en avait fait un commentaire très élogieux et les billets postés sur les blogs ne faisaient que nous confirmer dans notre envie de le lire! Nous sommes quitte pour aller échanger un exemplaire cet après-midi...ce qui veut dire entrer dans une librairie!!! Aïe, aïe, il va falloir raison garder!

mardi 13 février 2007

5 choses peu connues à mon sujet


Je voyais sur les divers blogs visités de multiples invitations à parler de "5 choses peu connues à mon sujet". Et je me demandais, si un jour quelqu'un m'inviterait à y répondre. Au moment où je commençais à désespérer (ce qui faisait rire le bibliomane qui partage ma vie), Turquoise m'a lancé la "patate chaude".
Voici mes 5 révélations:

1) Je laisse beaucoup de choses traîner. Du plus loin que je me souvienne, mon entourage m'a toujours suivie à la trace: vêtements, bouquins, tasses de thé, stylos, papiers griffonnés voire mouchoirs en papier usagés (je sais, ce n'est guère glorieux...).

2) J'ai un vice, caché jusqu'à aujourd'hui: je me rue sur les magazines people lorsque je vais chez le dentiste, le médecin ou chez la coiffeuse. Là, à ma grande honte, je me gave des frasques (ou ce qui passe pour des frasques) des célébrités, de leur vie dorée et vaine (cela ne me fait même pas rêver), de leurs pauvres petits soucis, de leurs déclarations fracassantes sur n'importe quoi. Bref, je me lave le cerveau avec ces bêtises insanes. Heureusement pour moi, je ne vais que très rarement chez le médecin ou le dentiste...quant aux séances chez la coiffeuse, comme je cache mes cheveux blancs, c'est tous les 2 mois.

3) Je suis fascinée par les objets d'écriture. Pour moi, la Rolls Royce des stylos est le Mont-Blanc. A ce sujet, une anecdote croustillante (hihihi): je m'étais offert, pour mes 35 ans, un stylo Mont-Blanc (une réplique de celui qui appartenait à mon prof de lettres classiques au lycée. Je m'étais promis qu'un jour, moi aussi, j'en possèderai un). J'avais cassé ma tirelire, j'étais fière comme Artaban. Quelques mois plus tard, ma chienne Bouvier Bernois (hélas disparue l'an dernier) répondant au doux nom de Margotte, pour se venger d'être restée toute seule me l'a croqué, sans état d'âme! je ne vous raconte la tête que j'ai faite à la vue de ce spectacle affigeant: la plume (18 carats tout de même!) tordue!!! J'ai hésité entre étrangler ma chienne et pleurer de rage...j'ai pleuré comme une madeleine! A l'atelier de réparation, ils n'avaient encore jamais vu cela...1500F! L'assurance a remboursé la quasi totalité du montant, ouf! Maintenant, je range soigneusement le stylo dans son étui et dans mon sac.

4) Je suis une fieffée gourmande (qui doit se surveiller tout le temps :-(. ). J'aime concocter des confitures ou des gelées. Mes dernières réussites: la confiture orange/chocolat, la gelée de pommes au thé vert et...la gelée de dent-de-lion. Entendre le "bouillottement" de la confiture dans la bassine en cuivre...c'est de la pure poésie.

5) J'ai des tics de langage. D'ailleurs, le nom de mon blog est le résultat d'un mariage entre une de mes passions, les chats, et un de mes "jurons" favoris, saperlipopette (quand on enseigne à des enfants de 2/3 ans, on a intérêt à enjoliver les jurons sinon...oups!). Donc, je dis souvent "saperlipopette", "pouët pouët" et "zut et crotte" (quand je suis à bout d'argument).

Voilà, vous en savez maintenant un peu plus sur moi. Il est de tradition de passer "la patate chaude" à 5 autres victimes. The winners are: Camille, Larkéo, Flo, Bouquin et Michel .
Mille excuses...mais je suis curieuse, aussi suis-je impatiente de lire vos révélations!!

lundi 12 février 2007

Une aventure finlandaise


Ce roman est jubilatoire dès le premier chapitre et j'ai adhéré immédiatement au surréalisme de la situation.
Il était depuis lontemps dans ma liste de LAL et malgré les éloges de mon cher et tendre sur ce livre, je remettais sa lecture à plus tard. Puis Lire Ensemble l'a élu livre du mois...la reculade devenait impossible et ce fut tant mieux!
Le roman m'a très vite fait penser à cette chanson enfantine, faite d'associations d'idées, que je chantonnais en récréation à l'école: "Trois p'tits chats, chat, chapeau de paille...". En effet, chaque fin de chapitre ouvre un nouvel aspect de l'aventure initiatique de Vatanen.
La galerie de portraits est des plus truculentes, les situations plus cocasses les unes que les autres, aux limites de l'absurde.
Cependant, la quête du bonheur est entre les lignes, entre les mots. Ce bonheur si rare à nous apparaître qu'il ne faut surtout pas le laisser filer...l'occasion est presque toujours unique. Tel est le lièvre percuté par la voiture de Vatanen. Ce dernier saisit la perche tendue par le hasard (qui fait souvent bien les choses) et commence son périple intérieur et intime.
La Finlande, terre des sagas, des épopées, nous offre ses secrets, son intimité mais aussi son humour, féroce parfois (la chasse à l'ours est un petit bijou!).
Le lièvre, animal symbolique s'il en est, est le fil qui relie Vatanen à son envie de vivre autre chose que sa vie étriquée et sans joie. Le lièvre le révèle à lui-même et devient son "doudou", son intime désir de liberté et d'amour.
Comme toujours, ce genre d'histoire n'est jamais aisé à retranscrire. D'ailleurs, le faut-il vraiment? Rien n'est moins sûr.
Le lecteur regarde défiler les paysages du cercle polaire, la solitude mais aussi la solidarité des populations dispersées et isolées. Les rencontres, parfois irréelles de Vatanen, sont empreintes d'humanité et d'humanisme.
...La liberté ne s'enferme pas, surtout lorsqu'un homme a choisi de retourner à la vie sauvage...de lièvre.
"Le lièvre de Vatanen" est mon premier Paasilinna. Comme Camille, ce roman me fait découvrir l'univers décalé de cet auteur et me donne envie de m'y promener encore.