vendredi 10 avril 2009

Le cocu se rebiffe


Le 28 Janvier 1663 voit être célébré le mariage, union sacrée pour le meilleur et pour le pire, entre Louis-Henri de Pardaillan de Gontrin, plus connu sous le nom de Marquis de Montespan, et Françoise de Rochechouart de Mortemart. Tout est beau et simple sous le soleil des amours conjugales, même dans un appartement pas très cossu! Une petite fille naît, que Françoise fait rire, crier et virevolter en imitant le grand cornu, en la poursuivant de ses facéties maternelles dans les escaliers de leur nid d'amour. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes mais lorsque les fonds viennent à manquer, que les départs à la guerre du Marquis se suivent et se ressemblent par leurs échecs financiers et les dépenses inutiles en frais d'entretien de bataillon (Marsal qui baisse pavillon dès que les troupes royales pointent leurs étendards, Gigeri dont les soldats français sont boutés par les musulmans révoltés), la marquise se laisse tentée par les sirènes de Versailles. D'ailleurs, elle obtient par l'intermédiaire de la duchesse de Montausier, un "poste" de dame d'honneur de la reine et du même coup envoie aux orties son prénom de baptême pour prendre celui, plus original, plus "people", plus "glamour" d'Athenaïs!
Le pauvre Louis-Henri ne peut que s'incliner et rester seul au logis pendant que son épouse, dont il est éperdument amoureux, volette joyeusement au coeur de la faune versaillaise.
Plus le temps passe, plus Athénaïs s'échappe et s'éloigne dans les mirages dangereux de cette cage dorée qu'est Versailles....et plus elle plaît au monarque. Arrive ce qui doit arriver: Françoise/Athénaïs devient la maîtresse en titre de Louis XIV et notre Montespan se voit doté de la plus belle paire de cornes du royaume. Las, mille et une fois las, Louis-Henri ne se rend pas: il aime toujours passionnément son épouse et décide un beau jour de porter grand deuil et d'orner son carosse et ses armes de cornes de cerf. Le Montespan devient le cocu le plus célèbre du royaume et la tête de pioche la plus dure que le Languedoc ait porté. Bien entendu, cette forme ostentatoire de résistance lui vaut les foudres du Roi et l'indifférence dépitée d'Athénaïs. C'est pourquoi, fuyant les représailles royales (après avoir tâté de la geôle), ses enfants sous le bras (en plus d'être un mari fidèle et aimant, Louis-Henri est un excellent père), il se réfugie au château familial où il laisse sa fille avant de passer les Pyrénées en compagnie de son fils (un enfant odieux, imbu de sa personne, méprisant et déjà mûr pour un avenir brillant de veule courtisan) et demander asile au roi d'Espagne.
Après avoir revisité, d'une plume très personnelle, la biographie du poète François Villon et embarqué ses lecteurs au coeur d'un Moyen-Age sordide, brutal et d'une cruauté sans nom, Jean Teulé s'attaque à l'univers faussement chatoyant du règne d'un Roi Soleil, despote s'il en est, jaloux de tout et de tous.
Diantre! que cette cour versaillaise pue tant au propre qu'au figuré: entre le manque d'hygiène hallucinant (dont est exempt notre héros cornu), les immondices ignobles éparpillés aux quatre coins du château et la sordide veulerie des courtisans, rampant dans la fange pour une once du regard royal, il y a de quoi frémir et avoir la nausée. La musique sensuelle des soieries et du ruissellement des pierres précieuses cachent une triste forêt: la soumission pour une obole, le reniement pour une minable place dans le poulailler doré versaillais, un miroir aux alouettes lentement étouffées par les souffles et effluves putrides d'une société qui n'a pas plus le respect d'elle-même que des autres.
Le Montespan apparaît comme celui qui refuse de profiter (au grand désespoir de ses pairs) des largesses du souverain, destinées à acheter son silence et son acceptation des faits, et de s'agenouiller, prémice d'une révolte qui mettra plus d'un siècle à éclater! Louis-Henri nie le pouvoir royal et passe son temps à se demander ce que peut bien trouver de plus Françoise à son royal amant hormis le fait qu'il soit royal, au pouvoir absolu divin! D'autant que ce dernier lui donnera des bâtards aussi difformes que fous....ah! les belles races princières recèlent de sombres rejetons! "Nez trop long et busqué, gras du cou, ses joues sont flasques. Sa cuirasse drapée à la romaine est ridicule. Je n'aime pas du tout sa perruque! Paraît qu'il aurait un charme....exotique. ça ne me saute pas aux yeux, à moi." (p 211)
C'est au fil des anecdotes, plus croutillantes et amusantes les unes que les autres, que le lecteur déambule dans un monde où la féérie le dispute à la noirceur, où la raison recule devant la foi envers l'occultisme (on se souviendra de la fameuse affaire des poisons, affaire qui sonnera le glas de la belle Marquise de Montespan) et où la véracité historique balance plus souvent qu'à son tour avec l'imagination déroutante et rocambolesque du récit. Maniant de manière étrange le style moderne aux tournures désuètes, Jean Teulé offre un roman qui amusera ou énervera son lecteur, mais qui offrira un agréable moment dépaysant et drôle. On ne peut qu'être aux côtés de Louis-Henri de Pardaillan de Gontrin et le soutenir dans toutes les vicissitudes d'une vie maritale pas comme les autres: elle émeut autant qu'elle fait rire!










(Mme de Montespan et ses enfants)

jeudi 9 avril 2009

Oust! les odieux farfadets!


Le mardi 26 mars 1964 est à marquer d'une pierre blanche: ce jour-là, les Martiens débarquèrent sur Terre et commencèrent immédiatement à faire tourner en bourrique les humains.
Quelques instants avant, Luke Devereaux, auteur de SF isolé en plein désert afin de recouvrer l'inspiration, avait touché du doigt l'ombre d'une idée pour son prochain roman: "Et si les ..." C'est alors qu'il entendit frapper à sa porte. En plein désert, la nuit, qui peut bien lui rendre visite? Luke ouvre la porte et ce qu'il voit pourrait être une absolue hallucination si l'apparition ne l'avait salué d'un "Salut Toto!". Un petit homme vert, vêtu entièrement de vert, se tient devant lui et commence à l'observer presque impoliment.
Très vite, le Martien, à l'image de ses congénères, se montre de fort désagréable compagnie: rien d'intime ne lui échappe, ne leur échappe, les secrets les mieux gardés sont battus en brèche, les mensonges révélés et les vérités en deviennent plus que dérangeantes! Les Martiens semblent posséder la désagréable manie de semer la zizanie autour d'eux et d'y prendre un immense plaisir. Les êtres humains, comme les animaux (cependant en moindre proportion ) se retrouvent confrontés à des humanoïdes exaspérants au possible, hâbleurs, cyniques, graveleux, outranciers, moqueurs, d'une folle arrogance, tenant des propos plus égrillards les uns que les autres, se repaissant inlassablement des craintes, des mines offusquées, des blocages et des désespoirs humains. Seuls les chats parviennent, après une période agitée, à les ignorer superbement!
Qu'il est difficile de les ignorer, ces abominables petits hommes verts: ils "couiment" sans cesse, tels des mouches du coche, pour attiser les divergences, mettre en furie les hommes, déballer le linge sale en public et transformer les sociétés humaines, mêmes les plus primitives, en bazars désespérants.
L'arrivée des Martiens est le déclencheur de l'effondrement économique et financier de la planète: les places boursières sombrent dans les limbes des pires banqueroutes, les états ne savent plus que faire du nombre croissant des chômeurs, les armées n'ont plus de raison d'être puisque les secrets militaires sont éventés joyeusement par la bande d'affreux garnements que sont les Martiens! D'autant qu'avec le rapport d'1 Martien pour 3 humains, personne ne peut échapper à leur acuité visuelle ni à leur langue acerbe! Pire: plus on veut être gentil avec eux, plus ils deviennent ignobles et d'une méchanceté dépassant l'imaginable!
Les Martiens provoquent donc la pire des crises économiques que le monde ait connu: depuis la perte de vitesse des romans de SF à l'écroulement du système économiques en passant par le démantèlement de l'industrie des loisirs (cinéma, théâtre...les Martiens adorent semer la panique dans les lieux très fréquentés) et celui de l'automobile, rien ne semble pouvoir résister aux petits sapeurs verts. Certains pensent que Dieu, lassés des frasques des humains, a ouvert la porte des Enfers aux diablotins verts afin de punir l'Homme, d'autres que les martiens sont en fait des lutins, korrigans et autres elfes venus chahuter le monde des humains.
Derrière le contexte désopilant du roman, se cache non seulement une réflexion sur le pouvoir de l'imagination de l'écriture, la force de l'imaginaire alimentée par les mots et leurs images, mais aussi une réflexion philosophique sur la conception de notre société et la perception du monde. La force de l'imaginaire que fait peser l'auteur sur ses lecteurs, un pouvoir qui permet à ces derniers de donner une consistance réelle à l'histoire qu'ils lisent. La force psychologique créée par l'auteur sur ses personnages, même ces affreux gnomes désagréables et agaçants que sont les martiens, les rends quasiment palpables aux lecteurs. Mais aussi, la force d'une vision sociétale (nous sommes, en 1964, en pleine guerre froide) où l'ingérence du pouvoir dans la sphère privée est légitimée par l'inquiétude vis à vis de l'autre système politico-social. Aujourd'hui cette vision est toujours d'actualité: ce n'est plus l'URSS le grand méchant loup dont il faut juguler les appétits, mais la nébuleuse terroriste qui a secoué les consciences lors d'un triste 11 septembre. Notre perception du monde peut préférer ne plus voir ce qui est outrancier, dérangeant à l'extrême: comme Luke Devereau, on peut choisir de ne voir, percevoir, que sa femme, sa famille, et ignorer les petits êtres, farfadets cyniques, qui s'agitent autour de soi. Quelle est la réalité? Où commence et où finit la folie due à une hallucination, collective ou non? Le pouvoir imaginaire qui a la capacité de créer, a-t-il aussi celui de défaire ce qu'il a tricoté?
Autant de questions et de considérations que "Martiens, go home" déroule au gré du récit burlesque de la visite des habitants de Mars!
Un roman, que d'aucuns pourraient voir comme vieilli, aux accents terriblement d'actualité malgré sa date de parution (1954 aux Etats-Unis, 1957 pour la traduction française)! Je me demande si les scénaristes de "Mars Attacks" n'ont pas été de fervents lecteurs de Fredric Brown....

Roman traduit de l'anglais (USA) par Alain Dorémieux




mercredi 8 avril 2009

Un poème et une photo



Quand le jardin
fut balayé de frais
tombèrent des fleurs de camélia

(Yaha)

Bientôt Pâques



Dimanche, les cloches passeront déposer leurs surprises en chocolat dans les jardins ou sur les balcons des enfants impatients de chercher, fureter avant de mettre la main sur des trésors de gourmandise.

J'en profite pour mettre en avant un album jeunesse que je trouve adorable et qui ne prend pas une ride: il enthousiasme toujours mes petits élèves et cela depuis pas mal d'années.

Plume le poussin vient de casser sa coquille. Il est tout jaune, tout mignon et se lance à la recherche de ses frères et soeurs de couvée. Seulement, le monde est vaste et la quête l'amène à rencontrer d'autres animaux qui ont un point commun: ils pondent des oeufs!

C'est ainsi que Plume croise la route d'un serpent, Sissou (à noter les alitérations en [s] très amusantes aux oreilles des enfants), d'un canard, d'un cygne, d'une tortue et d'un ornithorinque!

"L'aventure de Plume le poussin" est aussi un album à compter....jusqu'à dix: Plume retrouve à la fin (le suspense n'est pas essentiel dans l'histoire) ses neuf frères et soeurs...un plaisir à compter!

L'album est plus que joliment illustré: les illustrations sont vraiment belles, très réalistes et très poétiques. On a parfois l'impression de pouvoir toucher la douceur du duvet de Plume, les écailles de la tortue ou la peau de Sissou le serpent. Le petit plus, non négligeable, les rabats à soulever pour trouver les différents protagonistes du récit!
Certes, on ne parle pas d'oeufs en chocolat ni d'oeufs colorés, mais on fait un petit voyage très intéressant à la découverte du monde: celui des animaux, très différents, qui donnent naissance en pondant des oeufs (des oiseaux au mammifère en passant par les reptiles).
Un bel album à "cachettes" agréable à lire et à manipuler!

(L'ancienne couverture de l'édition précédente...c'est celle que je possède et je trouve plus intéressante)

lundi 6 avril 2009

A l'ombre du zakuro


Après l'enchantement de la pentalogie du Poids des secrets, le ravissement de la lecture de Mitsuba, je me suis plongée avec délice dans le nouveau roman d'Aki Shimazaki, Zakuro.
Tsuyoshi Toda n'a plus vu son père depuis que ce dernier est parti en Mandchourie, en 1942, travailler pour la gloire du Japon. Les dernières nouvelles reçues fut celle de sa déportation, après sa capture par l'armée russe, en Sibérie où semble-t-il il a perdu la vie. cependant, malgré les années, sa mère est toujours dans l'attente d'un retour, de plus en plus improbable, de l'homme qu'elle épousa malgré la désapprobation de sa famille.
Un jour, un de ses amis lors d'un séjour en Californie, lui rapporte avoir vu son père dans un restaurant. Renseignement pris, son père serait propriétaire d'un restaurant au Japon, à Yokohama. Tsuyoshi est bouleversé et après mûre réflexion décide de prendre contact avec son père. C'est alors qu'il apprend la raison de ce silence, qu'il découvre le secret douloureux de l'homme qui fut son père et que ce dernier offrira le plus beau des présents à sa mère.
Aki Shimazaki, avec son art habituel, explore à nouveau le douloureux passé japonais, ce passé que l'Histoire japonaise tente d'effacer de la mémoire collective, comme si cela était un poids trop lourd, trop honteux, à porter. Subtilement, joliment, poétiquement, sans avoir l'air d'y toucher, Shimazaki retrace le désarroi de l'absence inexpliquée, la douleur de l'attente d'un corps qui ne revient pas, la souffrance provoquée par les demi-mensonges et semi-vérités que les diverses administrations peuvent avancer pour tenter de répondre à ceux qui sont restés au Japon.
Le fil conducteur est le zakuro, le grenadier qui parcourt le texte tel un ikebana de mots et d'images plus poétiques les unes que les autres. Entre les feuilles du grenadier, ses fleurs et ses fruits, se déroulent les conditions de retour des prisonniers japonais vers leur patrie après les multiples tractations entre le Japon et l'URSS: le bateau qui les éloigne à jamais de l'enfer peut se révéler être un passage vers un autre enfer, celui de la culpabilité du sang versé...dans les camps, il se trouve toujours des hommes pour faire souffrir leurs semblables, leurs compatriotes. La vengeance est un plat à l'amère saveur lorsque l'on est un japonais au sens de l'honneur bien ancré, au sentiment de honte exacerbé.
Le zakuro, fruit préféré du père de Tsuyoshi, image de l'intime recherche de la vérité bouleversant la vie d'une famille comme la neige recouvre de ses flocons, subtile et douce, les branches du grenadier: peu à peu la douceur légère des flocons d'une pure blancheur pèse sur les branches pour les alourdir d'une eau cotonneuse étoilée. "Je regarde le jardin, où il est tombé quelques centimètres de neige. L'arbre du zakuro en est légèrement couvert. Je me demande si ma mère aussi regarde la neige par la fenêtre de sa chambre. Je ferme les yeux et je vois l'image de mes parents qui dansent, tout vêtus de blanc." (p 149). Le zakuro est aussi le symbole de l'amour (le grenadier du jardin est honoré par la mère de Tsuyoshi toujours unie à son mari disparu par un amour indéfectible), de la fécondité et de la sottise (dans le langage des fleurs, celle du grenadier est l'image de la fatuité, de la suffisance)...sottise de l'absurde culpabilité du père qui ne peut reprendre le cours normal de son histoire intime, sottise de l'esprit rationnel qui refuse de croire aux espoirs de la mère qui se perd dans les méandres de la sénélité, sottise d'un passé qui refuse de se dire et de s'assumer?
Avec Zakuro, Aki Shimazaki offre à ses lecteurs une nouvelle page de poésie, de beauté tout en retenue, de narration subtile de la douleur et du passé inavoué de son pays d'origine, le Japon. L'ensemble est (je plagie Sérial lecteur qui a trouvé la juste formule) "Tout simplement beau".




dimanche 5 avril 2009

Swap au long cours: printemps


Le swap au long cours organisé par Bladelor est une véritable aventure déclinée au fil des saisons. Je ne peux m'empêcher de penser, à chaque fois que je regarde le logo du swap, au film superbe "Printemps, été, automne, hiver...et printemps" de Oh Young-Su!

Mon binôme est Mirontaine, aux doigts de fée comme vous allez très vite le constater! Mirontaine qui a subtilement arpenté mon chez-moi virtuel pour concocter un colis printanier de toute beauté!

Elle y a mis des bouts d'elle-même ce qui m'a beaucoup émue...moi qui ne sais rien faire de mes dix doigts (il y a toujours des "bougnettes" pour gâcher l'ensemble lorsque je me lance dans le TM ou les Arts Plastiques!).

Mais commençons par le commencement!

Mercredi matin, j'étais à l'école en "soutien" ....c'est ce matin-là que le facteur des colis est passé pour trouver porte close (mon cher et tendre étant parti en milieu de matinée au travail). Aussi ai-je du patienter jusqu'au lendemain après-midi, après l'école, pour aller récupérer le colis de Mirontaine! Enfer et damnation, le suplice de Tantale n'était pas terminé: j'avais une réunion à 17h aussi n'ai-je pu ouvrir mon colis qu'une fois libéréé de mes obligations!

Ce n'est qu'en début de soirée, qu'enfin j'ai pu découvir le contenu du joli colis printanier et prendre des photos, sur la terrasse, profitant de la lumière crépusculaire.

Dans le joli colis de Mirontaine il y a (à fredonner sur l'air de "Dans la boîte à outils de papa il y a...."):

Une splendide carte faite main, bleutée à ravir, encadrant une superbe photo de chat dormant sur une chaise bleue....la Grèce des îles est immédiatement revenue à mon souvenir. Au dos, un long message dont j'ai suivi les instructions....déballage des paquets avant d'en reprendre la lecture.

Deux pochettes porte-livre tricotées par Mirontaine. A l'intérieur de chacune, un livre: Prisonnier au berceau de Christian Bobin, auteur que j'apprécie beaucoup et dont j'aime picorer des passages, et Saga italienne d'Alain Absire, clin d'oeil de Mirontaine à ses découvertes littéraires du moment....ce livre me faisait de l'oeil depuis quelques temps à la librairie suite à des avis bloguesques alléchants!

Un album de littérature jeunesse qui m'avait interpellée lors de mon dernier passage dans ma librairie préférée: Rond comme un caillou en bois de Patrick Cloux et Fabienne Cinquin. Il fera l'objet d'une prochaine chronique de La bibli des p'tits chats!

Une tablette de chocolat au thé venant d'une chocolaterie au nom prédestinée Le chat bleu! Le chocolat est délicieux...nous le dégustons carré par carré.

Une boîte à thé bleutée au paysage de montagne....apaisement total! J'y ai mis ma tisane Le temps des secrets.

De très jolis marque-page (shame on me: je ne me rappelle jamais du bon accord au pluriel) avec des chats et d'autres venant de la bouquinerie préférée de Mirontaine...j'aimerais qu'il y en ait une comme cela à Guingamp!!!

Une carte marrante et un cahier assorti...un air de manga japonais ou de décor à bento: j'adore cet esprit doucement décalé!

Un adorable carnet pour noter ma LAL aux couleurs douces et printanières.

Le tout emballé dans un papier de soie, bleu turquoise, illuminant cette fin de journée ensoleillée.

J'ai ensuite continué la lecture de la carte où Mirontaine expliquait ses choix....en un mot comme en mille, j'ai été comblée par ces belles choses, ces mots tout en émotion et cet esprit de partage si précieux.

Merci Mirontaine pour ces merveilles et merci Bladelor pour cette belle aventure qui ne fait que commencer!


samedi 4 avril 2009

Passe ton livre à ton voisin


Loula a décidé de transformer son PIF en "Passe ton livre à ton voisin"...une initiative qui allie le PIF et le concept de la chaîne des livres.

Je recopie le règlement:

Il s'agit de proposer trois livres d'occasion mais en bon état, qu'on a déjà lu, qu'on a aimé ou pas et de les envoyer (un au choix) aux trois personnes qui en font la demande et s'engagent à faire pareil sur leur blog. Il suffit de s'inscrire dans les commentaires et de recopier la règle du jeu avec ses trois livres. Ne pas oublier de publier une photo des livres dans l'article.

Voici mes trois livres proposés à l'adoption:

Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar

Fahrenheit 451 de Ray Bradbury (il part chez Emmyne)

Le Grand Meaulnes de Alain-Fournier

La photo:



Le Yourcenar et le Bradbury ont un peu jauni mais sont en bon état!

jeudi 2 avril 2009

Mathématiques et maîtrise des émotions


"Les nombres premiers ne sont divisibles que par 1 ou par eux-mêmes; soupçonneux et solitaires, certains possèdent cependant un jumeau dont ils ne sont séparés que par un nombre pair" . Parfois, ce nombre pair est plus infranchissable qu'on ne le croit, est un gouffre terrifiant empêchant d'aller vers l'autre en toute quiétude.
La solitude, Mattia et Alice la connaissent bien: elle est dans leur blessure secrète qui lentement aspire leur vie. Alice, boiteuse suite à une chute à ski bienvenue, s'affame avec application et concentration malgré les gros yeux de son père, la langueur de sa mère et les remontrances de la gouvernante. Mattia, surdoué en mathématiques, cultive sa solitude depuis qu'un après-midi, dans un jardin public, il a laissé sa soeur jumelle, Michela, afin de se rendre, en toute tranquillité, à une fête d'anniversaire. Seulement, depuis ce fameux après-midi, Michela a disparu sans laisser de trace et Mattia traîne sa culpabilité à coups d'auto-mutilations. Les cicatrices sont autant de stigmates de son désespoir, autant d'écritures de sa faute.
Paolo Giordano sculpte ses héros dans une argile flamboyante aux fissures souvent invisibles, fissures minuscules ouvrant la voie aux possibles dramatiques. Mattia et Alice se croisent, se rencontrent, se cherchent sans jamais vouloir réellement se trouver....tels des nombres premiers solitaires partageant un proche voisinage sans vraiment se rapprocher. Pour être certains de ne pas mener une vie commune, Mattia et Alice font tout pour se séparer: Mattia s'exile en Scandinavie tandis qu'Alice se perd dans une union appelée à se déliter. Pourtant un fil infinitésimal les relie sans qu'ils se joignent pleinement.
"La solitude des nombres premiers" est un splendide roman sur le mal à vivre après une blessure intime des plus grandes. Paolo Giordano, dans un style sans fioriture, parfois un peu brut, au ton toujours juste et avec une extrême sensibilité en filigrane, nous raconte combien il est difficile d'être comme les autres lorsque l'on a un abîme immense en soi, lorsque l'on est en quête d'un Graal qui sans cesse s'éloigne dès que l'on a l'impression de l'apercevoir. Il dit, avec des mots tendres comme des mots durs (les scènes de mutisme ou de faux échanges entre Mattia et ses parents sont absolument terrifiants de non-dits, de sentiments profondément cachés, d'amour indicible et de reproches réprimés), avec des images poétiques (on en arrive à aimer les mathématiques et la poésie étrange des nombres premiers), le désir d'aimer, de s'aimer, d'accéder au bonheur comme tout un chacun et la douleur intense et muette de ne pas y parvenir malgré tous les efforts fournis. Une invisible barrière entre le monde et soi éloigne ce qui est à portée de main, construisant une solitude autant subie que choisie. L'adolescence et ses difficultés d'être est subtilement peinte sans sombrer dans le pathétique ni la complaisance: Mattia et Alice se battent avec et contre leur différences quitte à subir des mortifications qui deviendront autant de force...ainsi, Alice qui pour entrer dans un cercle couru de jeunes filles accepte un défi qui au lieu de l'avilir la rehausse; les parents sont incapables d'aider leur enfant à surmonter son enfermement intérieur tant ils sont centrés sur leur douleur ou leur apparente indifférence.
Un premier roman d'une grande intensité, à l'écriture qui happe et sait tenir en haleine, que j'ai pris plaisir à lire, euh non à dévorer!


Roman traduit de l'italien par Nathalie Bauer



Merci encore mille fois à Suzanne de Chez les filles pour cette très belle lecture!
Les avis de Isil cuné Le Monde nanou sylvie sylire aifelle keisha Incoldblog (il offre une liste de liens bien fournie!) et j'en oublie beaucoup au passage car nous sommes nombreux à l'avoir dévoré!

mercredi 1 avril 2009

De saison


Après le clin d'oeil "historique" du Poisson d'Avril, je ne peux résister à l'envie de vous présenter un album jeunesse de la collection Petits Géants de chez Rue-du-Monde mettant en images le poème de Boris Vian "Un poisson d'Avril".

C'est Lionel Le Néouanic qui signe les illustrations fort sympathiques et très drôles...la couverture offre un aperçu prometteur de ce qui se trouve à l'intérieur!

Rue-du-Monde a eu l'excellente idée de créer la collection Petits Géants, tremplin idéal pour vulgariser, au sens noble du terme, la poésie. Des albums petits, carrés, agréable à manipuler et aux illustrations aussi diverses que les poèmes choisis.

A l'école, nous possédons plusieurs de ces petits bijoux (j'en parlais ici) qui attire toujours les enfants...notamment "Un poisson d'Avril" dont le poème a été mis en ligne ici il y a 2 ans (comme le temps passe vite).

Un album à mettre entre toutes les mains!!!

Histoire de poisson


Aujourd'hui c'est le jour des farces et des poissons accrochés dans le dos!

Mais pourquoi "fête"-t-on le 1er Avril?




Source momes.net :


En France, on raconte que jusqu'en 1564, l'année commençait le 1er avril. Cette année là, le roi Charles IX décida de modifier le calendrier. L'année commencerait désormais le 1er janvier. Le 1er janvier 1565 tout le monde se souhaita "bonne année", se fit des cadeaux, se donna des étrennes, tout comme à un début d'année. Seulement quand arriva le 1er avril, quelques petits farceurs eurent l'idée de se faire encore des cadeaux, puisque c'était à cette date qu'avant on s'en faisait. Mais, comme c'étaient des farceurs et que ce n'était plus le "vrai" début de l'année, les cadeaux furent de faux cadeaux, des cadeaux "pour de rire", sans valeur. À partir de ce jour là, raconte-t-on, chaque année au 1er avril tout le monde, grands et petits, prit l'habitude de se faire des blagues et des farces. Comme à cette période de l'année, au début du mois d'avril, en France, la pêche est interdite, car c'est la période de frai des poissons (la période de reproduction), certains avaient eu comme idée de faire des farces aux pêcheurs en jetant des harengs dans la rivière. En faisant cela, ils devaient peut-être s'écrier: "Poisson d'avril!" et la coutume du "poisson d'avril" est restée. Aujourd’hui, on ne met plus de harengs dans l'eau douce, mais on accroche, le plus discrètement possible, de petits poissons en papier dans le dos des personnes qui se promènent parfois toute la journée avec ce "poisson d'avril" qui fait bien rire les autres.Certains racontent aussi que le "poisson d'avril" serait devenu "poisson" parce qu'au début du mois d'Avril la lune sort du signe zodiacal des Poissons.
En Belgique, aussi la tradition du poisson d'avril reste bien vivante. "Les jeunes gens, dans les écoles, attachent un poisson en papier dans le dos de leurs camarades, de leurs parents, de leurs professeurs... La presse (tv, radio, journaux) diffuse ce jour-là des informations fausses mais crédibles. Parfois même les hommes politiques sont complices. Entre amis, etc, on se fait aussi des blagues téléphoniques ou autres..."
En Amérique, mais aussi en Grande-Bretagne, on dit "April Fool's" (le dupe d'avril), pas de poisson!
En Allemagne, on dit "April April" ou "Aprilscherz" au moment de faire sa blague ou juste après pour faire comprendre que c'est juste une blague de 1er avril. "Les blagues du 1er avril existent en Allemagne depuis 1631, mais leur origine serait plus lointaine. Penchés sur le certificat de naissance du poisson d'avril, les experts ne dénombrent pas moins de 800 hypothèses. Tous les pays y trouvent leur compte".
En Suisse, "Le 1er Avril, c'est le jour des farces! Nous avons fait plein de poissons qu'on a collés dans le dos de nos deux profs. Drôlement comique! On fait même de grosses blagues. Par exemple, une année, on a fait croire que les Spice Girls étaient en vacances en Valais, tout près de chez nous."


lundi 30 mars 2009

Book save the Queen!


Un mercredi, Elisabeth II partie à la suite de ses affreux toutous, se retrouve du côté des cuisines du palais et tombe sur le bibliobus municipal. Elle y rencontre un des employés des cuisines, Norman, grand lecteur autodidacte et gay. Par politesse la souveraine emprunte un roman, réputé ennuyeux, et s'en retourne vers son monde. La semaine passe, Norman dévore ses romans tandis que la reine lit son emprunt par devoir tellement la lecture du livre lui semble fastidieuse (on lui a toujours appris à terminer ce qu'elle avait commencé que ce soit son assiette de soupe ou sa lecture!); le mercredi suivant, cette dernière se rend à l'endroit où se gare le bibliobus pour remettre le roman sur son rayonnage, bien décidée à ne plus rien emprunter. A nouveau, elle se retrouve en tête à tête avec Norman et le bibliothécaire. En regardant les rayonnages, elle tombe sur un titre attrayant "La poursuite de l'amour"....un heureux choix car si elle était tombé sur un roman d'Henry James, elle aurait définitivement raccroché!
C'est ainsi que commence l'incroyable histoire d'une reine dévoreuse de livres, LCA pas du tout anonyme mais vorace tout de même, ayant toujours un livre à portée de main et d'yeux! L'itinéraire d'une LCA qui emprunte des routes détournées avant de se perdre dans les méandres de "La recherche du temps perdu", les oeuvres de Jean Genet, d'Henry James, des soeurs Brontë ou encore les poèmes de Hardy. Norman devient le tabellion personnel de la reine au grand dam de sir Kevin qui grince des dents à chaque fois qu'il la voit absorbée non pas par les affaires du royaume mais par ses lectures! La reine serait-elle en train de devenir gâteuse? La reine pourrait-elle être atteinte de sénilité comme le commun des mortels, elle qui est hors du commun? Toujours est-il que ses ministres et officiers de la garde ne savent plus à quel saint se vouer surtout lorsque Sa Majesté rechigne à inaugurer ça ou là un salon ou un édifice quelconque, ou quand elle ne pose plus les questions passe partout habituelles mais demande à ses sujets quelles sont leurs lectures! Une déstabilisation du quotidien de Buckingham palace est en train de s'installer durablement: toutes les manifestations qui plaisaient à Sa Majesté deviennent un fardeau voire pire: une perte de temps....il y a tant de bons livres à lire surtout lorsque le virus vous terrasse sur le tard!
Alan Bennett avec un humour, typiquement britannique, porte un regard goguenard sur la place de la lecture dans notre société moderne qui ne prend plus le temps de s'asseoir et lire tranquillement un bon roman. La lecture plaisir, la lecture bulle gratuite d'absolue tranquillité, tranquillité qui dérange plus qu'à son tour: Sa Majesté se retrouve confrontée au regard, lourd de reproche, des autres, ceux qui ne peuvent comprendre combien il est plus intéressant de terminer un chapitre que de répondre à ses devoirs!
Le LCA devient peu à peu plus exigeant dans ses lectures à mesure que sa sagacité, sa complicité avec la littérature s'affinent: le regard porté sur le monde change, imperceptiblement mais sûrement, avec une acuité désarçonnante pour l'entourage. La passion de la lecture dérange car est perçue parfois comme une menace: la lecture est une source inépuisable d'enrichissement personnel, fait découvrir d'innombrables côtés de la nature humaine et rend palpable le domaine sacré de la création. Ainsi, notre souveraine d'Outre-Manche promène-t-elle dans son sillage un délicieux parfum subversif: celui des pages des livres que l'on tourne insatiablement!
La chute du roman est d'une drôlerie toute anglaise...et un vent de liberté souffle sur cette reine pince sans rire!
"La reine des lectrices" est un roman qui se lit avec le sourire aux lèvres et le rire toujours proche: une bouffée de drôlerie dont on ne se lasse pas!

"Je conçois que Votre Majesté ait besoin d'un passe-temps.
Un passe-temps? dit la reine. Les livres sont tout sauf un passe-temps. Ils sont là pour vous parler d'autres vies, d'autres mondes. Loin de vouloir passer le temps, sir Kevin, j'aimerais au contraire en avoir davantage à ma disposition. Si j'avais envie de passer le temps, j'irais en Nouvelle-Zélande."
(p 44 et 45)

"Cet attrait pour la lecture, songeait-elle, tenait au caractère altier et presque indifférent de la littérature. Les livres ne se souciaient pas de leurs lecteurs, ni même de savoir s'ils étaient lus. Tout le monde est égal devant eux, y compris elle. La littérature est une communauté, les lettres sont une république. Elle avait déjà entendu cette formule, lors de remise de médailles et de cérémonies diverses, sans savoir au juste ce qu'elle signifiait. A cette époque, elle considérait que la moindre allusion à quelque république que ce soit avait en sa présence quelque chose de déplacé et de vaguement insultant, pour ne pas dire plus. Aujourd'hui seulement elle en comprenait le sens. Les livres ne varient pas. Tous les lecteurs sont égaux (...) La lecture procurait un sentiment du même ordre. Il y avait en elle quelque chose d'anonyme, de partagé, de commun. Ayant mené une existence à part, elle se rendait compte à présent qu'elle désirait ardemment éprouver un tel sentiment: elle pouvait parcourir toutes ces pages, l'espace contenu entre les couvertures de tous ces livres, sans qu'on la reconnaisse." (p 47 et 48)

Roman traduit de l'anglais (GB) par Pierre Ménard
Les avis de lunedepluie émeraude yspadden clarabel cuné amanda armande praline jules eontos chiffonnette keisha et je dois en oublier bien d'autres!

dimanche 29 mars 2009

Histoire d'eau

(photos prises dans le parc du château de La Roche Jagu, sur le parcours de l'eau)

"Quand je suis assis là , l'idée patriarcale autour de moi prend vie: je les revois, tous les Anciens qui font connaissance et déclarent leur amour auprès de la fontaine, je sens les esprits bienfaisants planer autour des fontaines et des sources."

Johann Wolfgang von Goethe in Les souffrances du jeune Werther (1774)
Bon dimanche à tous!

vendredi 27 mars 2009

Masques Gèlèdé


Il arrive parfois que dans de petites villes de province de belles choses se passent. Guingamp accueille une exposition sur les masques Gélédés du 21 mars 2009 au 25 avril 2009...pendant un bon mois, les passants curieux désirant être étonnés et happés par la beauté mystérieuse des masques, pourront pousser la porte de l'espace François Mitterand, près de la mairie, et plonger dans l'univers africain de ces figures colorées qui relatent le quotidien d'un peuple.


Je copie/colle l'article qui présente l'exposition:


"Masques Gèlèdé,magie et pouvoir des Mères au Bénin


Ce thème constitue le fil conducteur du parcours initiatique proposé à l’espace François-Mitterrand (mairie de Guingamp)sous la forme d’une exposition d’Art africain du 21 mars au 25 avril 2009. Pour la première fois en France, un ensemble unique de masques et d’objets de la société Gèlèdé puisant ses racines dans la religion animiste teintée de culte Vaudou, entre Nigeria, Bénin et Togo, sera présenté au public. L’occasion de pénétrer les multiples facettes d’une société secrète qui voue un culte aux« Mères » sur fond de mascarades rythmant les saisons de récoltes comme les aléas de la vie.

Des collectionneurs passionnés d’Art africain ont accepté de prêter leurs oeuvres au guingampais Jean-Yves Augel qui partage son temps entre la France et sa terre d’adoption, l’Afrique de l’Ouest. En partenariat avec le service culturel municipal, ce collectionneur, cheville ouvrière de l’exposition, associe à sa démarche ses amis Pierre Amrouche, expert spécialisé en Art africain, et Guénaël Fassier, doctorant en anthropologie à l’EHESS de Paris. La qualité comme l’originalité de l’événement n’ont pas échappé aux instances du musée du Quai Branly.

Un foyer d’art

La société féminine Gèlèdé puise ses origines au sein de l’ethnie Yoruba. Forts de 16 millions d’habitants, majoritaires au sud-ouest du Nigeria, les Yoruba sont également présents chez les Nago et les Fon au sud du Bénin, ainsi qu’à l’est du Togo. Le pays Yoruba s’affirme comme l’un des foyers d’art les plus prolifiques, les plus aboutis, les plus extraordinaires d’Afrique, et ce depuis les grandes civilisations Nok (500 avant J.-C.-300 après J.-C.) et d’Ifé (11e-14e siècle).Le culte Gèlèdé naît dans la deuxième partie du 18e siècle, selon toute vraisemblance à Kétu (aujourd’hui à l’est du Bénin), prestigieux royaume Yoruba, réputé pour la dextérité de sessculpteurs.

L’origine mythique du Gèlèdé reflète le passage d’une société matriarcale à un système patriarcal. Ayant dérobé le pouvoir aux femmes, les hommes décidèrent de consacrer un culte à la toute puissance de la mère ancestrale Iya Nla, la « Grande Mère » qui, dans la culture Yoruba, assure l’ordre du monde tout en menaçant sa stabilité. Pour apaiser la colère des femmes âgées dénommées awoniya wa (« nos Mères »), les communautés rurales des Yoruba-Nago et des Fon organisent des mascarades rituelles après les moissons, mais aussi lors de sécheresses ou d’épidémies.La société est dirigée au plus haut niveau par une femme, Iyalashé, la grande prêtresse présente dans chaque couvent Gèlèdé.

Le pouvoir de la femme

En adorant les « Mères », le Gèlèdé célèbre le pouvoir de la femme. En donnant la vie, elle maîtrise ses mystères, insondables pour les hommes. En devenant sorcière, elle peut aussi semer le désordre, reprendre la vie.

Le pouvoir mystique des « Mères » tient de l’ambivalence, partagé entre l’Ajé rere et l’Ajé buruku: le bien et le mal. Rendre hommage au pouvoir spirituel des femmes, les apaiser, les divertir, conjurer leurs forces négatives…Les cérémonies religieuses Gèlèdé, dansées et chantées aux rythmes des percussions, mettent en scène nuitament des danseurs masculins, parés d’attributs et de vêtements féminins.Véritables oeuvres d’art aux multiples symboles, les masques cimiers (portés sur le haut du crâne), polychromes et en bois sculptés, affichent les traits caractéristiques de l’esthétique Yoruba, tels les yeux en amande, les scarifications…

Au patrimoine de l’UNESCO

Au fil des décennies, le rituel s’est adapté. Les masques se sont sophistiqués, prenant la forme de superstructures souvent articulées. Au milieu du 20e siècle, les cérémonies de jour sont apparues, mêlant messages sociaux ou satiriques. Les mascarades diurnes, en marge de la magie rituelle de la nuit, se présentent comme une « magie médiatique » très populaire au Bénin dans les zones rurales Nago et Fon.Le patrimoine oral Gèlèdé, toujours bien vivant dans les régions de Kétu, Cové ou encore Savé, à l’est du Bénin, a été proclamé chef-d’oeuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité par l’UNESCO en mai 2001. Appuyée par des photographies et un documentaire sur les cérémonies réalisés par Guénaël Fassier et Jean-Yves Augel, l’exposition présentera 125 pièces. Les masques cimiers et ventraux, représentatifs d’un siècle de tradition Gèlèdé, côtoieront tambours, chassemouches, gongs, calebasses musicales et autres sonnailles de chevilles. Les organisateurs entendent ainsi mettre en lumière un art populaire qui puise sa créativité contemporaine dans sa tradition religieuse.


OBJETS EXPOSÉS

96 masques cimiers.

5 masques ventraux.

4 tambours.

3 chasse-mouches.

16 sonnailles de chevilles.

2 gongs.

3 calebasses musicales + perles.

1 clochette.

2 parures.+ photos in situ.+ ouvrages sur le Gèlèdé.


THÉMATIQUES

Religion.

Pouvoir et respect.

Vie quotidienne et réflexion.

Prévention et morale

.Oiseaux.Animaux.

Maternité.

Fables et Atêtchitchi (rivalité entre couvents)."


....Qui a dit que Guingamp ne connaissait que le football?


Osez, osons explorer l'univers des masques Gèlèdé et regarder le monde autrement!

mercredi 25 mars 2009

Par une nuit d'hiver...


Une très longue nuit d'hiver, deux ours, Igor et Samson, se rencontrent, s'apprécient et brisent leur solitude en jouant, pêchant, dansant, se perdant et se retrouvant!

Le temps passe vite en ayant des occupations d'ours! C'est alors que le matin, enfin se lève, et là une interrogation se fait jour: qui est Igor et qui est Samson....qui est blanc, qui est marron?

La nuit polaire est la toile de fond de cette histoire où les rimes sonnent joyeusement aux oreilles du lecteur, où les illustrations en positif/négatif noir et blanc sont de belles invitations à imaginer. Le texte est très simple, peut-être trop d'ailleurs mais cette absence de détails est comblée par le jeu des rimes très dynamique qui permet d'ouvrir les oreilles des enfants et de les emmener sur le terrain riche en imaginaire de la mise en rime des phrases.

Igor et Samson, les deux ours, tissent une solide amitié, celle qui naît de vrais sentiments, celle qui est issue de la tolérance et de l'ouverture d'esprit, sous la nuit étoilée: les jeux et les chasses, les gambades et les rêves se succèdent. Grâce à la technique des ombres chinoises, le moindre détail prend de l'importance et apporte une force à l'histoire.

Un album attachant malgré tout, surtout par son graphisme, qui fait partie de la sélection du Prix des Incorruptibles.


dimanche 22 mars 2009

Seventies


Je n'ai pas lu "Testament à l'anglaise" avant de me lancer dans cette première lecture d'un roman de Jonathan Coe et j'ai été très vite embarquée dans le rythme soutenu de cette fresque des années soixante-dix. L'Angleterre pittoresque fleure bon les écoles privées, les uniformes, les actions syndicalistes et les débuts d'une longue guerre civile avec l'IRA. La toile de fond politico-socio-économique de cette période sert de décor aux jeunes héros de l'histoire, élèves à King William, un collège privé de Birmingham: Benjamin, Philip, Doug et leurs camarades de classe ont bien d'autres chats à fouetter et sont loin des musiques planantes et de l'ère providentielle du thatchérisme. En effet, ils souhaitent s'intégrer aux groupes et aux divers clubs archaïques du collège, ils cherchent le courage d'adresser la parole aux filles, ces êtres intimidants qui rient sous cape en lançant leurs regards remplis de promesses vers ces pauvres adolescents torturés par leurs hormones. Ils espèrent devenir un jour artistes et fuir Birmingham et ses langueurs, ses plages d'ennui, ses maisons qui donnent le blues. Benjamin est un artiste en herbe, il est rêveur, a l'impression d'être toujours à côté voire en dehors du monde, il est timide, fan de musique et compose inlassablement des symphonies plus improbables les unes que les autres, Doug espère intégrer un jour un grand journal et Philip le sérieux du groupe. Puis il y a Paul, le petit frère de Benjamin, un môme chafouin, toujours prêt à tirer son épingle du jeu quitte à marcher sur autrui et jeter aux orties les principes et la morale. Autant Benjamin est rêveur, empoté avec les filles et doux, autant Paul est cynique et très thatchérien avant l'heure. Il a compris que l'avenir était dans l'ironie, le matérialisme et l'opportunisme, il s'avère être un personnage horripilant car précurseur d'une époque dont on souffre encore: individualisme, dénigrement de la culture inutile et contre productive. On a envie de lui donner des claques mais il réussit à faire sourire.
Richards, Steve de son prénom, le seul noir du collège, le brillantissime Steve qui provoque la jalousie et l'animosité exacerbée de Culpepper à toujours le surclasser en tout! Jusqu'à ce qu'un après-midi une étrange chose arrive et provoque une défaillance de Steve qui verra non seulement ses espoirs universitaires tombés à l'eau mais surtout la réalité ethno-sociale le rattraper.
"Bienvenue au club" ne serait plus acidulé à souhait si j'omettais de parler de Cicely, la belle et irréelle Cicely, cachant sous sa blondeur et son apparente liberté une blessure que Benjamin découvrira un jour d'été, lors de vacances familiales au Pays de Galles. Cicely, éreintée par Philip à l'issue de la représentation d'Othello, Cicely qui fait tourner la tête des jouvanceaux aux hormones en ébullition, amour absolu de Benjamin qui lui dédie, en un inlassable secret, ses symphonies.
Les années soixante-dix sont aussi les années des grèves et des manifestations, démonstrations de force des syndicats. Ce sont aussi celles des attentats meurtriers perpétrés par l'IRA, Loïs la soeur de Benjamin et Paul perdra son fiancé et gagnera une longue et douloureuse dépression, bouleversant sa vie et celle de la famille....rien ne sera jamais plus comme avant; les haines envers les étrangers commencent à se dire plus ouvertement, l'extrême droite retrouve de la voix et propage un discours raciste dans le monde ouvrier, l'autre, l'étranger est celui qui menace les emplois des ouvriers britannique; enfin, une époque bénie s'achève, laissant un voile flou sur un passé, les babas cool ne sont plus de mise, la musique planante s'efface devant la rudesse d'une musique de la révolte. La cohésion sociale lentement se fissure avant de sombrer dans les années violentes du thatcherisme.
Jonathan Coe, l'oeil goguenard, fait perdre à un de ses héros, Doug, fils d'un responsable syndical, ses illusions sur le comportement de la hight society anglaise....sa rencontre londonienne avec une jeune femme de la haute bourgeoisie est une révélation érotique et sociale. Il n'aura de cesse de parvenir à intégrer ce club très fermé de ceux qui se fichent comme d'une guigne de tous et de tout et prennent leur plaisir selon leur bon plaisir!
"Bienvenue au club" est un roman foisonnant, multiple où le lecteur aime se perdre et se retrouver au rythme de ses souvenirs d'enfance et d'adolescence: les rêves entrevus qui ne deviennent pas forcément réalité, les envies d'ailleurs, les moments d'ennui étirés par un temps qui se moque de coller à la vitesse de la jeunesse. Les années collège et lycée avec son cortège de doutes, de réussites et d'espoirs amoureux, la découverte des sentiments, la douce brûlure de la passion naissante et le mystère du monde adulte qui peu à peu se révèle. Un voyage bien sympathique dans un passé pas si lointain, un passé que l'on n'oublie jamais et que l'on regarde toujours avec une tendresse particulière...celui de nos seize, dix-huit ans, juste avant de partir en fac.

Roman traduit de l'anglais (Royaume Uni) par Jamila et Serge Chauvin



samedi 21 mars 2009

Gladiateurs


J'en connais qui vont ricaner à la lecture de ce billet! Quoi! Katell se lance dans la lecture de polar, pardon de thriller, sur le foot alors qu'elle peste chaque semaine lorsqu'il y a match (de D2 je précise) à Guingamp parce que la vie s'arrête à cause du ballon rond! On aura tout vu sur cette terre, c'est limite un rêve surréaliste! Et bien non! Je me suis lancée dans cette lecture, proposée par un service de presse, parce que la couverture et le titre m'ont intriguée et attirée. Voilà, je vois vos yeux s'arrondir d'étonnement incrédule, votre bouche s'ouvrir d'incompréhension puis s'étirer en un sourire limite sardonique.
Pour tout vous dire, j'ai baigné pendant ma jeunesse et mon adolescence dans le football: avec un père qui a pratiqué et qui est supporter invétéré de Rennes et un frère qui a tapé pas mal dans le ballon, forcément il est difficile d'y échapper. Je sais, ce n'est pas une excuse....d'autant que j'ai suivi avec ferveur l'épopée des Verts (Platini, Rocheteau, Curcovic et les autres....ah ce match de finale aller-retour en Coupe de l'UEFA qui a coûté le trophée aux Verts!!!), je me suis levée à 4h du matin pour voir en famille (sauf ma mère restée au lit...pas folle, elle!!!) les matches de la Coupe du Monde en Argentine, j'ai eu des suées terribles lors de la finale de Coupe d'Europe remportée par les Bleus en 1984 face à l'Espagne. J'avoue aussi avoir regardé la Coupe du Monde 1998 avec les yeux de Chimène pour les Bleus (depuis les chauves ne sont plus regardés de la même manière...d'ailleurs j'en ai épousé un!). Euh...je crois que je suis en train d'écrire un coming-out, non?
Mais revenons à nos moutons ou plus excatement à nos crampons.
"Tu ne marcheras jamais seul" est l'histoire terrible et sordide des gladiateurs modernes que sont devenus les joueurs de foot professionnels. D'ailleurs, la scène d'ouverture est saisissante de surréalisme (pour une LCA accro aux livres mais aussi à la culture): une immense star du foot français vient de mourir et ses cendres sont acheminées, sous les yeux émerveillés de la France, au Panthéon avec à la clé un discours larmoyant du Président de la République en exercice (un qui aime le clinquant et qui n'a pas lu La Princesse de Clèves). J'aurai pu fermer le roman à l'issue de cette scène grotesque et provocatrice en me disant que les auteurs ont fumé la moquette car il faut oser penser la venue des cendres du Capitaine (suivez mon regard vers ces yeux verts à tomber au sourire énigmatique) aux côtés de Jean Moulin! De qui se moque-t-on! Finalement, j'ai continué la lecture car je voulais savoir si le récit tombait de Charybde en Scylla.
L'argument du polar est qu'il y aurait quelque chose de pourri dans le monde du football professionnel: des joueurs sont assassinés sauvagement, leur tête réduite en bouillie comme si elle avait servi de ballon au tueur. Qui peut en vouloir à ce point aux joueurs? Est-ce l'oeuvre d'un déséquilibré? Une orchestration savamment dirigée? D'autant qu'un groupe d'investissement étranger, dirigé par un Russe, vient de racheter le Stade de France, épine financière dans le pied du gouvernement! Cette opération titille la curiosité d'un reporter, Alexis Santangelo, footballeur amateur, et celle plus technique d'une ex- juge de la brigade financière, Eve Delesterre, diligentée par son cabinet de renseignement économique que la FFF emploie pour vérifier la probité de l'acheteur. Alexis est d'autant plus soupçonneux que son meilleur ami, agent de joueurs, angoissé a demandé à le rencontrer à Londres....où Alexis le retrouve agonisant, portant la marque du tueur fou. A partir de là, tout s'accélère: entre Londres, Paris, St-Pétersbourg et Moscou, le lecteur va suivre les pérégrinations sanglantes de nos enquêteurs, louvoyant parmi le luxe, le stupre et la luxure, découvrant les sordides addictions des stars du ballon rond soignées dans une clinique londonienne pas vraiment catholique, se retrouvant en plein coeur d'une manipulation allant au-delà du sordide et dans un monde où tous les coups sont permis pourvu que cela rapporte des milliards!
Oui, quelque chose est pourri dans le royaume du ballon rond: les stades sont devenus autant de Colisées modernes, les équipes autant de gladiateurs prêts à tout pour survivre. Bien entendu, le chemin de nos héros croise celui d'une passionaria anti-corruption russe en lutte à mort contre la nomenclatura post-soviétique aux mains et à la botte de la mafia. Bien entendu les mafieux sont d'une cruauté inhumaine, digne des pires stalags ou goulags, la vie humaine est méprisée, la morale inexistante. Et bien entendu, le lecteur se trouve confronté à la mégalomanie terrifiante d'un homme, avide de pouvoir, qui utilise les technologies biologiques les plus modernes et un savant fou pour créer une armée de guerriers à crampons.
"Tu ne marcheras jamais seul" est un roman qui se lit certes bien, qui m'a fait passer, sans plus, un bon moment mais qui m'a cependant gênée: non seulement le monde de luxe et de dépravation dans lequel se roule avec délectation tout ce petit monde (même notre Alexis vit dans un luxe étonnant) est vraiment dérangeant mais encore le manque de moralité de la fin est, à mon avis, profondément immoral! Les héros quittent une soirée orchestrée par la passionaria où les travers dénoncés tout au long de l'enquête sont toujours en place sans que cela les émeuve outre mesure. Ce n'est pas un happy end que j'aurais souhaité voir mais j'aurais aimé moins de fatalisme....mais peut-être n'ai-je rien compris au film!
Le plus terrifiant et le plus dérangeant est de se dire que le trait est à peine forcé, que le monde du football professionnel est surtout celui des pires requins, est un opium pour faire oublier tout ce qui ne fonctionne pas dans la société, un immense Colisée où l'on distribue du pain et des jeux pour maintenir la cécité des foules. Car aujourd'hui, alors que les plus grands clubs sont côté en bourse, on peut être en droit de s'interroger sur les valeurs humaines et sportives véhiculées par le football professionnel.

NB: pour les profanes "Tu ne marcheras jamais seul" est une des phrases de l'hymne chanté par le supporters de Liverpool lors des rencontres..."You'll never walk alone" .

vendredi 20 mars 2009

Aujourd'hui


"L'aubépine en fleur fut mon premier alphabet" (René Char)

C'est le premier jour du Printemps. Le jour et la nuit ont la même durée.

La blanche aubépine pointe le bout de ses pétales blancs....les beaux jours arrivent à grands pas même si un vent frais rappelle que l'hiver n'est pas tout à fait parti.

Bon vendredi et surtout bon début de week-end.

jeudi 19 mars 2009

Le fil d'Ariane


Véronique est psychothérapeute dans un hôpital de jour, Orion est un garçon psychotique de 13 ans (au début de l'histoire). Leurs chemins se croisent pour devenir un sentier commun à la recherche d'une île Paradis, porte ouverte sur un monde dans lequel Orion pourra enfin vivre.
"L'enfant bleu" est le récit d'une cure, est l'histoire d'un enfant et de son thérapeute et est la métamorphose d'un garçon psychotique en un artiste reconnu. Le long chemin vers la création et la vie quotidienne avec le handicap est celui que les deux héros romanesques vont vivre, expérimenter souvent dans la douleur, parfois dans le bonheur d'un pas de plus franchi vers une liberté.
Véronique en apportant des couleurs, des feuilles blanches et du temps intime à Orion lui offre un fil d'Ariane pour sortir de son labyrinthe, pour maintenir le démon le plus loin possible, ce démon de Paris qui peut lui sauter dessus au moment le plus inattendu.
Orion , un beau prénom porté par un chasseur d'une folle beauté, demi-dieu grec, poursuivi par un scorpion comme le jeune Orion est poursuivi par un démon qui provoque chez lui des gestes de violence. Seuls les trois cents chevaux blancs peuvent le faire fuir et libérer Orion de son emprise, comme si les chevaux de l'aurore dissipaient les nuages sombres de sa nuit.
Au fil des séances, le labyrinthe emprisonnant le Minotaure prend une dimension particulière: Orion dessine souvent un Thésée triste, un Minotaure au regard doux, comme s'il se voyait dans chacun d'eux...Orion n'est pas réjoui de la fin du Minotaure, du monstre du labyrinthe, car ce dernier n'est pas monstre de son plein gré, le regard d'autrui a construit son image de monstre et
l'a enfermé dans une catégorie, une boîte d'où on ne peut s'évader sans mourir un peu.
Lorsque le labyrinthe n'a plus lieu d'être, l'île Paradis reprend ses droits, ses couleurs, ses paysages, ses personnages, même si un requin rôde de temps à autre....le démon de Paris n'est pas vaincu, il reste tapi longtemps avant de ressurgir et de faire danser "La danse de St-Guy"! L'île ponctuée des dictées d'angoisse lors desquelles les rôles sont inversés: Véronique écrit et Orion valide ou non l'orthographe, éloignant peu à peu le terrible "Que de fautes! Que de fautes!" antienne maternelle qui scande une réalité difficile à appréhender par Orion. La normalité ne passe pas forcément par la belle orthographe, la grammaire des couleurs, des traits de crayons, pastels, pinceaux est aussi importante et essentielle au monde.
A l'image d'une thérapie, l'histoire commence lentement, le temps d'une mise en confiance, le temps de mieux s'appréhender, se connaître: le lecteur apprend à regarder autrement les personnages, à aller au-delà du miroir. Puis, le rythme prend de l'ampleur, le souffle s'accélère, malmené par les douleurs dues aux transferts, aux désordres incontrôlables d'Orion qui se démène dans ses souffrances, désespérant d'en trouver l'issue. Véronique, son passé et ses doutes sont autant de chaos subtils pouvant faire basculer l'orientation d'Orion: la ligne est tellement ténue, fragile, entre la folie créatrice et la folie destructrice que chaque fêlure peut entraîner une catastrophe, le chaos d'un monde en perpétuel équilibre.
Henry Bauchau avec "L'enfant bleu" explore une partie de l'âme humaine que l'on aimerait ne pas voir, ne pas saisir parfois parce qu'elle dérange: le handicap qui ampute une vie de ses possibilités les plus élementaires...une vie sociale, une vie amoureuse, une vie professionnelle, une autonomie, un chemin de liberté. Avec subtilité, simplicité et une écriture tout en poésie, l'auteur montre combien la route vers la dignité est âpre, amère parfois, mais aussi radieuse lorsque Orion peut enfin dire "On veut rester avec toi, Madame, mais je dois partir...tu comprends? (...) Faut pas, Madame, aujourd'hui, je peux payer moi-même." Il n'y a pas le miracle de la guérison, seulement une victoire sur soi-même, existante malgré sa fragilité certaine. Et c'est ce qui donne une intensité émotionnelle et littéraire à ce roman déroutant mais d'une beauté indicible que le lecteur, qui a été patient, vit intensément. Un roman dont on se souvient longtemps après sa lecture!