dimanche 7 janvier 2007



"Qui saura dire la difficulté d'être un père et un mari, et comment les femmes s'emparent des maisons, des enfants et des hommes,avec la toute-puissance que leur confère d'un coup l'extravagante seconde où elles expérimentent de faire passer une vie nouvelle par leur voie la plus intime?" Alice Ferney in "Les autres"

"Je me sens indiscret ce soir parce que je regarde les autres. Ce n'est pas tant d'ailleurs de les regarder, c'est de les voir avec une perception éclairée par leur absence." Alice Ferney in "Les autres"

Enquête islandaise


"Peut-on commettre un meurtre en chaussettes?"dit un des protagonistes du livre...et déjà pointe un certain humour...islandais.Vous avez aimé les polars de Mankell,alors vous aimerez celui-ci!
Par son écriture simple, directe sans effet inutile ni complaisance à décrire l'horrible, l'auteur prend ses distances et laisse le lecteur seul juge, tout en construisant un suspense prenant.
Un étrange meurtre pourrait passer pour un crime crapuleux ("En Islande les crimes sont bêtes et grossiers"...humour décalé du Grand Nord??), seulement, voilà, un indice troublant se trouve sur les lieux du crime: un bout de papier sur lequel sont écrits 3 mots (le lecteur sera contraint de patienter quelques chapitres avant de les connaître...et c'est ce qui fait toute la sève du livre).
Le lecteur se promène dans un monde gris, brouillé par la pluie automnale qui tombe sans discontinuer. Il est dans l'extrême nord de l'Europe, sur cette île perdue au milieu de nulle part, à mi-chemin entre l'Ecosse et le Groenland. Une île où les racines d'un peuple sont importantes, où le monde des sagas est encore vivace, où la filiation est essentielle pour exister.
L'inspecteur Erlendur Sveinsson se retrouve, à travers cette enquête, à s'interroger sur lui-même, sa paternité (ses enfants sont empêtrés dans la drogue) puis sur sa lignée (il sera bientôt grand-père). Il se retrouve, non seulement face aux souvenirs douloureux laissés par un homme vil et pervers(la victime du meurtre qui est un "serial violeur" impuni), mais aussi face à un homme qui refuse d'être un souvenir de ce pervers, qui laisse une trace indélébile dans sa lignée ignorée.
Cette enquête islandaise,originale et étrange, souligne l'importance d'aimer ses proches et de le leur faire savoir: la vie est trop courte pour remiser ses sentiments.
L'avis de Pascal, le bibliomane.

Kaboul


Le Kaboul d'avant le coup d'état, le Kaboul que personne en occident ne connaissait vraiment, le Kaboul d'un conte des Mille et une nuits, Le Kaboul d'un enfant, la ville de l'enfance heureuse et déchirée. L'absence de la mère, cette absence chaque jour observée dans l'enfant, le petit garçon, qu'elle a laissé derrière elle en mourant pour lui donner la vie. Cette absence qui est la faille dans la relation enfant/père, faille qui engendrera lâcheté (mais est-on lâche lorsque l'on est un garçonnet de 12 ans?) puis remords et enfin rédemption.
La lâcheté, mais était-ce vraiment de la lâcheté?, mère d'une fêlure qui mettra 20 ans à s'effacer.
Fêlure du départ de Kaboul puis de l'Afghanistan pour rejoindre l'Amérique, terre de libertés et d'oubli.
Fêlure de l'absence d'enfants pour égayer la maison.
Fêlure d'un appel téléphonique et d'une phrase "Tu peux te racheter".
De fêlure en fêlure, Amir va aller jusqu'au bout de lui-même, jusqu'à en être physiquement cassé et découvrir que l'on peut se pardonner et se racheter.
Les secrets de famille sont toujours dévastateurs mais lorsqu'un de ses membres parvient à rompre le cercle infernal, un garçonnet, arraché aux laideurs du monde en guerre, peut réapprendre à vivre, à sourire et sans doute à parler grâce à l'envol, à San Francisco, de cerfs-volants.Ces cerfs-volants, symaboles de l'enfance heureuse, symboles d'une liberté que rien ni personne ne pourra juguler...la liberté de garder au fond de la mémoire, le temps des jours heureux et insouciants.
Un roman poignant, d'une écriture sensible, offrant au lecteur l'impression de respirer Kaboul, de sentir les montagnes afghanes,de savourer les meilleurs Kebabs du monde, d'entendre les rires, les pleurs, les peurs et les malheurs mais aussi celle d'écouter les chansons traditionnelles et le coeur battant d'un peuple qui ne veut pas mourir sous le joug des talibans.
Puisse, un jour, ce pays recouvrer le droit de vivre et de s'exprimer et de réapprendre à s'aimer.

samedi 6 janvier 2007

Labyrinthe espagnol


Entre conte et réalité, un film à la fois poétique et tragique.Quand le monde des fées rencontre la brutalité des hommes, quand une petite fille perd son enfance, quand un pays perd sa dignité dans le sang.
Grâce au conte, le cinéaste, Guillermo Del Toro,dresse un portrait sans concession du franquisme et de l'Espagne isolée du monde par sa guerre civile. Sergi Lopez campe un capitaine franquiste sans états d'âme, ne pensant qu'à l'Espagne nouvelle et à son héritier à naître. Il nous surprend par la noirceur de son personnage et offre au spectateur une autre facette de son talent.
L'originalité du film est de mêler la Fantasy à la réalité historique. L'imaginaire du conte est amené par l'univers sombre, inquiétant et mystérieux du maquis perdu dans la forêt.
Il était une fois une jeune princesse qui s'échappa de son royaume, attirée par le monde des humains....Il était une fois une fillette qui se plongea dans les contes pour oublier la laideur de son monde qui se déchire...
Les histoires se mêlent pour n'en faire plus qu'une: celle du retour de la jeune princesse dans son monde, au prix de 3 épreuves et au prix de son sang versé.
Un film émouvant, poignant même, faisant vibrer le spectateur au rythme d'une berceuse traditionnelle que l'on chantonne encore, une fois rentré chez soi.

Emplettes imprévues




Partis chercher notre commande à la librairie, nous sommes revenus avec quelques titres en plus.
Nous attendons toujours "Le coupeur de roseaux"....il sera là sans doute mardi.

Espion aux pattes de velours




Notre maison attire les félins curieux: rien ne les arrête et en voilà un autre qui observe derrière la fenêtre du bureau...ce doit être fascinant ces humains qui pianotent sur internet, nom d'un chat!

vendredi 5 janvier 2007

Mon deuxième chatounet





Voici Sécotine, la "gouttière", au caractère fantasque.Là, elle nous fait son numéro de chat malheureux, abandonné de tous.Vous y croyez, vous?

Challenge 2007


Une superbe initiative circule sur les blogs littéraires: le challenge 2007. Les participants choisissent 26 auteurs (autant que les lettres de l'alphabet)et un titre à chaque fois.
Avant d'avoir l'autorisation de poster mon challenge sur le site officiel, je communique mes choix sur mon blog.

A: Asimov "Les dieux nous-mêmes"
B: Bukowsky "Le postier"
C: Céline "Mort à crédit" (eh oui...pas encore lu cet auteur: mon défi est de vaincre mon blocage)
D: Dontchev.A "Les cent frères de Manol"
E: Eco "Baudolino"
F: Ferney "Les autres" (lu cette semaine)
G: Guilloux "le sang noir" (encore une "réparation" d'oubli de lecture)
H: Hosseini "Les cerfs-volants de kaboul" (lecture en cours)
I: Inoue "Le fusil de chasse"
J: James "Washington square" (un livre appartenant à mon mari)
K: Khadra "Les hirondelles de Kaboul"
L: Lao She "Trois générations sous un même toit" (3 tomes)
M: Mizukami "Le temple des oies sauvages"
N: Nozaka "La tombe des lucioles"
O: Orsena "Portrait du Gulfstream"
P: Pamuk "Mon nom est Rouge"
Q: Queffelec "Osmose"
R: Ragon "Le roman de Rabelais"
S: Stegner "Angle d'équilibre"
T: Tanizaki "Le coupeur de roseaux"
U: Updike "Dans la splendeur des lis"
V: Valtari "Jean le pélégrin"
W: Wijkmark "La draisine" (sur les conseils éclairés de mon mari)
X: Xénophon "L'anabase" (je n'ai fait qu'en traduire des extraits, remettant toujours à plus tard la lecture entière de l'oeuvre)
Y: Yoshimura "Voyage vers les étoiles"
Z: Zweig "Vingt-quatre heures de la vie d'une femme"

....Ce seront mes incontournables de l'année, en plus de mes lectures au fil des coups de coeur ou des choix à la médiathèque.

jeudi 4 janvier 2007

Voisinage



Visite d'un de nos voisins à 4 pattes de velours. Le toit de la cabane de jardin est un endroit rêvé pour nous observer, l'air de rien, détaché...

La Plomée de Guingamp




Un élément incontournable du paysage du Centre Ville.
Photo prise un soir de décembre...

Au fil des autres


"Les autres nous sauvent. Ils nous déprennent de nous-mêmes, ils nous égaient et nous apaisent, les autres nous sont un paradis de diversité et nous découvrons en eux des faces de nous-mêmes qui ne chanteraient pas si nous demeurions seuls." Alice Ferney in "Les autres"
"Si nous ne voulons pas qu'ils sachent, les autres ignoreront à la fois celui que nous sommes et les pensées nous emplissent." Alice Ferney in "Les autres"

Je, tu, il(elle),nous....


Trois narrations d'un même moment: une soirée d'anniversaire autour d'un jeu de société "Personnages et caractères".
Trois points de vue différents: ce qui pourrait paraître redondant est une progressivité dans l'acuité perceptive de la situation proposée.
Alice Ferney prend le contre-pied de Balzac, dans "Le Père Goriot" (description en entonnoir: du Paris, vue d'ensemble, au détail de la mouche sur la tapisserie). Elle part des "choses pensées" (l'intimité du moi) aux "choses rapportées" (situation vue avec un grand recul, situation descriptive, romancée).
C'est ce parti pris qui fait la richesse de l'argument littéraire: les autres, la perception que l'on a d'eux mais aussi celle que l'on a de soi-même.
Peut-on tout dire, même entre amis, sans risquer de se perdre les uns les autres? L'idée originale du jeu de société déclencheur de révélations, de réactions vives et douloureuses, permet de développer le rapport que tout un chacun a aux autres et à lui-même.
Mais, dans un sens, ce jeu se révèle être salutaire car de la crise naît l'apaisement, du désordre naît le calme voire la sérénité et la profondeur des liens.
Finalement, les autres sont le ferment de notre vie, de notre identité: sans les autres on n'existerait pas...ou alors si peu.
Une écriture aérienne, sensible, aux images toujours justes, toujours en délicatesse et belles. Du grand Ferney même si certains peuvent être hérissés par cette triple narration. Un exercice de style? Non, la vie, seulement la vie à travers trois prismes, à travers trois focales: le mode macro, le mode normal, le grand angle qui, paradoxalement, est celui qui révèle les ultimes détails de l'intime.

mercredi 3 janvier 2007

Mongolie encore


Après avoir regardé le film "L'histoire du chameau qui pleure", un souvenir de lecture a ressurgi: la lecture, grâce à la médiathèque, d'un récit de voyage avec un zeste d'intrigue policière, roman d'un brésilien fasciné par la Mongolie. J'avais aimé le décalage créé par l'auteur entre la Mongolie rêvée et la Mongolie réelle...je n'ai pas pris, alors, de notes de lecture aussi, lâchement, je fais un "copier/coller" de la 4è de couverture. Ce roman m'avait transportée dans un univers étonnant et fascinant au fil des mots et des chapitres...
"Comme dans beaucoup de récits de voyage, comme dans Le Cœur des ténèbres de Conrad, un homme est ici à la recherche d'un autre homme. Un diplomate est envoyé en Mongolie sur les traces d'un très jeune photographe disparu en plein hiver dans la région de l'Altaï. Surnommé "l'Occidental" par les guides mongols qui avaient baptisé le photographe "l'Inadapté", il suit l'itinéraire indiqué dans le journal de voyage abandonné par le photographe et écrit lui-même des carnets qui seront lus par un narrateur critique qui découvrira au lecteur la totalité du puzzle. C'est de la lecture des trois textes que naît le roman d'un voyage à l'intérieur d'un monde distordu, opaque et fermé sur lui-même, révélateur de la difficulté d'entrer en relation avec ce que l'on ne connaît pas. La Mongolie de Bernardo Carvalho n'est pas une réalité mais une hallucination, ses voyageurs ne sont pas des aventuriers mais des créatures littéraires qui avancent dans un monde totalement étranger. Malgré ou à cause de sa volonté de fiction, ce roman est aussi un magnifique récit de voyage dans un univers totalement exotique."

Quelques photos du film





Je ne résiste pas à l'envie de partager les photos extraites du film, glanées sur le site d'allocine.

Magie de la Mongolie


Hier soir, Arte diffusait un film confidentiel lors de sa sortie en salle, malgré l'étiquette "pour enfants". Je l'avais loupé lors de sa sortie aussi me suis-je rattrapée avec bonheur. "L'histoire du chameau qui pleure", une chamelle rejetant son petit, la vie d'une famille de nomades du désert de Gobi,les gestes quotidiens loin de tout...le seul lien avec l'ailleurs: la radio.
Pour que la chamelle apprenne à accepter son petit,il faut l'aide d'un musicien...la musique adoucit les moeurs...Les garçons partent en ville, à dos de chameau, quérir le musicien.
Les paysages sont superbes, la vie difficile dans le désert est perceptible malgré la belle saison, la relation homme/chameau est indicible mais palpable, le temps passe au rythme des saisons, du soleil, des tempêtes de sable.
Le musicien rapprochera la chamelle de son petit,la tradition, une fois encore, n'a pas failli à l'équilibre du monde.
Une respiration cinématographique, apaisante, parfois surréaliste, pour le spectateur occidental qui rêve de pouvoir être avec la nature sans l'oser.La cinéaste, Byambasuren Davaa, sait filmer ces "vaissaux du désert" et les laisser s'exprimer: leurs regards humides, leurs cris presqu'enfantins, leur donne une humanité. Un chant, une prière pour conserver un mode de vie lié aux chameaux et aux troupeaux tout en acceptant la modernité. Une gageure pour l'humanité?

mardi 2 janvier 2007

Mon jardin


A l'heure où les goëlands retournent au port, les ombres s'allongent dans mon petit jardin citadin.
Le rose doré du soleil couchant fait deviner une myriade de moucherons virevoltants.
Le ciel enfile des atours bleutés.
Les arbres dénudés deviennent, peu à peu, ombres chinoises.
Un oiseau traverse, frôle, vite, le jardin pour retrouver son abri.
Tiens...les corneilles prennent le chemin de leur dortoir...elles rentrent du travail, sans doute.
La circulation s'estompe.
C'est l'heure étrange du "entre chien et loup": tant de choses se confondent, se fondent dans le gris bleuté du soir qui tombe.
Même les chats ont déserté le muret de pierres...
Tout est calme, limpide dans la lumière apaisante de cette fin du jour.
Lentement, le ciel ferme ses paupières.
Lentement, le voile de la nuit se lève pour enrubanner le jardin de ses atours nocturnes.
Doucement, le poudroiement du crépuscule se dépose dans la maturité du monde.
chuuuut....

La liberté du mot...





"Un mot qu'on a laissé s'envoler ne se laisse plus jamais rattraper par l'aile." Luther

Méli mélo


"Ne vous souciez pas d'être sans emploi; souciez-vous plutôt d'être digne d'un emploi. Ne vous souciez pas de n'être pas remarqué; cherchez plutôt à faire quelque chose de remarquable." Confucius in "Les entretiens de Confucius"
"Je n'aime pas être au milieu des autres lorsque je souffre. Etre au milieu des autres, quelle illusion. On n'imagine jamais assez loin à quel point on est seul à vivre sa vie." Alice Ferney in "Les autres"
"La subtilité nous mène-t-elle au silence? Comme si on comprenait qu'affirmer est inutile et exagéré. Comme si on entrait dans les raisons des autres. Comme si on acceptait leur surdité et que l'on renonçait à imposer notre vision autant qu'à les transformer." Alice Ferney in "Les autres"

Flânerie berlinoise


Cela se passe à Berlin, le Berlin de la réunification allemande.
Berlin, ville intellectuelle, ville culturelle renaissant de ses cendres.
berlin, où quatre quadragénaires, quatre femmes s'interrogent sur leur vie. Ce sont toutes les quatres des intellectelles, journaliste en vue, prof d'université, thésarde, galiériste...
Le lecteur, dérouté comme devant un film coréen ou japonais, regarde défiler la vie feutrée de ces berlinoises au temps des bilans, face à leurs "légers manquements": envie de tromper le mari absent depuis trop longtemps, souhait de tomber amoureuse lorsque l'époux semble ne plus regarder l'épouse, vivre une maternité inattendue pour aussitôt la perdre dans l'horreur et la douleur de la solitude, s'interroger sur le bienfondé de n'avoir pas voulu fonder une famille....
Quelques touches déposées discrètement sur l'Allemagne d'aujourd'hui: la mémoire collective de l'Histoire, les turcs, les nouveaux riches, parvenus, voyants et bruyants brassant la culture comme l'orge de la bière.
Et une question: la liberté, pour en faire quoi?
...Justement, pour avoir le droit de regarder en arrière et de décider de changer ou non.Pour pouvoir aller au bout ou renoncer aux "légers manquements" qu'offre la vie.
Un roman qui se lit au rythme de la marche citadine. Roman qui semble ennuyeux parfois mais toujours hypnotique: on ne peut qu'aller au bout de la lecture car l'auteur sait où placer les moments forts de ce récit aux allures anodines...comme dans un film coréen ou japonais tout semble calme et tranquille et c'est dans le silence et entre les lignes que les drames se nouent et se dénouent.

Roman traduit de l'allemand par Marielle Roffi