lundi 29 janvier 2007

Absence


Chatperlipopette sera silencieuse 2 jours...rapide séjour parisien, mais hélas pas de temps pour flâner sur le quai des Grands Augustins.

Le devoir des mémoires...


Une histoire d'initiation à l'amour sur fond de lecture à voix haute. Initiation d'un jeune homme de bonne famille par une femme plus âgée qui reste mystérieuse. Rites de la douche, de l'union des corps puis de la lecture.
Un jour, Hanna disparaît.
Le jeune homme la retrouve des années plus tard, lors d'un procès de nazis. Le narrateur se retrouve face au passé nazi de la femme qu'il a aimée. Un passé de gardienne de camp. Inhumaine Hanna ? On ne peut le croire. Besoin de rédemption ? Oh que oui ! Schlink exprime alors ce que la génération d'après guerre ressent face au passé nazi de l'Allemagne : un mélange de dégoût, d'horreur et de culpabilité éternelle.
Les crimes d'Hanna : avoir été gardienne de camp et avoir laissé périr dans un incendie, lors de la débâcle allemande, ses prisonnières. Mais peut-on la maudire pour l'éternité quand on apprend, en même temps que le narrateur le découvre, qu'elle est analphabète et que c'est pour masquer cela qu'elle a refusé un avancement dans son usine et qu'elle a répondu à une proposition de travail chez les SS ? Cette honte, elle la porte jusqu'au tribunal où elle endossera le plus gros des accusations car elle ne veut pas avouer son analphabétisme. Elle sera condamnée à perpétuité.
Le narrateur, se rend compte qu'il l'aime toujours, qu'elle est une partie intime de son âme, qu'il ne peut l'oublier. Cependant, il n'ira pas dire au juge qu'Hanna est analphabète et n'a donc pas pu signer ni rédiger les rapports retrouvés de cet incendie. Elle est la victime expiatoire de cette horreur, celle qui se charge des péchés de la communauté. Peut-on sauver un être contre sa volonté ? Hanna voulait-elle expier son passé ?
Le narrateur lui enverra en prison des enregistrements d'oeuvres littéraires. Il sera son seul point de chute lors de sa libération programmée : il lui trouve un emploi, un logement. Quand il vient la chercher, il apprend qu'elle s'est suicidée et qu'elle a appris à lire et écrire en prison.
Elle lui a demandé dans une lettre de verser ses économies à une oeuvre juive luttant contre l'analphabétisme. Il recherchera une des survivantes de l'incendie. Qui ne peut pardonner, mais qui peut comprendre.
Un très beau roman sur le devoir de mémoire, sur le devoir des mémoires.

Roman traduit de l'allemand par Bernard Lortholary

dimanche 28 janvier 2007

Au gré des présidents


L'histoire d'un homme, d'une vie scandée en filigrane par les élections présidentielles. Un argument littéraire original, plaisant qui fait entrer le lecteur au coeur d'une histoire publique et intime.
Paul Blick promène son âme d'enfant devenu unique suite à la disparition de son frère aîné. Disparition qui transforme littéralement le paysage familial !!!
Il est le photographe amusé des époques traversées. Il atteint le point culminant du décalage sociétal avec son livre sur les arbres de France puis du Monde !! Son succès est tel que même un Président de la République le sollicite pour être photographié auprès de ses arbres fétiches !!! Paul Blick l'éconduira.... Puis, la solitude non choisie suite à la disparition de sa femme et la confrontation avec le mutisme autistique de sa fille. Il se lance dans l'entretien des jardins des autres. Une aventure végétale à l'instar de son aventure arboricole: rêveries, beautés silencieuses, moments de solitude extatique.

Paul Blick a un défaut (encore en est-ce vraiment un ??): il est incapable de photographier un être humain !!! Le mouvement de l'homme l'angoisse, le dégoûte !!! Il préfère l'immobilité (apparente seulement) de la nature ! Cette nature si entière, si pure, est en discordance avec les bassesses de la vie ordinaires: le dentiste un brin sadique avec son rival (scène truculente de la séance dans le cabinet !!), la femme dirigeante d'entreprise régentant son petit monde et condescendante avec son mari qui n'a pas de vrai métier, la belle-mère attirante et castratrice, les adultères... Le tout scandé par le bruit de la tondeuse à gazon. Ce bruit d'ailleurs qui aura le mot de la fin !!

samedi 27 janvier 2007

Tissage d'une histoire


"La dame à la licorne"...cette tapisserie en a fait rêver plus d'un à la lecture du Lagarde et Michard, dont moi !!! Ce roman , tissage d'une interprétation au sujet de la genèse de cette tapisserie, nous emporte dans le monde du paraître des puissants qui commandent des oeuvres d'art pour montrer leur pouvoir.
Le lecteur est entraîné dans l'univers des artistes peintres, des lissiers bruxellois, des alliances décidées à l'avance et des frustrations des hommes et des femmes qui voudraient tant vivre leurs amours !!

Ce roman est intéressant par son argument : un livre à plusieurs voix, celles des principaux protagonistes. Ainsi, la génèse de cette tapisserie se déroule selon différents points de vue et différentes interprétations. Un vrai régal !!
On est embarqué dans ces monologues dès les premières pages : on entre dans ce Moyen Âge, dans le monde des artisans et des guildes, dans les secrets de fabrications, dans les modes de vie particuliers des maîtres artisans. Quelques allusions aux Juifs convertis récents (ce qui leur permet d'entrer dans la société), aux couvents prisons des filles nobles rebelles. Ce roman donne envie d'aller au musée du Moyen Âge de Paris pour y respirer cette époque si lumineuse et si sombre à la fois !!!

Roman traduit de l'anglais par M.O Fortier-Masek

vendredi 26 janvier 2007

Chatperlipopette lirait-elle un livre par jour?


Chers visiteurs,

Si vous avez été attentifs, vous avez du remarquer une étrange anomalie. Dans mes rubriques, à gauche, il y a celle-ci "Je suis en train de lire": elle arbore la couverture de la fresque "Quatre générations sous un même toit" T1 (il y en a encore 2 à suivre)de Lao She. Donc, pour ne pas laisser s'installer le silence sur mon blog, je "recycle" mes commentaires effectués il y a quelques temps sur le site de zazieweb...
J'espère que vous ne m'en voudrez pas ....de ne pas lire un livre par jour ;-)

Vanitas vanitatis...


Une fresque truculente du 19e siécle anglais, de cette société empesée et raide. La satire est violente parfois mais irrésistiblement drôle souvent !!! Comment réussir dans le monde quand on n'est rien ? Il suffit d'utiliser toutes les armes défendues par la morale (je vous rassure, cette morale est de façade dans ce joli monde) : mensonges, demi vérité, séduction passive ou active, gruger les naïfs et imbus d'eux-mêmes, flatter, manipuler et hurler avec les loups !!!

Tout un joli programme que l'héroïne, Rebecca Sharp, pauvre orpheline intelligente et très ambitieuse, devenue à force d'intrigue Mistress Crawley, va mettre en oeuvre. Le lecteur la déteste et l'aime tour à tour, parfois il peut avoir de la compassion. Elle connait les splendeurs et misères du monde (cruel monde des vanités humaines) et réussit à survivre à tout !!
Son antithèse est la douce Amélia Sedley qui est la caricature de la naïveté et de l'insignifiance. Elle aussi connait bonheur et malheur après être passée par le veuvage et l'adoration de l'époux disparu (fieffé gredin imbu de lui-même) avant de se rendre compte de sa tromperie.
Un héros qui est sourd aux choeurs de cette foire aux vanités. Il traverse cette fange sociale sans perdre sa superbe. Bref, un portrait sociétal qui est très moderne car transposable dans notre monde moderne. Car l'homme est un "lupus", un animal socialement ambitieux, prêt à toutes les avanies pour parvenir à toucher du doigt les fastes de la richesses et du pouvoir.
A lire et à relire avec un plaisir sans cesse renouvelé !!!

Roman traduit de l'anglais par Sylvère Marod

jeudi 25 janvier 2007

Hymne d'amour à un fleuve


En lisant ce roman, le lecteur plonge dans le quotidien des villageois du nord de l'Inde, avec ses truculences, ses désespoirs, ses traditions.
L'histoire est celle des destins croisés de deux lutteurs, agriculteurs: l'un est propriétaire, issu d'une haute caste, l'autre vit au bord du Gange et puise ses ressources du limon laissé par les crues. Tous les deux se retrouvent injustement en prison, victimes de leur méconnaissance de la loi. Ils sympathisent et vont s'aider mutuellement à leur sortie:le premier, veuf, est secrètement amoureux de sa belle-soeur, elle même jeune veuve, et n'ose avouer à ses parents qu'il ne veut épouser personne d'autre qu'elle. Le second fera tout pour réunir les deux amoureux.
Bhairava Prasâd Gupta fait plusieurs fois allusion à la condition féminine (en particulier la place des veuves) dans la société traditionnelle hindoue des hautes castes: le veuvage est synonyme de sépulture virtuelle au sein de la belle famille (à laquelle la femme mariée appartient définitivement)car la veuve ne peut plus se remarier ....en d'autres temps elle aurait suivi son époux défunt dans le bûcher.
L'auteur aborde, également, un autre aspect de la société hindoue: le rapport particulier que les hindous entretiennent avec le Gange. Au cours de la lecture, on est transporté par le chant sublime louant les beauté du Gange et son caractère sacré. Le Gange est une divinité bienveillante pouvant être courroucée lors des crues. Puis, sous-jacent, émane un chant, profond, encourageant les paysans pauvres à se libérer du joug des grands propriétaires terriens qui exploitent sans vergogne leur misère. On entend les chants pour la dignité et la fierté retrouvées d'une caste méprisée.
Cette dignité ne se conquiert par forcément (nous sommes en Inde) par la non-violence: les coups bas et les coups de bâton volent souvent dans ces campagnes et le lecteur se trouve loin de l'image d'Epinal de l'Inde.
Bhairava Prasâd Gupta, par sa verve et son style, nous donne la sensation d'être dans un film "made in Bollywood": toute la théâtralité hindoue est présente dans son récit pittoresque et émouvant où la piété filiale se dispute aux clichés des amours contrariés et impossibles.
Ce roman est un hymne à la vie et à l'espoir: Le Gange pourvoie aux besoins de ceux qui l'aiment et le respectent...et peut aider deux amoureux, perdus dans les carcans de leur caste, à trouver un chemin de vie.

Quartier général


Le titre intrigue: que peut-il se cacher derrière "Quartier général" ? Une histoire de caserne, des trouffions ? Il y a de cela, seulement au tout début. Puis le livre part dans plusieurs genres littéraires au fil des chapitres : mémoires, journal intime, confessions, roman policier, roman d'aventure, roman fantastique. Bref, un voyage au pays de la littérature très dense, très érudit.
Il faut entrer dans le rythme du livre, dans sa respiration. Quand on commence à "lâcher" les protagonistes qui sont dilués dans les phrases très abouties de l'auteur, il y a rupture et rebondissement : on change de type de roman et l'intérêt renaît.
Michel Crépu joue avec les mots, avec les genres, avec l'intrigue, avec les courants littéraires, avec les "penseurs" de la littérature (intellectuels, critiques...) mais aussi avec le lecteur qui se perd et se retrouve sans cesse.

La chute est extraordinaire d'ironie....le fameux protagoniste (sorte d'aventurier de l'intellectualisme) disparaît des années puis refait surface dans une scène digne des plus grandes farces ou des plus grandes comédies de boulevard : une scène de cinéma grand-guignolesque !!!
Livre qui ne se lâche pas facilement : l'apprivoiser n'est pas simple mais quand on trouve une des clés c'est le bonheur de lire....tout simplement. L'écriture travaillée de Crépu change de cette écriture moderne qui est trop sobre, trop rapide, trop lapidaire dans sa forme (sujet, verbe, complément). On se laisse aller dans un souffle presque proustien : de longues phrases, des digressions, des mots compliqués, peu usités. Un air classique qui fait du bien !!

mercredi 24 janvier 2007

Comment dépoussiérer un conte traditionnel


Les contes de notre enfance connaissent diverses versions.
Celle-ci est des plus originales : elle raconte avec des mots mais aussi des photos. L'atmosphère est inquiétante, les photos en noir et blanc (photos de Sarah Moon aux éditions Grasset/Jeunesse).
Ce n'est plus le milieu rural mais urbain.
La fin est celle de Perrault : le petit chaperon rouge est dévoré.
C'est une approche tout en symbole : la photo illustrant la rencontre du Chaperon rouge et du loup est saisissante !! On se retrouve dans l'oeuvre de Bettelheim !!
Par ailleurs, l'illustration de ce début de phrase de tout conte "il était une fois..." est une photo d'une vieille pendule : le temps d'autrefois et celui d'aujourd'hui se confondent. Cette photo nous transporte tout de suite dans l'imaginaire...un imaginaire qui durera le temps du conte.
Une lecture et un cadeau poétiques et originaux !!

mardi 23 janvier 2007

Pour les fans de Paul Auster




...et pour tous ceux qui voudront le découvrir et/ou le lire.
Un nouveau blog est né aujourd'hui. Il est consacré à l'auteur américain Paul Auster. Pour le découvrir cliquez ici.

I have a dream....


Khadra serait-il un adepte de la construction en parenthèse du roman? Comme dans "les sirènes de Bagdad", il y a une ouverture sur un lieu identique à celui de la fermeture. En l'occurrence un attentat en territoire palestinien.
Entre ces deux parenthèses, le récit d'une vie brisée par l'horreur du sang, du secret, du fanatisme.
Le héros, Amine Jaafari, éminent chirurgien à Tel-Aviv, arabe israëlien, issu d'une tribu bédouine. La vie lui a souri malgré sa condition de bédouin et d'arabe en Israël: il a une brillante situation, une sublime jeune femme, des amis, d'importantes relations sociales et professionelles. Puis, un jour, tout s'effondre lorsqu'il apprend que sa femme est la kamikaze qui a ravagé un restaurant bondé! Rien ne l'avait préparé à affronter la part d'ombre de son épouse.
Dans ce deuxième volet de la trilogie consacrée aux relations "autistes" entre l'Occident et le monde Arabe, Khadra met en scène un des aspects le plus terrible du conflit israëlo-palestinien: l'entrée des femmes dans le cercle des martyrs de la Cause. Comment une femme, sensée donner la vie et non la prendre, peut-elle s'engager dans ces actes aveugles?
Lentement, Amine va suivre le parcours de son épouse, Sihem, pour tenter de comprendre ce qui lui a échappé. Lui qui est de ceux qui refusent la violence, l'escalade de la terreur stérile et mortifère, lui qui est "soignant", sauveur de vies et non meurtrier. Il incarne cette espérance de l'intégration au sein d'Israël, terre bénie des monothéismes qui la déchirent sans cesse.
Amine ira au-delà du Mur, cette construction infâme qui rappelle d'autres murs aussi célèbres que peu empreints de dignité humaine. Il regardera en face ces enfants désespérés qui préfèrent mourir plutôt que croupir sans adhérer à leur idéologie. Il se retrouve entre deux mondes qui s'ignorent et qui refusent de communiquer.
Amine Jaafari est une lueur d'espoir, une lueur fragile, ténue qui peut s'éteindre dans un souffle....dans le souffle de poussière levé par le bulldozer israëlien détruisant la maison ancestrale de sa tribu...dans le souffle de poudre et de flamme d'une roquette pulvérisant une voiture.
Le rythme du roman est trépidant, empreint de l'urgence et de l'angoisse d'un pays en proie au terrorisme quotidien. Le lecteur est en apnée sauf en de rares instants, lorsque la poésie, la beauté et l'espoir forment la toile de fond de la rencontre d'Amine, l'arabe israëlien,avec un ascète, image du Juif errant. Un instant que l'on voudrait éternel, autour d'un passage de la Bible (Isaïe 1, 11 et suivants).
"Tout juif de Palestine est un peu arabe et aucun Arabe d'Israël ne peut prétendre na pas être un peu juif."
"...alors pourquoi tant de haine dans une même consanguinité?...C'est parce que nous n'avons pas compris grand-chose aux prophéties ni aux règles élémentaires de la vie."

Que faire?
"D'abord rendre sa liberté au bon Dieu. Depuis le temps qu'il est l'otage de nos bigoteries."
La folie des hommes est toujours sanglante, aveugle et sourde sous toutes les latitudes. Il y aura toujours des hommes pour dire ou écrire "I have a dream...". C'est sous une note mélancolique et poétique que Khadra ferme sa parenthèse:
"On peut tout te prendre; tes biens, tes plus belles années, l'ensemble de tes joies, et l'ensemble de tes mérites, jusqu'à ta dernière chemise-il te restera toujours tes rêves pour réinventer le monde que l'on t'a confisqué."
Puisse un jour le rêve être libéré des carcans de la souffrance et de la haine.
Un roman qui comble le lecteur par son audace, son humanisme et sa générosité. "I have a dream" disait Martin Luther King....J'ai fait aussi un rêve pourrait répondre Khadra.

lundi 22 janvier 2007

Une tragi-comédie moderne


C'est un livre qui m'a attirée par le titre et la première de couverture ( l'illustration image d'Epinal...malheureusement il est sorti en Poche sous une couverture plus banale...dommage) : déjà tout un programme. Puis la deuxième de couverture attire l'oeil de par son originalité : la biographie de l'auteur est lapidaire et humoristique: "Serge Joncour est né le 28 novembre 1961 à 20 heures. Il se porte bien." Quant à la présentation de l'éditeur "Le Dilettante": "Dilettante n. (mot ital). Personne qui s'adonne à une occupation, à un art en amateur, pour son seul plaisir. Personne qui ne se fie qu'aux impulsions de ses goûts. (Le Petit Larousse)"....un vrai bonheur !!!

Aussi, se dit-on très vite que tant d'indices drôlatiques est de bon augure pour une lecture agréable et désopilante. Cette mise en bouche, toute en saveurs, ne trompe pas le lecteur aventurier : il découvre les misères et splendeurs d'une famille rurale à la vie chiche ( pas de scolarisation, peu de culture - celle de la télé - mais un bonheur de vivre et un art consommé d'attirer les catastrophes). Le récit est truffé d'accidents engendrés par cette famille de "Gaston Lagaffe" qui attire l'intérêt d'un jounaliste avide de scoop pour le "prime" du JT.
Truculences, personnages hauts en couleurs, une mémé inénarrable, la mort accidentelle du tonton intello lors de la mise à mort du cochon et en prime une peinture ironique du monde de l'info événementielle mais aussi d'une peinture sarcastique de la famille "qui a réussi et qui snobe" ceux qui sont restés ruraux.
L'écriture est sobre, délicieusement familière parfois...un régal !!

dimanche 21 janvier 2007

Japon quand tu nous tiens....


"A Kinosaki" est un recueil de 14 nouvelles, 14 tranches de vie et de sensation.
Au cours de la lecture de ces récits, la lectrice occidentale que je suis a été confrontée à des décodages difficiles: la plupart des chutes sont très ouvertes et parfois insaisissables.
On peut être heurté par cela mais très vite on se dit (je me suis dit) qu'il ne faut pas être trop tatillon et de cette manière on se laisse aller à apprécier cet univers japonais des sensations, des descriptions subtiles, légèrement estompées.
"Metempsychose", récit où un mari grincheux exaspéré d'avoir une épouse idiote (à son gré), au cours d'une conversation orageuse avec elle, lui propose de choisir leur prochaine réincarnation. Après avoir comparé les mérites conjugaux du cochon, du renard et du canard, ils décident de se réincarner en canards mandarins. Le mari avance que son idiote de femme aura vite oublié cet arrangement le moment venu. Ce charmant époux disparaît en premier et devient canard. Il attend de très longues années la mort de sa femme. Bien entendu, arrive ce qui doit arriver: celle-ci se trompe et devient renarde.Lors de leurs retrouvailles, comme elle est affamée et que son canard d'époux s'évertue à la blâmer sans répit, elle le dévore. Quand on sait que le renard est un animal maléfique dans la culture japonaise (les sorcières sont des "femmes renardes"), on ne s'étonne pas que la pauvre épouse se réincarne en renarde: idiote elle a vécu, idiote elle restera! Par contre, le prisme occidental goûte au sel de cette chute: revanche d'une femme bafouée qui enfin cloue le bec (!!) de son acariâtre époux.
L'image négative de la femme dans la société traditionnelle japonaise est remise en question par Naoya à plusieurs reprises dans ce recueil de nouvelles. On peut voir dans"Kuniko" (un des plus long récit), la femme légitime se plaindre de sa condition d'épouse d'artiste trompée(c'est tout sauf une sinécure que de partager le quotidien d'un créateur). On sent un frémissement de révolte envers le système traditionnel des concubines entretenues, des maîtresses attitrées, favorable aux hommes. Sans doute, les influences chrétiennes de Naoya y sont-elles pour beaucoup, de même que l'époque (les premiers récits sont datés de 1908 à 1920, les derniers des années 1950) marquée par l'ouverture du Japon au monde occidental.
On ne peut que remarquer le talent avec lequel Naoya recueille les parcelles de vie, est attentif aux mécanismes psychologiques de ses personnages et réussit à mettre en scène les mystères des comportements humains (ainsi dans "Le crime de Han" et "Le rasoir" où le meutre est l'argument principal).
Il est remarquable, également, dans la narration de faits mystérieux, éléments de contes ou de légendes ("Le fil d'Arachne" ou "Le petit commis et son dieu") qui mêlent réalité et surnaturel.
Il est souvent stipulé que Naoya fut le "précurseur du roman autobiographique japonais"....presque tous ses récits sont à la première personne du singulier. Il a aussi une écriture de l'intime, des sensations intérieures et individuelles de l'être.
Une très belle balade japonaise, tout en subtilités, ruses, ellipses et complications...à l'image de "l'art de conférer" japonais.
Un régal pour le lecteur qui aime se perdre dans le dédale culturel de l'empire du Soleil Levant.

Poésie japonaise


Comme vous avez pu le remarquer, j'ai un sérieux penchant pour les littératures asiatiques, notamment japonaise.
J'ai découvert également la volupté des Haïkus et n'ai pu résister à l'achat de cette anthologie.
note de l'éditeur:

"Le haïku, admirablement mis en lumière par Yves Bonnefoy dans sa préface, est un poème en trois vers dont l'origine est presque aussi ancienne que la poésie japonaise traditionnelle. Parmi les nombreux auteurs présents dans ces pages, quatre grands noms, qui ont ponctué l'histoire du haïku, se détachent : Bashô (1644-1694), Buson (1715-1783), Issa (1763-1827) et Shiki (1866-1902). A l'égal des autres arts du Japon, tels que l'arrangement des fleurs, l'art des jardins, le tir à l'arc ou le théâtre Nô, le haïku est beaucoup plus qu'un poème sur un instant privilégié. Ce qu'il propose est une expérience proche du satori ou de l'illumination."

Ce recueil n'est pas à lire d'une traite, loin de là: il est à ouvrir au gré des instants, des sentiments, du temps qui passe, qu'il fait ou à toute autre occasion.
Turquoise m'a donné l'idée de la rubrique "Haïku de la semaine", elle qui nous dispense presque chaque jour une lecture ad hoc de haïkus délicieux.
Pour les lire cliquer sur le lien suivant:
les lectures de Turquoise

Merci Pascale pour ton aide précieuse...

samedi 20 janvier 2007

Histoire dans un tableau


Tout d'abord, merci aux blogueurs qui m'ont donné envie de découvrir cet auteur, dont j'avais entendu parler mais dont je n'avais encore rien lu.
Mercredi, visite à la médiathèque pour renouveler le stock de LAL et augmenter, provisoirement ma PAL, et hop! je regarde si des romans de Philippe Besson se trouvent sur les étagères.
J'ai donc choisi "L'arrière-saison". J'ai été sensible aux mots du titre mais aussi à la couverture du livre qui laissent augurer d'une ambiance feutrée comme je les aime.
Eh bien, je n'ai pas été déçue!!! Je me suis laissée embarquer, sans résistance, dans l'imaginaire de l'écrivain qui entraîne son lecteur à l'intérieur d'un tableau. Même si Besson n'est pas le premier (et ne sera pas le dernier) à pratiquer l'exercice de style qui consiste à imaginer la vie des personnages d'une oeuvre de maître, j'aime cet argument littéraire.
Il a su créer une atmosphère intime, poudrée par la lumière déclinante d'un jour d'automne, en bordure d'océan.
J'ai toujours aimé les ambiances de cafés perdus (ah...Bagdad Café!!!!), la solitude des rares clients, celle du serveur, le temps qui passe, égréné par le tic-tac de la pendule, tic-tac qui hurle dans le silence du lieu.
Même si le propos peut être banal, même si les sentiments peuvent être usés car tellement courants, je n'ai absolument pas boudé mon plaisir d'évasion hors du temps.
J'ai aimé la conversation muette entre Louise (l'héroïne) et Ben (le serveur), leur complicité, égarée entre le sentiment fraternel et le sentiment amoureux. L'idée de placer une "arlésienne" en la personne de Norman (l'amant de Louise) crée une attente qui n'est pas désagréable: assistera-t-on à une scène de vaudeville? Quant à l'irruption de l'ex grand amour de Louise, Stephen, elle permet d'entrer dans le mélo que l'on aime, hum...du moins tel que je l'aime: douceur et amertume étroitement liées.
De plus, cette histoire à trois voix est intéressante et ne sombre pas pas dans la banalité: c'est la vie qui défile sous nos yeux.
Certes, il y a des clichés mais que j'ai lus avec le recul de la gentille moquerie envers une situation amoureuse éculée: le triangle des amants dont l'absence de l'un fait résonner le monologue des deux autres.
Un point positif du roman: Philippe Besson ne tombe pas dans le piège du dénouement "happy end" (le décor pouvait le laisser entrevoir). Ce parti pris sauve l'histoire et la rend attachante...et surtout l'ambiance subtile de fin du jour reste intacte.
Une évasion dans le clair-obscur d'un tableau, de nos âmes, de nos vies, de nos sentiments...et d'un automne qui se donne des airs d'été.

mercredi 17 janvier 2007

A méchant, méchant et demi.


La librairie abrite des trésors insoupçonnés. En farfouillant les étagères à la recherche de rien et de tout, un folio s'est agrippé à moi. La couverture est impressionnante, très inquiétante, style "L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn". De quoi frémir de trouille. Non content de m'impressionner par l'image, ce bandit de papier retint mon attention par les mots: ceux de son titre "L'âge des méchancetés". En deux temps, trois mouvements, il avait réussi son coup, l'animal: me voilà à la caisse afin d'en devenir propriétaire!
Ayant quelques lectures en cours et prévues, je l'ai abandonné dans la bibliothèque. Mais l'oeil de la couverture veillait au grain....
La littérature permet d'exorciser les multiples démons de l'homme.
Ainsi, la vieillesse, thème de ce court ouvrage...court mais saisissant.
Le lecteur se retrouve devant un fait de société difficile à admettre: que faire de nos vieux lorsqu'ils sont trop âgés, trop gênants? Fumio Niwa tente de nous éclairer dans ce texte où la grand-mère, Umejo, personnage principal, passe de l'état d'une Tatie Daniele insupportable, que l'on aimerait abandonner dur une aire d'autoroute, à celui d'une pauvre vieille femme perdant, peu à peu, la mémoire et l'esprit.
les pages sont féroces, dérangeantes, horripilantes à souhait: elles nous renvoient à une image de nous-mêmes que nous n'acceptons pas (tatata...pas d'hypocrisie!!!), celle de la vieillesse et ses déchéances. Aussi, n'avons-nous qu'une seule hâte: enfermer cette vieillesse gênante dans un asile approprié!
Au fil des phrases, des situations, la grand-mère semble ne plus savoir quoi inventer pour mettre en pelote les nerfs du reste de la famille. est-elle consciente du mal qu'elle provoque dans les relations intra-familiales?
Au moment où tout semble basculer au désavantage d'Umejo, les sentences de Confucius sur la piété filiale, chère à la société traditionnelle japonaise,dansent sous nos yeux...et nous tombons dans les rêts de l'auteur qui s'est délecté des souffrances éthiques des personnages...mais aussi de ses lecteurs!!!
En filigrane, sont abordés, en petites touches saupoudrées dans le récit, l'incontinence, la gourmandises, l'Alzheimer, les retours en enfance ou dans la vie passée. Toutes ces défaites d'un âge qui oscille entre résignation et révolte, sentiments exprimés dans la méchanceté envers une jeunesse, celle qu'il a perdue à jamais.
Un passage, à mon sens, exprime bien l'atmosphère du roman (ou réquisitoire?): la petite-fille aide sa grand-mère à faire ses besoins au bord de la route "A cette occasion encore, elle ne put se défendre d'une aversion physique à la vue de ces longues jambes de vieille femme de quatre-vingt-six ans semblables à des cuisses de poulet. Pour Umejo, c'était embarrassant."
Oui, vraiment, ce roman est féroce et extrêmement dérangeant: il ne renvoie pas une image flatteuse de la société moderne et met le doigt sur une part sombre de l'être humain.
Fumio Niwa a publié ce roman en 1947...à partir de 1986 il est atteint de la maladie d'Alzheimer. Il est décédé en 2005...il avait 101 ans.

Une petite nouvelle

est arrivée sur la planète des blogs littéraires: elle s'appelle Candice et est en classe de 1ère Littéraire. Elle débute et son blog est tout mimi.

Allez y faire un petit tour :-) cliquez ici

Un peu d'espoir


Les hirondelles annoncent le printemps, le retour de la belle saison, le retour de la chaleur.
Ces hirondelles annoncent ces mêmes choses, annoncent le retour de la chaleur humaine.
Ce roman, sublime, sans concession, explore l'âme des Kabouli qui annoncent les premiers soubresauts de la contestation, qui annoncent le futur printemps de leur pays.
Trois hommes, deux femmes sont les héros tragiques de cette histoire.
Cinq consciences qui refusent le diktat des talibans, de ceux qui hurlent avec les loups.
La liberté leur coûte cher.
La fuite vers un ailleurs fantasmé pour l'ancien mollah revenu de tout.
La folie et la mort pour le geôlier et sa femme : lui lacéré par la foule en raison de ses gestes déplacés et impies (il soulève les burkas pour tenter de retrouver la prisonnière dont il est tombé amoureux et qu'il a sauvée de la mort) ; elle, sa femme, qui, rongée par la maladie, se sacrifie en prenant la place de la condamnée (quoi de plus semblable à une burka qu'une autre burka !!) afin que son mari goûte aux joies d'aimer.
Le couple issu de l'élite intellectuelle d'avant les talibans, qui se perd dans les déchirures car égaré, désorienté par la loi talibane.
Un chant d'espoir malgré des scènes dures (lapidation, symbole de la burka pour l'avocate déchue : la burka négation de l'être, négation de soi), les propos inouïs des hommes sur les femmes.
Ce roman montre combien il est difficile pour toute dictature d'étouffer à jamais les velléités de vivre des hommes.
Le souffle de la liberté apparaît inexorablement car le temps n'est jamais en faveur des dictatures.

Attention, ogre méchant!!!


Voici un album jeunesse qui plaît: il y a du suspense (oh, joies de l'inconnu inquiétant!), des petites "fenêtres" à ouvrir pour vérifier si tout le monde est tranquille ou dort...
Mais où sommes-nous? Lorsque l'on regarde la couverture, on voit une énoooorme porte de château...avec d'étranges herses ressemblant à de grandes dents!!! Brrr...Mais, nous sommes courageux (il y a un grand qui lit l'histoire avec nous) et hop, nous entrons en chuchotant pour ne pas réveiller le GEANT!!!
Nous rencontrons, tour à tour, la souris, la chatte, la poule, la femme du géant...puis le géant lui-même (gloups!!).Chaque personnage est annoncé à la page précédente par des indices habilement distillés (il faut être observateur et ne pas hésiter à promener son regard dans les illustrations, très, très belles)et qui font, peu à peu, monter l'angoisse. Le sommet de la peur est atteint à la fin...le GEANT se réveille et une seule échappatoire...que vous découvrirez en lisant le livre!!!

mardi 16 janvier 2007

Lignes....


Des traits longs ou courts ou encore petits et espacés, galaxies minuscules d'imaginaires inavoués,
Des fils ténus, tendus entre deux murs, entre deux mondes,
Torsades verdoyantes des tortillons végétaux, lierres grimpant au firmament,
Sinuosités liquides des pluies hivernales scintillent au soleil pastel,
Arabesques encrées des calames virevoltent au gré du papier virginal,
Volutes éphémères et odorantes des bûches immolées dans l'âtre de granit,
Gribouillis, rondes et danses des crayons enfantins, petits nuages de couleurs et de rêves inexprimés,
Rubans d'asphalte, transpirent en tremblant sous la chaleur des roues nomades,
Rayures bruissantes des bambous musiciens, verticalité d'un mur végétal qui murmure,
Ondulations d'une mer terrienne libérant la chevelure rousse des épis bientôt cueillis,
Ridules estompées par le poudroiement d'un masque à jamais envolé,
Vagues charivaris des mots, naissance mille fois renouvelée des histoires du monde,
Entrelacs des chemins, enrênent les rails, guides de partances vers la clé des songes,

...Lignes ouvertes aux souffles chauds des mots inventés, lignes voyages vers un ailleurs conté....lignes noircies par un crayon facétieux....

...Lignes, lignes d'une vie...