Essel a mis en ligne un questionnaire sur nos pratiques de lecture. Il ne prend pas beaucoup de temps à remplir et c'est amusant de réfléchir à nos motivations de lecture!
N'hésitez pas à vous rendre chez elle....c'est ICI
J'ai copié/collé dans openoffice le questionnaire, puis je l'ai envoyé à Essel par courriel.
mardi 13 mars 2007
lundi 12 mars 2007
Wonderful world
dimanche 11 mars 2007
Douceur du temps qui passe

Tsukiko, jeune femme célibataire, rencontre par hasard son ancien professeur de japonais.
Ils sont seuls tous les deux et se retrouvent régulièrement dans un bar du quartier. Ces rencontres, toujours imprévues, rythment leurs relations au fil du saké et des silences.
Peu à peu, Tsukiko éprouve plus que de l'amitié pour son professeur.
Hiromi Kawakami nous relate cette rencontre, cet amour, entre deux personnes qu'une grande différence d'âge sépare, avec sensualité et retenue...très japonaise.
Le lecteur se sent bien dans le bar de Satoru-san: il déguste les petits encas de poissons crus délicatement préparés, les légumes marinés ou grillés et le saké chaud ou froid. Ce saké qui se trouve être le nectar de l'amour naissant.
Le récit peint une relation amoureuse qui s'établit doucement, délicatement, entre deux personnes depuis trop longtemps solitaires. L'émotion apparaît lorsque l'âge du professeur ne peut faire oublier la possible brièveté de la relation amoureuse. La vieillesse peut être attirante et douce: les paroles et les actes du professeur sont un baume apaisant pour Tsukiko qui succombe suavement au charme. Mais aussi une initiation pour apprivoiser la vie et l'amour qu'elle semble vouloir toujours fuir. Il n'est pas facile d'aimer une personne plus âgée sans se soucier du regard des autres ou de leur jugement...finalement seul le coeur détient la réponse et apporte le courage d'exprimer son attirance et de la faire accepter.
L'écriture poétique de Kawakami est douce et subtile, les sentiments ne se disent jamais de la même façon....comme chez la plupart des auteurs japonais, le haïku affleure à chaque instant: "Dans la clarté du petit matin, le cri des mouettes." . Le haïku et la contemplation de la nature embellissent le récit, jusqu'à lui donner une silhouette d'ukiyo-e aérienne. Le battement de cil du monde scande les amours des hommes....
vendredi 9 mars 2007
Mathématiques et littérature

En allant sur le blog de Pitou, j'avais été tentée par la lecture de « L'annulaire » de Yoko Ogawa...auteure japonaise que je découvrais. Cette lecture m'avait laissée un brin perplexe. Mais je ne voulais pas rester sur une impression négative: sans doute n'avais-je pas commencé la découverte d'Ogawa par le bon roman. Des visiteurs m'ont gentiment orientée vers d'autres romans....notamment celui-ci « La formule préférée du professeur ».
Aussitôt, j'ai adhéré au récit, aux personnages, à l'écriture moins absconse que celle de « L'annulaire ». Moi qui ne suis absolument pas douée pour les mathématiques, j'ai lu avec attention les explications sur les nombres premiers du professeur: un vrai régal. Je ne m'attendais absolument pas à trouver de la poésie dans les mathématiques en général ni dans les nombres premiers en particulier! La scène dans le jardin public, après la séance chez le coiffeur, est d'une poésie folle et émouvante: le tracé des chiffres, des nombres, à l'ombre des cerisiers en fleurs est une image sublime, un petit haïku, semée dans le roman.
L'histoire est celle d'une rencontre entre un génial professeur de mathématiques dont la mémoire s'est arrêtée en 1975, suite à un accident de voiture, une aide-ménagère et son fils.
Le professeur n'a plus qu'une mémoire de 80 minutes: passé ce délai, il oublie et se retrouve devant un éternel recommencement....face à une éternelle solitude. L'émotion étreint le lecteur lorsque l'auteure décrit les petits papiers épinglés sur sa veste: elle atteint des sommets lorsqu'elle nous fait lire celui qui dit « Ma mémoire est de 80 minutes ». Ogawa aborde un thème récurrent: celui de l'enfermement, de l'angoisse. Ici, ce ne sont plus des échantillonnages que l'on enferme, mais l'effacement, toutes les 80 minutes, de la mémoire, cet éternel « départ à zéro ».
L'aide-ménagère apprend à apprivoiser le professeur et sa mémoire fugitive. Elle apprend à l'écouter, elle apprend à regarder le monde à travers les nombres premiers, petites preuves de l'existence de Dieu. Elle est sensible à la poésie des nombres et à leur charme. Ils sont musique et conte: quand le professeur compte, il conte, il narre, simultanément, leur histoire infinie.
Root, le fils de l'aide-ménagère, est le fil, ténu mais solide, qui relie le professeur au présent: il est son point de repère affectif. Il devient son grand-père, attentionné et plaçant l'enfance sur un piédestal (Ah!, merveilleux Japon qui fête amoureusement ses enfants et qui veille jalousement sur eux...). Ils partagent une passion: le base-ball , sport de chiffres s'il en est!
C'est une histoire de filiation, d 'héritage dans laquelle trois générations vont se retrouver malgré l'égarement de la mémoire. Une belle histoire d'amour, de tendresse et d'humanité.
Quant à la formule préférée du professeur....chuuut, le lecteur la découvre en même temps de Root et sa mère: l'explication est belle à en aimer d'amour les mathématiques!
papillon, qui explore cette année la littérature japonaise, chimère, les rats de bibliothèques et cécilia ont aussi lu ce livre.
jeudi 8 mars 2007
Les lendemains

Texte publié dans mon atelier d'écriture, les Poudreurs d'escampette. J'ai choisi une photo parmi trois proposées.
Il était encore tôt, ce matin-là. La chambre sommeillait de cette langueur musquée des ébats nocturnes. Une femme suivait le chemin de ses pensées, le sentier de sa vie. C'était au temps de l'adolescence, au temps de l'insouciance. Les senteurs diffuses d'après la pluie d'été, saupoudrant l'espace de la salle commune. La pendule égrene son tic-tac, l'odeur du café titille les papilles et réchauffe la pièce. Un oiseau trille près de la fenêtre. Une journée commence. Une longue journée s'ouvre pour sortir de l'enfance. Le rituel du matin s'achève lentement, posément. Une attente étrange et insoutenable étreint son coeur qui cogne dans ses oreilles. Un picotement chatouille délicieusement sa nuque, une perle de sueur apparaît sur sa lèvre supérieure, promesse d'un voyage intérieur. Elle a rendez-vous, elle a une rencontre avec sa vie, avec son jeune amour. Le temps n'arrête pas de s'étirer, ne cesse de s'allonger. Ah! douce et amère sensation d'une heure trop longue! Impatience et peur, curiosité et tremblement. Le chemin des pensées, le sentier de la vie se déroulent, subrepticement, pour amener au souvenir. Soudain, le temps s'accélère, libère les minutes et les heures: le rendez-vous approche, suffocant et haletant. Elle est là, ils sont là, petites statues de terre cuite, petites marionnettes malhabiles. La brise estivale les entoure de caresses subtiles et douces, amenant leurs mains à papillonner sur les corps étonnés, un peu apeurés, mais avides de découvertes. L'enfance se perd peu à peu, une pointe d'étonnement s'épanouit dans un autre monde, celui de l'autre que l'on est devenu. Un sourire ému, un souvenir fugace, un bonheur renouvelé. Derrière la porte, la douche crépite sur l'émail blanc. Ils sont devenus grands, ils sont devenus parents et sont toujours amants. Le musc, doucement, s'évapore jusqu'à la nuit prochaine, jusqu'aux retrouvailles de leurs corps adolescents devenus grands.
mercredi 7 mars 2007
Café philosophique des petits

Je désirais depuis longtemps parler de cet album (aux éditions Gautier-Languereau) aux allures de petit traité de philosophie à l'usage des Tout-Petits.
Le titre "Le bonheur, c'est un peu de miel..." est déjà une invitation au souvenir, aux sensations. On y retrouve moults situations d'amitiés, de rires partagés, de balades ensoleillées. Au fil des pages et des illustrations, on ressent la présence de ces petits bonheurs quotidiens qui rendent la vie si belle. Les textes sont constitués de phrases courtes, poétiques et drôles.
"Le bonheur, c'est dans la forêt, une partie de cache-cache au milieu des fougères, quand personne ne te trouve sauf un petit papillon." Ou encore "le bonheur, c'est une fleur qui s'ouvre et la brise qui souffle en haut de la colline..." "Le bonheur, c'est sortir le pique-nique, quand le soleil est haut, que les ventres gargouillent, et tout manger en un seul coup en se barbouillant les deux joues." Enfin "Et puis quand tu es fatigué, qu'on a bordé ton petit lit, le bonheur, c'est un mot gentil qui t'accompagne dans la nuit..."
Un jour, j'ai lu cet album dans ma classe. Il régnait un silence précieux, on aurait entendu le battement d'aile d'un papillon. Sans doute, le fait d'être profondément émue par ces phrases d'une si belle simplicité a-t-il été pour quelque chose...une fillette a dit, dans ce silence d'émotions, qu'elle avait des frissons et que ses yeux la piquaient. Je me suis alors dit que nous venions de vivre un moment magique et formidable...un instant plein de grâce.
mardi 6 mars 2007
Aborder Jane Austen

Pour la première fois, j'ouvrais un roman de Jane Austen que je ne connaissais que par le biais du cinéma « Raison et sentiments » « Orgueil et préjugés », films qui m'avaient transportée de joie. La lecture allait-elle être aussi agréable?
Le livre comporte trois petits romans dont deux inachevés (« Les watson » et « Sanditon »).
Le premier, « Lady Susan » est un roman épistolaire. Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu de roman épistolaire et j'avais oublié combien cette forme littéraire était plaisante. Lady Susan apparaît comme une personne égoïste, méchante, provocatrice et diablement calculatrice. Avec son amie, Mrs Johnson, elle forme un duo d'une méchanceté à la limite de la perversité: elles n'épargnent rien ni personne, ne respectent pas grand chose hormis leur intérêt. On admire l'éloquence et l'immense capacité de persuasion de Lady Susan: ces atouts lui permettent de retourner des situations bien compromises. Jane Austen prend un malin plaisir à décortiquer les travers de cette bonne société anglaise et à se moquer d'eux: l'ambition d'un beau mariage (d'argent), avoir une place dans le monde. On a parfois l'impression de retrouver l'ambiance du roman « La foire aux vanités » de Thackeray et c'est absolument délicieux et « so british »! Cependant, derrière la moquerie, l'écriture raffinée et tout en touches discrètes mais ironiques, on distingue une amertume à l'encontre de ce système social qui broie des vies sans aucun remord: les intrigues entraînent des comportements vils et mesquins et pervertissent les relations sociales.
Le second, inachevé, « Les Watson », peut immédiatement faire penser au film « Orgueil et préjugés »: on a l'impression de se retrouver au milieu de la famille Bennet...une famille de filles. Dans « Les Watson » il y a filles et garçons, et une des plus jeunes soeurs revient vivre chez son père après le remariage de sa riche tante. On y trouve le ballet de séductions pour trouver un « bon parti », l'attirance inavouée d'une jeune fille intelligente pour un bel aristocrate distant et un rien prétentieux (à ses yeux), des membres de la famille plus aisés que les autres et aimant le faire remarquer, la dépendance financière des femmes célibataires vis à vis des hommes de la famille, la préférence de la campagne à la ville, lieu de « l'artifice » et de la société spectacle, l'ironie envers la bourgeoisie désirant copier les moeurs de l'aristocratie...Tous les ingrédients d'une peinture douce amère de la société victorienne sont réunis dans ce fragment de roman et Jane Austen la mène avec brio et une délicatesse mordante.
Le troisième, également inachevé, « Sanditon », paraît, de prime abord, un peu fade en comparaison avec les précédents romans. Jane Austen nous peint l'esprit d'entreprise d'une petite ville balnéaire qui veut rivaliser avec ses voisines plus cotées. Mais elle esquisse aussi des arguments publicitaires qui seront les antiennes des cités de bord de mer: l'air marin, l'iode vivifiant composants d'une santé de fer. La santé est thème important de ce roman inachevé...et on apprend, en lisant les notes de la traductrice, que Jane Austen était très malade lorsqu'elle entreprit la rédaction de ce dernier. Elle fait défiler, une nouvelle fois, devant les yeux du lecteur, cette société bourgeoise un peu ridicule avec ses principes et ses préoccupations d'alliances maritales, ses héritages espérés , ses coteries...Ce qui donne le piquant du roman c'est la présence amusée de Charlotte qui observe, comme une exploratrice, ce microcosme amusant et parfois pathétique.
Ces trois petits romans sont une agréable et passionnante « mise en bouche » pour bien aborder l'univers de Jane Austen. Du coup, on n'a plus qu'une envie: explorer plus avant son écriture et sa sensibilité .
lundi 5 mars 2007
Mon voisin Totoro de Miyasaki

C'est le film de Miyasaki que je préfère...
Deux petites filles viennent de s'installer avec leur père dans une grande maison à la campagne afin de se rapprocher de l'hôpital où séjourne leur mère. Elles vont découvrir l'existence de créatures merveilleuses, mais très discrètes, les totoros. Le totoro est une créature rare et fascinante, un esprit de la forêt. Il se nourrit de glands et de noix. Il dort le jour, mais les nuits de pleine lune, il aime jouer avec des ocarinas magiques. Il peut voler et est invisible aux yeux des humains. Il existe trois totoros : O totoro (gros), chu totoro (moyen) et chili totoro (petit).
"Mon voisin Totoro" est sorti en France en 2002, quasiment 20 ans après sa sortie au Japon.

On apprend à rêver éveillé avec Miyasaki, à être à l'écoute de la Nature, à la respecter (Miyasaki reprendra ce thème de façon plus frappante avec "Princesse Mononoke"). On est pris par les aventures des deux fillettes séparées de leur maman en raison de sa maladie. Elles découvrent un monde mystérieux et enchanteur et on espère, comme elles, enfin voir Totoro, ce bel esprit de la forêt.

Joe Hisaishi, le musicien qui travaille aussi avec le cinéaste Kitano, collabore une nouvelle fois avec Miyasaki et met en musique de manière sublime cette belle fable poétique et écologique.
Pour vous en rendre mieux compte....une balade, au son du violon, agrémentée d'images du film....3'30'' de bonheur:
dimanche 4 mars 2007
Un piquant bien élégant

Comme j'ai attendu de l'avoir entre les mains ce roman dont on parle tant sur les blogs! Comme j'ai piaffé d'impatience lorsque je l'ai réservé à la médiathèque! Comme j'ai été ravie lorsque, enfin, il est arrivé! Comme j'ai été heureuse de l'ouvrir et de le commencer.....et comme j'ai été comblée par sa lecture!
En effet, lorsque je l'ai eu devant moi, j'ai eu une inquiétude fugace mais poignante: et si jamais il ne me plaisait pas ce roman au sujet duquel on ne tarit pas d'éloges?
Cette inquiétude a vite disparu pour laisser place au ravissement le plus total.
Cette histoire à deux voix, est celle de l'art du camouflage pour vivre tanquillement ses passions. Une concierge érudite, une fillette surdouée et juge sans concession d'un monde adulte qui ne prend pas ses responsabilités. Que les préjugés peuvent être tenaces et ridicules, que les gens peuvent êtres mesquins et vils, que la culture est parfois donnée, telles des perles à un cochon, à des personnes qui gaspillent ces trésors de l'humanité!
Deux mondes qui ne devraient pas se rencontrer vont faire connaissance et s'apprécier : Renée et Paloma se sont démasquées car elles savent regarder le monde, elles savent utiliser leurs sens pour connaître leur monde. Elles sont démasquées par un petit grain de sable dans les rouages de la routine des apparences: un nouveau voisin japonais s'installe dans l'immeuble. Un étranger qui a le recul pour observer ce qui est enfoui, un jardinier de l'âme, Kakuro Ozu, qui comprend tout de suite que si le chat de Renée s'appelle Léon c'est en hommage à Tolstoï. Et le lecteur assiste aux échanges de citations extraites d' « Anna Karenine » et c'est absolument jubilatoire.
Que dire sur ce roman d'une richesse incroyable sans en déflorer l'essence? Que raconter à son sujet sans ternir la joie de sa découverte par un nouveau lecteur?
Rien, sinon que les références philosophiques, littéraires et artistiques sont multiples et qu'un parfum oriental venu du Japon embaume le texte, l'enrichit, l'embellit au fil des phrases empreintes d'une poésie simple et lumineuse comme un haïku.
Rien, sinon que la lutte des classes est une lutte sans fin: la classe dirigeante est sourde aux envies d'être des « petites gens ».
Aussi, pour donner encore plus envie de plonger dans cette lecture délectable, voici quelques extraits:
au sujet de l'essence même du Beau: « Et pourtant...pourtant, elle est là, sous nos yeux: chaque tableau de maître hollandais en est une incarnation, une apparition fulgurante que nous ne pouvons contempler qu'au travers du singulier mais qui nous donne accès à l'éternité, à l'atemporalité d'une forme sublime.
L'éternité, cet invisible que nous regardons. » (p 272)
Plus loin, devant une scène dans un salon de thé chic parisien: « Il (le petit garçon adopté) aura peut-être envie de brûler une voiture, plus tard. Parce que c'est un geste de colère et de frustration, et peut-être que la plus grande colère et la plus grande frustration, ce n'est pas le chômage, ce n'est pas la misère, ce n'est pas l 'absence de futur: c'est le sentiment de ne pas avoir de culture parce qu'on est écartelé entre des cultures, des symboliques incompatibles. Comment exister si on ne sait pas où on est? Comment peut-on assumer en même temps une culture de pêcheurs thaïlandais et de grands bourgeois parisiens? De fils d'immigrés et de membres d'une vieille nation conservatrice? Alors on brûle des voitures parce que quand on n'a pas de culture, on n'est plus un animal civilisé: on est une bête sauvage. Et une bête sauvage, ça brûle, ça tue, ça pille. » (p 280)
Un roman tendre et dur à la fois. Un roman qui provoque autant le rire (le passage sur les chats et leur finalité esthétique est à mourir de rire) que les larmes. Un roman à lire et à relire.
Un roman qui est à l'image de son titre: élégant comme peut l'être un hérisson qui trottine et traverse un jardin éclairé par la lune....
samedi 3 mars 2007
Plaisir des yeux
jeudi 1 mars 2007
Rituel du thé

"Le rituel du thé, cette reconduction précise des mêmes gestes et de la même dégustation, cette accession à des sensations simples, authentiques et raffinées, cette licence donnée à chacun, à peu de frais, de devenir un aristocrate du goût parce que le thé est la boisson des riches comme elle est celle des pauvres, le rituel du thé, donc, a cette vertu extraordinaire d'introduire dans l'absurdité de nos vie une brèche d'harmonie sereine. Oui, l'univers conspire à la vacuité, les âmes perdues pleurent la beauté, l'insignifiance nous encercle. Alors; buvons une tasse de thé. Le silence se fait, on entend le vent qui souffle au-dehors, les feuilles d'automne bruissent et s'envolent, le chat dort dans une chaude lumière. Et, dans chaque gorgée, se sublime le temps."
Muriel Barbery in "L'élégance du hérisson" (p 94)
mercredi 28 février 2007
Naguib Mahfouz

Je viens d'achever la lecture de "Impasse des deux palais", premier tome d'une trilogie...ce que je ne savais pas lorsque je l'ai emprunté à la bibliothèque. Aussi, me trouvai-je devant une alternative gênante: éditer un commentaire sur ce premier volet ou attendre d'avoir lu les deux tomes suivants (qui semblent bien épais aussi!!). Comme j'ai beaucoup de lectures en souffrance...il faut que j'avance dans ces dernières sinon je ne bouclerai jamais mon challenge lecture 2007.
En attendant quelques repères sur Naguib Mahfouz, décédé en août dernier, premier auteur de langue arabe à être couronné par le prix Nobel de littérature en 1988.
"Naguib Mahfouz est né en 1911 au Caire dans une famille petite bourgeoise. Son père fut fonctionnaire avant de se reconvertir dans le commerce. Sa mère mit au monde quatre filles et deux garçons avant lui. Neuf années le séparaient du cadet de ses frères. Il grandit comme un enfant unique. Très tôt, Naguib découvre l'univers de la fiction. Le petit garçon, débordant d'imagination, va inventer de nouveaux épisodes aux romans d'aventures qu'ils dévore. Il est aussi doué en sciences et en mathématiques mais, finalement, l'heure des études venue, son choix se portera sur la philosophie. Ce n'est que plus tard qu'il comprendra que sa véritable vocation est la littérature. Elle sera son absolu. Un amour total. Une passion aussi. Donc une souffrance.
Double vie
Ses disciples l'appelaient Oustaz, le maître. Ils formaient un cercle autour de lui. Le poète n'est plus. Sa lumière demeure. L'homme irradiait la bonté. Il n'ignorait pas que le mal progresse mais il voulait croire que «le bien remporte chaque jour des victoires parce que du mal peut naître le bien». Naghib Mahfouz parlait parfois comme un sphinx. Sans jamais se rendre dans la vallée des rois, il a écrit des romans pharaoniques. Sans jamais quitter l'Egypte – sinon deux fois pour voir Dubrovnik et visiter le Yémen – il a atteint dans son oeuvre à l'universel. Rien de ce qui est humain ne lui était étranger.
Comme son père, pour vivre, Naguib Mahfouz était devenu fonctionnaire. Au ministère des Affaires religieuses. Puis à l'Administration des arts. Il s'acquittait de ses tâches sans rechigner. Parallèlement il ne cessait de lire. Très jeune, il s'était constitué un programme de lecture. Et le suivait avec méthode. Il a dévoré Tolstoï, Dostoievski, Tchekhov, Proust, Kafka, Joyce, Maupassant, Zola, Flaubert, Shakespeare, Melville, Dickens, Dos Passos, Goethe, Thomas Mann, Faulkner, Huxley, Joseph Conrad, Ibsen, Strinberg.
«J'ai toujours dû, racontait-il, mener une double vie de fonctionnaire et d'écrivain. Si je voulais aussi garder du temps pour mes amis, qui ont tenu un rôle essentiel dans mon existence, la musique et ma famille, je me devais d'être réglé comme une pendule.» Il sera une horloge. Il sait que «le temps est toujours compté, qu'il passe vite et qu'il ne faut pas perdre un seul instant».
Le premier recueil de nouvelles de Naguib Mahfouz paraît en 1938. Il écrira une cinquantaine de romans, sans compter une trentaine de scénarios pour le cinéma. Le succès viendra dans les années cinquante avec sa trilogie, Impasse des deux palais, Le Palais du désir et Le Jardin du passé, qui raconte la saga d'une famille sur trois générations entre les deux guerres. L'écrivain puise son inspiration dans les rues du Caire. Celles de son enfance dans le quartier de Gamalliyya avec ses petits caïds, ses commerçants et les «harafich» ces gueux errants avec lesquels il aura passé des heures, des nuits, dans les cafés de sa jeunesse.
Ses disciples l'appelaient Oustaz, le maître. Ils formaient un cercle autour de lui. Le poète n'est plus. Sa lumière demeure. L'homme irradiait la bonté. Il n'ignorait pas que le mal progresse mais il voulait croire que «le bien remporte chaque jour des victoires parce que du mal peut naître le bien». Naghib Mahfouz parlait parfois comme un sphinx. Sans jamais se rendre dans la vallée des rois, il a écrit des romans pharaoniques. Sans jamais quitter l'Egypte – sinon deux fois pour voir Dubrovnik et visiter le Yémen – il a atteint dans son oeuvre à l'universel. Rien de ce qui est humain ne lui était étranger.
Comme son père, pour vivre, Naguib Mahfouz était devenu fonctionnaire. Au ministère des Affaires religieuses. Puis à l'Administration des arts. Il s'acquittait de ses tâches sans rechigner. Parallèlement il ne cessait de lire. Très jeune, il s'était constitué un programme de lecture. Et le suivait avec méthode. Il a dévoré Tolstoï, Dostoievski, Tchekhov, Proust, Kafka, Joyce, Maupassant, Zola, Flaubert, Shakespeare, Melville, Dickens, Dos Passos, Goethe, Thomas Mann, Faulkner, Huxley, Joseph Conrad, Ibsen, Strinberg.
«J'ai toujours dû, racontait-il, mener une double vie de fonctionnaire et d'écrivain. Si je voulais aussi garder du temps pour mes amis, qui ont tenu un rôle essentiel dans mon existence, la musique et ma famille, je me devais d'être réglé comme une pendule.» Il sera une horloge. Il sait que «le temps est toujours compté, qu'il passe vite et qu'il ne faut pas perdre un seul instant».
Le premier recueil de nouvelles de Naguib Mahfouz paraît en 1938. Il écrira une cinquantaine de romans, sans compter une trentaine de scénarios pour le cinéma. Le succès viendra dans les années cinquante avec sa trilogie, Impasse des deux palais, Le Palais du désir et Le Jardin du passé, qui raconte la saga d'une famille sur trois générations entre les deux guerres. L'écrivain puise son inspiration dans les rues du Caire. Celles de son enfance dans le quartier de Gamalliyya avec ses petits caïds, ses commerçants et les «harafich» ces gueux errants avec lesquels il aura passé des heures, des nuits, dans les cafés de sa jeunesse.
En 1961, avec Le Voleur et les chiens, l'écrivain adopte une nouvelle facture, plus métaphysique. Plus sombre aussi. En 1988, il reçoit le prix Nobel de littérature. Fatalement, les fanatiques enragent. Accusé par eux de blasphème contre l'islam, il est victime d'un attentat intégriste en octobre 1994." (in "Le Figaro" août 2006)
Une autre aventure de Blaise, le poussin

Ce poussin masqué, personnage emblématique de l'univers de Claude Ponti, invite tous ses amis à l'anniversaire d'Anne Hiversère. Il fabrique avec ses amis poussins, un gâteau ? non!! un château d'anniversaire !!!Et là, commence la magie de Ponti qui illustre une belle et bonne recette de gâteau !!Les trouvailles sont multiples, délicieuses, farcies de références littéraires et même bibliques (Blaise et les poussins, le 7ème jour se reposent comme Dieu !!). Le château d'Anne Hiversère ne se fait pas en 7 jours comme le monde, mais en 9... Y aurait-il de la magie là-dessous ? L'intérieur du château est un théâtre à l'italienne et là se joue le plus bel opéra du monde : celui des lectures, des références culturelles de Claude Ponti, cette page est absolument sublime !!! Un livre à lire, à relire, à commenter avec ses enfants qui y trouveront sans problème leur compte et leurs contes !!!Un livre à mettre entre toutes les mains pour un moment de pur bonheur !!!
Une très belle fresque de SF

Comme l'annonce la couverture de ce premier tome, "Le peuple de l'eau" est le premier épisode du feuilleton SF "Les derniers hommes" de Pierre Bordage.C'est un livre digne de cet auteur qui sait manier la langue française avec virtuosité. Par ailleurs, il emmène tout de suite le lecteur dans son univers. Le lecteur se laisse entraîner sans résistance dans cette période post guerre nucléaire qui a fait périr la quasi totalité de l'humanité. La Terre est empoisonnée par les déchets guerriers. Les seules ressources d'eau potable sont les immenses réserves cachées des deux armées (maintenant détruites). Un peuple sait les trouver : le peuple de l'eau. On se retrouve aux temps primitifs de l'Humanité : des clans, une vie de nomade, des risques d'assimilation pour les clans les moins pourvus en population, les immenses étendues vierges de toute présence humaine. Ces clans sont devenus primitifs : ils ont des guérisseurs, des sourciers, des "voyants"...Puis, le lecteur retrouve le creuset biblique : l'Apocalypse et ses peurs.Enfin, au fil des épisodes, le mystère se lève pour enfin découvrir que là-haut un autre clan avait survécu au désastre nucléaire.Pierre Bordage mêle avec brio la science, la religion qui se pervertit par soif de pouvoir, l'âme humaine avec ses mesquineries, ses grandeurs et ses avanies pour réaliser une très belle fresque de SF. D'excellents moments de lecture pour l'amateur de SF et des écrits de Bordage.
lundi 26 février 2007
Flânerie delermienne chez les bouquinistes
Molière

Je suis allée le voir hier après-midi....2h de très joli spectacle avec un Duris et un Luchini qui n'en faisaient pas des tonnes et qui incarnaient bien leur personnage. Je trouve que le film a été très respectueux des textes de Molière et....qu'ils sont terriblement modernes encore aujourd'hui (c'est l'apanage des grands auteurs !!!) car l'âme humaine n'a absolument pas changé. J'ai adoré la scène où Mr Jourdain rencontre le fils de Dorante et que ce fiston, féru d'économie, parle de sclérose du système français et des bienfaits de la délocalisation...en Espagne ("Et pourquoi pas en Chine!" répond Dorante). Un instant d'ironie féroce car on aurait cru ces dialogues issus des infos!! Je me suis régalée à reconnaître des répliques de pièces ("Cachez-moi ce sein que je ne saurai voir!" ou le délicieux "Le petit chat est mort." " La galère, mais qu'allaient-il faire dans cette galère!") et cela m'a renvoyée aux souvenirs de collège et lycée. Et j'ai même envie de replonger le nez dans quelques pièces!
J'ai apprécié les clins d'oeil du réalisateur au "Molière" de Mnouchkine (j'en ai vu un et c'est mon homme qui m'a soufflé le deuxième...il connaît par coeur le film de Mnouchkine): la scène d'ouverture où J.B Poquelin déclame, lamentablement, la tragédie pendant que son maquillage plâtreux tombe piteusement, et les deux scènes de bassine de sang versé rappelant la maladie de la mère du jeune Jean-Baptiste (il ne comprend pas pourquoi il ne peut pas voir sa mère et où la caméra fait un gros plan sur les bouches rieuses des médecins).
Il y a une scène truculente où Molière entraîne Mr.Jourdain: la position de la goutte d'eau est un moment hilarant couronnée par une imitation de cheval d'anthologie...on ne badine pas avec lemétier d'acteur, foi de Molière!
Bien entendu, il y a eu un "deus ex machina", digne d'un Molière, permettant aux jeunes amoureux de convoler en justes noces et aux manipulateurs d'être démasqués.En un mot comme en mille: j'ai a-do-ré!
Les avis d' anne, insatiable lectrice , de Mr. Bellesahi d' Amandine et de Cathe. J'avais oublié celui de chtitanne.
dimanche 25 février 2007
Nos amies les plantes

"Ces plantes que l'on mange" a été un des livres les plus offerts à Noël...et on peut comprendre pourquoi: le renom de l'auteur, Jean-Marie Pelt, que l'on ne présente plus, les photos de très grande qualité, les reproductions des planches botaniques mais aussi la qualité des textes. On apprend, ou on se remet en mémoire, les bienfaits, les origines, des diverses familles de plantes que l'on consomme au quotidien.
J'ai beaucoup aimé le classement par famille: la lecture n'en est que plus facile. Chaque plante a son histoire, chaque plante a apporté la diversité alimentaire, une source de vitamines et d'énergie, base d'une alimentation équilibrée et saine, à l'homme. Mais aussi, ces plantes ont apporté le plaisir gustatif, l'imagination créatrice de l'homme: la gastronomie.
J'ai également aimé l'histoire de la domestication des plantes sauvages....de la cueillette aléatoire à la naissance de l'agriculture. Aussi insignifiantes soient-elles, ces plantes faites de racines invisibles et de feuillage changeant au fil de la maturité, il se dégage une poésie de leur histoire multi millénaire et permet à l'homme moderne, conscient de la fragilité de l'harmonie, de se resituer dans l'échelle du temps (mais aussi dans l'échelle écologique): à une place parmi tant d'autres...ni plus ni moins. Il fait partie d'un large éco système fragile, ténu, qu'un trop plein d'erreurs et d'excès peut ravager. A méditer au fil des pages.
Par ailleurs, la beauté de l'ouvrage tient aussi à l'iconographie. Rob White, photographe anglais, met en scène carottes, choux rouges, petits pois, maïs, riz, fèves, pommes de terre, tomates, arachides, olives, lentilles etc... tel un land-artiste réalisant une suite de séries colorées. Ce bel ordonnancement rappelle au lecteur les sillons des champs, les lignes des blés, des seigles sous le soleil d'été ou un joli jardin aux carrés bien délimités. Parfois, une photo rappelle la légèreté des choses: ainsi les lentilles éparpillés par le souffle du photographe avant le cliché. Ah, le délicieux carré de framboises mûres à point et ne demandant qu'à être dégustées, terrible torture en cette fin d'hiver! Et ces poires, ces quartiers d'orange, ces grains de raisin...les papilles sont mise à rude épreuve...mais les yeux s'enivrent de couleurs estivales.
Un livre à dévorer ou à savourer selon son appétit....et à apprécier sans limite!
Quelques mots, glanés au fil du net, sur J.M Pelt:
Jean-Marie Pelt, pharmacien agrégé, est un botaniste-écologiste de renom. D’abord professeur de biologie végétale et de cryptogamie à la Faculté de Pharmacie de Nancy jusqu’en 1972, il fonde cette année-là à Metz l’Institut Européen d’Ecologie, et enseigne la botanique et la physiologie végétale à la Faculté des Sciences de l’université de Metz. De nombreuses missions scientifiques à l’étranger (Afghanistan, Togo, Dahomey, Côte d’Ivoire, Maroc, etc) l’amènent à s’intéresser aux pharmacopées traditionnelles de ces pays. Aujourd’hui, il est très sollicité pour tout ce qui concerne les problèmes de sécurité alimentaire, et notamment les incidences potentielles des organismes génétiquement modifiés (OGM) sur la santé et l’environnement.
Il exerce de nombreuses fonctions, parmi lesquelles celles de Président de l’Institut Européen d’Ecologie, Président de l’Association Européenne pour l’Homme, la Nature et la Vie, Secrétaire Général du Comité de Recherche et d’Information Indépendantes sur le Génie Génétique (CRII-GEN), Président de la Fondation Denis Guichard (Fondation de France), Membre du Comité Scientifique de l’Agence de l’Eau Rhin-Meuse, Membre du Comité 21, Chroniqueur à Santé Magazine, etc.
Une bien belle carte de visite qu'il met au service de l'écologie afin de réveiller certaines consciences endormies.
samedi 24 février 2007
Le monde de Bashô

Ce recueil de haïku a attiré mon attention par sa couleur rouge au un liseré noir, puis par les phrases d'un poème disposées "à la manière de" l'écriture japonaise (verticalement): "Ah le vieil étang/une grenouille plonge/et le bruit du silence". Ni une, ni deux, voilà le recueil dans ma besace et ainsi commence ma rencontre avec un poète et les diférentes facettes de son oeuvre: Bashô (1644-1694).
Le format est idéal pour une lecture impromptue de ces haïkus, selon l'humeur du lecteur ou celle du ciel.
On apprend que Bashô n'est que le nom de plume (ou de pinceau) du poète (de son vrai nom Matsuo Kinsaku) et qu'il est issu d'une famille de samouarï. Ce nom de "plume" lui vient du don d'un bananier par un de ses disciples!
Il a une devise qui lui est chère: "Il faut du coeur même faire un haïkaï" . Très vite il sera reconnu comme un maître du haïkaï. Grâce à son école, qui va être de plus en plus florissante, il est le créateur du haïkaï moderne. Au fil de la lecture, on approche les différences entre les tanka, renga , waka, poèmes un peu obscurs pour nos yeux et nos oreilles d'occidentaux.
Les haïkus de Bashô sont souvent inclus dans ses textes en proses (lettres, pensées...)
Dans ce recueil, ils sont classés selon les saisons, les lieux géographiques, les animaux et sont de la main de ses multiples disciples.
....Un délice de théorie, un soupçon, et de poésie pure à savourer à son rythme et selon ses envies. On s'en imprègne doucement, délicatement, suavement au gré des rêveries et des tasses de thé!
Les idées reçues
Quatrième de couverture de l'édition brochée:
"Tous les Noirs sont supposés identiques, produits d'une tradition immuable, aimant les même choses, avec plein de trucs dans la peau et le sang, comme le rythme, le vol ou le mensonge. Pourquoi m'enfermerais-je dans cette image qu'ils voudraient pétrifiée ? Dans le sang, je n'ai que des globules. J'ai le droit d'aimer Beethoven et pas forcément Beko-sade, comme Dupont aime la flûte des Andes. J'apprécie l'opérette et non le tam-tam ou le Griot que je ne connais même pas. J'ai le droit d'être de Dijon et pas du Zambèze. Je suis cadre et non éboueur. J'ai sur le front l'onction chrétienne et non musulmane. Quand je dis MOMO, je pense à Maurice et non à Mohamed. J'ai le droit de croire que l'on peut aimer les sauterelles de Ngomezap sans être plus sauvage que le mangeur de grenouille, l'amateur de corrida, ou le gobeur d'ortolans de braconnage... J'ai le droit de dire que les Blacks sont une fabrication hybride qu'il faut éradiquer du paysage social français. Mais surtout, j'ai au fond du coeur l'espoir qu'un jour, il deviendra évident qu'un Français peut se nommer Mamadou. Et quand on vit dans un pays, comme la France, depuis vingt ans, on soit considéré comme français quelle que soit la couleur de sa peau."
... sont battues en brèche dans ce pamphlet très facile à lire... on dirait un roman !! J'ai aimé les exergues de chaque chapitre faites avec des anecdotes ou des blagues sur les noirs : c'est d'une saveur épicée qui agace positivement. Eh oui, le politiquement correct est aussi mis à mal et l'auteur au nom très "franchouillard" de l'Est se plait à démonter chaque petit fait du racisme ordinaire. Dieu, que certaines élites de gauche peuvent être mesquines !!! Ca fait réfléchir. De plus, l'image du miroir que nous renvoie ce délicieux livre n'est guère agréable. Cela a le mérite de faire réfléchir et de regarder d'un autre oeil (beaucoup plus égalitaire) les "gens de couleur" (oups, je viens de faire du politiquement correct !!).Mr. Gaston Kelman pose cette question dérangeante : "et si le Noir n'était rien d'autre qu'un Blanc à la peau noire ?" La tolérance doit s'apprendre chaque jour et ce n'est pas du tout facile de devenir tolérant, loin de là, même si on a les meilleures intentions du monde !!!
Son dernier essai "Au-delà du Noir et du Blanc" est sorti chez les éditions Max Milo...une petite mise en bouche pour donner l'appétit de le lire:
"Je ne me réveille pas tous les matins au son du djembe. Je ne me réveille pas avec sur le visage le crachat qu'a pris mon père colonisé. Je ne me réveille pas le corps meurtri par les coups qu'ont reçus les ancêtres des Noirs américains ou des Noirs antillais. Je voudrais cesser d'être un Noir. Je voudrais être tout simplement un homme."
vendredi 23 février 2007
A la rencontre de Jules Verne

"Le château des Carpathes" est le deuxième roman de Jules Verne à se trouver entre mes mains. Jusqu'alors, je l'avais évité car une première expérience de lecture avait été désastreuse. Le temps passe, 2005 est l'année Jules Verne et les bibliothèques exposent ses romans.
Les premières phrases mettent tout de suite le lecteur dans une ambiance de mystère et de fantastique: "Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie étant donné son invraisemblance? ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive,-on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes." Le postulat est émis, le décor est planté, le voyage peut commencer.
L'art de Jules Verne est de savoir distiller les frayeurs, les angoisses grâce à son verbe, à ses talents de conteur. Il fait référence aux anciennes croyances, aux légendes, aux peurs ancestrales des fantômes et autres goules. La nuit prend des contours de films noirs, on s'attend à voir surgir farfadets irrités, furies déchaînées, sorcières hurlantes. La forêt est sombre, sauvage, un endroit où on doit se tailler un passage à coups de hachette. La montagne est chaotique et inaccessible. Le château abandonné est inquiétant, hiératique, sombre et maléfique.
Et le dénouement soulage tout en donnant la chair de poule. Jules Verne, écrivain de l'anticipation, et non de science-fiction, explique Michel Serres. Ecrivain qui sait populariser les avancées techniques et technologiques de son temps et lorsque nous le lisons, de nos jours, nous ne pouvons que nous incliner devant sa capacité à voir plus loin que ses contemporains. La scène de la chambre du baron de Gortz où la projection du tableau de la cantatrice disparue, la Stilla, au son de sa voix augure-t-elle l'avènement du cinéma puis de la télévision?
Un bonus en images très intéressant:
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