mercredi 12 mars 2008

Le Prix des Lecteurs du Télégramme

de Brest....C'est parti pour 9 lectures (j'ai déjà lu, il y a quelques mois, un des 10 titres retenus par le jury) qui me semblent passionnantes!

Deux billets consacrés aux 2 premiers titres empruntés, "Palestine" de Haddad et "Tribulations d'un précaire" de Levison, sont en attente d'être publiés sur le blog.





mardi 11 mars 2008

Poésie québécoise



Le volume de mon vieux Lagarde et Michard du XXè siècle m'a permis de découvrir un bien joli poème de Hector de Saint-Denys Garneau qui a souvent chanté le thème de la terre et du pays, thème qui côtoie ceux de la mort, de l'angoisse et du mystère.


Pins à contre-jour


Dans la lumière leur feuillage est comme l'eau
Des îles d'eau claire
Sur le noir de l'épinette ombrée à contre-jour


Ils ruissellent
Chaque aigrette et la touffe
Une île d'eau claire au bout de chaque branche


Chaque aiguille un reflet un fil d'eau vive


Chaque aigrette ruisselle comme une petite source qui bouillonne
Et s'écoule
On ne sait où.


Ils ruissellent comme j'ai vu ce printemps
Ruisseler les saules eux l'arbre entier
Pareillement argent tout reflet tout onde
Tout fuite d'eau passage
Comme du vent rendu visible
Et paraissant
Liquide
A travers quelque fenêtre magique.


Saint-Denys Garneau

(1912 - 1943)

in "Regards et jeux dans l'espace" (1937)*

Une sainte pas comme les autres


Edith Stein est née en 1891, à Breslau ville qui fut en Prusse puis en Pologne, dans une famille juive. Elle suit des études brillantes de philiosophie à Göttigen où elle a Husserl comme professeur. Edith est fascinée par la phénoménologie qui "s'intéresse au transcendant, au révélé, au divin: elle n'est pas la seule. Elle opère un retour aux choses "elles-mêmes", à la conscience intime "elle-même". Elle opère par forage dans la vérité intime de l'être. Elle fouille et triture les abîmes de la conscience: la foi habite par là, un recoin. La phénoménologie aime les recoins: elle les visite. Elle les ausculte." (p 53)
"La phénoménologie, c'est un regard simple sur les choses. Voilà ce que c'est. dans le but de découvrir leur vérité propre. ce qu'il y a dedans. A l'intérieur. Ce qu'elles recèlent. Ce qu'elles cachent. Ce qu'elles dissimulent." (p 55)
En travaillant sur sa thèse sur "L'Einfühlung, la sympathie ou perception intuitive", en côtoyant étudiants et professeurs, Edith Stein s'intérresse de plus en plus au catholicisme, elle qui ne fut jamais pratiquante. Peu à peu elle se "déjudaïse" tout en gardant son identité culturelle juive. Elle se convertira en 1931 au catholiscisme, "Edith adore ce contraste (qui est tout sauf une opposition, tout sauf un paradoxe, tout sauf un oxymore): être chrétienne: et juive. Edith est chrétienne parce que juive. Et redevient juive parce que devenue chrétienne. La foi chrétienne prend sa source chez les juifs: elle ne l'oubliera pas. Plutôt mourir. Que peut-on lui reprocher?" (p 103 et 104)
Edith Stein entrera dans les ordres, au Carmel et en 1942 périra à Auschwitz en martyre chrétienne et juive. Elle sera béatifiée par Jean-Paul II le 1er Mai 1987 et canonisée le 18 octobre 1998.
Yann Moix ne s'est pas donné une tâche facile en écrivant la biographie de cette femme extraordinaire, féministe avant l'heure, éprise de liberté intellectuelle et religieuse, passionnée de philosophie, au parcours plus qu'atypique. Or, il réussit à rendre lisible le parcours d'Edith Stein en racontant sa vie de fillette, de jeune fille, de jeune femme à l'intelligence vive et sagace, à la puissance de travail étonnante, au caractère emporté et entier, tous ces petits riens qui sont les traits essentiels de la femme qu'elle deviendra et de la voie qu'elle choisira de suivre.
Le style de Yann Moix est très déroutant avec ses répétitions et surtout l'utilisation, agaçante au début, des ":". Ce signe de ponctuation s'avère bien choisi au fil de la lecture. Grâce à lui, le lecteur devient attentif et l'auteur, de cette manière, met en exergue ce qui lui semble important à souligner.
La biographie d'Edith Stein a le mérite d'amener le lecteur à s'interroger sur un certain nombre de choses: Qu'est-ce qu'être juif? Que devient un juif devenu catholique? Quelle est la dictinction entre le sacré et le profane: comment devient-on une sainte après avoir vécu une vie ordinaire? Comment peut-on être fidèle en ayant été infidèle? Qu'est-ce l'éternité ou l'immortalité pour un saint ou pour un homme? Autant de questions auxquelles les réponses peuvent être ressenties une fois la lecture achevée et digérée. En effet, sous des aspects, au début, légers parfois anecdotiques, Yann Moix amène le lecteur à aborder la complexité de la philosophie, la complexité du cheminement intellectuel d'une femme engagée d'une grande culture, et il est parfois bien difficile, lorsque les notions philosophiques abordées au lycée sont bien loin, de saisir la subtilité d'un raisonnement pointu.
Ce qui permet, dans l'ensemble, la fluidité de lecture est le côté romancé de la biographie. Est-ce une hérésie ou pas? Toujours est-il que la narration "romanesque" permet de tenir jusqu'au bout du récit sans s'ennuyer ni être perdu dans les multiples références philosophiques, religieuses ou historiques. Yann Moix offre un portrait émouvant, complet d'Edith Stein tout en s'autorisant une drôlerie intime avec elle. Ce qui ne fait que la rendre, paradoxalement, encore plus grande et plus humaine. Seuls les ultimes chapitres de la biographie m'ont parus non pas inutiles mais inappropriés au propos: la justification d'Israël me paraît être en trop et j'ai eu du mal à suivre le fil de sa pensée car ces derniers chapitres parasitent la biographie. Etait-ce essentiel pour illustrer le parcours d'Edith Stein? Rien n'est moins sûr, à mon humble avis. Cependant, malgré ce petit bémol, je trouve que Yann Moix parvient à titiller sérieusement non seulement les consciences mais aussi à provoquer le désir, chez le lecteur, de savoir qui était vraiment Edith Stein et c'est ce qui fait la réussite de son livre!
Des avis ici là ou là




lundi 10 mars 2008

A l'heure sud américaine



Aujourd'hui je vous propose la lecture d'un poème de Pablo Neruda....c'est toujours un peu de douceur dans un monde plutôt difficile.



Sonnet XXVII
Nue, tu es aussi simple qu'une de tes mains,
lisse, terrestre, minimale, ronde, transparente,
tu as des lignes de lune, des chemins de pomme,
nue, tu es maigre comme le blé nu.


Nue, tu es bleue comme la nuit à Cuba,
tu as des liserons et des étoiles dans les cheveux,
nue, tu es énorme et jaune.


Nue, tu es petite comme l'un de tes ongles,
courbe, subtile, rosée jusqu'à l'aube
et tu entres dans le souterrain du monde


comme dans un long tunnel de costumes et de travaux:
ta clarté s'éteint, s'habille, s'effeuille
et de nouveau elle devient une main nue.

Pablo Neruda
(1904 - 1973)

"Nu au miroir" Marie Laurencin (1916)

dimanche 9 mars 2008

Un pan se déchire....

1954, le monde entier a le regard rivé sur le lune: la Terre envoie sa première fusée sur la Lune! Keith Winston, journaliste dans un magazine de SF attend ce moment historique dans la belle propriété de son patron. Seulement, un incident survient: la fusée ne se propulse pas correctement vers la Lune et retombe sur Terre, dans le jardin où se trouve Keith. Tout est anéanti autour de lui et lorsqu'il reprend conscience, Keith est seul, son environnement a subrepticement changé. Peu à peu il s'aperçoit qu'il est dans un monde presque idendique au sien et que ce presque fait de lui un étranger et un ennemi potentiel! Dans ce nouveau monde, le dollar est remplacé par le crédit, il n'y a plus de pièces de monnaie, uniquement des billets, les hommes croisent indifférents d'étranges créatures rouges et poilues, les Luniens, les femmes sont plus belles et plus sexy, et une guerre fait rage dans l'espace intergalactique. Keith doit être prudent afin de ne pas être pris pour un espion acturien. Plusieurs fois il doit s'enfuir, se cacher et ressembler toutes ses ressources culturelles et intellectuelles pour ne pas sombrer. Ses pérégrinations l'entraînent dans la nuit noire du calamitage où règnent les Nocturnes, des tueurs semant la terreur sur leur passage. Ces Nocturnes se déplacent en bandes et se munissent de cannes blanches d'aveugles....ironie et parodie font bon ménage sous la plume de Brown et offrent au lecteur d'intenses bouffées d'angoisse!
Keith se rend compte qu'il lui faut trouver le moyen de revenir dans son monde. Il trouvera en Betty et Miccky une aide précieuse qui lui permettra de comprendre le dysfonctionnement qui l'a propulsé dans cet univers parallèle, univers qui ressemble comme deux gouttes d'eau à celui qu'il décrit dans son magazine "Aventures extraordinaires".
Fredric Brown tisse une histoire prenante, angoissante et amusante autour d'un des thèmes favori de la SF: les univers parallèles, les guerres intergalactiques, les héros et héroïnes jeunes et beaux, les machines performantes au service de l'humanité. Quelle est la clé de cette folie? Les déchirures spatio-temporelles dans le tissu des mondes? Le désir profond enfoui en chacun de nous? La chute du roman permet au lecteur de faire sa propre opinion.
Fredric Brown a eu l'heureuse idée de combiner le roman policier, l'univers des revues SF, les pulps, des années 60 au récit un peu guimauve pour les réunir dans un roman de Science-Fiction. Il construit un vrai thriller, avec des scènes inquiétantes à souhait, logique et structuré qui trouve son apothéose dans la chute finale du roman!

Ce qui m'a plu dans cette lecture, ce sont non seulement les personnages mais aussi, et surtout, les ambiances cinématographiques. En effet, on se verrait bien dans un univers hitchcockien (le pauvre Keith est pris pour un autre et passe son temps à fuir la mort qui lui court après!) comme dans une inquiétante scène d'"Orange mécanique" lorsque les Nocturnes déambulent, figures cauchemardesques, dans les rues, sans oublier l'impression d'être dans "La guerre des étoiles" (entre les espions acturiens, les tripots interlopes et les batailles spatiales).
Il paraît que "L'univers en folie" n'est pas le meilleur roman de Fredric Brown, il n'empêche qu'il est une véritable mise en bouche pour donner envie de lire d'autres romans de lui comme le fameux "Martiens, go home"!

Je ne peux que remercier Sandra et le swap SFFF pour m'avoir permis de prendre goût à l'écriture de Fredric Brown et m'avoir fait passé un excellent moment de lecture!


Roman traduit de l'anglais (USA) par Jean Rosenthal

Poésie au féminin


Oups, j'ai oublié la Journée Internationale de la Femme et j'ai mis à l'honneur hier un homme au lieu d'une femme!

Je répare mon oubli (après tout, la femme devrait être fêtée chaque jour de l'année!) en vous proposant un poème d'Andrée Chedid.


De cet amour ardent je reste émerveillée


Je reste émerveillée
Du clapotis de l’eau
Des oiseaux gazouilleurs
Ces bonheurs de la terre
Je reste émerveillée
D’un amour
Invincible
Toujours présent


Je reste émerveillée
De cet amour
Ardent
Qui ne craint
Ni le torrent du temps
Ni l’hécatombe
Des jours accumulés

Dans mon miroir
Défraîchi
Je me souris encore
Je reste émerveillée
Rien n’y fait
L’amour s’est implanté
Une fois
Pour toutes.
De cet amour ardent je reste émerveillée.


Andrée Chedid

(1920 - )

samedi 8 mars 2008

Poème du Portugal


Une amie du forum littéraire Parfum de Livres m'a envoyé ce splendide poème de Fernando Pessoa.



L'enfant que je fus pleure sur la route.
Je l'y laissais quand je vins être qui je suis;
Mais aujourd'hui, voyant que ce que je suis n'est rien,
Je veux aller chercher qui je fus là où il est resté.


Ah, comment faire pour le rencontrer? Qui s'est
Trompé en venant, au retour se trompera.
Et je ne sais plus d'où je suis venu ni où
Je me trouve. Ignorance où mon âme est en panne.


Que ne m'est-il donné d'atteindre en ces parages
Une élévation, d'où je puisse enfin voir
De mes yeux mes oublis, pour les remémorer!


Car, dans l'absence au moins, j'aurai de moi nouvelle:
Oui me voyant tel que je fus dans le lointain,
Trouver en moi un peu de quand j'étais ainsi!


Fernando Pessoa

(1888 - 1935)


( in Cancioneiro)


Merci Coline pour ce partage!!!

vendredi 7 mars 2008

Poésie de Chine



Après Le Moyen-Age et Villon, l'Afrique de Senghor et le poème de Paul Bergèse, je vous propose un voyage en Chine avec:


Mélodie des lotus

Sur le fleuve d'automne loin, loin, flotte des lotus l'effluence

Sur le fleuve d'automne pour la jeune fille un coeur va se briser.
En tunique écarlate, quand le printemps s'éthérait pour qu'elle choisisse la douceur vaporeuse,
Ses manches d'émeraude au déclin du jour recevaient la fraîcheur du vent.
La carpe d'un souffle dans l'onde rougissante blanchit une ride,
le givre tombe, sur le Dong Ting s'envolent des rameaux les feuilles.
La barque se balance;où est partie la cueilleuse de nénuphars?
Amoureux, je suis épris de la gracieuse figure aux lotus

Sà Du Là

(1300 - 1355)

Un poème à déguster avec un délicieux thé au lotus....ce sera pour demain dans la matinée avec une pensée poétique pour Claire-Jane!

Gothique austenien


Catherine Morland est une jeune fille, un peu mal dégrossie, qui découvre, sous la houlette d'un couple d'amis de ses parents, les Allen, la saison des eaux à Bath! Elle rencontre la famille Thorpe et Tilney et découvre peu à peu le monde retors d'une société anglaise à l'affût du moindre mariage avantageux.Le premier chapitre est une mise en bouche très savoureuse, posant la personnalité de l'héroïne, Catherine: elle n'a rien qui pourrait la prédestiner à devenir une héroïne romaesque. En effet, Catherine est un peu garçonne, peu encline à l'étude, ne présentant aucune disposition aux activités artistiques que sont la musique ou le dessin, et ne s'intéresse en aucun cas au jardinage! Catherine est bien loin de la jeune fille comme il faut de la bonne société anglaise. Le ton est donné, celui d'une douce ironie qui fait mouche à chaque fois. Certes, Catherine peut sembler naïve au plus haut point et faire confiance à la première personne qui l'ébouit de ses connaissances du monde, mais elle possède un minimum de sens commun: dès qu'elle rencontre John Thorpe, un ami proche de son frère James, elle n'éprouve qu'antipathie voire dégoût à son endroit. Il faut dire que ce John Thorpe est la quintessence de la fatuité, de la vanité et de la frivolité: seules les apparences, les signes extérieurs d'aisance lui importent. Pour couronner le tout, il se croit irrésistible et se comporte comme un vulgaire Dom Juan de pacotille! Bref, un personnage particulièrement exécrable.Jane Austen a l'oeil pour croquer ses personnages avec juste ce qu'il faut de caricature. La galerie de portraits dans "Northanger Abbey" est une grande réussite: entre Mrs Allen, sans saveur et très agaçante par sa bêtise, et Miss Tilney il y a tout une gamme de caractères à décortiquer. Isabelle Thorpe est l'archétype de la chasseuse de mari à la bourse bien garnie et a une fâcheuse habitude de dire tout et son contraire avec le plus grand naturel du monde. En vérité, Isabelle est une fieffée chipie, vulgaire sous des apparences policées et malgré ses bonnes manières. Ce personnage m'a beaucoup agacée et révoltée. Parfois, j'avais envie d'ouvrir les yeux de Catherine sur cette amitié de façade et intéressée. Les Tilney sont remarqués par leur grâce naturelle, leur élégance et leur culture générale accomplie: Catherine s'épanouit en leur compagnie et apprend avec enchantement que Henry Tilney est un lecteur de romans et notamment des romans de Mrs Radcliffe! En effet, Catherine a découvert les joies de la lecture de roman et se plonge avec délice dans la littérature gothique ce qui permet à Jane Austen de parodier les ambiances de ces oeuvres. L'imagination de Catherine au sujet de Northanger Abbey, résidence des Tilney est fabuleuse: tout y est, l'atmosphère mystérieuse, les portes dérobées, les armoires enfermant les plus noirs secrets, les escaliers dérobés, le décor sinistre par une nuit d'orage. A chaque fois, l'imaginaire de Catherine se trouve démenti par une réalité beaucoup plus prosaïque....ce qui fait tout le sel des allusions au roman gothique! Austen place Catherine dans des situations ressemblant à celles rencontrées chez Radcliffe ou Matthew G Lewis ("Le moine"): un personnage masculin autoritaire et inquiétant (le général Tilney), des chambres dont on remarque après coup certains meubles, une météo sombre, des soupçons de séquestrations. "Elle se moqua des folles craintes d'une imagination déréglée, et, commença, dans une heureuse indifférence, à faire sa toilette de nuit (....) jetant un dernier regard à la chambre, elle s'étonna de voir un cabinet noir très haut et très ancien, qu'elle n'avait pas encore remarqué bien qu'il fût en évidence. Elle se remémora sur-le-champ toutes les histoires d'Henry et sa description d'un cabinet d'ébène qui échapperait d'abord à ses regards..." (p 149 et 150) Bien entendu, elle tente d'ouvrir le cabinet et d'explorer les tiroirs qui lui révèleront la véracité de la prédiction d'Henry! "Sa bougie était tout à fait éteinte, plus la moindre lueur sur la mèche pour qu'on pût espérer la rallumer...la pièce était livrée à une impénétrable et immuable obscurité...un violent coup de vent d'une fureur inattendue vint encore ajouter à l'horreur de cette minute. Catherine se mit à trembler de la tête aux pieds(...) La tempête se déchaînait toujours, et divers bruits, plus terrifiants encore que celui du vent, venaient frapper par intermittence son oreille aux aguets. Il lui sembla même, à un moment, voir bouger les rideaux de son lit. Une autre fois, la serrure de sa porte fut secouée comme si quelqu'un tentait de s'introduire dans sa chambre. De sourds murmures paraissaient ramper le long de la galerie et le sang de Catherine se glaça plus d'une fois dans ses veines à l'écho de gémissements lointains..." (p 151 et 152)Le propos de Jane Austen n'est pas uniquement orienté vers une parodie du roman gothique (ou noir) aussi retrouve-t-on les thèmes de prédilection de l'auteur: les mariages avantageux, les courses aux dots, les mesquineries d'une société étriquée, la généalogie dont peut dépendre une union intéressante et l'importance des bals! En effet, on peut rapprocher "Northanger Abbey" de "Orgueil et préjugés" puisque les bals tiennent une place importante dans l'intrigue: Catherine rencontre le jeune homme dont elle tombera amoureuse, Elizabeth l'homme dont elle conquerra l'estime et auquel elle accordera ses doux sentiments. Les bals, avec le théâtre, la lecture et l'écriture, sont les seules sources de distractions pour les jeunes filles qui entrent dans la vie sociale de leur comté. Elles ont aussi en commun le fait qu'elles n'accordent pas aux biens matériels d'autrui une importance vitale: la personnalité, le regard sur le monde est plus essentiel à leurs yeux.De temps à autre, Austen glisse dans son récit l'éventualité d'une fin malheureuse, comme pour augmenter l'intensité de ce dernier et le lecteur tremble parfois pour Catherine. Isabelle et John Thorpe sont des personnages négatifs, cupides, intéressés et inconséquents que le lecteur souhaite voir évincés et remis à leur juste place: celle des méchants! Quant au général Tilney, il m'a donné l'impression d'être le personnage "gothique" de "Northanger Abbey": il possède un côté terrifiant par ses sautes d'humeur et une attitude désarçonnante et ses ambiguïtés forcent les interprétations sombres de ses actes.

C'est avec un plaisir certain que j'ai plongé dans cette intrigue romanesque, délicieusement ironique, dans laquelle l'héroïque, malgré son côté naïf, est amusante et prend de la personnalité au fil du récit. Mais suis-je vraiment objective lorsque je parle des romans de Mlle Jane Austen?


Roman traduit de l'anglais (GB) par Josette Salesse-Lavergne


jeudi 6 mars 2008

Bonne nuit en poème



Hier, le facteur a déposé une petite enveloppe....elle venait de Picardie et contenait un très joli poème que je dépose sur le blog. Merci Bellesahi pour cette poétique attention!



Neige, vent, pluie, soleil,

torrent, rivière et plage.

Combien de souvenirs

dans la vie du galet?

Mais son visage lisse

est toujours impassible.


Paul Bergèse

Métamorphose


Je connaissais la verve ironique et dévastatrice de Serge Joncour dans "Vu", court roman que j'avais dévoré et adoré, aussi quand Goelen a proposé de faire circuler "Carton" je me suis laissée tenter sans barguiner!
L'action se déroule dans le rayon livres d'un hypermarché où officie un libraire qui vaque parmi ses cartons. De temps en temps il admire la femme du boucher, toute en rondeurs appétissantes. La monotonie le ronge: réceptionner des cartons, les ouvrir, mettre en rayon les livres, les classer, les valoriser pour qu'ils partent dans un caddy, recevoir Marino, le commercial d'un grand groupe d'édition, un groupe qui regroupe nombre d'éditeurs et édite la plupart de la production littéraire. Comme la clientèle est rare et le mouvement rarissime, notre libraire à force d'inactivité et d'inertie se transforme peu à peu. Cela commence par une difficulté à mouvoir les doigts, les mains puis le reste du corps. Tiens, cela me rappelle une autre transformation, une métamorphose kafkaïenne! Dans "Carton" il n'est pas question de métamorphose en cancrelat mais en...carton ondulé, vous savez, les images grandeur nature d'hommes ou de femmes vantant tel ou tel produit! Voilà en quoi se métamorphose progressivement notre libraire...qui a dit que libraire était un métier sans risque?
De fil en aiguille, notre libraire cartonné acquiert une renommée puis une vraie célébrité: le monde se l'arrache, la grande maison d'édition le loge dans un palace où défile le gratin du showbiz, de la littérature et de la politique....gratins plus pitoyables les uns que les autres.
On retrouve l'ironie mordante de "Vu", qui s'attaquait au monde de l'info et du "JT", dans cette allégorie du monde marchand et littéraire. C'est l'occasion pour Joncour de mettre au jour un certain dévoiement du monde de l'édition: le regroupement en trust, l'uniformisation de la création littéraire, l'uniformisation du produit livre (d'ailleurs la dérive est nette: le livre devient un produit et non plus un objet à respirer, ouvrir, caresser, feuilleter avant d'acheter). Il y a une scène amusante: un carton destiné à la boucherie atterrit au rayon librairie et l'employé commence à classer les barquettes parmi les livres, sans s'en émouvoir plus que cela!
Joncour éreinte, avec une plume acérée et jubilatoire, les campagnes promotionnelles des romans ou récits choisis par les trusts éditoriaux pour devenir des blokbusters et des têtes de gondoles. Les coups "marketings" peuvent mener loin dans l'engrenage infernal de la gloire fulgurante et la chute du roman est d'une noire et mordante ironie!
Le style choisi par l'auteur est déroutant, quasiment de bout en bout, ce qui peut gêner la lecture et la lisibilité du propos. Cependant, le plaisir pris en lisant ces aventures rocambolesques, surréalistes au possible, fait oublier ces petits désagréments.
"Carton" est un roman subversif, incisif et d'une drôlerie acidulée! Il déconcerte mais aussi interpelle le lecteur sur les pratiques modernes de lignes éditoriale de certaines maisons d'édition.
Merci Goelen de faire voyager ce roman curieux et drôle!





mercredi 5 mars 2008

Poésie et chat

( Gravure de J.Poullaouec)


Le haïku inspire les poètes et quand le chat s'en mêle.... Jacques Poullaouec, dans son recueil "Haïku du chat", s'exprime....


Déplacement d'air
Ephémère calligraphie
Mouvement de chat.




La chatte sur le toit court
Une souris de lumière
Par la gouttière a fui.



Le chat a perdu l'ombre
De sa queue:
Point d'interrogation.



(gravure de J.Poullaouec)

L'almanach selon Ponti

Je vous entends d'ici...quoi! encore un album de Ponti! Chatperlipopette ne peut-elle pas lire d'autre chose que du Ponti! Eh bien, en ce moment....euh...non! Chatperlipopette est sous le charme immense et intense du nouvel album de Claude Ponti, "Almanach ouroulboulouck" (tout un programme!). Kesako cette chose?
Vous connaissez les almanachs, vous savez ces petites choses en forme de livre qui scandent les semaines de l'année et que le colporteur, dans le temps, plaçait dans chaque maison...et bien, le concept est revisité par Ponti avec l'humour, l'inventivité, la truculence qu'on lui connaît!

On ouvre le livre, on tourne une page et hop! on tombe sur ça: "Cet almanach appartient à:..........." et surtout pas à un Vousôtre. Toute personne qui ne respectera pas cette propriété individuelle, unique et personnelle.....entrera par là" (le là est le ventre d'un monstre affreux!)

Le lecteur est dans le bain, dans le monde étrange et savoureux de la planète pontiesque.

Chaque mois, Janvière, Jévrière, Jarsse, Javril, Jai.... est doté de son proverbe "En Janvière, fais ce qu'il te plaire", "En Jévrière, troue ton gruyère", "Toilette en Jarsse, ça passe ou ça crasse"... Chaque mois se décline en 4 semaines. Chaque semaine a son son historiette, une rubrique ("Le saviez-vous?" "A vendre", " des renseignements pratiques ou des recettes...le tout à la monde Ponti)

Chaque page est illustrée avec un texte à la hauteur de l'auteur: drôlatique et surréaliste à souhait.

Le lecteur se délecte de ces pages et peut les lire à la suite ou, c'est nettement mieux, jouer le jeu de l'almanach et les lire par semaine....ce qui permet aux plus jeunes de s'approprier un texte ardu d'apparence mais jubilatoire une fois lu et relu!

La quatrième de couverture est un vrai bijou: entre le code barre toujours étonnant (on dirait que ponti aime bien faire bisquer....) et le texte dont les lignes vont en rapetissant c'est le bonheur!

"Pour tous les jours des mermaines de toute l'année de la vie. Avec les saisons, les conseils, les bonnes manières et les mauvaises, la Plune et le Grossoleille, les estiolites, les chozafères et les chozapafères, les remèdes de bonne santé, les raisons du pourquoi des choses et les petits riens pour s'essourire et craboutaillasser la Bête Stiole du malheur"

En un mot comme en mille, cet album est digne d'être l'album de chevet de l'année pour toute la vie.....puisque cet almanach extraordinaire est perpétuel!!!

A lire sans modération de tout petit à trèèèèès grand!
Mirontaine en a parlé (mais hélas je ne retrouve plus le lien, oups!)

mardi 4 mars 2008

Poésie africaine



A chaque jour son poème. Aujourd'hui, l'Afrique grâce au superbe poème de Léopold Ségar Senghor "Femme noire"


Femme noire


Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté !
J'ai grandi à ton ombre, la douceur de tes mains bandait mes yeux.
Et voilà qu'au cœur de l'Été et de Midi, je te découvre,
Terre promise, du haut d'un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l'éclair d'un aigle.


Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fait lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent d'Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l'Aimée.


Femme nue, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l'athlète, aux flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau
Délices des jeux de l'esprit, les reflets de l'or rouge sur ta peau qui se moire
À l'ombre de ta chevelure, s'éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.


Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l'Éternel
Avant que le Destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.


Léopold Ségar Senghor

(1906 - 2001)


Membre de l'Académie Française

Ancien Président de la République du Sénégal

"Portrait d'une femme noire" Benoist (1800 - Musée du Louvre - )

Om mani pedme hum


L'an passé, "Funérailles célestes" a été lu par nombre de bloggeurs enthousiasmés par ce récit. Comme je suis une grande lectrice de romans et récits de la littérature asiatique, forcément ce titre s'est retrouvé consigné (puis souligné, surligné et entouré) dans mon carnet spécial LAL. Au festival des Etonnants Voyageurs, en juin dernier, le stand des éditions Picquier avait mis en valeur ce roman...les couvertures de Picquier étant toujours une très belle réussite, j'ai finalement craqué et je l'ai acheté avec l'idée d'en faire ma lettre X du challenge ABC 2008 (que ne faut-il pas faire pour se donner des tonnes de bonnes raisons pour acheter un livre!).
1956, Wen et Kejun sont jeunes mariés, médecins ayant l'avenir devant eux. Kejun décide de partir au Tibet pour soutenir l'Armée Révolutionnaire et libérer le Tibet. Peu après, l'Etat Major annonce la mort de Kejun à Wen. La douleur est insupportable pour Wen qui se lance à corps perdu à la recherche de son époux: peut-être que l'armée a été mal informée et que Kejun est toujours vivant?
Commence alors pour Wen, une quête interminable qui la mènera aux confins du Tibet où elle rencontrera le peuple tibétain, entre nomadisme et sédentarité, entre espace infini et temple, entre spiritualité et combat pour la liberté d'être eux-mêmes.
Wen découvre les paysages époustouflants des hauts-plateaux du Tibet, la vie rude mais joyeuse des nomades avec la famille de Ge'er et Gela, frères et époux d'une même femme Saierbao, et Zhuoma, une héritière tibétaine rencontrée au hasard du voyage. Le temps se disloque autour des saisons qui rythment la vie quotidienne. Le temps est aboli par la succession immuable des jours et des gestes de la vie commune: les pâturages pour les yacks et les moutons, la préparation du thé au beurre, les bouses à ramasser, mettre à sécher pour en faire du combustible, les rituels du matin, les mantras récités, les visites (rares et merveilleuses) du fils devenu moine. Wen perd peu à peu la notion du temps, les saisons filent, les rides s'accumulent, les années passent. "Comment leur dire qu'elle avait vécu dans un endroit où il n'y avait ni politique ni guerre, seulement l'autosuffisance tranquille d'une vie communautaire où l'on partageait tout - et un espace illimité où le temps s'étendait indéfiniment?" (p 120)
Un jour, Wen quitte sa famille d'adoption en compagnie de Ge'er et Ped et part à la recherche de son mari. Les cairns de cailloux, les pierres mani symboles de la foi des Tibétains, où les voeux sont écrits par un moine ou un ermite jalonnent leur route. La spiritualité est omniprésente au Tibet, même au coeur des montagnes. Une piste s'annonce par le chant d'un ermite....il a connu Kejun et raconte à Wen sa fin héroïque et expiatoire au cours de funérailles célestes: lorsque la Chine lettrée et éduquée rencontre le Tibet spirituel, un pont de subtilité peut les rapprocher.
"Funérailles célestes" est le récit d'une histoire d'amour d'une intensité extraordinaire: Kejun et Wen, tour à tour, vont connaître et apprécier la spiritualité tibétaine si éloignée du matérialisme de la Révolution chinoise. Wen apprend que le Tibet restitue toujours ce que l'on cherche avec ardeur et conviction...bien entendu le temps ne se mesure pas, il s'étend, lentement, inexorablement vers ce qui doit être. Le lecteur revient de cette lecture comme d'un long voyage au coeur du Tibet et de ses hauts-plateaux et ses plaines désertiques avec dans la tête les senteurs du thé au beurre, du foyer des yourtes où se consumment les bouses de yack, les couleurs du bref printemps et du long hiver et les musiques des vents du Toit du monde. Il se dit aussi que le karma collectif des Chinois est bien lourd à porter: l'incompréhension et la peur de l'autre a ravagé une région et perdu bien des vies.

Un passage:

"C'est si différent de la Chine! a dit Wen. Pour nous la religion n'est pas une force. Nous n'obéissons qu'à des dirigeants laïcs.
- Mais qui contrôle et protège vos dirigeants? a demandé Zhuoma, perplexe.
- La conscience, a répliqué Wen.
- Quelle sorte de chose est la "conscience"?
- Ce n'est pas une chose. C'est un code moral.
- Et qu'est-ce qu'un "code moral" ?
Wen réfléchit. C'était là une question très difficile. Elle a pensé à Kejun, lui qui voulait trouver une réponse à toutes les questions et une réplique à toutes les réponses. Peut-être que le Tibet l'aurait changé lui aussi."
(p 91 et 92)

Récit traduit de l'anglais par Maïa Bhârathî




lundi 3 mars 2008

Le Printemps des Poètes


C'est aujourd'hui que débute la quinzaine consacrée à la poésie.


Le blogoclub de lecture avait choisi "Je, François Villon"....il me semblait naturel de commencer la quinzaine poétique par une de ses ballades:




La Ballade des dames du temps jadis


Dites-moi où, n'en quel pays,
Est Flora la belle Romaine,
Archipiades, ne Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine,
Echo, parlant quant bruit on mène
Dessus rivière ou sur étang,
Qui beauté eut trop plus qu'humaine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?


Où est la très sage Héloïs,
Pour qui fut châtré et puis moine
Pierre Esbaillart à Saint-Denis ?
Pour son amour eut cette essoine.
Semblablement, où est la roine
Qui commanda que Buridan
Fût jeté en un sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?


La roine Blanche comme un lis
Qui chantait à voix de sirène,
Berthe au grand pied, Bietrix, Aliz,
Haramburgis qui tint le Maine,
Et Jeanne, la bonne Lorrain
Qu'Anglais brûlèrent à Rouen ;
Où sont-ils, où, Vierge souvraine
Mais où sont les neiges d'antan ?


Prince, n'enquerrez de semaine
Où elles sont, ni de cet an,
Que ce refrain ne vous remaine :
Mais où sont les neiges d'antan ?

François Villon

(Le Testament)


Quand un brahmane mène l'enquête....

Nous sommes en Inde, à Pondichéry, ancien comptoir français où il fait bon vivre "Rien de grave ne peut arriver ici (...) ville tranquille de la côte est au charme un peu suranné."
On ne peut pas dire que cela soit vrai: il y a eu de terribles intempéries quelques mois avant l'arrivée de Doc, un brahmane médecin féru d'enquêtes policières. D'ailleurs, très vite, brahmane Doc est confronté à une mort plus qu'étrange et à des tentatives de meurtres sur une jeune héritière au caractère trempé.
Sarah Dars entraîne son lecteur, à la suite de Doc, personnage haut en couleur, champion de kalaripayatt (arts martiaux du Kerala, pratiqués avec un poignard, un sabre, un bâton) trimbalant partout avec lui son parapluie. Brahmane Doc qui fouille, farfouille en discutant, interrogeant sans en avoir l'air aussi bien les prisonniers de l'ancienne prison (une vraie auberge ouverte à tous vents...un morceau d'anthologie d'humour à l'indienne!) que les voyous gominés, les riches hommes d'affaires, les veuves éplorées et un peu extravagantes que les danseuses ou les brillantes et brûlantes courtisanes. Comme nous sommes en Inde, forcément il y a des coups de pouce étonnants: ainsi les pistes offertes par Mike, l'ex chien-loup des stups devenu la mascotte de la prison, et Mister Tobacco, le chat tigré!
C'est l'occasion de flâner dans une ancienne ville coloniale, de percevoir les odeurs, les bruits, les croyances et les fêtes religieuses d'Inde. Doc en profite pour soigner à l'ancienne une épouse toujours souffrante...l'abus de boisson alcoolisée peut se révéler avoir d'étonnantes vertus. Il n'oublie pas de folâtrer une nuit entière (l'enquête à bon dos, non?) avec la plus belle courtisane en vue de Pondichéry ce qui lui vaut regards envieux et petites jalousies.
"Pondichéry blues" met l'accent sur la marche très spéciale de la police mais aussi de la société: les pots-de-vin rythment les avancements, les enquêtes, les petits arrangements entre amis, voire entre ennemis; et les policiers rechignent à se lancer dans de vraies investigations pour éclaircir les affaires criminelles! L'intrigue policière permet aussi d'aborder, sans en avoir l'air, le sujet des mariages arrangés et la possibilité de s'élever dans la société grâce aux unions stratégiquement bien menées. L'amour provoque bien des tsunamis ravageurs et brahmane Doc en verra les conséquences au bout de l'enquête...une femme bafouée est et sera toujours potentiellement dangereuse!
Une lecture agréable, sans plus, qui ne me laissera pas un souvenir impérissable. Cependant, si une autre enquête de brahmane Doc me tombe un jour sous les yeux, je tenterai à nouveau l'aventure ne serait-ce parce que la personnalité du personnage central, Doc, est savoureux, brillant, amusant et d'un humour irrésistible!
Un lien bien intéressant pour cerner un peu plus les enquêtes de brahmane Doc: ICI






Un avis du magazine Lire

dimanche 2 mars 2008

Thé quand tu nous tiens!

On ne résiste pas à l'appel d'un mini-swap autour du thé organisé par notre célèbre Flo!

Hier matin, aux alentours de 8h, la sonnette retentit, alors que j'étais encore au lit en compagnie de Sécotine et de "Carton" de Serge Joncour. C'est mon cher et tendre qui a ouvert et réceptionné le colis. Il sait comment me faire sortir du lit,tôt un samedi matin...."C'est le mini-swap thé qui est arrivé!". Ni une ni deux, me voilà dévalant les escaliers, agitée comme une gosse le matin de Noël!




Que vois-je? Un joli colis custumisé aux couleurs du swap! Et d'où et de qui vient-il? D'Auvergne et d'une collègue (Sherlock c'est moi....il y a "école" écrit sur l'adresse de l'expéditeur) qui non seulement lit, boit du thé mais aussi réalise d'adorables petites et grandes choses de ses blanches mimines (là, je suis admirative car je suis une vraie catastrophe côté travail manuel et dessin)! Elle s'appelle claire-jane , est une virtuose de l'aiguille à broder et de la cuisine et elle m'a concocté un superbe colis!

Tout d'abord, ce sont les senteurs des thés qui invitent à la dégustation, puis les yeux découvrent les jolis sachets de thé, la belle carte maison (j'ai bien suivi les instructions: la lecture après la découverte du colis), le mug printanier, accompagné de sa jolie cuiller blanche, le coussinet brodé dans mes couleurs préférées avec un chat, clin d'oeil à Sécotine et Isatis, et huuummm la gourmandise au chocolat made in Auvergne!!! Mon mari s'amusait à me voir déballer, humer, regarder, admirer ces jolies choses....Noël en Mars, un vrai bonheur!




Les thés sont une invitation au voyage:

L'ïle de Madagascar: un thé noir à la vanille, au chocolat parsemé d'amandes. Je l'ai dégusté et savouré hier après le repas, au soleil sur la terrasse....un régal où le goût de vanille et de chocolat se révèle, tour à tour, en bouche.

Lotus royal, un thé noir au lotus et parsemé de fleurs de lotus. Le hasard fait toujours bien les choses: je suis en pleine redécouverte de certains thés goûtés, appréciés et aimés dans mes vertes années d'étudiante rennaise. En dégustant le Lapsang Souchong, je me souvenais de ce thé particulier et excellent au lotus que je prenais aussi au salon de thé...et claire-jane m'offre un thé....au lotus (dont je vous donnerai bientôt des nouvelles)!

Un échantillon du thé "Scaramouche", thé noir aux épices et aux fruits rouges aux senteurs alléchantes....la référence aux films et romans de cape et d'épée me touche beaucoup car je suis une amatrice de ce genre désuet et fascinant!

Le coussinet orne la clef de la vitrine où se rangent les mugs à thé...le séjour est dans les tons bleus, étonnant, non?

Je ne peux que remercier claire-jane pour ses attentions délicieuses et Flo pour l'organisation de ce Noël insolite!

samedi 1 mars 2008

Dans la peau de François Villon



quatrième de couverture:


"Frères humains qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis"

"Il est peut-être né le jour de la mort de Jeanne d'Arc. On a pendu son père et supplicié sa mère. Il a appris le grec et le latin à l'université de Paris. Il a joui, menti, volé dès son plus jeune âge. Il a fréquenté les miséreux et les nantis, les étudiants, les curés, les prostituées, les assassins, les poètes et les rois."

François Villon, poète maudit, poète fécond sans illusion sur la nature humaine, viscéralement attaché à Paris, son cordon ombilical, sa raison de vivre et de mourir, viscéralement attaché à l'insubordination et à l'ironie. François Villon qui un jour disparut sans laisser de trace hormis ses ballades salaces aux accents sordides de la vérité mise à nu.
Jean Teulé s'attache à un exercice difficile: la biographie. On peut le dire, mission réussie, Mr Teulé! Certes, la biographie est romancée mais dans le respect des connaissances de l'époque de Villon, ce Moyen Age si exotique et épouvantable à nos yeux. Jean Teulé se met dans la peau, le corps, la tête de Villon: il est cet homme façonné par l'horreur du quotidien de son époque. La Peste Noire a décimé un tiers de la population européenne, la guerre de cent ans ravage les campagnes, Paris est sous domination anglaise, la violence est partout, la mort et la vie se côtoient dans les endroits les plus insolites (le cimetière des Innocents est le lieu où se traitent affaires entre bourgeois, enterrements, vulgaires passes, meurtres et rapines; les cimetières lieux de rencontre entre le sacré et le profane). La famine engendrée par l'instabilité politique et l'inanité du pouvoir royal, et le rythme effréné des exécutions des malandrins au sinistre gibet de Montfaucon entraînent un insane (à l'aune de notre regard du XXIè siècle) trafic de corps qui se retrouvent dans les diverses nourritures proposées sur les étals parisiens!
"Sur cette colline après les ramparts, je surplombe la capitale et la rougeur du soleil couchant se fond dans le gris-bleu des brumes qu'elle teinte d'incendie et de sang. Je regarde les étoiles et les noeuds d'univers. Voilà, c'est le siècle d'enfer. Derrière moi le plus ancien et plus énorme gibet du royaume - un parallélépipède de maçonnerie, haut de quinze pieds, large de trente, long de quarante, avec une porte, un escalier et une cave à ciel ouvert au milieu. Autour de la late-forme, seize hauts piliers en colonnade et liés entre eux, sur trois étages, par des poutres vermoulues où quatre-vingts pendus, au bout de leurs chaînes rouillées, menacent de tout faire écrouler. De longues échelles sont placées contre les poteaux pour y monter les condamnés. En chemise, ils dansent un branle en l'air parmi les odeurs...La bise du soir froisse chaînes et corps décomposés, remue tout cela dans l'ombre.Les débris humains qui se détachent des chaînes tombent dans la cave où les magiciens viennent la nuit chercher des bouts de cadavres, émasculer les charognes. Je suis assis sur les marches de ce monument devant la fosse aux chiens où l'on a enterré vivante ma mère. Depuis il a beaucoup plu, neigé. L'eau a ruisselé de la colline, emportant les particules de celle qui ressemblait à Flora la belle Romaine Dîtes-moi où, en quel pays/Est...A coups de pierre, je cloue le parchemin de ma ballade sur un des poteaux du gibet, redescends vers Paris avant qu'on en ferme les portes pour la nuit." (p45 et 46).
Comment Villon aurait-il pu échapper à cette ambiance, qui nous semble délétère et mortifère mais qui est normale à cette époque? Comment aurait-il pu être autre? Le lecteur d'aujourd'hui ne peut qu'être révolté en lisant les chapitres de son intronisation dans le cercle, très fermé, des Ecorcheurs et des Coquillards, ces brigands sans tabous ni lois et tous plus ou moins psychopathes: son initiation nécessitant un vol, un meurtre et un cadeau....le plus affreux en la personne de sa douce amie, Isabelle! Là, notre sensibilité ne peut supporter de tels actes sans éprouver de répugnance à l'encontre de ce grand poète! Comment Villon aurait-il pu échapper à la fascination de l'horrible puisque l'horreur était le quotidien de tout une société! Après avoir échappé au fléau de Dieu (La Peste Noire), la vie ne tient qu'à un fil, la vie n'est qu'anecdotique, la vie n'est qu'un bref passage. Lorsque les hommes ont survécu aux champs de batailles où les blessures laissaient de graves séquelles, la valeur accordée à la vie ne peut être celle que nous lui accordons aujourd'hui. Cependant, il ne faut pas imaginer que les rues étaient encombrées de psychopathes et de fous, mais il est vrai que les temps troublés de cette période ont ravagé les paysages, les corps et les esprits.
Le lecteur assiste à la déchéance de Villon, vautré dans la luxure, le stupre et la barbarie jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus et tombe entre les mains d'un bourreau. Il y subira les pires supplices sans y succomber. Il en sortira brisé à jamais...sa trace se perd dans l'infini des chemins tortueux de ce siècle ensanglanté. La route de cet enfant confronté aux atrocités banales et répétitives le conduira vers un destin de créativité illuminée et transcendée par la vulgarité brutale, puante et noire de la vie des pauvres hères. Les pendus auront leur plus belle ballade grâce à sa plume de même que les Coquillards, routiers et affreux coquins et les jeunes filles en fleurs que l'on sacrifie sur l'autel de l'inspiration (Isabelle de Bruyère choisira de devenir une recluse).
J'ai aimé ce roman assorti des ballades célèbres de François Villon, les expliquant et les replaçant dans leur contexte historique, politique et social. J'ai apprécié la sensation d'être dans la peau de Villon, d'être dans sa tête, de voir par ses yeux. J'ai aimé cet homme qui semble accepter l'ordre des choses mais qui au fond de lui est profondément révolté....est-ce pour cette raison qu'il est fasciné par l'horrible et l'iconoclaste? J'ai dévoré ce livre malgré la noirceur des images, des actes et des pensées: j'aime le Moyen Age, sa littérature, sa statuaire, sa culture, sa peinture, ses constructions démesurées (à l'aune d'une foi extraordinaire), ses côtés obscurs fascinants.
Un texte qui ne laisse pas indifférent, un texte captivant, un texte qui peut être très dérangeant...et un texte d'une sensibilité exacerbée et qui en devient beau!
Merci cher club de lecture pour ce moment passionnant et palpitant!

Et surtout "Frères humains qui après nous vivez,/n'ayez les coeurs contre nous endurcis" ! François Villon avait-il le don de clairvoyance....?



Les avis des uns et des autres ici ou là