vendredi 18 juillet 2008

Les imaginaires ont leurs parfums

Depuis plusieurs mois j'ai délaissé l'excellente initiative de Vanessa: les passeurs d'imaginaire. En mai-juin, le thème mettait les parfums à l'honneur et en illustration, Vanessa a mis l'affiche du film "L'odeur de la papaye verte", film que j'avais adoré!
Les parfums, les senteurs, accompagnent tous les âges de la vie.

L'odeur maternelle est la première à nous accueillir lors de notre entrée dans le monde, odeur inscrite au plus profond de notre mémoire, au plus profond de nos sens. Elle ne nous quittera jamais même si nous l'oublierons, ou plus exactement nous croirons l'oublier.
Peu à peu, les odeurs, les senteurs et les parfums du monde construisent notre mémoire olfactive des lieux, des êtres, des mets ou des paysages.


Qui ne se souvient pas de l'odeur particulière de la rentrée des classes? Les tables portent encore les senteurs de l'été qui s'achève, celles de la solitude silencieuse des lieux du savoir, celle des armoires fermées où dorment, patients, cahiers et crayons, règles et fusains, feuilles et gommes, livres et manuels.




L'été apporte une large contribution à l'éventail des parfums. Le soleil éclatant sous lequel mûrissent les blés d'où s'échappe une odeur sèche et craquante de céréale. La pluie estivale sur la route goudronnée fumante et exhalant sa lointaine senteur de champ pétrolifère. La terre humide de l'averse passée libérant son parfum musqué d'humus et d'entrailles où croissent racines et radicelles. L'été c'est aussi l'odeur des melons qui mûrissent dans les compotiers, celle des fraises et des cerises, des abricots et des pêches dans lesquelles nous mordons à pleines dents, celle des mûres que nous cueillons sur les talus, entêtante et miellée.


Ma mémoire olfactive me rappelle l'heure du goûter alliant l'odeur du chocolat en barre ou de confiture à celle du lait perlant aux mamelles des vaches, à la campagne, peu de temps avant la traite. Mais aussi celle du foin fraîchement retourné, celle de la terre nouvellement labourée.
Je me souviens des odeurs chaleureuses de la cuisine où ma mère s'affairait en rentrant du travail: je faisais mes devoirs dans ma chambre et dégustais par avance le repas du soir....même l'odeur des endives au jambon me faisait saliver alors qu'une fois dans mon assiette, elles représentaient un vrai calvaire!


Les livres savent prendre au piège le nez de celui ou celle qui se laissera prendre au parfum envoûtant des pages dormant sur l'étagère d'une librairie.
Il est des parfums désagréables mais pas rebutants pour autant: celle du fumier, celle des feuilles qui lentement pourrissent, celle de la rivière suant sa vase sous le soleil, celle de la sueur des enfants au retour d'une récréation active faite de courses et de roulades sur le bout de pelouse de la cour.

Il est des senteurs inoubliables: celles de l'intimité de deux corps qui se rencontrent dans la moiteur sensuelle, découverte sans cesse renouvelée, éternel émerveillement.

Il est des voyages sans fin au gré des parfums rencontrés au hasard des rencontres, des chemins, des routes ou des êtres. Les odeurs sont aussi des carnets de voyages de l'invisible et de l'indicible qu'une fragance inopinée fait rejaillir à la surface de la mémoire. Ces senteurs enfouies ou juste recouvertes d'autres parfums, sont les soubassements, les fondations et la charpente de chacun d'entre nous...elles nous façonnent, jamais à l'identique, et font de nous ce que nous sommes et ce que nous deviendrons. Une partition d'effluves, d'arômes et de bouquets apaisants ou entêtants, agressifs ou lénifiants, musique transparente et muette des épidermes et des corps.

jeudi 17 juillet 2008

L'assassin fumait des blondes


Depuis le 1er Janvier 2008, il est interdit de fumer dans tout lieu public et au travail: loi libératrice pour les uns, les non-fumeurs enfumés depuis des décennies, loi inique pour les autres, les fumeurs qui évacuent leur stress grâce à ce geste si simple, si commun, tellement passe-partout...sortit un briquet, une clope, l'allumer et en tirer une bouffée de volupté.
Fabrice Valantine, brillant chasseur de tête, appartient au club des irréductibles fumeurs au grand dam de son épouse. La pression des non-fumeurs devient de plus en plus forte, au bureau seul le patron brave encore l'interdiction; aussi, un jour, Fabrice cède-t-il, malgré son scepticisme, à la demande de sa femme: consulter un hypnotiseur, la coqueluche "hype" pour arrêter enfin de fumer! La séance semble avoir réussi: Fabrice n'éprouve plus l'envie de fumer.
L'ambiance au bureau est tendue: le patron parle de se retirer des affaires et les paris sur sa succession vont bon train. C'est à Fabrice que Hubert Beauchamps-Charellier décide de passer le flambeau lors d'un tête-à-tête. La joie n'est que de courte durée: FBC est retrouvé mort dans son bureau. Le conseil d'administration nomme en urgence Franck Louvier, un jeune loup, dynamique et aux dents longues dans la plus pure lignée des "killers" du monde des affaires! L'enfer commence pour Fabrice qui se retrouve relégué dans un placard: il craque et se grille une cigarette. La stupeur de Fabrice devant l'absence absolue de plaisir est égale à son incompréhension du phénomène: il a envie de fumer mais la cigarette ne lui apporte plus d'apaisement ni de plénitude.
L'invraisemblable se produira lors d'un incident domestique: Fabrice a un voisin coutumier de violences conjugales sur son épouse; cet homme misérable et abject, après avoir envoyé sa femme à l'hôpital suite à un passage à tabac trop virulent, bricole un jour l'embrasure d'une fenêtre de son appartement. Fabrice s'aperçoit que le reflet de sa montre gêne un peu l'abominable voisin, en équilibre précaire à sa fenêtre, et si le miroir du salon était de la fête et débarassait l'immeuble du voisin? Fabrice remet le miroir en place, allume une cigarette et ressent un extraordinaire plaisir entre les volutes de tabac et le corps inanimé du voisin....Fabrice vient de commettre un meurtre parfait et de retrouver intact, sous l'adrénaline de l'acte, le plaisir intense du fumeur. Révélation surprenante, lumineuse et indicible, premier pas vers le paradis perdu du fumeur.
Fabrice suit son instinct et étoffe son tableau de chasse au fil des mois jusqu'au jour où un grain de sable enraye le déroulement des évènements.
"Fume et tue" est un roman noir à l'humour dévastateur qui réussit le tour de force de rendre sympathique héros, un Robin des Bois des temps modernes (ses victimes ne sont que des ordures et des salauds patentés), et de rire de la loi anti-tabac.
Antoine Laurain s'exerce, en filigrane, à une satire des moeurs sociales et économiques tant dans la sphère privée que dans le monde du travail (la description de Franck Louvier et ses sbires à la "Men in black" est particulièrement savoureuse et grinçante).
Une lecture jubilatoire où l'ambiance drôlatique laisse percer l'inquiétude dans les volutes tabagiques d'un fumeur qui ne rêvait que d'une seule chose: la paix, au bureau et à la maison, en compagnie de ses cigarettes. Une question me taraude: aurait-il été intéressant que la morale ne soit pas sauve? En effet, j'ai vraiment apprécié le côté provocateur et iconoclaste du personnage et du sujet de l'intrigue aussi du coup la fin m'a-t-elle paru un brin trop sage.

"J'allumai la dernière benson qui me restait avant de ressortir dans la nuit en quête d'un paquet, comme ces grands fauves qui errent dans la savane endormie à la recherche d'une proie. Le geste. Il ne me restait plus que le geste comme présence rassurante. Craquer un briquet, allumer le tison, tenir la cigarette entre le majeur et l'index, porter le filtre à mes lèvres. Jusque là tout allait bien, après tout s'effondrait. la fumée fit son aller-retour dans les poumons et, là, rien. Je décidai de l'éteindre après quelques bouffées." (p 163)

Livre lu dans le cadre du Prix Landerneau







mercredi 16 juillet 2008

Dur de grandir


Un garçonnet, Sébastien, part, pour la première fois en colonie de vacances. Il rejoint la troupe dans le train...il est le plus petit de la bande. Pourtant il a quand même huit ans, voire douze dans sa tête et sa mère lui dit souvent qu'il a un sens de la répartie bien à lui. C'est le départ, il faut être courageux et ne pas montrer combien on préfèrerait rester auprès de sa maman.
L'arrivée n'est pas très engageante: visite des dortoirs et surtout, surtout inventaire du contenu de la valise "Sors tes affaires, une par une. A chaque affaire, tu me dis le nom et la quantité. (...) Je voyais bien qu'elle allait noter tous les habits que j'avais emportés, mais je ne voyais pas à quoi ça pourrait bien lui servir puisque mes habits étaient là. Quand on fait une liste de choses, c'est une liste de choses qui manquent, comme pour aller faire les courses, pas une liste de choses qui sont déjà là. Mais bon, j'avais pas envie qu'elle me traite encore de petit coquin devant les autres, alors j'ai commencé. - Mon tee-shirt bleu avec un Mickey, quantité: un - Tous les mecs se sont marrés." (p 28 et 29)
Qu'il est difficile d'être le plus petit dans un groupe de grands et de se faire intégrer parmi eux. Sébastien se morfond jusqu'au jour où Fabien, le chef de la bande des garçons, lui demande s'il est déjà sorti avec Elodie la mono. Sébastien retourne dans tous les sens la question pour répondre que oui, il est déjà sorti avec elle (lors des promenades ou la fois où elle l'a puni et sorti, en lui tirant l'oreille, du réfectoire). Et un défilé d'enfants commence: c'est à qui voudrait avoir le plus de détails sur ses "sorties" avec Elodie, même les filles, telle que Marion "préado de douze ans", ravie de constater qu'il est "précoce"!!! Sébastien est heureux, la colo est super cool, il s'est enfin in-té-gré! Et c'est le soir de la boum que les choses se gâtent: Elodie et la directrice de la colo ne sont pas du tout mais alors pas du tout contentes d'apprendre que Sébastien est sorti plusieurs fois avec Elodie! Résultat: punition sévère, pas de boum et surtout, Sébastien dormira tout seul dans le couloir! Bien entendu, les autres gamins font comme s'ils ne le connaissaient pas car la directrice a dit: "C'est très mal ce que tu as fait, Sébastien. Très, très mal." Sébastien a envie de pleurer mais "Je me suis retenu. Elles seraient trop contentes, Elodie la saucisse, et cette directrice pourrie. J'allais être très brave, en béton, un dur de dur, comme disait mon père. Et puis surtout, j'avais envie de comprendre ce qui m'arraivait. Ce n'était pas possible que je sois puni pour rien." (p 62). Est-ce à cause des tomates farcies qu'il a recrachées ou du demi-pain au chocolat trouvé par terre et mangé ou encore à cause du yaourt entre les deux yeux? Rien ni fait et Sébastien pleure dans le noir parce qu'il ne comprend pas ce qui lui arrive!
Mais comment comprendre, lorsque l'on est petit, que certains mots peuvent être graves et blessants pour les adultes?
Quelques années plus tard, un jour d'hiver, Sébastien a treize ans et va rejoindre Marion, une camarade de classe qu'il aime beaucoup. Sur le banc du jardin public, il comprend enfin, ce que signifie "sortir avec quelqu'un"!
"Dur de dur" est un texte émouvant et tendre. Agnès Desarthe montre bien comme il est difficile de grandir et de saisir la véritable portée de certains mots. Elle montre aussi combien la méchanceté, innocente souvent, d'un groupe peut faire souffrir, combien des mots de "grands" dans la bouche de "petits" peuvent être dangereux. Elle montre enfin qu'il est beaucoup plus beau de découvrir, au moment adéquat, le sentiment le plus doux qui soit: l'amour et le frisson des baisers.
L'avis de Malice

mardi 15 juillet 2008

A coeur ouvert


La clématite du jardin est en pleine floraison. Une envie de partager cette belle couleur violette.

lundi 14 juillet 2008

L'avenir peut-il être inscrit dans la pierre?


Un beau jour, en Thaïlande, l'apparition d'un monument hors norme, vient bousculer le quotidien de la planète Terre. C'est un immense obélisque, lisse, noir et miroitant qui annonce une victoire grandiose, d'un certain Kuin, qui aura lieu dans vingt ans! D'où sort-il? Qui l'a envoyé? Par quel procédé encore inconnu sur Terre? Peu à peu, à mesure que ces apparitions de pierre s'étendent à travers le monde, on parle de "Chronolithes": abolissent-ils le temps? Le nient-ils? En font-ils un non-sens? Toujours est-il que ces étranges blocs vont bouleverser la vie de Scott Warden qui se retrouve embarqué dans une course et une enquête des plus échevelées en compagnie de son ancien professeur de physique, l'excentrique Sulamith Chopra, d'un ancien compagnon d'aventure thaïlandaise, Hitch Pailey, d'un membre du FBI, Morris et d'un assitant de Sue Chopra, Ray....et cela pendant quasiment vingt ans.
Robert Wilson emmène son lecteur sur une Terre exangue à force d'avoir été exploitée par l'homme. La pollution a mis à mal la biodiversité, les nappes phréatiques et aquifères sont en voie d'assèchement, les changements climatiques entraînent des exodes inexorables et inquiétants, la marchandisation du monde mis à genoux les économies mondiales notamment celle de l'Asie, zone géopolitique où la déstabilisation des états et des sociétés provoque le chaos. Les pays asiatiques sont aux mains des potentats locaux qui se livrent à une guérilla sans fin et destructrice. Seuls l'Amérique du Nord et l'Europe semblent résister au désastre économique mais au prix de la désespérance de leurs habitants et de la montée en puissance des cellules kuinistes, les clubs copperheads. Nous sommes en 2020 autant dire un futur très, très proche et très réaliste.
Les Chronolithes deviennent des symboles de la puissance à venir de Kuin, cet inconnu qui force l'admiration, qui inquiète et qui provoque un sentiment de résignation au sein des peuples dans l'attente de son avènement. Pourquoi se battre puisque Kuin sera, de toute manière, vainqueur...c'est inscrit sur les Chronolithes c'est à dire dans l'avenir! Kuin, figure charismatique à laquelle s'accrochent désespérement les laissés pour compte, les abandonnés de l'économie contraints de vivre dans les bidonvilles des périphéries urbaines. Kuin, ses Chronolithes amenant en pélerinage, en hadj, des milliers d'hommes et de femmes, jeunes pour la plupart, vers leurs lieux d'apparition. Les Hadjis parfois sans foi ni loi, hormis celle de la violence et de la force, à l'aulne de celle engendrée par les obélisques gigantesques engoncés dans la glace et dévastant les paysages.
"Les Chronolithes" amène le lecteur à s'interroger: l'avenir est-il déjà tout tracé, inéluctable? Peut-on reconstruire le présent à partir d'un futur destructeur? Le hasard existe-t-il vraiment ("Tout est lié Scotty, même si nous ne voyons ni les boucles ni les noeuds. Le passé et l'avenir, le bien et le mal, le çà et le là...Tout cela ne fait qu'un." p 343 et 344)? A travers le récit, a postériori, du narrateur, l'auteur n'impose rien à son lecteur, n'interfère pas sur sa compréhension du message. Le narrateur explique les conséquences des évènements sur sa vie privée, les hasards qui n'en sont sans doute pas (il rencontre inopinément les personnes qui marqueront les grandes étapes de sa vie: Sue, Adam...), les éléments de réponse à la présence des Chronolithes.
Un roman qui happe dès les premières pages, écrit avec justesse, sans grosses ficelles lassantes, par un auteur qui aime ses personnages, qui aime ses semblables donnant ainsi au récit une dimension pleine d'humanité et d'espoir.

"Le monument. Tout d'abord, il ne s'agissait pas d'une statue (...) mais d'un pilier à quatre côtés au sommet lisse et conique. Constitué d'un matériau qui évoquait le verre, mais à une échelle ridicule et impossible. Il était bleu, de ce bleu profond et insondable des lacs de montagne qui parvient à paraître à la fois paisible et inquiétant. Malgré son opacité, il semblait translucide. Le côté face à nous - le côté nord - était couvert de croûtes blanches. J'ai identifié avec stupéfaction de la glace qui se sublimait lentement dans la lumière moite. Dans la forêt dévastée humide de brouillard, à la base du monument, des monticules de neige en train de fondre masquaient l'intersection entre l'objet et le sol." (p 22 et 23)

Roman traduit de l'anglais (Canada) par Gilles Goullet

Les avis de cultureSF ratsdebibliothèque l'araignée phénixweb et celui plus contrasté de viclay

dimanche 13 juillet 2008

Poème bédouin


Dhou'l-Roummah (mort en 117- de l'Hégire - / 735 (de notre ère chrétienne)


"Dernier poète bédouin, il participa quelque peu à la guerre des rimes entre Djarîr et Al-Farazdaq, sous les premiers califes omayyades. Ses poèmes sont une source de premier ordre pour les lexicographes arabes: de lui date la fixation de la langue. Ses compositions sont ardues et savantes, amis il arrive parfois à une beauté formelle incomparable."


Adieu


Connais-tu cet endroit unique, désert ravagé,
que le temps a voulu effacer pour l'éternité?
Le siècle dure use sans fin la nouveauté du neuf;
il abandonne, à chaque étape, un reste de foyer.
Trois pierres noires, là...c'est tout...un lieu de campement...
mais l'hippodrome d'Al-Walid a sombré tout entier,
sauf quelques piquets de tente enfoncés au ras du sol;
tout a disparu, éparpillé par les accès brusques de fièvre.
ô Mayya! Tes lèvres par un orfèvre ciselées,
après le sommeil, et ton corps, tendre rameau brisé!
Je revois les deux prunelles, un cou gracile et blanc;
je revois les flancs alanguis où affleure le sang,
uniques, affolant la poursuite au mépris des gazelles...
nous tuant sans pitié sous le blâme et la réprimande.
Elle a vu ma pâleur, elle a vu mes rides multiples,
après les injures du temps et du siècle superbe,
dépouillant tout mon corps de sa frondaison de jeunesse;
feuilles mortes, quand on agite un rameau nu, qui tombent...
ou plutôt j'ai rompu l'étreinte, acceptant le refus,
et la soeur des Banou-Labîd en a été surprise.
Tant, qu'elle m'a fui et qu'elle a fui mon frère Mas'oud.
Elle vit deux hommes prêts pour un voyage lointain,
qui prenaient pour vêtements les ténèbres de la nuit,
traînant loin sur le sable deux longues robes ouatées...

Les mots du désert

Lorsque je suis allée au Festival des Etonnants Voyageurs, au détour d'un stand, je suis tombée sur une anthologie de la Poésie Arabe. J'ai succombé d'une part à la couverture que je trouve très belle et d'autre part à la quatrième de couverture, très alléchante:
"Fille du désert et du manque, sans cesse alertée par la solitude et l'absence, telle est la poésie arabe, cultivée quinze siècles durant par une succession de génies remuants, iconoclastes, gourmands des mille et une saveurs du verbe - et ces mille et une images (licites ou illicites) qu'éveille dans le coeur de l'homme l'aiguillon du désir.Fontaines destinées à réjouir les coeurs altérés, jardins parfumés, filles offertes, tendres éphèbes aux yeux de gazelle, nuits éclairées de lune où circule la coupe de vin ambrée: le poète nous murmure que cela est tout...et rien - puisque la seule richesse vraiment désirable, pour l'homme bien né, est celle des mots...."

Je picore, au gré des envies et des musiques naissant de la lecture...parfois c'est cru, parfois d'une beauté à couper le souffle, toujours désarçonnant car je n'ai pas l'habitude de ce rythme, de cette scansion.

Une très belle découverte transformée en livre, non de chevet, mais en recueil à saisir entre la poire et le fromage (il est sur la table de la cuisine), entre une sortie dans le jardin et un retour sur le canapé, avec un thé à portée de main.

samedi 12 juillet 2008

Un ange passe

Gabriel est sur le quai désert et morne d'une gare perdue au milieu de nulle part. La gare est celle d'une petite ville bretonne où la grisaille humide fait briller les rues et les toits d'ardoise. Pas une âme qui vive dans les rues, l'hôtel, modeste, se trouve dans une rue tranquille, le soir tombe....Y-a-t-il un endroit où l'on peut se restaurer? Pas vraiment, peut-être le café du Faro un peu plus loin. Gabriel s'y rend, le patron José est d'humeur morne: sa femme est hospitalisée et c'est elle qui s'occupe de la cuisine, alors vous comprenez bien que question restauration, ce ne sera guère possible!
Gabriel prend une bière puis, José lui demande si le reste d'un ragoût de morue lui dirait.
Commence alors une étrange histoire entre Gabriel, José, la jolie réceptionniste de l'hôtel, deux paumés, junkies sur les bords, et complètement en bout de course de l'amour et de la vie. Les destins se croisent, se frôlent, s'imbriquent en une danse faite de rires, de joies, de solitudes à combler, de passés que l'on souhaiterait oublier....le tout sous le regard goguenard d'un grand panda en peluche, gagné à la fête foraine.
Qui est Gabriel, venu de nulle part et pourtant si familier, si rassurant, virtuose culinaire transformant l'épaule d'agneau en symphonie de senteurs et de goûts? Gabriel est-il un ange annonciateur?
Le lecteur apprend, dans les passages en italique, que Gabriel a eu une vie avant l'errance. Une jolie et belle vie, où les siestes estivales se vivent dans le balancement du hamac, dans le bourdonnement des insectes, dans la respiration sereine et douce d'une fillette. Une jolie et belle vie qui part soudain en lambeaux et fait exploser la vie en mille et un morceaux qu'on ne pourra jamais recoller, une vie à jamais éparse, perdue pour toujours. La banalité du malheur, la banalité de la tristesse infinie et de la culpabilité d'avoir été absent. Les passages en italiques distillent, au fil de leur apparition, le malaise qui grandit et étreint, sans en avoir l'air, le lecteur.
Gabriel pourrait être un ange: il redonne le sourire à José, l'aide à surmonter sa douleur, est à ses côtés lorsque l'espoir revient; il offre à la jolie réceptionniste, Madeleine, l'opportunité de plaire et de rencontrer enfin le véritable amour; il accompagne Rita, la paumée, dans la joie d'une amitié chaleureuse. Oui, Gabriel a tout de l'ange: le sourire, la gentillesse, le sens du don, la patience et l'amabilité. Mais qu'a-t-il à annoncer? Que le bonheur, ce sentiment de douce plénitude, peut disparaître brusquement? Comment garder la sensation agréable et chaleureuse du bonheur...avant qu'il ne se sauve?
Pascal Garnier conte avec son talent inimitable et son humour dévastateur une histoire, des histoires tristes et émouvantes à la fois: au fil de l'histoire, les douleurs de chaque personnages passent de la banalité à l'extraordinaire lors de la chute, inattendue et excellement amenée, du récit. Les derniers passages sont une véritable sarabande où la stupeur édifiante mène la danse. Le quotidien est transfiguré en épopée délirante et grinçante que le lecteur lit avec délectation. L'ordinaire cache, subtilement, les horreurs de la réalité et le panda, avec ses yeux cerclés de noir, cernes de peluche, regarde défiler les aléas et les turbulences inattendues de la vie. Le panda pourrait être un morceau de l'auteur au coeur du roman: il respire l'empathie envers les personnages tout comme Garnier!
"Comment va la douleur" avait été une lecture jubilatoire, "La théorie du panda" est aussi un bijou tant sur le plan de la langue (Pascal Garnier est passé maître dans l'art de la formule) que sur le plan de la construction du récit: le lecteur est happé par le cheminement des personnages, notamment par celui de Gabriel, enigmatique et inquiétant parfois, et reçoit l'estocade finale lors de l'emballement ultime de l'histoire auquel il ne s'y attend absolument pas!
Un régal à lire, une écriture douce-amère où la pointe pessimiste ne plombe pas le récit....loin de là même: elle lui donne un véritable souffle de roman noir, très noir!


jeudi 10 juillet 2008

Un peu de "Heq"



"Elle accoucha en voyage, comme il était courant parmi les femmes nellagottines. Elle posa un bout de peau de castor dans le trou qu'elle avait creusé dans la forêt et s'y accroupit, appuyée sur ses genoux et ses mains. Elle entendait encore la voix des Indiens qui s'éloignaient lorsque l'enfant sortit et, gémissant à voix haute d'épuisement, elle le souleva et le détacha de son corps d'un coup de dent. Puis elle le lécha et se releva, étourdie. Elle l'enveloppa dans la peau, en tournant le côté taché de sang à l'extérieur, accrocha le ballot au bandeau qui entourait sa tête et suivit la tribu. Tout en marchant, elle envisagea la possibilité de fuir, mais repoussa immédiatement l'idée. Elle était trop fatiguée après l'accouchement et trop loin de la côte où vivaient les Inuit." (p 36 et 37)



"Pendant son séjour chez les Kutchin, elle avait entendu, vu et appris énormément. Et même si les Kutchin ressemblaient beaucoup aux Inuit, leur nature et leur façon de vivre étaient autres. Ils étaient fiers, avides d'honneurs et adoraient les conflits. A l'inverse des Inuit, qui préféraient maintenir la paix à tout prix. Elle les avait détestés, mais jamais craints, car à bien des points de vue ils semblaient à la fois enfantins et ignorants.
La terre était leur mère et personne ne pouvait la posséder. Shanuq avait souri à chaque fois qu'elle avait entendu cela, c'était si évident. Si évident qu'aucun être humain ne pouvait posséder ni la terre, ni le ciel, ni la mer. La guerre était leur père et celui-ci les menait sans cesse au combat.
Ils luttaient pour les choses les plus futiles. Pour des femmes, des possessions éphémères. Pour voler des armes, des outils, des peaux et de la viande, et pour pouvoir découper le coeur et le foie de leurs ennemis, qu'ils mangeaient crus. Le mauvais sang de la guerre roulait dan sleurs veines, et elur cruauté était grande. Ils pouvaient entrer en conflit avec les Mangeurs de Caribous Sauvages, bien que ce soient des parents, et ils luttaient contre les Dogrib, les Cree et les Nahani quand ils les rencontraient. S'ils ne trouvaient pas d'hommes du peuple athabascan à tuer, ils montaient attaquer les Inuit dans le Nord. On ne pouvait faire aucune confiance à ces hommes."
(p 37 et 38)

Le chant du Grand Nord


De Jorn Riel je ne connaissais que ses fameux et hilarants racontars. C'est avec une grande curiosité que je me suis plongée dans ce roman croisé au détour d'un rayon de bibliothèque.
"Heq" nous emmène aux temps d'avant l'Histoire, aux temps immémoriaux des premiers hommes. Il nous embarque également dans le Grand Nord américain, après que le détroit de Bering ait été traversé par des tribus nomades.
L'Humanité s'est essaimée sur les cinq continents, partie à la conquête de terres et de nourriture. Riel nous conte l'histoire de Heq, un Inuit, et de sa famille, l'histoire de leur voyage vers la frontière du monde, là où naissent les vents terribles de l'hiver, là où résident les esprits....quelques milliers d'années après l'arrivée des premiers hommes sur le continent américain.
Heq est le fruit de l'union d'une Inuit, Shanuq (sa mère) et d'un Indien des plaines (les Hommes-Chiens), Shapokee (son père), chef suprême et sorcier-guérisseur de sa tribu, union forcée puisque sa mère avait été capturée par la tribu paternelle. Elle lui donna le nom de Heq, nom de son grand-père au savoir immense. Tout comme sa mère, Heq est curieux de nature et aime aller à la découverte de ce qu'il ne connaît pas. Le lecteur le suit dans son initiation, dans ses parties de chasse ou de pêche. Le lecteur est en symbiose avec les familles Inuits et découvre leurs rites, leurs coutumes, leur approche de la vie familiale, du plaisir charnel, leur acceptation de la différence (le frère d'Heq, Tyakutyik, est à la fois homme et femme, une originalité qui est loin d'être rejetée par le groupe).
"Heq, le chant pour celui qui désire vivre" est un splendide roman ethnographique dans lequel la fascination et l'amour pour le Grand Nord et ses peuples, faunes et flores, éprouvés par Riel sont un hymne permanent à la beauté et à la tolérance. En effet, ces peuples de l'extrême, ont été sans cesse repoussés vers le Nord par d'autres peuplades plus agressives, plus conquérantes qu'eux. Pourtant, les coutumes et croyances des Indiens et des Inuits sont loin d'être étrangères les unes aux autres.
De l'Alaska au Groenland, en passant par Béring, le lecteur parcourt les espaces immaculés traversés par les élans et les ours, sources de vie et gages d'abondance, les estuaires glacés où dansent cétacés, poissons et phoques. Le désert blanc, riche et d'une beauté à couper le souffle, se déploie sous la plume de conteur extraordinaire qu'est Riel, s'avance au son des griffes des chiens de traîneau, vaisseaux d'un désert de glace et de froid.
Riel, avec "Heq", entame une trilogie Inuit ("Arluk" puis "Soré" continue et achève l'aventure commencée par "Heq"), courant sur mille ans, qui débute au début de l'an 1000 de notre ère. Une trilogie, voyage dans le temps et dans l'espace, voyage au coeur d'une civilisation d'une richesse culturelle et spirituelle trop longtemps occultée. L'Occident "civilisé" (???) a oublié le rapport sans détour avec la nature: la scène d'accouchement au beau milieu d'un environnement hostile montre combien le fait d'être accroupie facilitait autrement mieux le travail de la parturiente que la position allongée... le meilleur vernis civilisé n'est pas toujours celui qu'on croit!
Jorn Riel écrit un merveilleux chant redonnant la place qui lui revient au peuple inuit.
"Heq" est un roman touchant, poignant, au rythme des chasses, des courses en traîneaux, des hivernages dans les igloos où le talent de narrateur est hautement prisé lors des veillées. Le décor qui pourrait être monotone et qui n'est qu'une immense variation des blancs, bleus et verts au coeur d'une symphonie venteuse. Un roman comme je les aime, qui emporte l'esprit, le temps de la lecture (et un peu plus), hors du temps et de l'espace, une respiration, presqu'une méditation, qui apporte un autre regard sur les choses et les êtres.
Des passages ICI

Roman traduit du danois par Inès Jorgensen

Les avis de Pascal, artlivre michel-islor (beaucoup plus réservé) ikiru et Gaïa (les éditions).

mardi 8 juillet 2008

Le tigre de l'enfance

Un petit garçon, le narrateur, raconte ses moments heureux et malheureux, entre la séparation de ses parents, la complicité avec sa soeur, ses aventures scolaires et surtout son amour pour sa terre, sa maison perdue au milieu la savane!
Il a cinq ans, a une tignasse rousse, aime follement grimper aux arbres et porte "des chaussettes jaunes bien remontée sur son pantalon rouge": un lutin épris de liberté regardant le monde mouvant des adultes et "le fantôme fou de son père".
Il n'est pas un petit garçon, il est un tigre qui pourrait, s'il le voulait, balayer ce monde, trop souvent incompréhensible, d'un coup de patte. Sa soeur n'est pas une petite fille mais un chat un tantinet sauvage.
Antonio Ungar dans ce roman court met en scène un jeune garçon qui préfère être un tigre plutôt qu'un être humain, stupide, ne comprenant rien à rien au monde qui l'entoure. Entre le manque d'amour de la grand-mère, les pleurs de sa mère, la folie de son père, l'étrangeté de son grand-père et la saveur de la liberté offerte par la savane ou la jungle, il a choisi: ce sera être un tigre libre, sans entrave, sans peur avec pour seul horizon l'espace infini des paysages. Les chapitres sont les impressions, fragments épars, de cet enfant, haut comme trois pommes et à l'imaginaire fabuleux: le lecteur le suit, sautillant, crachant, tapant, cognant (comme la scène de la bagarre dans la cour d'école est extraordinaire et poignante à la fois!), rêvant, se transformant en tigre au gré des envies. Ce petit garçon, derrière sa carapace de tigre, souffre de la folie des adultes, de celle de son père, de la violence de son monde d'où l'on peut disparaître à jamais, sans laisser une seule trace. Il aime aussi: sa mère et ses pleurs, l'odeur sensuelle et maternelle de sa cousine, un monde où il souhaiterait se perdre à jamais, tigron ronronnant comme un chaton, les senteurs inoubliables de la savane, la fragance musquée des arbres, ses arbres du haut desquels le monde lui paraît moins sordide.
"Les oreilles du loup" est un roman de l'enfance, celle qui rêve, celle qui rue contre les contraintes, celle qui ne pense qu'à être libre, celle qui voudrait que l'harmonie dure toujours. Or, cette dernière s'est brisée lors de la séparation de ses parents et il est bien difficile d'admettre qu'elle ne reviendra plus, même si "le gros homme" apporte avec lui une harmonie qui ressemble à celle du passé. Ce roman est aussi celui de l'enfance qui quitte peu à peu ses berges pour entrer dans le monde des plus grands, des grands puis des adultes....le tigre se cache alors derrière un masque de loup, un tigre qui danse et qui ne mange personne.
"Les oreilles du loup" a la beauté sauvage de la savane colombienne si bien rendue dans le récit, l'obscurité de la jungle, l'âpreté des hauts plateaux balayés par le vent, le soleil ou le froid. La langue extraordinaire de ce roman provoque d'intenses émotions au lecteur et l'accompagne dans un voyage au coeur d'un imaginaire d'une richesse extraordinaire.
Un très beau roman édité chez "Les allusifs", excellente maison d'édition qui se démarque par l'originalité de ses auteurs. A lire!

Quelques extraits:

"Celui que je suis marche vers les buissons, s'approche d'un immense eucalyptus, regarde les feuilles bleutées qui se balancent au vent de la savane. Il les observe et grimpe facilement, comme si ses muscles se mettaient en mouvement, sans aucun effort, j'imagine, plantant ses griffes dans l'écorce. Une fois en haut, toujours absent, il refuse de regarder le jardin et les enfants bien habillés et les éclats de rire et l'agave inutile. Il leur tourne le dos. Il regarde, je regarde de l'autre côté de la grille, sous le soleil, la ville infinie qui s'étend à mes pieds. Et je m'enferme. En moi-même, dans mon corps de grand tigre, dans mon silence, dans la ville qui existe malgré moi, très loin et vaste dans la savane. Et comme un grand tigre je pose ma grosse tête sur mes avant-bras et attends que les autres, comme le gros, comme la ville et le vent froid, se taisent aussi." (15 et 16)
"Arrivé en haut, après le chemin rouge, les mûres, les orties et les chiens sauvages, les deux canaux à sec que je franchis les yeux fermés, arrivé à la cime de ma montagne, je ne fais rien. Je grimpe à un autre arbre, un autre qui n'est pas le poivrier, ni le noyer, ni l'un de ces saules qui veulent mourir. Je grimpe sur un arbre élevé et maigre, bossu, un arbre timide qui se cache toujours au fond, derrière les autres, derrière les pierres, encore plus derrière. Un arbre ébouriffé et timide. Et grimpé là, je ne fais rien. Je sens la branche de l'arbre sous mes jambes, je sens que l'arbre regarde d'un autre côté encore, mais nous sommes là. Je réussis à serrer entre mes bras la branche, je pose ma tête sur l'écorce et je ne suis plus un tigre, un grand et lourd tigre qui regarde le monde. Je suis un autre tigre, différent. Un tigre de papier. Léger, transparent, vide d'air. Vide de la maison, qui n'a pas été emportée par un vent violent mais qui en revanche a disparu ; vide de la terre que je connais déjà ; vide de cet incendie du ciel si lointain qui n'est pas à moi ; vide de tout ce qui s'est passé dans la maison. Rien que de l'air dans un tigre de papier, rien, l'odeur de cet eucalyptus qui ne me regarde pas." (p 46)

Roman traduit de l'espagnol (Colombie) par Robert Amutio





Les avis de sylire antigone malice lily maijo

Une interview de l'auteur ICI et LA

lundi 7 juillet 2008

Chat m'amuse

Merci Sylvie pour le lien...finalement, je suis parvenue à créer mon nuage. Ma Pal prend une autre dimension ;-)



Pour réaliser votre nuage c'est ICI (clic!)

Ma Pile à Lire


C'est Anjelica qui m'a donné l'idée de publier, une partie de l'iceberg à lire (la partie émergée), ma Pile à Lire. En effet, comme elle, je participe à beaucoup de swaps, comme elle, et beaucoup d'entre vous, j'ai du mal à résister dans une librairie.

Je n'ai pas indiqué les "classiques" (sauf le Balzac et le Dumas) amassés au cours de mes études littéraires...je vous ai épargné des pages à lire ;-)



Abbey E. "Le gang de la clef à molette"
Abdourazzoqov B. "Huit monologues de femmes"
Aderhold C.   "Les poissons ne connaissent pas l'adultère" (lu)
Agus Milena "Mon voisin"
Anonyme (Japon) "Le dit de Hôgen" / "Le dit de Heiji"
Anonyme "Une femme à Berlin"
Atkinson K. "Dans les coulisses du musée" (lu)
Atwood M. "Le tueur aveugle" / "La servante écarlate"
Auster P. "Dans le scriptorium" (lu) / "Je pensais que mon père était Dieu" / "Seul dans le noir"
Balzac H. "Splendeurs et misères des courtisanes"
Barbery M. "Une gourmandise" (lu)
Baricco A. "Océan mer" (lu)
Barjavel R. "La nuit des temps" (lu)
Bastard Joël "Casaluna" / "Le sentiment du lièvre" (lu)
Bellec H. "La nuit blanche"
Benameur J. "Présent?" / "Les demeurées" (lu)
Berberova N "L'accompagnatrice"
Bessora "Deux bébés et l'addition"
Bialot J. "Le jour où Albert Einstein s'est échappé" (lu)
Bjornstad K. "La société des jeunes pianistes" 
(lu)
Blas de Roblès JM "Là où les tigres sont chez eux" (lu)
Blixen K. "La ferme africaine"
Brasey E. "Démons et merveilles" (lu)
Bruen K. "R&B Blitz" (lu)
Bugul Ken "De l'autre côté du regard"
Bobin C. "L'inespérée" (lu)
Canfin Pascal "L'économie verte expliquée à ceux qui n'y croient pas" (en cours de lecture)
Casas Ros A. "Le théorème d'Almodovar" (lu)
Castillon C. "Insectes" (lu)
Chessex J. "Le vampire de Ropraz"
Chraïbi D. "L'homme qui venait du passé" (lu)
Claudel P. "Le Café de l'Excelsior"
Coetzee J.M "Scènes de la vie d'un jeune garçon"
Collectif "Le goût du thé" / "Au bonheur de lire"

Condou I.   "La Perrita"  / 
Connolly J.   "Le livre des choses perdues"  /
Conrad J. "Au coeur des ténèbres" (lu) / "Le retour"/ "Lord Jim"
Constantine B. "A Mélie, sans mélo" (lu)
Cossé L. "Au bon roman"
Delillo D. "Americana"
De Luca E. "Une fois, un jour"
Delerm P. "Le buveur de temps" / "Dickens, barbe à papa" / "Ma grand-mère avait les mêmes: les dessous affriolants des petites phrases" / (lu)
Ding Ya "Le cercle du Petit Ciel"
Divakaruni C. "La maîtresse des épices" (lu)
Dumas A. "La dame de Monsoreau"
Du Maurier Daphné "L'auberge de la Jamaïque" (lu)
Duong Thu Huong "Terre des oublis" / "Au-delà des illusions" / "Roman sans titre" / "Les paradis aveugles"
Duperey A. "Les chats mots"
Eco Umberto "Comment voyager avec un saumon?" / "Kant et l'ornithorynx"
El Aswany "L'immeuble Yacoubian" (lu)
Erdrich L. "La chorale des maîtres bouchers"
Esquivel L. "Chocolat amer"
Etxebarria L. "Amours, Prozac et autres curiosités" (lu)
Evans N. "L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux"
Everett P. "Désert américain" (lu)
Faber M. "La rose pourpre et le lys" 1 et 2 (lu)
Fédorovski Vladimir "Le roman de Saint-Pétersbourg"
Fermine M. "Neige"
Fforde J. "L'affaire Jane Eyre" (lu)  / 
Fougeray K. "Ker Violette"
Follett K. "La marque de Windfield" / "Un monde sans fin" /
Fuentes C. "Terra Nostra" (lecture en cours)
Furutani D. "La promesse du samouraï" (lu) / "Vengeance au Palais de Jade"
Gallay C. "Seule Venise" / "Les déferlantes" (lu) / "L'office des vivants"  (lu)
Garat A.M "Dans la main du diable" (lu)
Garnier P. "La solution esquimau" / "L'A26" (lu)
Ge F. "Impressions à la saison des pluies"
Geeraerts J. "Sanpaku" (lu)
Germain S. "L'enfant méduse" / "Tobie des marais" (lu)
Guppy S. "Un jardin à Téhéran"
Haasse H.S "Les seigneurs du thé" (lu) "L'anneau de la clé"
Hage Riwa "De Niro's Game" (lu)
Huston N. "Cantique des plaines"
Jackson Braun L "La vie secrète du chat qui..."
Jorge Lidia "Le vent qui siffle dans les grues"
Joyce J. "Gens de Dublin" (lu)
Jünger E. "Orages d'acier" (lu)
Kadaré I. "Le général de l'armée morte" (lu)
Kawabata "Le lac" / "Nuée d'oiseaux blancs" / "Les belles endormies" / "Les servantes de l'auberge"
Kauffmann JP "La chambre noire de Longwood"/ "La maison du retour"
Kempf Hervé "Comment les riches détruisent la planète"
Khayat O. "Le pays sans adultes" (lu)
Kiarostami A. "Un loup aux aguets"
Kingsolver B. "L'arbre aux haricots" / "Les cochons au paradis" / "Les yeux dans les arbres"
Larsson S. Millenium (la trilogie) (lu)

Lawhead S. "La saga du roi dragon" (T1)
Le Callet B "Une pièce montée"
Le Carré J. "La constance du jardinier"
Le Men Yvon "Besoin de poème"
Lessing Doris "Le carnet d'or"
Lewycka M. "Une brève histoire du tracteur en Ukraine" (lu) /
Lurie A. "La vérité sur Lorin Jones"
Martinez Carole "Le coeur cousu"
Matayoshi E. "Histoire d'un squelette" (lu)
Mauvignier L. "Apprendre à finir"
Mazzantini M. "Ecoute-moi"
Melo P. "Monde perdu" (lu)
McCaffrey A. "Le vol du dragon" (T1)
McCullers C. "Reflets dans un oeil d'or"
Mishima Y. "Papillon"
Moberg W. "La saga des émigrants" (T1, T2, T3, T4, T5, T6, T7 et T8) (lu)
Murakami H. "Kafka sur le rivage" (lu) / "La course au mouton sauvage" (lu)
Nakhjavani B. "La femme qui lisait trop" (lu)
Nesbo J. "Rouge gorge" (lu)
Nohant G. "L'ancre des rêves" (lu)
Nothomb A. "Péplum" (lu)
O'Faolain N. "L'histoire de Chicago May" (lu)
Ogawa Y. "La marche de Mina" (lu)
Orsenna E. "L'avenir de l'eau" (lu)
Ovaldé V. "Et mon coeur transparent" (lu)
Paronuzzi F. "La lettre de Flora"
Penney S. "La tendresse des loups" (lu)
Peretti (de) C. "Nous vieillirons ensemble" (lu)
Perez-Reverte la série des "Capitaine Alatriste"
Perutz L. "Le cavalier suédois" (lu)
Pirinçci A. "Felides"
Pirzâd Zoyâ "Le goût âpre des kakis"  (lu) / "On s'y fera"
Poulin J. "La traduction est une histoire d'amour"
Priest C. "Le prestige" / "La fontaine pétrifiante"
Rahimi Atiq "Syngué sabour" /
Rambaud P. "Chroniques du règne de Nicolas 1er"
Rheims N. "Le chemin des sortilèges" (lu)
Riccoboni Mme "Histoire de M.le marquis de Cressy"
Riel J. "Le jour avant le lendemain" (lu)
Rouland N. "Soleils barbares"

Sansal B. "Petit éloge de la mémoire"
Saylor S. "Le jugement de César" (J'ai les précédents opus!)
Schlink Bernhard "Le week-End" (lu)
Servin JM "Chambres pour personnes seules"
Setterfield D. "Le treizième conte" (lu)
Shafak Elif "La bâtarde d'Istanbul"
She Lao "La cage entrebaillée"
Shimazaki Aki "Zakuro" (lu)
Shi Nai-An "Au bord de l'eau" (1 et 2)
Somoza JC. "La théorie des cordes" (lu)
Staalesen G. "La femme dans le frigo"
Su T. "Je suis l'empereur de Chine"
Supervielle Jules "L'enfant de la haute mer"
Swarup V. "Les fabuleuses aventures d'un indien malchanceux qui devint milliardaire"
Tallis F. "Du sang sur Vienne" (lu)
Tawara Machi "L'anniversaire de la salade"
Tchekov A. "Un royaume de femmes"
Thanh-Van Tran-Nhut  "La femme dans le miroir"  (lu) / "La poudre noire de maître Hou" /
Trudel S. "Le souffle de l'Harmattan" (lu)
Udall B. "Le destin miraculeux d'Edgar Mint"
Van Cauwelaert D "La vie interdite"
Wassmo H. "Le livre de Dina" (lu)
Wataya R. "Install" (lu)
Werth T. "Le coquart du panda"
Wharton E. "Le temps de l'innocence"
Wolf T. "Moi, Charlotte Simmons"
Woolf V. "Mrs Dalloway"
Xinran "Chinoises"
Yan L. "Servir le peuple"
(lu) / "Le rêve du village des Ding" /
Yoshimura A. "Le convoi de l'eau" (lu)
Yourcenar M. "L'oeuvre au Noir"
Zamiatine E "L'inondation" / "Le pêcheur d'hommes"

dimanche 6 juillet 2008

Enfance dans la guerre

Le Liban, une famille de la grande bourgeoisie, un père libanais, une mère française, une petite fille. La guerre sourd puis éclate, faisant voler en milliers d'éclats la vie d'autrefois. La petite fille a grandi entre la pudeur musulmane et la liberté européenne, entre le foyer féminin et l'école où apprendre est une fenêtre ouverte sur l'ailleurs et le monde. La grande maison familiale se meurt lentement sous les bombes, appeurée par les snipers, désarçonnée par la montée de l'intransigeance, le reniement des amitiés anciennes entre voisins de confessions différentes et alors sans antagonisme. Le chaos de pierres, de poussières, de corps et de sang au milieu duquel s'avance la narratrice du haut de ses quinze ans, du haut de sa jeunesse, de son adolescence fière, invincible et éternelle. Quelques années auparavant, sa mère quitte le foyer conjugal pour repartir en France, dévastant le coeur du père qui ne s'en remettra pas. Elle grandit en marge de la famille, savageonne attachée à la liberté d'aller à l'école, au lycée, frondeuse insouciante parmi les ruines fumantes de la cité.
A-t-elle peur des snipers? Oui...et non: elle ne court pas afin de ne pas paraître une victime désignée, afin de braver les sentiments du tireur embusqué, peut-être lui rappelera-t-elle une soeur, une mère, une petite amie.... Chaque jour, sur le chemin du lycée, elle s'arrête reprendre son souffle et son courage dans les ruines d'une église. Chaque jour, elle y prie à sa manière. Chaque jour, elle y puise courage et volonté de vivre. Puis, un matin, elle rencontre un homme, un étranger: combattant? Européen? Journaliste? Il semble appartenir aux deux dernières catégories. Un lent apprivoisement voit le jour: ils apprennent à se connaître, à se jauger, à estimer le degré de confiance qui peut naître entre eux. La narratrice est un elfe aérien dans sa robe verte, verte de liberté, d'effronterie, par-dessus son pantalon en treillis et ses bottes de marche. Au fil des semaines, des mois, elle découvre le maniement des armes, le désespoir des réfugiés, la misère des camps palestiniens, la révolte devant tant d'injustice et de sang inutilement versé. Elle découvre, surtout, l'amour pour un homme, l'envie de lui appartenir, de lui offrir le plus intime des trésors. Las, les chimères dévoilent toujours leur véritable visage, laissant, sans regret, de profondes et terribles blessures invisibles, certes, mais diablement réelles.
Yasmine Char avec "La main de Dieu" offre un récit d'une force romanesque saisissante: elle nous raconte l'histoire d'une petite fille qui ne sait comment grandir, elle qui n'a plus sa mère, qui ne voit qu'un père dépressif et larmoyant, qui ne côtoie que des tantes et des oncles enfermés dans leur culture intransigeante. Une jeune fille tiraillée entre deux cultures, deux modes de pensée, deux mondes; une jeune fille qui ne vit qu'entourée de violence, de terreurs et de haine. Yasmine Char raconte les horreurs d'une guerre fratricide, d'une guerre qui de cessez-le-feu en reprises de conflits durera près de vingt ans! Vingt ans de souffrances, de sang, de jeunesse souillée par les armes, l'idéologie ou les viols. La main de Dieu, celle qui scelle les destins, celle qui protège, celle qui punit, affleure le récit, titille le décor des camps de réfugiés ou celui de l'appartement de cet homme étranger, mystérieux et manipulateur. La main de Dieu n'est jamais bien éloignée de celle du Diable....qui dépose dans les mains de la jeune fille une arme et magnifie son rôle de tueuse, qui la fait traverser chaque jour la ligne de démarcation entre les zones musulmane et chétienne.
Un roman où les émotions sont intenses, violentes et où la poésie apparaît au moment le plus inattendu, déroutant le lecteur tout en le charmant.


"J'ai quinze ans. Je traverse la ligne de démarcation. C'est comme un film muet, pellicule noir et blanc. Noires les boutiques calcinées, blanc le soleil du Liban. J'imagine que le franc-tireur est humain. Je marche en souriant pour qu'il ne tire pas. Je prie pour qu'il ait une mère, une soeur ou une fiancée. N'importe quelle image tendre qui puisse s'interposer de manière fulgurante entre lui, l'oeil du chasseur, et moi, la tête du chassé." (p 10)
"J'imagine l'histoire de mon enfance, elle n'existe pas. Il n'y a pas de départ avec une ligne droite. Il y a des taches qui remplacent les pointillés. Une certitude. Je me souviens de cette folie partout dans mon enfanc où j'ai grandi: dans la maison blanche, dans le départ de ma mère, dans le chagrin de mon père, dans la guerre. Je me suis trompée. Mon enfance c'est peut-être alors une seule grande tache avec ce fil conducteur qui expliquerait pourquoi elle est partie, pourquoi il se meurt, pourquoi les gens s'assassinent." (p 12)

Livre lu dans le cadre du Prix Landerneau 2008







le billet de Michel Edouard Leclerc ICI

samedi 5 juillet 2008

Eternel Féminin, dernier acte


Nous sommes le 5 Juillet, je peux enfin dévoiler le contenu de mon colis.

Il est arrivé le 27 Juin dernier et fut un rayon de soleil éclairant une journée de travail morose et limite désespérante (eh oui, j'avais du encore faire le gendarme dans la classe...usant au plus haut point!).

Ma swapeuse a bien fait les choses et bien explorer mon blog: une jolie carte avec des chatons rouquins craquants au dos de laquelle j'ai pu lire de très gentils mots....et des paquets joliment décorés de coquelicots. J'étais partagée entre l'envie de regarder tout de suite ce qu'ils recelaient et prendre mon temps pour admirer le bel emballage où la poésie du coquelicot retenait le regard.

Sous l'oeil amusé de mon cher et tendre mari, j'ai fini par ôter, le plus délicatement possible (non, non, je ne raconte pas d'histoire) les papiers-coquelicot pour en découvrir les contenus.

Chère Martine, tu as tapé dans le mille!

Deux romans que je lorgnais depuis longtemps sans sauter le pas: "Amour, Prozac et autres curiosités" de Lucia Etxebarria et "Présent?" de Jeanne Benameur.
Un Cd de Nathalie Dessay, cantatrice que j'adore et qui m'émeut beaucoup. Autant dire que j'étais absolument ravie et que j'ai pris le temps, le lendemain, de l'écouter et de l'apprécier, tranquillement installée sur le canapé, une tasse de thé à la main. Un vrai bonheur ce disque!
Martine a pensé à mon début d'addiction aux carnets en m'en offrant un fleuri ;-) ainsi qu'à ma passion pour les félins: un porte-folio à glisser dans mon sac afin de garder un oeil sur les gens que j'aime, sur mes chats et une photo pleine d'humour et de tendresse mettant en scène un....chat bien entendu, un chaton prêt pour le farniente estival accompagné d'un livre!
Alors que dire sinon un énooooorme merci à toi Martine qui m'a si gentiment gâtée!

Mais n'aurais-je pas oublié quelqu'un? Anjelica! Chapeau bas, Anjelica pour cette organisation parfaite et ta présence rassurante auprès des swapeuses angoissées à l'idée de passer à côté des souhaits de leur swapée!

Encore une belle aventure où les surprises agréables sont au rendez-vous, où la joie de préparer les paquets du colis amène à farfouiller et revenir avec des papiers fleuris, colorés et agréables à l'oeil!
C'est quand le prochain?

vendredi 4 juillet 2008

Le 600ème billet de Chatperlipopette


Curieuse coïncidence, il est édité le jour des vacances scolaires d'été....presque deux mois! Je sais, je fais des envieux ;-). J'ai lâché les loupiots vers le monde merveilleux de l'apprentissage de la lecture, de l'écriture et du calcul: ce CP qu'ils attendent avec impatience! Garderont-ils de joyeux souvenirs de leur année de GS? Réponse, en Septembre, lors des récréations (les cours maternelle et élémentaire ne sont séparées que par un portail)!!!

mercredi 2 juillet 2008

Juste pour le plaisir






La semaine dernière je mettais en ligne un billet sur le délicieux album "Moi, Ming" illustré par Nathalie Novi. Je ne résiste pas à l'envie de partager ces deux photos prises lors du dernier festival "Les Etonnants Voyageurs" où j'ai eu la grande joie de rencontrer Nathalie Novi et d'admirer ses chapeaux sublimes! J'ai adoré sa tenue corsaire, rendant très joliment, hommage à St-Malo!!


Elle est belle la dédicace, n'est-ce pas?

dimanche 29 juin 2008

Quoi de neuf au Blogoclub de lecture?



C'est officiel depuis hier: "Au sud de la frontière , à l'ouest du soleil" de Haruki Murakami.


Mémo:


Pour la prochaine édition, le thème retenu est celui des Etats-Unis (en raison des prochaines élections étasuniennes). Les organisatrices, Sylire et Lisa, attendent avec impatience les propositions de lecture!

  • 1er Juillet: publication des billets sur "Un été prodigue" de Barbara Kingsolver (je ne rendrais ma "copie" que plus tard dans le mois: le roman est emprunté jusqu'au 7 juillet!).

  • Du 1er Juillet au 28 Juillet: recensement des propositions de lectures sur le thèmes "Les Etats-Unis".

  • Du 1er Août au 25 Août: vote pour le livre de votre choix.

  • Fin Août: annonce du titre élu et annonce du thème suivant.

  • 1er Septembre: publication des billets sur "Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil" de Haruki Murakami.

Pour en savoir plus sur le Club de lecture: lecturecommune@yahoo.fr