mercredi 18 mars 2009

Voyage en Corée


Nous sommes en automne, en ville les familles se préparent activement à rejoindre leur village natal. La famille de Sori, une petite coréenne, se lève de bonne heure pour prendre le bus qui la conduira chez les grands-parents à la campagne.

Comme tout le monde profite de Chu-sok la fête de la (pleine) lune d'automne pour se retrouver en famille, les embouteillages vont bon train et ce n'est que tard dans la journée que Sori peut enfin crier joyeusement "Mamie!".

Les uns et les autres ont mille et une choses à se raconter depuis la dernière fois et la nuit tombe sans que l'on s'en rende compte. Le lendemain matin après le culte rendu aux ancêtres et la visite à leur tombeau, la famille de Sori retrouve les villageois sur la place où musiciens et animateurs de dragons font danser les gens.

Les meilleures choses ont une fin et il faut retourner en ville reprendre le train-train quotidien: Sori fatiguée s'est endormie sur le dos de son papa, rêvant de sa mamie dont elle s'ennuie déjà. La ville dort, fatiguée de ces jours de fête.

"Sori et la lune d'automne" est un des albums concourrant pour le prix des Incorruptibles 2009. Il a la particularité d'être un récit plutôt linéaire où l'illustration tient la place la plus importante: le texte n'existe que pour amorcer le récit des images d'un foisonnement de détails hallucinants. L'enfant, comme l'adulte, prennent plaisir à scruter les dessins où les tranches de la vie quotidienne sont multiples et parlants. Ainsi, les jeunes lecteurs partent-ils à la rencontre d'une culture étrangère fascinante, découvrent-ils une ville et un village qui malgré quelques références communes sont loin de ressembler à ce qu'ils peuvent connaître. Les minuscules détails n'échappent pas au regard aiguisé des enfants: une affiche collée sur la porte d'un magasin est ôtée en fin de récit...pourquoi? Par qui?

Autant de détails qui amènent à s'interroger sur le sens de l'histoire, la présence utile ou non des images, en quoi l'image apporte-t-elle une autre dimension au texte ou remplace-t-elle ce dernier. C'est cette richesse iconographique qui donne une force à l'histoire et une place, malgré tout importante, à la petite Sori que l'enfant peut suivre à chaque page.

Une très belle découverte et une riche ouverture sur une autre culture: l'enfant découvre que la mémoire envers les disparus n'est pas la même partout, que la nature est encore très présente dans les rites festifs de certains pays, qu'en Asie il y a un arbre protecteur à l'entrée de chaque village, esprit tutélaire et bon!


Album traduit par Noëlla Kim


Chuseok Bonus:

Chuseok (fête de la moisson) se célebre dans toute la Corée et est une des fêtes les plus importantes avec Solnal (nouvel an lunaire). Un éxode massif, tout le monde retourne dans son village d'origine pour retrouver sa famille (en général chez le doyen) et ainsi remercier les anciens de l'abondance des récoltes.Les autoroutes de Seoul sont saturées, environ 1.5 Millions de voitures ont circulés hors de la capitale.On y goute des plats typiques pour cette occasion, les Tteoks (patisseries coréennes), Songpyeon (petits pain fourré aux haricots, chataignes, soja...).


Chuseok est également connu sous le nom de "Hangawi" qui signifie "la moitié du mois d'août" (15 août), selon le calendrier lunaire. Chuseok fait partie des trois jours fériés majeurs en Corée avec Seollal et Dano. Reflet du passé agraire de la société coréenne, Hangawi marquait le jour pendant lequel les Coréens remerciaient leurs ancêtres pour la récolte et en partageaient les fruits avec leur famille et amis.
Bien que l'origine exacte de Chuseok soit inconnue, Chuseok serait né d'un ancien culte voué à la lune. La présence du soleil était jugée naturelle mais celle de la pleine lune, une fois par mois, était perçue comme un bon présage. Le 15 août était le jour où la pleine lune était la plus impressionnante, ce jour devint donc une des fêtes les plus importantes du pays.


L'avis de Ricochet

lundi 16 mars 2009

Pour clore la quinzaine poétique


LES PREMIÈRES FLEURS

(« Die ersten Blumen »)


Là-bas, près du ruisseau,
Où les saules rouges vers l’eau
Penchent leur front, en abondance
Des fleurs d’or ont ouvert les yeux.
Pour moi qui dès longtemps ai perdu l’innocence,
Se peut-il qu’en ces lieux
Dans le regard des fleurs le souvenir renaisse?
J’y vois le reflet d’or de ma jeune saison.
J’étais venu cueillir des fleurs, mais je les laisse
Et, vieil homme à présent, je rentre à la maison.


Hermann Hesse

(Poèmes choisis, José Corti, 1994)
NB: J'ai pris cette photo hier après-midi lors d'une promenade ensoleillée dans la campagne où se parent les saules sur les talus d'un bocage qui survit!

dimanche 15 mars 2009

Hymne à l'amitié


Hélène, jeune femme de 41 ans, a été emportée par un cancer. Une immense amitié liait l'auteur à cette dernière, commencée autour d'un verre sur la terrasse d'un bar très connu de Rennes (le Picadilly), devenue chaque jour un peu plus profonde pour se développer en une relation indéfectible où respect, admiration et érudition se mêlent et s'enchevêtrent.
La première partie du récit est celle de la rencontre, de la naissance de leur amitié, de leur passion intellectuelle commune pour un auteur (elle Proust, lui Gracq), les racines brestoises, les sorties, les soirées à refaire le monde et à disserter sur la littérature, les lectures, les films, les musiques. C'est le temps des études, d'un rêve qui se réalise à Venise, en robe du soir, la vie mordue à pleines dents, la certitude d'exister, de sentir les parfums les plus subtils d'une vie qui sans cesse s'échappe devant soi. Les rues de Venise mènent aussi aux rues de Paris, celles que l'on ne peut apprécier et découvrir vraiment qu'à pieds, piéton de l'histoire, piéton de la mémoire, piéton du cours du temps. Hélène, jeune femme entière, sans concession, passionnément fidèle, insubmersible amie, indéfectible petite branche d'un solide rameau familial, Hélène qui vaillamment apportera le savoir (son savoir, les savoirs) à ses élèves, leur offrant les plus belles pages de la littérature française sans les faire sombrer dans le mortel ennui des cours.
La seconde partie est la plus sombre car sur elle pèse la maladie, la souffrance et la douleur d'être un jour séparé de ceux que l'on aime. Hélène a rencontré un marin et est retournée sur Brest pour vivre avec lui et construire une vie à deux. Tout est splendide face à la rade ou du pont de Recouvrance d'autant qu'un cadeau du ciel est annoncé pour novembre....l'enfant tant espéré. Pourquoi la tragédie s'abat-elle sur le bonheur à peine entamé? Hélène connaît peu à peu l'enfer de la chimio, l'horreur de la perte des cheveux, ses cheveux masse magnifique souple, quasi vivante, puis l'angoisse de la perte d'une partie de sa féminité. Le narrateur conte les jours heureux, les jours où Hélène ne souffre pas, où elle se lance dans des projets, où elle pense pouvoir reprendre le chemin du lycée. La gaieté et le sourire d'Hélène sont autant de poignards dans le coeur de ceux qui resteront.
Philippe Le Guillou emmène dans son sillage un lecteur touché, bouleversé par la subtilité poétique du récit d'un départ annoncé: très vite, il sait que l'histoire ne s'achève pas bien, que l'histoire est douloureuse et profondément triste. La maladie, terrible, insaisissable et désespérement présente, n'est pas déclinée à la manière sirupeuse d'un récit voyeuriste. Loin de là se situe le récit du narrateur: la poésie est à fleur de mot et de page, elle virevolte, beauté radieuse d'une langue travaillée de la manière la plus exquise, ciselée et ornée sans lourdeur, et transcende la douleur des faits. Ecrire sur une longue et lente maladie incurable n'est pas un exercice facile et Philippe Le Guillou offre non seulement la plus belle des déclarations d'amitié à l'amie qu'il n'a plus mais encore il écrit une très belle page de littérature où la langue est aimée, choyée, dansante, chantante, lancinante de beauté et devient un chant dont l'auteur aimerait "qu'il n'eut pas la froideur mallarméenne". D'ailleurs, son récit est un ultime cadeau pour celle qui ne pouvait être allongée que dans "un lit de lumière, une nef enchantée qui l'emmène loin, dans la tradition ophélienne des dérives celtiques.". Ce chant est tout sauf d'un froid mallarméen, il est une ode aux mythes celtiques, chers à Hélène mais aussi chers à l'auteur: les promenades dans les légendes de la forêt de Brocéliande, les balades étranges sur les landes mystérieuses d'une côte déchiquetée et sauvage, accompagnent le dernier voyage d'une jeune femme et d'une jeune mère partie trop tôt.
"Fleurs de tempête" est un roman, certes poignant, d'une subtile poésie qui évite au récit de sombrer dans le pathos et surtout qui offre la part belle à une exquise langue française dont on ne se lasse pas!...Et Philippe Le Guillou, un auteur qui mérite plus qu'un détour!




vendredi 13 mars 2009

Il n'y a pas d'âge pour apprendre



Demain, presqu'aux aurores, je rassemble mes ingrédients et mon matériel pour aller préparer ma pâte à crêpes et ma pâte à galette de blé noir en compagnie de plusieurs "stagiaires" à St-Agathon, sous la houlette de Marcelline, spécialiste de la bilig.


Préparer la pâte...pas de problème, fastoche, je sais faire. Mais étaler la pâte, sans faire d'affreux pâtés, sur la bilig....voilà une autre histoire. Histoire qui se déroulera l'après-midi autour des biligs (ou krampouz), dans le cadre d'un atelier cuisine organisé par l'association "En bout de table".



Vu comme ça, tout paraît facile, n'est-ce pas! Réponse demain...
Bon début de week-end à tous!

jeudi 12 mars 2009

Rires et rimes


Encore quelques jours pour savourer ce Printemps des Poètes!

Ce soir, je vous offre un poème de Raymond Queneau:


Pour un art poétique


Prenez un mot prenez en deux

faites les cuir' comme des oeufs

prenez un petit bout de sens

puis un grand morceau d'innocence

faites chauffer à petit feu

au petit feu de la technique

versez la sauce énigmatique

saupoudrez de quelques étoiles

poivrez et mettez les voiles

Où voulez vous donc en venir ?

A écrire Vraiment ? A écrire ?

mercredi 11 mars 2009

Album chanté


Je suis une adepte des éditions Didier Jeunesse depuis bien longtemps. J'aime particulièrement la collection Pirouette qui met en scène et donc en images les comptines et chansons immémoriales. Ainsi ai-je déjà fait goûter à mes élèves le plaisir de "Dans la nuit d'Halloween" (qui met à la sauce courge la ronde dansée de "Tous les légumes..."), "J'aime la galette", "Le roi Dagobert" et "Le loup et la mésange".

Bientôt, ils auront la joie de découvrir "A la volette"!

Le texte est connu et archi connu mais les illustrations de Cécile Bonbon changent complètement de ce que l'on l'habitude de voir sur cette chanson. Elles sont réalisées à partir de photos où les animaux, la nature, les personnages secondaires, sont faits avec des tissus de différentes matières offrant la vision très agréable de relief voire de volume. Le petit oiseau est un patchwork de tissus, l'arbre en toile de jute et ses feuilles en tissu fin peint, les chenilles sont en "macarons" au tricot (les différentes laines sont autant d'effets divers...on n'a qu'une seule envie: toucher!!), le voile de la mariée en tulle blanc et plumeties blancs, les coccinelles sont à croquer, les champignons plus que trognons...bref un sublime "raconte-tapis" de haute volée dont on tourne les pages!

"A la volette" est un album plaisir, bonheur, d'une richesse et d'une beauté merveilleuses: les détails sont réalisés avec le plus grand soin (l'aile cassée est légèrement décousue) et permettent un enrichissement lexical certain...sans compter le voyage dans l'imaginaire des textures!

A lire et à chanter, sur le canapé, dans un rayon de soleil, un bel après-midi de printemps. Et lorsqu'en plus le Beau et le Poétique sont là, il ne faut surtout pas s'en priver!
Le site de Cécile Bonbon ici (merci Armande!!)
L'avis de Emmyne

La solitude du coureur de fond


Emil sort tout juste de l'adolescence lorsque la Tchécoslovaquie est envahie par les armées du IIIè Reich. Il travaille dans une des usines de chaussures Bata, il n'aime pas vraiment le sport et encore moins courir. La guerre passe, lointaine pour Emil. Les chars russes libèrent son pays, une nouvelle époque commence: le communisme apporte joie et bonheur au peuple. Emil, toujours souriant et discret, travaille chez Bata et malgré son manque d'attirance pour le sport, se lance afin de ne pas déplaire et parce qu'il est discipliné, à participer à une course à pied. Ce sera le début d'une aventure hors du commun pour Emil qui ne s'appelle pas encore Zatopek. En effet, Jean Echenoz fait du mythique coureur de fond tchèque, le héros de son dernier roman.
Emil Zatopek, une légende, la légende de la course de fond, au style hallucinant tout en faux rythme, en déhanchement et en désordre: comment parvient-il à atteindre cette puissance de jambes, de coffre, tout en étant que souffrance sur le visage et arriver à peine essoufflé après une course sans concession? Il court et nous courons avec lui, nous souffrons, nous suons derrière lui, en compagnie de tous les sportifs qu'il laisse sur place. Nous regardons cette formidable machine à courir, sereine, souriante, d'un incroyable calme et d'une immense modestie, cette locomotive tchèque aux 18 reccords, héros improbable des JO d'Helsinski en 1952!
"Courir" est le récit du parcours d'un homme d'exception, étendard d'un système, modèle d'un idéal de combativité qui chutera lorsque l'envie de courir aura disparu, lorsque trop d'utilisation de son image, de son talent, l'aura usé, érodé et amoindri. Zatopek a été un étonnant outil de communication pour le régime communiste, une porte ouverte pour prôner l'avènement d'un monde nouveau. La légende, établie d'abord à l'intérieur des frontières tchèques avant d'éclater sous la pâleur d'un jour scandinave, a été instrumentalisée et derrière l'uniforme du lieutenant Zatopek, homme mélancolique au regard parfois lointain, se cache sans doute une individualité qui inquiète: peu à peu, Emil a du mal à courir ailleurs que dans le bloc de l'Est. Jusqu'au fameux printemps 1968, Emil vit une vie tranquille de sportif de l'Est mais la venue de Dubcek à la présidence de la République socialiste tchèque va bouleverser son existence! Le souffle d'un vent de liberté allège ses foulées et illumine son regard mélancolique. Las, le rêve prend vite fin et Zatopek est envoyé travailler dans une mine d'uranium après avoir été radié et de l'armée et du parti communiste. De retour à Prague en qualité d'éboueur, il est contraint de rédiger son auto-critique ce qui lui permet d'accéder à un petit pardon de l'Etat et d'obtenir un poste d'archiviste, au fin fond obscur du Centre d'information des sports...lui qui illumina le sport tchèque! La réalité est parfois d'un étrange cynisme.
Jean Echenoz, avec une immense tendresse et admiration pour son héros, dresse le portrait, ni blanc, ni noir, sans doute un peu gris, d'un homme ordinaire, sans qualité extraordinaire, qui connut un destin unique: la maîtrise parfaite, malgré un style déplorable, inesthétique et a priori peu performant, de la course de fond qui en fit une légende.
Un roman agréable à lire dont le personnage principal, figure sportive épique s'il en est, est des plus attachants!

Je ne résiste pas à l'envie de vous faire partager ces images, belles et poignantes à la fois, d'un Zatopek sans détour (même sous l'uniforme) grâce à Youtube ICI .







dimanche 8 mars 2009

Bush australien


Deuxième incursion dans le monde du polar australien et j'en sors ravie! Je découvre l'écriture de Upfield et ses descriptions saisissantes de la brousse australienne, toile de fond tremblant de chaleur d'une succession de disparitions dans un élevage extensif de moutons.
L'inspecteur Bonarparte, dit Bony, est diligenté dans le bush australien pour enquêter sur la disparition d'un homme, Ray Gillen, au cours d'une baignade nocturne dans le lac Otway. Ce lac est particulier: il se forme tous les vingt ans et a une durée de vie de trois, quatre ans...un phénomène étrange et presque sacré. Bony a une couverture: il est dresseur de chevaux, recruté par le grand propriétaire de l'élevage. Bony a une particularité: il est métis, ses ancêtres maternels sont aborigènes et il a reçu en héritage la patience, l'envie de courir la brousse et un regard empreint d'une rare humanité sur les êtres et les choses.
D'emblée, Bony saisit l'intensité du malaise qui règne sur le domaine: tout le monde se guette, tout le monde est sur le qui-vive, tout le monde attend avec impatience et angoisse la disparition inexorable du lac. L'attente, à la limite du supportable, de voir s'évaporer les ultimes gouttes d'eau pour enfin retrouver les restes de Gillen et faire main basse sur son magot.
Une partie incroyable de pocker-menteur se construit autour des protagonistes: les deux femmes, la mère et sa fille adolescente, éléments déstabilisateurs de l'harmonie d'avant leur arrivée, avides de pouvoir et d'argent, rivalisant de séduction jusqu'à se détester; les "cow-boys" des moutons, l'homme à tout faire, le régisseur et le trappeur anglais, note étonnante et amusante du tableau. Qui a profité de la mort, accidentelle?, de Gillen pour embarquer et cacher le magot de ce dernier? Qu'attendent-ils, tels des charognards, autour de ce lac en partance?
Bony, observe, note, sourit, discret mais incisif, sous le soleil insoutenable des grandes chaleurs australiennes. La fournaise devient chaque jour plus torride, l'eau du lac s'évapore inexorablement, les oiseaux migrateurs préparent leur dernier vol dans une cacophonie nocturne des plus criardes et la nature est en attente d'un long sommeil.
Le huit-clos à ciel ouvert, sous la chaleur meurtrière, se déroule entre évaporation du lac, piégeage des lapins, effrayants par leur multitude, et tâches quotidiennes auprès des chevaux et des moutons. Upfield baigne son lecteur dans le voile opaque et irritant de la poussière des chemins et des routes, l'entraîne dans l'immensité du bush qui isole l'humanité parmi les moutons, les lapins, les kangourous et les oiseaux. On vit la sécheresse, on transpire et on halète à l'ombre des poivriers, on se rue dans le réservoir pour trouver une once d'eau fraîche, on est collé aux éléments et à l'atmopshère extrêmement bien rendue de cette brousse sèche et tentaculaire, dans une Australie des années vingt.
Un roman policier comme je les aime: fouillé, bien construit avec le deus ex machina final qui éclaire les souspçons que le lecteur a pu avoir en cours de lecture!


Roman traduit de l'anglais (Australie) par Michèle Valencia


Roman policier lu dans le cadre du défi Littérature policière sur les 5 continents


Les avis de Allie petitepom sophie




Art postal et créativité



(Réalisation de Michèle Guillemin)

Samedi dernier au cours du dîner, Jean-Pierre, notre hôte, nous a parlé de son projet d'exposition sur l'art postal et nous a montré les belles réalisations qu'il a déjà reçues.


Je profite de l'espace offert par Chatperlipopette pour relayer son appel à la créativité...je sais qu'il y a parmi les blogueurs qui viennent faire un tour par chez moi des personnes aux doigts de fée et à la grande créativité.

Qu'est-ce que l'art postal ou mail-art? Pour en savoir un peu plus cliquez ici là et encore là

Le projet de Jean-Pierre:




Le bleu, c'est l'air et l'eau, le jour et la nuit, la paix, la musique et les hommes libres, son histoire et ses débuts difficiles, sa symbolique, sa poésie 'O bleu' , ses nuances, ses expressions....

"Appel à 'Projet Art Postal' "

Le Bleu dans tous ses états.


Techniques et formats libres. Pas de retour.

Date limite des envois: 15 avril 2010.

Ouvert à tous.


Une exposition aura lieu en juin 2010 à la Médiathèque de PLEGUIEN (22290)

Adressez vos envois à: Jean-Pierre DESVIGNE Kerly 22290 Pléguien - France -

Aussi, si vous vous sentez la fibre artistique et créatrice, vous pouvez rejoindre ce beau projet!


Jean-Pierre a créé son blog afin de mettre en ligne les merveilles qu'il a reçues...et c'est ICI .

Journée de la Femme et Printemps des Poètes



Une jolie conjugaison de deux domaines qui me tiennent à coeur!


Aujourd'hui, un poème de Louise Labé.




Diane étant en l'épaisseur d'un bois




Diane étant en l'épaisseur d'un bois,
Après avoir mainte bête assénée,
Prenait le frais, de Nymphes couronnée.
J'allais rêvant, comme fais mainte fois,

Sans y penser, quand j'ouïs une voix
Qui m'appela, disant : Nymphe étonnée,
Que ne t'es-tu vers Diane tournée ?
Et, me voyant sans arc et sans carquois :

Qu'as-tu trouvé, ô compagne, en ta voie,
Qui de ton arc et flèches ait fait proie ?
- Je m'animai, réponds-je, à un passant,

Et lui jetai en vain toutes mes flèches
Et l'arc après ; mais lui, les ramassant
Et les tirant, me fit cent et cent brèches.


Louise Labé (in sonnets) 1524-1566
Anonyme (16ème siècle)

samedi 7 mars 2009

Poème du jour

Ce Printemps des Poètes est consacré au rire en poésie. Je ne peux résister à l'envie de vous faire partager un poème en prose de Joël Bastard, l'auteur invité cet après-midi par ma petite bibliothèque de St-Agathon (je rappelle, autour d'un thé et de gourmandises!). Il y a de l'haïku dans ces phrases-là!



L'homme de lettres regarde la lune en élaborant une phrase précieuse tandis que son grand-père à l'abri de la nuit flatule entièrement un repas de fèves blanches les deux mains posées sur le mur d'un poulailler.

Joël Bastard in Casaluna (Gallimard)

Prix des lecteurs du Télégramme


Voilà, aujourd'hui, la 7éme édition du Prix des lecteurs du Télégramme est lancée!

10 titres sélectionnés qui aiguisent l'appétit du lecteur.


Fleurs de tempête de Philippe Le Guillou, en cours de lecture (le style est léché et la langue poétique!)

Les déferlantes de Claudie Gallay, il m'attend dans ma PAL depuis pas mal de temps et je m'en délecte d'avance!

Les années d'Annie Ernaux, je n'ai plus d'excuse pour en reporter la lecture!

Le soldat et le gramophone de Sasa Stanisic, déjà lu et hautement apprécié!

Le Montespan de Jean Teulé, j'avais adoré "Je, François Villon" donc je pense ne pas être déçue. Les avis sont très partagés, voire controversés, au sujet de ce roman...la lecture n'en sera que plus pimentée. Par ailleurs, ma libraire m'a fait l'article sur ce roman et a titillé ma curiosité!

Bilal sur la route des clandestins de Fabrizio Gatti, inconnu et donc perspective d'une belle découverte.

Même le mal se fait bien de Michel Folco, là aussi, inconnu donc découverte!

Dans la ville des veuves intrépides de James Canon, les billets lus parci parlà sont alléchants et j'ai hâte de me plonger dans cette lecture.

Courir de Jean Echenoz, dont j'ai terminé la lecture hier soir. Mon billet sera bientôt en ligne.

Cours Dajot de Gilbert Gasparutto, également auteur inconnu. Plutôt un roman dit "régionaliste" (pas au sens politique du terme, bien entendu, mais de terroir) que je découvrirai bientôt avec à la clé, peut-être, une bonne surprise.


Comme chaque année, la sélection est éclectique, s'adresse au plus grand nombre tout en permettant de découvrir des romans qui n'ont pas eu l'éclairage médiatique qu'ils méritaient (comment surnager dans la multitude des sorties d'automne, de janvier et de printemps? Les éditeurs se lancent-ils sur les pas de la haute couture et lanceront-ils rentrées littéraires à chaque saison?).

jeudi 5 mars 2009

Printemps des poètes


Cette poésie, fleurant bon les beaux jours, pour illustrer la photo du prunus de mon jardin.


La fleur qui fait le printemps

(Théophile Gautier 1811-1872)


Les marronniers de la terrasse
Vont bientôt fleurir, à Saint-Jean,
La villa d'où la vue embrasse
Tant de monts bleus coiffés d'argent.


La feuille, hier encor pliée
Dans son étroit corset d'hiver,
Met sur la branche déliée
Les premières touches de vert.


Mais en vain le soleil excite
La sève des rameaux trop lents ;
La fleur retardataire hésite
A faire voir ses thyrses blancs.


Pourtant le pêcher est tout rose,
Comme un désir de la pudeur,
Et le pommier, que l'aube arrose,
S'épanouit dans sa candeur.


La véronique s'aventure
Près des boutons d'or dans les prés,
Les caresses de la nature
Hâtent les germes rassurés.


Il me faut retourner encore
Au cercle d'enfer où je vis ;
Marronniers, pressez-vous d'éclore
Et d'éblouir mes yeux ravis.


Vous pouvez sortir pour la fête
Vos girandoles sans péril,
Un ciel bleu luit sur votre faîte
Et déjà mai talonne avril.


Par pitié, donnez cette joie
Au poëte dans ses douleurs,
Qu'avant de s'en aller, il voie
Vos feux d'artifice de fleurs.


Grands marronniers de la terrasse,
Si fiers de vos splendeurs d'été,
Montrez-vous à moi dans la grâce
Qui précède votre beauté.


Je connais vos riches livrées,
Quand octobre, ouvrant son essor,
Vous met des tuniques pourprées,
Vous pose des couronnes d'or.


Je vous ai vus, blanches ramées,
Pareils aux dessins que le froid
Aux vitres d'argent étamées
Trace, la nuit, avec son doigt.


Je sais tous vos aspects superbes,
Arbres géants, vieux marronniers,
Mais j'ignore vos fraîches gerbes
Et vos arômes printaniers.


Adieu, je pars lassé d'attendre ;
Gardez vos bouquets éclatants !
Une autre fleur suave et tendre,
Seule à mes yeux fait le printemps.


Que mai remporte sa corbeille !
Il me suffit de cette fleur ;
Toujours pour l'âme et pour l'abeille
Elle a du miel pur dans le coeur.

Par le ciel d'azur ou de brume
Par la chaude ou froide saison,
Elle sourit, charme et parfume,
Violette de la maison !

in "Emaux et camées" (recueil)

mercredi 4 mars 2009

Ephéméride des mois


"Attrap'mois" est un superbe album illustré plus que joliment par Kerso et mis en mots rimés par Brigitte Vaultier!

Si j'ai choisi ce mercredi pour en parler, c'est parce que les textes sont en vers...idéal pour un Printemps des Poètes.

Les mois sont déclinés chacun leur tour accompagnés d'une petite poésie où leurs caractéristiques sont indiquées.

La toile de fond est un arbre dont chaque branche représente un mois. Les personnages, délicats, poétiques, drôles et beaux, sont les feuilles de l'arbre. Kerso fait de chaque branche tout un petit monde animé et joyeux, des mondes lilliputiens où on aimerait se perdre pour y rêver et regarder le temps passer.

"Attrap'mois" est un véritable régal pour les yeux qui parviennent à se rassasier du spectacle grâce au format, imposant, de l'album: les illustrations s'exposent et se laissent admirer sans lasser! Les vêtements des personnages-feuille sont d'une grande précision graphique et d'une richesse de couleurs et de motifs extraordinaire...bref, un vrai bijou, cet album!

"Attrap'mois" est un très très beau support pour apprendre l'ordre des mois, pour scander les saisons de l'année, et jouer avec les mots.


"Mars a mauvais caractère:

Tantôt joie....tantôt colère!

Il fait grêle, pluie, tonnerre,

Puis de grands traits de lumière."


"Janvier tout emmitouflé

Se plaint de ses pieds gelés,

Il est toujours enrhumé

Malgré son gros cache-nez!"


"Attrap'mois" respecte bien le cycle éternel des mois:


"...Revoilà Monsieur Janvier

A nouveau un peu grippé!

....Des mois le grand défilé

Peut sans fin se dérouler..."


Pour entrer dans l'univers de ces deux auteures, c'est ici

Lou Jo l'a lu aussi

Le Printemps des Poètes


Il a débuté lundi 2 mars et s'achèvera (hélas!) le 15 mars. Entre temps, des lectures et encore des lectures pour se délecter du rythme si pariculier de la poésie.

Cet article aurait du être publié lundi, or les alea du quotidien en ont décidé autrement!


Il n'est guère facile d'écrire de la poésie: la vie, le monde, les autres, les choses, les êtres, l'intime ne semblent pas pouvoir être déclinés en vers, en prosodie, en langage insolite....celui des rimes ou des rythmes qui scandent l'éphémère, l'écume des instants magiques ou tragiques, ou la permanence ses sentiments, des idées, des amours, des chants pour l'aimé.
Et pourtant, lire un poème, classique ou contemporain, est un moment de douce solitude peuplée de nos désirs secrets, des sensations vécues et tues mises au jour par un autre qui sait sans le savoir. Magie des mots, magie d'une image, magie d'une musique intime qui lentement se dévoile, au fil des vers, au fil des rimes, au fil des rêves issus de l'impalpable devenu mots.
Matthias Vincenot entraîne son lecteur dans le dédale des émotions, souvenirs que tout un chacun peut avoir: un peu de lui, un peu de soi, un peu de nous se déroule au coeur de la prosodie poétique. Des émois adolescents au coeur de l'adulte épris d'une chimère ou d'un corps à peine dévoilé, de la révolte devant l'inanité du monde qui nous entoure aux douces rêveries de l'introspection, le poète fait voyager dans un périple où la modernité est présente, parfois habillée d'humour, parfois vêtue de tragiques accents. Une modernité du texte, de la langue qui n'oublie pas, cependant, d'adresser des clins d'oeil aux illustres prédécesseurs, dans "une discordance des temps" aux accents d'éternité.
"Le sang de la vie s'écoule dans tes poèmes, en illuminant tes mots d'une intensité immédiate et charnelle, contre la boue qui nous entoure. (...) Ta beauté idéale est dans la contemplation du normal, qui te donne le ressort du sublime." écrit Giovanni Dotoli, professeur d'université et poète, dans sa lettre post-face....et c'est, pour l'essentiel, le ressenti de ma lecture de ce recueil. La poésie puise dans le normal pour nous extraire de la boue de notre quotidien, celle qui nous englue dans la minante répétition des jours: n'est-ce pas le rôle de la poésie?
Finalement...."nous ne sommes à l'abri de rien"....surtout pas d'aimer les promenades impromptues offertes par la poésie!


Chez Biblioblog on a aussi beaucoup aimé la lecture de ce recueil


Je vous propose deux poèmes, le premier peut paraître doux-amer avec une pointe d'humour un tantinet féroce, le second m'a émue sans que je sois capable d'en expliquer la raison: cela m'arrive très souvent lorsque je lis de la poésie.



Chassez le Prince Charmant


Chassez le prince charmant, il revient au galop
Les filles libérées ont coeur de midinette
Elles ont seules la clé des aimables bluettes
Où les garçons du monde s'appellent Roméo
Dans leur coeur d'artichaut naissent quelques
audaces
Pour un garçon qui passe
Une histoire de trop
Ce ne sont bien souvent que des rêves faciles
Dans le regard des filles
Rien n'a vraiment changé
Faisant négligemment dépasser leurs bretelles
Sourient du romantisme qu'elles veulent à foison
Parfois entre-deux, les arrières saisons
Donnent quelques espoirs aux pauvres imbéciles
Qui trébuchent souvent en s'avançant vers elles


Chassez le prince charmant, et j'accours aussitôt



Accrocher le regard


Il faudrait pouvoir accrocher le regard
Au moment où il faut
Dans l'éclair incroyable
L'interstice où la vie prend sa source parfois
Le destin n'est souvent rien moins qu'une seconde
Il faudrait pouvoir approcher le hasard


Un autre très beau poème extrait du recueil ICI

mardi 3 mars 2009

L'île invisible


En 1761, L'Utile, un navire français chargé de ravitaillement pour l'île Bourbon, balottédans la tempête qui fait rage,s'échoue sur un bloc de corail,battu par les vents, perdu au milieu de nulle part dans l'océan Indien. A son bord, l'équipage avec à sa tête un capitaine entêté et un second à deux doigts de se mutiner mais aussi une cargaison pas comme les autres: des esclaves, ils sont cent soixante! C'est pour échapper à une mauvaise rencontre de contrôle que L'Utile a préféré remonter vers le nord avant de rejoindre sa destination et c'est en raison d'une querelle de carte marine que le drame est arrivé!
Après le naufrage qui voit la disparition de nombreux marins et esclaves, l'enfer accueille les rescapés sur un bout de terre, quasiment inconnu, peuplé seulement d'oiseaux marins et de tortues.
La vie s'organise de manière à ne pas sombrer dans la folie et l'exaspération du confinement à l'air libre, sous la houlette ferme de Castellan, le second. Ce dernier a vu disparaître son petit frère et doit prendre en main les recherches en eau potable: les gallons d'eau ont pu être récupérés mais les réserves sont minces et le soleil cogne dur.
Irène Frain relate, sobrement et avec précision, ce désastre humain, soigneusement consigné par un narrateur anonyme et conservé dans les archives de la Marine.
La cohabitation entre Noirs et Blancs s'organise tout comme les préparatifs pour quitter l'île: la récuparation des morceaux de l'épave, les plongées pour remonter les coffres à outils et autres objets précieux pour la survie, se font au rythme des marées. La période des ouragans s'approche à grands pas, la prame se construit à l'aide des esclaves et de quelques volontaires parmi l'équipage. Peu à peu, une évidence se fait jour: les Noirs et les Blancs sont identiques, sont des êtres humains à part entière ce qui secoue les consciences....du moins celle de Castellan.
Mais un nouvel écueil se présente: la prame, le bateau construit de bric et de broc, s'avère trop petit pour embarquer tout le monde. Castellan se voit contraint d'abandonner, le temps de rejoindre Madagascar et armer un nouveau navire, les esclaves sur l'île battue par les vents. Il se passera quinze longues années avant que Tromelin, un capitaine de la corvette La Dauphine, accoste sur l'île et vienne sauver les esclaves abandonnés. Elles ne sont plus que sept femmes dont une avec un nourrisson au sein.
"Les naufragés de l'île Tromelin" est un récit sur le fond intéressant et qui cependant n'a pas réussi à m'enthousiasmée lors de sa lecture. Pourtant, cet épisode mal connu de l'histoire maritime française a participé à l'abolition de l'esclavage et à éveiller les consciences devant l'inhumanité d'une telle pratique. Sans doute, est-ce du au recul du récit historique et aux informations succintes qui n'offrent pas la possibilité d'étoffer les personnages pour leur donner une dimension romanesque. Toujours est-il que j'ai eu un mal fou à entrer dans l'histoire, malgré les superbes descriptions de cet îlot sauvage, inhospitalier, presque invisible, quasiment une porte ouverte sur l'enfer des vents et des déferlantes. C'est ce que j'ai préféré: l'approche lente et douloureuse de l'île, minuscule point sur les cartes, le règne sans partage de la nature réduite à sa plus simple expression: l'eau, le vent, les oiseaux et les tortues, quelques arbustes résistants aux assauts inlassables des vents des terres australes. Et ce sont ces images oscillant entre les bleus les plus sombres et les verts les plus clairs traversés de fulgurances d'écume blanche qui me resteront, pour le reste, je suis hélas passée à côté.

Je remercie Suzanne de Chez les filles pour cette lecture.


Le site du livre ICI

dimanche 1 mars 2009

Le rêve, l'invisible


Le choix du blogoclub de lecture a représenté, cette fois, un véritable défi pour moi: lire JMG Le Clézio n'était pas un pari gagné d'avance suite à une première lecture abandonnée il y a quelques années.
Aussi ai-je choisi un écrit oscillant entre le romanesque et le récit de voyage "Raga, approche du continent invisible". Ce récit a été publié dans la collection "Peuples de l'eau" dirigée par Edouard Glissant: elle publie les textes d'écrivains partis à la rencontre de peuples accessibles par seule voie d'eau.
"On dit de l'Afrique qu'elle est le continent oublié. L'Océanie, c'est le continent invisible.
Invisible, parce que les voyageurs qui s'y sont aventurés la première fois ne l'ont pas aperçue, et parce que aujourd'hui elle reste un lieu sans reconnaissance internationale, un passage, une absence en quelque sorte."
(p 9) "Un continent fait de mer plutôt que de terre, archipels, volcans émergés des profondeurs, récifs coralliens que les hommes ont peuplés selon la plus téméraire odyssée maritime de tous les temps. Un continent que les premiers voyageurs européens ont traversé sans le voir. Le continent du rêve." (p 12)
Ainsi, Le Clézio est-il allé à la rencontre des peuples d'Océanie, "continent invisible" derrière la grande île Australie. Raga est une des îles d'Océanie, une île qui ne se dévoile que lentement au gré du regard du visiteur à condition que ce dernier laisse derrière lui, cependant sans les occulter complètement, l'imagerie issue de la conquête occidentale des océans de la planète. Raga, entre mythe et modernité, une île où les légendes ont construit l'aujourd'hui, ont bâti un imaginaire et un mode de vie décalé au regard occidental mais tellement vrai et enraciné dans la profondeur de l'âme et des êtres.
Le Clézio fait entrer son lecteur au coeur de son voyage où se mêlent réel et imaginaire: l'océan est parsemé d'une myriade d'îles et d'îlots, insaisissables car inclassables, composantes d'un continent qui n'est qu'essaim de terres émergées où la vie peut être aussi douce qu'âpre, aussi tranquille que dangereuse...l'océan apporte les tempêtes furieuses, les ouragans déchaînés et une ombre plus pernicieuse, celle des navires conquérants des explorateurs de l'insaisissable et de l'immense, armés de leurs certitudes et de leur bon droit de seigneurs de la modernité.
Le voyage est celui de l'intelligence et de l'ouverture d'esprit aux autres et à l'ailleurs: le tissage des femmes aux pigments empreints de symbolisme et de légendes tresse, serré, les fibres des feuilles de wip en un long et lent processus de patience, à l'image de l'océan qui bat les flancs de l'île. La confrontation avec les cultures océaniennes apporte une richesse et une humanité qui change le regard, brouillé par les stéréotypes des récits sur Bougainville, Cook et autres capitaines coureurs d'océans. Le rappel, subtil mais fort, de la supposée lascivité des femmes océaniennes, apporte un autre éclairage sur les séjours de Gauguin dans cette région du monde....la surdité et l'aveuglement envers une culture élaborée, subtile, d'une force extraordinaire et d'une diversité semant ses richesses en autant d'îles et d'atolls au milieu de cet immense océan.
Entre récit, roman, essai et poésie, Le Clézio embarque son lecteur dans un voyage littéraire, ethnologique, spirituel sans concession et doté du souffle chaud et doux des légendes et des peuples oubliés, promesses d'un possible éternel recommencement du monde. Et pour voguer sur la crête du rêve, le voyage initiatique, rêvé, d'un groupe d'hommes et de femmes naviguant sur des pirogues, à la recherche d'un ailleurs qu'ils savent exister, qui les attend, qui les appelle. Ce groupe qui fera Raga, l'île de Pentecôte, son histoire, ses légéndes, son âme, son être.
"Raga, approche du continent invisible" fut une belle et intense découverte littéraire où la langue française est maniée avec brio et une subtile poésie au charme absolu.

Quelques passages (j'aurais aimé tant en recopier....)

" (...) Je ne sais pourquoi, cet arbre renversé sur la plage de galets m'émeut plus que n'importe quelle église. C'est comme si l'océan avait déposé sur la plage, après un long voyage sur les vagues, cette chose, ce signe, cette épave, qui semble un pont joignant les temps et les croyances". (p 80)
"A Vanuatu, les mythes affleurent. ils ne sont pas séparés du réel. A chaque instant, à chaque endroit, la parole peut les faire jaillir, comme si la force du commencement vibrait encore, dans les pierres, les arbres, dans l'eau des torrents." (p 81)
"Il faut apprendre à résister quand on est né au bord de ce gouffre.
C'est cette résistance qui frappe le voyageur étranger, d'où qu'il vienne, d'Amérique ou d'Europe.
Ces statues debout sur le rivage, qui attendent.
Des statues, des hommes, des femmes?
Des dieux.
Sculptés dans le bois noir des racines de fougère arborescente, debout sur le rivage, ou assemblés en demi-cercle dans une clairière, non loin des villages.
Des loas, des esprits.
L'effigie des défunts, emportés dans leurs grottes, à l'est de l'île, ou sous la mer. Pour revenir un jour, peut-être, qui sait?
Des êtres surnaturels, entre l'homme et l'animal, hauts de plus de deux mètres, leurs yeux pareils à des nautiles, profils aigus, nez droits aux narines ouvertes sur les côtés, portant aux commissures des lèvres les spires des dents de cochon, visages creusés dans la veine du bois, ceints d'un liseré qui fait saillir leurs faces, coiffés d'une crête de saurien.
Leurs corps sont fendus du haut en bas, par une longue blessure qui montre l'intérieur rouge du tronc, pour laisser échapper leur voix.
Slits gongs
Coups durs et sourds qui ont résonné pendant des siècles, d'une île à l'autre, accompagnés par le bruit mou des pieds nus sur la terre.
Voix sorties de la forêt, de la profondeur de la terre. Tambours souterrains, voix des défunts, voix des anciens, qui reliaient les îles.
Ambae, Ambrym, Epi, Efaté, Raga, Tanna, Tongoa, Anatom.
Voix qui recousaient la déchirure du temps, et reliaient les îles aux terres lointaines, à l'Australie, aux Célèbes, aux Moluques, à la Malaisie, à Madagascar, à Andaman, à Taïwan, à Amami Oshima.
Ces coups sombres qui tissaient la toile du ciel nocturne, qui écartaient les vagues et traçaient les routes sur le fond rouillé de l'océan.
Pendant des siècles, ces êtres ont dansé, ont appelé.
Maintenant silencieux.
En exil dans les musées, quai Branly à Paris, au British Museum à Londres, au musée Léopold-II à Bruxelles, à Rome, à Madrid, à Berlin, à Washington, dans tous les bouts du monde.
Ils ne parleront plus.
Leur bois noir, au ventre couleur de feu, se consume lentement dans quelques jardins poussiéreux, à Port-Vila, à côté d'une pirogue de haute mer et de masques en fibres.
Géants d'Ambrym et de Raga, pareils aux géants de Rapa Nui, comme si de Pentecôte à Pâques il n'y avait plus qu'un seul chant mélancolique.
Debout, encore jusqu'à l'effritement, jusqu'à l'achèvement. Chaque nom d'ancêtre crié dans la tempête, comme au temps où les hommes et les femmes avaient pris pied sur ces rivages noirs, pour y recommencer leur vie."
(p 96 à 98)









Les avis de BOB TV5 papalagi télérama

Vous avez dit maîtres?


La semaine dernière armande m'a taguée....cela faisait longtemps que je n'étais pas tombée dans les filets de ce genre d'excercice. Elle me demandait si j'avais quelques maîtres à penser chez les auteurs ou les artistes.

La réponse en images:


1) Un écrivain français et un écrivain étranger
Marcel Proust ( la lecture complète sur deux étés de "A la recherche du temps perdu" fut un véritable bonheur de lire...l'osmose acquise peu à peu avec la respiration et le rythme de l'écriture de Proust fut un moment d'une grande intensité!)et Milan Kundera (je n'oublierai jamais la lecture "La valse aux adieux" prêté par mon oncle)



2) Un comédien français et un comédien étranger
Jeanne Moreau et Emma Thompson ....elles sont sublimes toutes les deux!



3) Un film français et un film étranger
Est-Ouest (je suis une fan de Sandrine Bonnaire!) et le cycle de La Guerre des étoiles (deux trilogies extraordinaires dont je ne me lasse jamais....Aaaaahhhh l'étrange respiration asthmatique du méchant Dark Vador!)


4) Un ou des humoristes
Guy Bedos....trublion à l'ironie mordante et à l'humour dévastateur



5) Un ou des chanteurs
Maria Callas ....une voix qui me fait frissonner à chaque fois que je l'écoute. Bref, la diva dans toute sa magnifique splendeur.


6) Un ou des mots
écologie, liberté, égalité, fraternité, curiosité, lecture et livre.

A qui passer le relais? Brigit Soïwatter Vanessa rachel et Gambadou ....s'ils le désirent ;-)