jeudi 7 juin 2018

Variations d'un destin


"La cartographie des nuages" est un roman comme je les aime : protéiforme, intelligent, surprenant et passionnant.
Six histoires dont les liens ténus tiennent le lecteur en haleine. Six histoires, six époques différentes arpentant le passé, le présent et le futur.
Six histoires, six styles d'écriture ce qui est jubilatoire ; six destins croisés qui, a priori, n'ont aucun lien entre eux.
Adam Ewing,homme de loi américain du XIXè siècle, embarque sur une goélette en Nouvelle Zélande pour rejoindre San Francisco, sa ville natale. Un siècle plus tard, Robert Frobisher, artiste anglais au service d'un compositeur génial pour échapper à ses créanciers, compose « La cartographie des nuages ». Ils ne peuvent connaître Luisa Rey, journaliste d'investigation lancée sur la piste d'un « complot » industriel nucléaire, dans la Californie des années 70, ni Sonmi-451, clone condamné par un Etat situé dans un lointain futur. Tout comme ils ne peuvent connaître Timothy Cavendish, éditeur londonien, et Zachary, vivant dans un futur post-apocalyptique. Pourtant, chacun à sa manière participe à un destin commun. L'espace et le temps les séparent, or leurs actes auront une conséquence sur chacun d'eux.
Chaque vie est l'écho d'une autre dans une ritournelle qui se répète sur d'innombrables variations.
Les décisions que nous prenons peuvent influer sur notre existence, sans que pour autant l'humanité incurve sa progression vers une direction donnée sans possibilité d'en dévier. L'optimisme à l'échelle individuelle est contrebalancé par le pessimisme de la marche du temps.
Les six histoires sont autant de poupées gigognes, de jeux de miroirs, matière à réflexion, sans jeu de mot éculé, sur nous-mêmes, nos aspirations et nos quêtes, leur pertinence ou leur vacuité : un cataclysme nucléaire suffirait à renvoyer l'humanité à la barbarie qu'elle soit issue d'une « régression » ou d'un progrès technologique : l'asservissement d'autrui, la négation d'une composante de l'humanité semble faire partie d'un éternel cortège, celui de la nature humaine, immuable et désespérante.
Et si Robert Frobisher, auteur d'"un sextuor de solistes empiétant les uns sur les autres ” : piano, clarinette, violoncelle, flûte, hautbois, violon.", était le fil reliant les six histoires en six mouvements ? Car “Chaque instrument parle une langue définie par une clé, gamme et couleur.”

David Mitchell nous offre une aventure aux multiples facettes, du picaresque en six arpèges. 

Un roman à lire sans modération, avant ou après le visionnage du film.



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