dimanche 21 juin 2009

Fêtes


Aujourd'hui non seulement nous fêtons les Papas mais aussi les 28 ans de ce pari incroyable:

la fête de la Musique!


Pour tous les Papas qui passeraient par là (et le mien en premier), un poème appris à mes petits élèves:



Un papa rapluie
qui me fait un abri
quand j'ai peur de la nuit

Un papa ratonnerre
je ne sais plus quoi faire
quand il est en colère

Un papa rasol
avec qui je m'envole
quand il rigole

Un papa tout court
que je fête en ce jour
avec tout mon amour

(trouvé sur momes.net)





Bonne fête les Papas

Bonne fête de la Musique!

samedi 20 juin 2009

Prix des lecteurs du Télégramme


Hier soir, j'ai eu le plaisir d'assister, à Morlaix siège du Télégramme, à la remise du Prix des Lecteurs du Télégramme.

Cette année, le choix s'avérait tout sauf facile tant la sélection proposée était de qualité.

C'est avec une grande joie que j'ai vu décerner le Prix à Claudie Gallay pour son sublime roman "Les déferlantes" (que je n'ai toujours pas chroniqué car j'ai du mal à mettre des mots sur les émotions ressenties au cours de la lecture...je n'ai pas le talent de l'auteure!).

J'ai pu échanger quelques ressentis avec elle, après une lecture de plusieurs passages du roman, lecture faite par une jeune actrice rennaise au talent fou: accompagnée d'un jeune guitariste, elle a su recréer l'ambiance intimiste et tonique des "Déferlantes"....ce fut une déferlante d'émotion, j'en avais les larmes aux yeux, je me retrouvais en pleine lecture du roman, la gorge serrée par les passages émouvants et tellement beaux!

Un début de soirée dont je me souviendrai longtemps!

(photos à venir)

mardi 16 juin 2009

Taguée


Depuis le temps que je devais mettre en ligne mon "devoir" orchestré par Hambreellie et Essel et j'avais oublié Emmyne!

Voilà, je me lance.

Tout d'abord, les règles:

Ecrire huit souhaits.

Dire à quoi font penser les dix mots donnés.

Dire un mot sur sa tagueuse.

Taguer huit personnes et les prévenir.


1) voir le monde habillé tout de vert vêtu
2) avoir du temps
3) aller un jour au Japon
4) avoir foi en l'Homme
5) ne jamais voir la maison inondée (j'habite en zone inondable)
6) continuer longtemps à semer de petites graines culturelles chez mes élèves
7) cultiver mon jardin intérieur
8) mettre un rucher dans mon jardin


blog: écriture et partage
prix: littéraire
message: BAL
croix: difficile chemin
scrap: doigté créatif...pas pour moi!
création: étincelle
bonheur: les petits riens du quotidien
vie: harmonie avec sa moitié d'orange
enfant: celui que je n'aurai, hélas, jamais
passion: feu et énergie


Mes tagueuses, puisqu'elles se sont mises à deux sans le vouloir, sont des personnes que je ne connais qu'à travers leur blog. Hambreellie fut ma swappée lors du swapounet organisé par l'infatiguable Armande. Quant à Essel, elle force mon admiration par l'érudition, l'éclectisme éclairé et la curiosité intellectuelle qui se dégagent de ses billets et de son blog en général. Emmyne m'offre de multiples tentations avec ses conseils plus qu'éclairés en littérature jeunesse....son blog est un lieu de perdition dans lequel on aime se perdre avec délectation.


Normalement je devrais taguer huit personnes mais comme ce tag a fait le tour de la blogosphère, je passe la main à celui ou celle qui en aurait envie.

dimanche 14 juin 2009

Les invisibles blessures


Ferdinand Bouvier est un drôle d'homme: il a été un soldat exemplaire sur le front lors de la Grande Guerre, sauvant au péril de sa vie maints hommes des entonnoirs monstrueux où ils auraient agonisé sous la mitraille infernale des tranchées, un résistant hors pair lors de l'Occupation, mais est un mari et un père odieux, sans tendresse ni ombre d'affection. Pourquoi, comment un homme qui est capable d'immense altruisme peut-il devenir un personnage violent, teigneux, pingre avec les siens?
La narratrice enquête, bien après la disparition de Ferdinand dans les limbes sombres d'un camp de concentration, sur la vie peu commune de cet homme qui au fil des pages s'avère être un étonnant baroudeur, un baroudeur de la guerre et un excellent officier sorti du rang. Elle interview les enfants de Ferdinand qui ne peuvent s'empêcher d'avouer que l'annonce de son arrestation fut un grand soulagement....enfin ils allaient pouvoir respirer et vivre sans crainte de voir une claque ou une volée de coups s'abattre sur eux. Un carcan invisible s'envole dans la mémoire familiale, chiche en bons souvenirs, riche en peurs au ventre et grande solitude.
Lentement, la narratrice amasse témoignages et impressions, passe du temps au coeur des archives militaires où elle glane les hauts faits de son anti-héros: Ferdinand est un anti-héros qui exhale un goût amer et ne peut qu'inspirer l'antipathie du lecteur. Ferdinand, monstre envers les siens et ange protecteur envers les autres, un homme qui s'est construit une cage, qui a élevé autour de son coeur des barbelés, ceux des tranchées, ceux des camps d'extermination, ceux d'un monde qui ne veut plus rien avoir à faire avec l'extérieur....sauf pour partager des petits verres de blanc, le soir, avant de rejoindre l'enfer familial qu'il s'est aménagé avec la constance d'un fou.
Derrière la vie de Ferdinand s'écoule les images d'une guerre meurtrière, démente, faite de feux, de boue, de pluie, de corps désarticulés, de gnôle, de baillonnettes fouillant les chairs, d'ordres mortifères, de gaz délétères, d'agonies et de pleurs. Des tranchées de Verdun aux Dardanelles en passant par le chemin des Dames, la vision apocalyptique d'un conflit à la violence inouïe déroule les pièces de l'âme de Ferdinand qui ont lâché, les unes après les autres, en un rictus invisible et d'autant plus irréversible. Ferdinand....une gueule cassée de l'intime?
Derrière la résistance de Ferdinand, coule la longue colonne des damnés en costume rayé, ceux qu'un autre rouleau compresseur dépouille et dépèce sans relâche, jusque dans les profondeurs de leur moëlle, sous le regard aveugle des villageois, au coeur d'une campagne où très vite les blés remplaceront un devoir de mémoire impossible à exercer.
Sans doute Ferdinand a-t-il perdu une grande partie de lui-même entre Verdun et Sébastopol, sans doute n'a-t-il pu panser les plaies trop profondes de son âme, peut-être n'a-t-il pas voulu retourner dans le monde des hommes qui oublient le pire pour tenter de mieux recommencer, certainement s'est-il égaré pour toujours dans un brouillard où les émotions réveillent trop les démons.
L'homme barbelé est un roman saisissant, remuant nombre d'émotions et de sentiments aussi divers qu'encombrants: Ferdinand ne laisse pas indifférent, on le déteste, pour sa dureté, ses violences et son manque de tendresse conjugale, paternelle, et on éprouve de la tendresse pour lui, être maltraité par une vie qu'il n'a en rien souhaitée. L'ambivalence des sentiments fait, malgré les longues descriptions des faits militaires, des faits de guerre, la force de ce roman qui mêle à l'horreur quotidienne des moments d'apaisement lorsque l'oeil de la narratrice s'arrête sur le jardin de Ferdinand, sur une scène pastorale, sur un paysage d'une infinie douceur....autant de baumes qui ne font que cacher une misère humaine. Un beau premier roman qui à travers l'Histoire contemporaine,ses conflits et ses périodes après-guerre, porte aussi un fort message de paix.











samedi 13 juin 2009

En attendant....


non pas Godot mais mes prochains billets (je sais je traîne mais hélas le Temps n'est pas encore élastique), des infos sur divers prix littéraires décernés ces derniers jours:


Prix Landerneau attribué à Jérôme Ferrari pour Un dieu un animal




Prix Orange du livre décerné à Fabrice Humbert pour L'origine de la violence (je ne l'ai pas encore lu....il m'attend sagement sur le haut de ma PAL)


Prix du Livre Environnement (par la fondation VEOLIA) décerné à Philippe Jurgensen pour L'Economie verte. Comment sauver notre planète. La Mention Spéciale Jeunesse a été attribuée à Alain Serres et Zaü pour Je serai les yeux de la terre, chez Rue du Monde (un superbe choix!!!!!).

Bientôt le Prix des Lecteurs du Télégramme sera décerné à Morlaix (le 19 Juin prochain)...cette année, hélas, je ne pourrai y assister: je n'ai pas été chanceuse au tirage au sort. On ne peut gagner à chaque fois! Le suspense est intense: qui sera l'heureux lauréat?
J'ai failli oublier de parler de cela: la nouvelle création timbrée de La Poste. Maintenant la gourmandise peut parfumer vos courriers! Miaaammmm

mercredi 10 juin 2009

Appel à la solidarité

Normalement, le mercredi est consacré à rubrique "La bibli des p'tits chats", mais ayant eu une journée très chargée et donc peu de temps pour écrire une chronique, j'en profite pour relayer l'appel de Guillaume Teisseire de Babelio, dans le cadre de Bibliothéques sans frontières.

Pour plus d'informations cliquez ICI !

Pour voir le début de la tour de livres (ceux de Guillaume) cliquez LA !

mardi 9 juin 2009

Symphonie en vert


Le narrateur est un ancien repris de justice qui redécouvre le monde de la liberté. Il rejoint une équipe mise sur pied pour construire un barrage en haute montagne, dans une région reculée et isolée du pays.
Arrivé à destination, une ascension à travers une forêt verdoyante et humide attend l'équipe et le narrateur. Le périple commence, les hommes aperçoivent, perdue dans la brume constellée de goutelettes, une vallée au creux de laquelle niche un village qui semble désert. Ce hameau est comme hors du temps, arrêté à une époque révolue: deux mondes opposés se rencontrent, la modernité représentée par l'équipe du barrage, ses machines, ses outils, sa technicité, et la tradition dont le village est le miroir fragile. Les maisons sont recouvertes d'une mousse d'un vert lumineux, luisant de l'eau absorbée par elle, lentement par elle exhalée sous le soleil printanier. Les habitants sont autant de fantômes silencieux vaquant à leurs occupations agrestes. L'atmosphère est gorgée d'humidité, celle de la pluie, celle des goutelettes de la brume, ce voile opaque qui cache pour mieux découvrir cette vallée perdue dans l'espace et dans le temps.
La moiteur, la couleur verte deviennent rapidement oppressante tant pour les hommes du chantier que pour le narrateur et le lecteur. Ce dernier est dans l'attente du déséquilibre qui tôt ou tard fera basculer le rythme du temps. Le vert fait apparaître un indicible et inévitable sentiment mortifère: l'oppression de la chappe forestière, de la nappe de brouillard dense, de l'omniprésence de la mousse, éponge silencieuse des humeurs du ciel comme de la terre, ne sont qu'étouffement et inquiétude. Chacun est engoncé dans ses certitudes: les ouvriers, bagnards qui s'ignorent, regardent de haut ces hommes et ces femmes à la vie simple et traditionnelle tandis que ces derniers ignorent par conviction d'être supérieurs à ces "barbares", agités et froissant les susceptibilités de la tradition et des légendes de la forêt, l'équipe du chantier. Seul, le narrateur, qui est venu dans cet endroit perdu pour oublier et surtout expier l'acte qui le conduisit en prison. Seul le narrateur regarde d'un oeil amical la nature mystérieuse, attirante par sa sauvage beauté verte et sombre: sans cesse lui revient sa violence lors du meurtre de son épouse, sans cesse la possibilité du chaos s'installe en lui, lui qui a comme talisman des osselets, ceux des orteils de sa femme! Le narrateur ne peut qu'être attiré, subjugué et apaisé par l'étrangeté des habitants du hameau perdu qui dans un calme absolu refont sans relâche ce qui a été défait par les soubresauts des détonations du chantier.
Bien entendu, au coeur de cette verdoyance sombre et cette moiteur opaque, le drame attend son heure, le déséquilibre est en latence: les ouvriers ne peuvent comprendre ce qui est le fondement du mode de vie du hameau et une gêne profonde, une incompréhension teintée de peur monte, graduellement au fil des brouillards et des pluies qui augmentent le flou permanent de la situation. Un jour, trois habitants du village, deux hommes et une très belle jeune fille, arrivent au camp, la jeune fille désigne un des ouvriers puis ils regagnent le village. Plus tard, le corps de la jeune fille est retrouvée, suppliciée, au pied d'un arbre, près du camp, image inamovible de la faute commise. Les travaux continuent malgré tout dans un malaise des plus étouffants.
La narration de Yoshimura est d'une très belle fluidité, à l'image de l'eau qui coule, impassible et pourtant tumultueuses, des montagnes. Cette eau qui bientôt noiera le village sous ses flots, cette eau qui sonnera le glas d'un mode de vie. Il insinue, silencieusement, secrètement presque,dans son récit, la fascination de la mort, la répulsion face à l'étrange que l'on ne comprend pas, la curiosité vis à vis de l'autrui, créant une atmosphère mystérieuse, mortifère et d'une immense singularité. Les descriptions de la forêt, des mousses, des camaïeux de vert sont d'une intense poésie au pouvoir de suggestion étonnant. Le lecteur est le vert qui joue en de multiples variations, mais aussi la transparence trompeuse de l'eau, élément en filigrane à la permanence cristalline ou grave.

Le convoi de l'eau est un récit magnifique où la poésie est au détour de chaque image construite par l'auteur qui, avec science, invite son lecteur à se fondre dans les particules infinies d'un monde où le vert est en mode majeur. Un roman fort, un roman qui offre une multitude d'émotions dans lesquelles le lecteur apprécie de se perdre pour mieux retrouver le fil de la narration, pour mieux appréhender l'éternelle lutte entre la modernité et la tradition: un mode de vie, ancré dans le temps et l'espace, s'efface, sans un mot, sans un cri, dans une immense dignité silencieuse et majestueuse, pour laisser place à un nouveau système dévoreur, ogre insatiable et aveugle, pour se fondre encore plus intimement avec la symphonie en vert d'un monde de l'invisible et du secret.




Récit traduit du japonais par Yutaka Makino

Vert attitude


La vie peut être belle en vert!
(surtout depuis dimanche)

dimanche 7 juin 2009

Pour Maman


et toutes les mamans du monde

(photo prise chez mes parents)

Bonne fête Maman!!

samedi 6 juin 2009

A-t-on un âge pour aimer?


Emma est vétérinaire en pleine campagne, loin des êtres et des lieux qui la firent autrefois souffrir. Elle est loin d'imaginer que sa vie, tranquille même si elle est submergée de travail, va être bouleversée au cours d'un été pas comme les autres: l'été au cours duquel Giovanni, le fils de son ancien amant, débarque chez elle, auréolé de ses quatorze printemps et d'un charme indicible.
La présence de Giovanni ravive les souvenirs douloureux qu'elle pensait être parvenue à mettre de côté: entre peine, rage, désespoir et irrésistible attirance, Emma se laisse aller vers l'inévitable. Lorsque Micol, la mère de Giovanni et la rivale qui lui vola son amour, vient, plus tôt que prévu, chercher son fils, et les voit ensemble, l'irréparable se produit, la descente aux enfers commence au rythme du procès.
Emma se traîne, laminée par les rouages d'une société qui ne peut que punir la transgression des tabous, perdue au milieu d'une tempête qu'elle a du mal à appréhender et surtout à comprendre, soutenue par son ancien "patron", le véto rugueux, âpre qui la forma au coeur des paysages vosgiens. Le monde des hommes n'aime pas être bousculé par les ressacs inattendus, les soubresauts empreints d'interdit, et il le fera comprendre à une Emma qui ne peut que tenir le mauvais rôle face à une Micol, un peu perverse, auréolée de sa maternité.
"Les mains nues" est un roman qui aborde un sujet sulfureux, celui d'un immense tabou: la liaison charnelle entre un adolescent et une femme. Simonetta Greggio mène l'histoire avec délicatesse, tendresse, sans jamais sombrer dans la laideur ou la vulgarité, au fil d'une écriture très subtile; elle décrit, avec justesse, les sentiments contradictoires éprouvés par son héroïne qui se trouve déchirée entre une tendresse quasiment maternelle envers l'adolescent, qu'elle a tenu dans ses bras bébé et enfant, et une attirance trouble devant l'innocente certitude de plaire de ce dernier. Giovanni est un prolongement de Raphaël, l'homme qu'elle a éperdument aimé et qu'elle a perdu, trahie par une fausse innocence.
Les noeuds de la souffrance sont inévitables, mêlant les sentiments passés et le présent qui ne fait que les raviver dangereusement: les blessures de passé ne sont pas encore cicatrisée malgré le passage inexorable du temps et l'éloignement que l'on pensait salvateur...d'ailleurs, ces blessures peuvent-elles vraiment un jour se refermer?
"Les mains nues" est aussi l'histoire d'une femme qui vieillit, qui voit les rides appraître bien qu'elle ne soit pas encore vieille et plus tout à fait jeune. Une femme qui assume le fait d'avoir envie de tendresse, de caresses masculines, d'éprouver la chaleur du désir et d'assouvir ce dernier. La féminité ne disparaît pas sous le cal des mains ni sous les rides, elle est et demeure intacte même si lentement le corps se transforme. Emma, blessée par la vie et son injustice, assume sa solitude et le regard des autres, le regard souvent réprobateur du monde rural encore attaché aux convenances et aux apparences...il est si facile de rejeter la différence pour avoir la réconfortante impression d'être du bon côté du chemin. Emma a le courage d'assumer ce qu'elle est, ce qu'elle ressent sans se chercher d'excuse ce qui rend son personnage attachant et tendre derrière son apparente âpreté, derrière les barrières qu'elle a dressé autour de sa sensibilité.
Un roman agréable à lire, une histoire qui m'a émue, une belle découverte (même si, aux dires de mon petit doigt, ce n'est pas le meilleur roman de l'auteure!).





jeudi 4 juin 2009

Il y a des soirs où


la télé c'est bien!

Demain soir, sur France Télévision, sera diffusé le nouveau film documentaire de Yann Arthus-Bertrand: HOME.

Demain soir, je participe à une soirée plateau-télé organisée par Europe Ecologie dans une jolie chapelle guingampaise....et je peux dire que rares sont les soirs où je regarde la télé!
La bande annonce ici

mercredi 3 juin 2009

La beauté du monde


Martin est un jeune garçon fasciné par le monde chatoyant des oiseaux: dès qu'il le peut, il file de bon matin les observer muni de sa gibecière et de son "petit fusil en bois" pour les croquer et les dessiner. Il les collectionne dans toute leur splendeur au coeur de leur intimié sauvage.

Mais Martin est un jour agressé par une bande de vauriens qui ne comprennent pas pourquoi il ne chasse pas les oiseaux au lieu de perdre son temps à les dessiner! Martin résiste à leur pression: il parvient à ne pas lancer la pierre sur le cou gracile du héron qu'il observait puis court se réfugier dans le ventre d'un navire en construction, au chantier naval de Rochefort. Il rêve aux bergeronnettes, aux hérons qui picorent peut-être sa pomme tombée dans les hautes herbes. C'est alors qu'il va faire une rencontre déterminante: un monsieur entame la conversation avec lui, il s'appelle René-Primevère Lesson, il est pharmacien, naturaliste et partira bientôt faire un tour du monde, à bord de "La Coquille", un voyage, au long cours, scientifique. Martin qui aime "attraper les oiseaux avec ses yeux" est émerveillé et montre son trésor, ses croquis d'oiseaux, à Lesson. Ce dernier est ému devant les dessins malhabiles mais ô combien remplis de ferveur.... aurait-il une idée derrière la tête?

Août 1822, La Coquille quitte les côtes françaises, avec à son bord un drôle d'animal....Martin, passager clandestin qui une fois découvert pourra apprendre, encore et encore, auprès de René-Primevère Lesson les arcanes du dessin d'observation. Ils débarquent au Brésil et pour Martin, l'enchantement commence: les colibris sont de véritables petites merveilles de la nature, éclairs aux couleurs de rêve, danseurs d'une intense beauté.

La beauté du monde s'offre au regard insatiable de Martin, les gammes de couleurs égrenent leur nom sous ses crayons et peintures, étalent leur lumière sur ses feuilles à dessin en une ronde multicolore dont il ne se lasse pas.

Mais la beauté du monde cache aussi la laideur de ce dernier: Martin apprend qu'on tue les colibris pour leur plumage chatoyant destinés aux belles dames européennes, qu'on utilise des esclaves pour ces tristes besognes et que parfois, le meilleur des hommes, au nom de la Science, peut emporter les petits corps, sans vie, pour les étudier.

"Martin des colibris" est le dernier ouvrage écrit par Alain Serres, le créateur de cette sublime maison d'édition Rue-du-Monde: l'histoire est poétique, belle, à la langue chantante, douce, colorée, un appel au rêve et au voyage. Le jeune héros, Martin, est un personnage des plus attachants, au caractère rêveur mais également déterminé...un jeune garçon à la grande force d'âme, au grand coeur et au grand courage, guidé par sa passion des oiseaux, par la beauté du monde ailé.

Une histoire aux accents de philosophie, divinement illustrée par la jeune et talentueuse Judith Gueyfier qui offre une vraie merveille aux lecteurs: des dessins aux couleurs éclatantes, des croquis d'oiseaux "à la manière de" planches des naturalistes du 19è siècle...invitation irrésistible à un voyage immobile dans le temps et dans l'imaginaire.

Aux Etonnants Voyageurs, j'ai eu la chance d'écouter Alain Serres, Judith Gueyfier en compagnie de deux jeunes auteurs-illustrateurs (dont je parlerai dans un prochain billet sur les EV) devisant sur un thème fort "La beauté du monde" décliné dans la littérature jeunesse....ce fut un vrai régal, régal rehaussé par la présence dans l'espace "Magic" des EV d'une partie des planches originales de "Martin des colibris"!

"Martin des colibris" est un album dans la lignée du travail éditorial de Rue-du-Monde: mettre entre les mains des enfants la beauté de notre monde, grâce aux histoires de qualité et aux illustrations plus magnifiques les unes que les autres, sans leur cacher sa part de laideur. Un engagement tant déontologique, philosophique, éducatif que politique.

En un mot comme en mille....Respect et d'infinis mercis Mr Serres....continuez encore et encore à mettre entre nos mains et celles de nos enfants toutes les beautés du monde qui ne sont que plus précieuses en ces temps de crise et de nivellement par le bas!

Si vous croisez le chemin de cet album, ne résistez surtout pas à la tentation!

Pour le plaisir des yeux:


lundi 1 juin 2009

impressions printanières


Allons sous la charmille où l'églantier fleurit,
Dans l'ombre où sont les grands chuchotements des chênes.
(In La Légende des siècles (1859), Le Groupe des idylles, Victor Hugo)
Mon jardin citadin prend des couleurs printanières depuis l'arrivée des beaux jours! L'églantier est recouvert de belles roses d'un blanc rosé très délicat. Cet après-midi, les abeilles et les bourdons virevoltent et butinent en bourdonnant les roses écloses du matin.

L'églantier, hélas, aujourd'hui, ne se rencontre plus aussi fréquemment dans les jardins (où les rosiers altiers arborent leurs fleurs aux lourds parfums ensoleillés) comme dans les haies bocagères. Et pourtant, le subtil parfum des églantines embaume l'air, fait frémir le jardin et attire les insectes pollénisateurs aussi bien que les belles roses cultivées avec discipline (je n'ai rien contre les roses...je m'occupe amoureusement de mon tout jeune rosier "Pierre de Ronsard" dont je ne verrai que quelques roses en fin de saison).

L'églantier, le père de tous les rosiers mériterait d'être plus connu: cliquez ici pour connaître une partie de ses vertus!

La ténacité de l'adjudant


Florence, en été, ses touristes, sa chaleur, ses étals multicolores, ses immeubles vétustes au charme indicible, ses beautés architecturales, picturales, ses palais désertés pour les fraîches campagnes, ses confréries (notamment celle des Frères de la Miséricorde) recrutant dans toutes les couches de la société, ses vieilles dames plaintives et envahissantes et son adjudant Guarnaccia, sicilien exilé dans le nord, attendant patiemment ses congés pour rejoindre sa famille.
Ayant rejoint l'appartement de la signora Guisti, la vieille dame envahissante par ses éternelles jérémiades, l'adjudant écoute la litanie de cette dernière, regardant avec tristesse les pêches qu'il vient d'acheter et qu'il ne mangera pas, contraint une fois encore à jeûner! Entre bribes de cancans, plus ou moins venimeux, et expression d'une solitude souvent difficile à vivre, signora Guisti attire l'attention de l'adjudant sur les étranges bruits venus la nuit précédente de l'appartement voisin, inoccupé depuis que Toni, le jeune orfèvre, son propriétaire, a construit sa vie aux Pays-Bas. Qu'a-t-il bien pu se passer? La curiosité pousse Guarnaccia et la signora à jeter un oeil à l'intérieur du logis. Des affaires jonchent pêle-mêle le sol de la cuisine, le désordre règne dans la salle de bain et un faible gémissement se fait entendre: c'est Toni qui est en train de perdre la vie. L'adjudant appelle les Frères de la Miséricorde ainsi que la police: les premiers précèdent les seconds et recueillent le dernier souffle de Toni ainsi que ses ultimes paroles, bien mystérieuse: "Ce n'était pas elle." Commence alors pour Guarnaccia une enquête difficile tant les informations sont embrouillées entre le temps écoulé depuis l'enterrement du père de Toni et les histoires intestines de famille! Le suicide semble être évident sauf pour l'adjudant qui fera tout pour prouver qu'il n'en est rien et qu'il s'agit bien d'un crime: en effet, pourquoi vouloir se supprimer alors que l'on va être papa, que l'on est heureux en ménage et que les affaires marchent bien?
L'enquête de l'adjudant fleure bon les enquêtes du commissaire Maigret: le rythme prend son temps avec le récit, s'attarde pour notre plus grand plaisir sur les menus faits du quotidien, sur les divers évènements au premier abord peu importants mais qui au final tissent une toile cohérente d'un univers particulier...celui de Florence. Peu à peu, les indices perdus dans le dédale des pistes semblant ne mener nulle part, mettent en éveil l'attention du lecteur et l'égarent, gentiment, sur quelques fausses pistes.
L'écriture et le style sont d'excellente facture: efficaces avec ce qu'il faut de belles tournures, d'images évocatrices, d'humour et de sel. On suit avec joie l'adjudant, taciturne et corpulent, personnage attachant par sa fausse simplicité (il est tout sauf benêt ou lent à saisir la subtilité des choses), son caractère tranquille tout en étant bien trempé, son humanité touchante et sans fard, sa compassion immense, sa curiosité intellectuelle et sa bonhommie derrière la fatigue d'un quotidien un tantinet ennuyeux. Un Colombo que l'on aime suivre au fil des senteurs des étals fleuris et fruités, au coeur du brouhaha industrieux des chalands et des ménagères, sous l'implacable lumière d'un soleil brûlant comme dans l'ombre rafraîchissante d'un appartement isolé ou celle d'un palais déserté pour l'été. Les rues, les personnages hauts en couleur prennent corps sous la plume de Magdalen Nabb, tel un film intimiste où lentement on déambule pour capturer l'essence même de la ville.

Roman traduit de l'anglais (GB) par Jean-Noël Chatain




Roman lu dans le cadre du Cercle des Parfumés (Merci Arabella pour cette belle découverte!)


vendredi 29 mai 2009

Une pause

Demain, aux aurores, nous serons en partance pour la cité des Corsaires où se déroule ce week-end un célèbre festival:


Au programme, rencontres, dédicaces, conférences et....provisions de saines lectures!
A Lundi, je vous laisse aux bons soins de Raspoutine, le gardien de blog!

jeudi 28 mai 2009

La mort lente


Un jeune homme a décidé de quitter son village natal pour revêtir l'uniforme avant l'heure et partir affronter le désert et les chek-points. dans son sillage ses souvenirs et un ami.
Le rêve du combat, du jeu de guerre, devient rapidement une désillusion: la peur, l'étrange atmosphère d'une guerilla. Il a quitté un village de "morts-vivants" pour rencontrer des vivants qui lentement se meurent. Le narrateur fait la connaissance de Conti, un sergent, un soldat paradoxe vivant: ce dernier ne rêve pas de conquêtes victorieuses mais aspire à la gloire de la défaite; un sentiment mortifère qui complète la pulsion de mort du narrateur. La vie sous les drapeaux se passe sans possibilité de rempiler...notre narrateur regagne son village perdu, amputé de la présence de son ami, jeune victime offerte en sacrifice aux dieux de la guerre.
Les senteurs de la garrigue s'insinuent dans le récit, l'immobilité du chasseur en plein affût lorsque le soir tombe dans l'oliveraie, un fusil qui ne vise rien, la solitude d'un soldat que le néant des illusions perdues rend muet. Les fragances d'un été adolescent lui font regarder vers l'autrefois, le temps de l'innocence, de temps des douces et jeunes amours. Elle s'appelle Magali, ils sont assis au bord de la fontaine où chante un filet d'eau, fraîcheur des soirs après la plage. La ronde des baisers fait tourner la tête et le coeur, l'amour est éternel au rythme des vacances d'été. La vie ne déroule pas son fil comme on le souhaiterait: Magali suit le cours de ses études pour devenir une Diane chasseresse des temps modernes, celle qui flaire les têtes à débaucher pour garnir les entreprises qui louent ses services. Services également mortifères, services désenchantés d'un quotidien où l'esprit de camaraderie est de mise. Retrouvailles des corps, des sueurs, des rêves l'espace d'un instant, l'espace d'une trève, éphémère.
La mort d'un soldat qui se voulait guerrier et, en tant que guerrier ne pas partir seul au Walhalla....le destrier n'a pas de sabot, seulement une truffe humide, quatre pattes, une touffe de poils soyeux et un regard rempli d'amour pour celui qui le ramassa au bord du chemin.
La musique de ce roman dense, en images et en reminiscences d'un certain 11 septembre 2001 qui changea la donne sur l'échiquier géo-politique du monde, est d'une noirceur parfois glaçante, souvent désespérée et toujours dérangeante: elle accompagne la marche d'un monde que Dieu semble avoir déserté, lassé des excès des hommes. Les repères ne sont plus ceux qui jalonnaient les générations précédentes, le manichéisme de façade cache des blessures et des interrogations existentielles: l'homme est-il à l'origine du mal qui ronge le monde? Ou est-ce une interprétation religieuse?
Le mode du "Tu" interpelle le lecteur qui se laisse aller dans le sillage du narrateur ou qui choisit de rester en retrait, observateur d'un mal-être provoquant son malaise face à une intériorité d'une grande désespérance. Ce "Tu" participe à la noirceur du récit et génère une angoisse en filigrane....l'aliénation d'un quotidien frisant parfois le non-sens.
Le parti pris de l'auteur, passant d'un souvenir à l'autre sans transition dans la relation, m'a beaucoup déroutée, retardant mon entrée dans l'histoire de ce jeune homme étouffant sous le poids des illusions perdues. Cependant, la force de la narration est telle que l'on ne peut qu'aller jusqu'au bout de cette histoire, celle de jeunes gens perdus dans un monde qui s'emballe, celle d'un monde qui perd de plus en plus ses racines mais aussi son avenir. Une histoire qui interpelle et offre un autre regard sur le notre monde qui souvent ne tourne plus rond! Une histoire sombre, très sombre et extrêmement touchante.








mercredi 27 mai 2009

Leçon de choses


Les Editions de L'école des loisirs proposent toujours de jolis trésors à lire et à engranger au fil de ses collections et cela pour chaque tranche d'âge de l'enfance et de l'adolescence.
Dans le cadre du swap AfricaJeunes, ma binôme Lamia a glissé dans le colis une très belle histoire documentaire qui se déroule au coeur de la savane: "La querelle".
Une maman rhinocéros vaque à ses occupations aux côtés de son petit, ce dernier semble inquiet car une plaie sanglante se trouve sur un flanc de sa mère. Que s'est-il passé pour qu'elle recoive une telle blessure? Un affrontement avec un lion? Non, il est rarissime qu'un lion s'attaque à un rhinocéros surtout si c'est une femelle avec son petit! Une rencontre qui aurait mal tournée avec un rhinocéros mâle? Non plus car un mâle n'embête jamais une femelle rhinocéros avec son petit! Une escarmouche avec des oryx? Il y a fort peu de chance car les oryx, une espèce de gazelles, sont herbivores et donc ne s'en prendraient jamais à un rhinocéros! Alors, qui a bien pu blesser de la sorte Maman rhinocéros? Les seuls animaux de la savane pourvus de défenses acérées et dotés d'un caractère jaloux et ombrageux lorsqu'ils sont accompagnés de leurs petits sont les éléphants!
Peu à peu, le récit nous apprend pourquoi et comment la Maman rhinocéros a subi cette blessure qui peut s'avérer grave, c'est à dire mortelle, si elle ne guérit pas correctement...d'ailleurs, la nuit tombe sur la savane, la maman se couche, faible sous le regard apeuré de son petit. Que réservera demain à la famille rhinocéros?
"La querelle" est un album aux illustrations d'une douceur savoureuse, celle qu'offrent les pastels, et au texte avec lequel le lecteur puise une mine de renseignements sur les différents animaux vivant dans la savane, leurs relations de voisinage, leur mode de vie et leurs différentes caractéristiques. Sans compter le rôle important d'un oiseau au nom étrange, le pique-boeuf, personnage secondaire mais fondamental lié aux rhinocéros (en fin d'album, le rôle du pique-boeuf est très bien expliqué)!!!
De plus, l'intensité dramatique apporte une dimension littéraire au documentaire en menant le récit à la manière d'une enquête, avec un jeu intéressant entre le noir&blanc - marquant l'interrogation mais aussi le temps passé - et la couleur ,et en introduisant une composante essentielle des peurs enfantines: la perte de la mère, cette référence de tendresse, de protection et d'amour. Le drame qui peut se jouer met en lumière le fait que rien n'est éternel, que la mort est inhérente à toute vie. Peu à peu, l'enfant lecteur peut s'approprier, à son niveau bien entendu, ce difficile concept.
"La querelle" comme le titre l'indique, met en scène un quiproquo dû au fait (qui est très bien expliqué en exergue au dos de la couverture) que, dans la nature, comme chez les humains, les mères protègent farouchement leur petit, maillon fondamental à la perpétuation de l'espèce, à la continuation des générations.
Merci Lamia pour cette très belle histoires aux illustations agréables à regarder, grâce auxquelles le lecteur a la sensation d'être fondu dans la savane!

lundi 25 mai 2009

Huis-clos au soleil


Martial et Odette, retraités parisiens aisés, sans enfants et sans animal domestique, ont acheté une jolie petite maison dans une résidence idyllique au nom évocateur Les Conviviales, tout confort, dans le Sud de la France.
C'est avec empressement qu'ils déménagent là où ils vont pouvoir "vivre en vacances toute l'année": une résidence, réservée aux seniors seulement, sous haute surveillance, avec Mr Flesh, le gardien (peu locace et peu avenant) et caméras de surveillance, piscine, club-house (pour la convivialité) avec animateur, et surtout, assurance d'être en compagnie de gens convenables, à leur image!
Très vite, Martial et Odette se rendent compte qu'ils sont les seuls occupants: tout est bien calme, bien gris lorsque la belle saison est passée (il pleut même souvent!), bien isolé loin des commerces de proximité et de la convivialité de voisinage; c'est que Martial n'est plus reconnu par le boulanger, le boucher ou le marchand de journaux...il ne peut aller faire ses achats ni un petit tour en ville sans prendre la voiture! Pour un peu, il regretterait d'être evnu s'enterrer aux Conviviales. Parlons-en des Conviviales: elles ressemblent chaque jour un peu plus à un cimetière désert et leur jolie maisonnette à leur dernière demeure, sans compter que la piscine se résume à un trou carrelé sans eau et le club-house désespérement vide!
Odette s'obstine à vouloir enjoliver leur maison, à faire des confitures, à donner des bricoles à faire à Martial....histoire de tuer le Temps: il n'y a rien à faire lorsque la météo est moche et lorsque le voisinage est inexistant, même la télé est décevante....alors, on lit, beaucoup d'ailleurs, mais au bout d'un moment, ça lasse.
Enfin, de l'animation survient: un nouveau couple s'installe. Marlène et Maxime arrivent briser la monotonie d'Odette et Martial. Puis arrive une femme seule (est-elle veuve? Vieille fille? est-elle vieille ou plus trop jeune?), Léa qui va semer un peu le trouble chez Maxime, le matuvu de service au sourire éternel de vendeur de serres, celui qui a tout vu, tout entendu et tout réussi). Enfin, Nadine entre en scène: recrutée en urgence comme animatrice et un peu désemparée devant les personnages d'un huis-clos luxueux et un peu angoissant.
Un modus vivendi se met en place: sorties culturelles et pittoresques, soirées chez les uns et les autres, bronzage au bord de la piscine et papotages.
Peu à peu, les désagréments enrayent les rouages huilés de la belle mécanique immobilière: les caméras tombent en panne et ne sont pas réparées (d'ailleurs ont-elles jamais fonctionné?), le gardien a un comportement de plus en plus étrange (brrr, la manière dont il débarrasse Les Conviviales des chats fait frémir!) et cerise sur le gâteau, Mr Flesh réussi à provoquer la peur chez Marlène en la mettant en garde contre les Manouches installés non loin.
La situation est mûre pour que se produise le dérapage que le lecteur pressent depuis le début du récit!
Garnier décortique, comme à son habitude, de manière subtilement corrosive l'âme humaine et explore, grâce à ce huis-clos original, les peurs, les fantasmes, les rancoeurs et les haines enfouies chez ses personnages. La vieillesse et le délire sécuritaire est un cocktail explosif des plus sidérants: Garnier distille les indices au compte-goutte, au fil des remarques anodines qui prennent leur importance lors du bouquet final. Les différentes pilules du bonheur vantées auprès d'une génération vieillissante et jalouse de son bien-être, sont loin d'être une marchandise anodine: les dégâts collatéraux sur la fin de vie sont sordides et mortifères. Le miroir aux alouettes de la société de consommation est un redoutable piège, une cage dorée qui peut s'avérer devenir rapidement un véritable enfer.... "Une poussière dans l'oeil et le monde entier soudain se trouble", cette exergue empruntée à Alain Bashung est un fil conducteur au bout de l'angoisse. Ce qui rend les personnages,malgré l'agacement qu'ils peuvent susciter, attachants dans leur solitude et leur ridicule.
Garnier, au fil de ses romans noirs, très noirs, déroule un réalité crue, douloureuse et presque effrayante. A chaque fois, l'abysse devient plus profond qu'au précédent roman malgré les touches de poésie disposées parci-parlà, au gré de la peinture de l'auteur.
Bref, vous l'aurez compris, "Lune captive dans un oeil mort" est encore un bel opus offert par Pascal Garnier dont l'écriture est un vrai bonheur à lire!




dimanche 24 mai 2009

Faites vos jeux!


Un auteur doit trouver 20000 euros pour changer les fenêtres de sa maison. Mais où les trouver? Sa femme lui suggère d'écrire un roman, un roman qui rapporte des sous. Peu à peu, grâce à la conjonction de l'actualité politique franco-française et de sa passion des courses hippiques, une idée fait son chemin: pourquoi ne pas écrire quelque chose sur les luttes internes du PS à la veille du Congrès de Reims? D'autant que la Pasionaria socialiste, belle à en faire tourner les têtes, l'unique Ségolène Royal semble être la favorite....de là à faire un parallèle avec les starting boxes d'un départ pour l'Arc de Triomphe, le pas est très vite franchi.
Ni une ni deux, la fièvre du jeu, du pari, des sueurs et du suivi implacable de la carrière du favori, s'empare du narrateur, Henri Norden, qui se lance à corps perdu dans les méandres des courants et des motions, multiples séismes ébranlant chaque jour un peu plus l'appareil socialiste.
C'est avec délectation et sourire aux lèvres, que le lecteur suit la montée d'adrénaline précédant le Congrès de Reims, la description des videos de chaque hérault des motions en compétition, les coulisses des discussions des camarades, la haute voltige des ténors du parti à la tribune du Congrès et à la médiatisation outrancière d'une femme qu'on déteste autant qu'on admire. Les ingrédients d'une tragi-comédie sont présents, mesdames et messieurs faîtes vos jeux et lancez-vous dans la folie de l'incertitude de dernière minute!
Christophe Donner, écrivain et turfiste, s'amuse à mener son lecteur au coeur du monde des parieurs, ceux qui parient sur tout, voire n'importe quoi, du moment qu'il y ait du gain à réaliser et de l'adrénaline à gérer. Henri Norden a un ami bookmaker prêt à prendre son pari et si jamais il devine le nom du prochain premier secrétaire du PS il a des chances non seulement de gagner une belle cagnotte mais aussi de remplacer sans souci les fameuses fenêtres de sa maison pour le plus grand plaisir de son épouse. A l'ombre de des pas de Norden, héros un tantinet désabusé par le monde qui l'entoure, le lecteur entre dans le cercle, parfois glauque et déprimant, des réunions de section, des rencontres entre sections, des meetings et des petites phrases assassines distillées sous le manteau par la presse ou les militants eux-mêmes! Henri est certes désabusé, voire d'une mordante ironie, mais ressent de la tendresse pour les petites mains des sections, les petits rôles essentiels aux rouages de la grande machinerie qu'est le parti, ces petites gens qui croient en des lendemains qui chantent malgré la crise et le verbiage creux des politiques. Certes, la politique est un jeu, un éternel pari sur l'avenir pour l'animal politique qui se lance à corps (et coeur?) perdu(s) dans son océan, mais un jeu que la base prend au sérieux.
Cependant, au fil des rencontres, des échanges de points de vue, des lectures et des visionnages, notre héros demeure angoissé par l'issue de son pari: c'est que l'observation de ces prédateurs d'idées peut embrouiller les certitudes et les fragiliser les choix! Tenez, prenez le jeune Benoît Hamon, une valeur montante, à la gauche du parti: il a été à la tête des Jeunes Socialistes et a de bonnes chances d'être un outsider de poids dans la course au fauteuil de la rue Solférino! Son discours sur la crise mondiale peut ébranler les caciques et galvaniser les indécis! N'oubliez surtout pas la diva mystique du parti, d'autant plus adulée par ses fans qu'elle a échoué aux présidentielles et été abandonnée par "le père de ses enfants", celui-là même qui cèdera son fauteuil de premier secrétaire, et les rênes du parti, à l'issue du Congrès de Reims. Aahhh, Ségolène, icône sublime qui fait frémir d'amour notre Henri Norden à mesure qu'elle fait gaffe sur gaffe et qui renvoie au rancart le côté "mémé" de Martine Aubry!
"20000 euros sur Ségo" relate un bal infernal où les valses diaboliques des rancoeurs, des jalousies et des égos survitaminés des uns et des autres, font danser des vérités amères et difficiles à accepter tant elles peuvent glacer le plus fervent supporter. Christophe Donner fait vibrer son lecteur en l'entortillant, par un récit savoureusement ironique, dans la griserie du parieur et l'incertitude d'un sport de haut niveau qui n'est nulle part recensé: la politique!
Le roman de Christophe Donner a l'apparence d'un pamphlet et la saveur d'un exercice de style mêlant la métaphore filée des courses hippiques à l'actualité politique: on rit, parfois jaune si on a un faible pour la Gauche, on savoure les bons mots de l'auteur mais on n'apprend rien sur les hommes et les femmes candidats au poste de premier secrétaire du PS (sauf peut-être qu'ils ne sont guère réceptifs à la littérature mais est-ce vraiment une révélation?)...pour cela il y a la littérature politique!
Un roman satirique, frisant parfois la pure méchanceté, poil à gratter qui fera parler dans le Landerneau socialiste!

Je remercie M.L Auzias et les éditions Grasset pour cette lecture divertissante très acidulée.


Des points de vue plus politiques ici là ou encore ici et là

Swap AfricaJeunes


Comme j'attendais que ma binôme Lamia recoive le colis que j'avais envoyé samedi dernier, je peux me lâcher car le facteur suisse est enfin passé!


Lamia m'a honteusement gâtée et m'a profondément émue en m'offrant un album d'une grande humanité et d'une grande tendresse....grâce à ce dernier, je regarde d'un autre oeil une démarche qu'il me coûte, administrativement, d'enclencher.


Samedi matin dernier, driiiiinnggg, la sonnette tinte, mon cher et tendre mari ouvre à la factrice des colis et reçoit un joli colis venant de Suisse!!! C'est Lamia, ma binôme du swap Africajeunes qui entre, virtuellement, chez moi!


Une fois installée devant le colis, ni une ni deux, je file chercher mon APN: saperlipopette de saperlotte, catastrophe....il n'y a plus de batterie! Grrrr, mon appétit féroce de tout déballer doit être mis en veilleuse le temps que je recharge un minimum l'APN. C'est mon mari qui est hilare devant ma déconvenue et ma patience rudement mise à l'épreuve. Du coup, l'heure du déjeuner sonnant, nous nous attablons....moi lorgnant mon colis sagement placé sur le canapé. Oh et puis, zut, je n'y tiens plus... j'ouvre le colis pour découvrir de joyeux emballages ornés d'oursons dans des scènes de vie quotidienne (chouette!!!! Je les récupèrerai pour les exercices de découpage de précision pour les loupiots de Petite Section, lorsque je reviendrai de stage!). Hélas, ma curiosité n'en est que plus aiguisée et ma frustration que plus grande....vite, ne plus penser au plaisir premier mais savourer les futurs moments de découverte. D'ailleurs, la recharge prend tournure. Le repas s'achève tranquillement (si, si, si) et après avoir rangé puis savouré mes deux carrés de chocolat....


La folie du déballage peut commencer!!!!





Lamia m'a conseillée de commencer par la lecture des cartes, splendides et émouvantes (le petit train des enfants est un doux clin d'oeil à ce que je vis à l'école....merci Lamia), où elle me relate tous les "pourquoi" des "comment" du colis!



Puis j'ouvre délicatement les emballages pour découvrir de très jolies choses:






  • des gourmandises.....miammmmmm du chocolat (que je n'ai pas encore goûté: je retarde le moment de la dégustation) et des brins de menthe du balcon de Lamia (ils n'ont pas résister à la durée du voyage et ne pourront pas être replantés...par contre ils trouveront une théière marocaine pour y exhaler leur parfum lorsque je préparerai un thé à la menthe au parfum marocain!





  • des albums, dont " D'un monde à l'autre" qui m'a émue au plus haut point, "La querelle" et "Aïssata et Tahitou" qui aborde un douloureux sujet: celui de la guerre civile qui ravage tout.





  • un roman ado "Le chant de Be": je souhaitais me lancer dans ce domaine de la littérature jeunesse que je connais mal. Je confirme Lamia, la photo est vraiment très belle et donne envie de partir avec le roman sous le bras





  • une douceur pour ma peau: un savon au karité à la senteur subtile et douce, issue du commerce équitable, mettant en valeur le travail des femmes du Burkina.

Les post-its rose en forme de coeur portaient un petit mot explicatif de Lamia....un vrai bonheur à lire, à suivre, à ouvrir, à découvrir et lire!!!


Mille et un mercis chère Lamia.


Et encore bravo à Emmyne pour cette organisation très sympathique en binôme, riche en découvertes!!!