mercredi 18 novembre 2009

Le silence des abeilles

Siddhârta Schweitzer naît dans les turbulences d'un vingtième siècle qui se meurt, sans le savoir encore, de consommation, de technologie, de jeunisme, de maladies plus effrayantes les unes que les autres, rongé par un crabe d'une pernicieuse efficacité.

Les parents de Siddhârta le délaissent, pris dans le tourbillon bohême, souvent égocentrique, de leurs préoccupations: très vite, ils deviennent aussi lointains qu'une parentèle éloignée. Le petit Sid sera élevé par sa grand-mère Susie et éprouvera très vite ressentiments, méfiance et crainte envers tout ce qui n'est pas d'un bon aloi suisse. Traînant son ennui entre les livres et les études, Siddhârta rencontre, inopinément, un petit animal fascinant: l'abeille! Chaque nuit, le rêve l'emporte au coeur d'une ruche où il devient ouvrière, faux bourdon, gardienne. La passion lentement s'épanouit pour enfin conduire Sid au métier d'apiculteur....comme son grand-père maternel.
L'entomologie, axée sur l'abeille, est le fil conducteur de ce roman d'apprentissage qui suit le cours de l'Histoire contemporaine de ces vingt dernières années. Sid quitte le couvain suisse pour des aventures apicoles aux Etats Unis, où les ruches par milliers sont transportées nuitamment, au gré des floraisons à travers le pays continent. Sa chrysalide s'ouvre à l'intolérance, fruit de sa deshérence familiale, une intolérance étrange teintée d'ouverture au monde et à la diversité ce qui lui permet, un jour, de croiser Valentine, une japonaise nomade qui travaille au standard d'une grande entreprise de produits phytosanitaires dont une gamme empoisonne lentement, mais sûrement, les abeilles.
Je n'ai pas souvent l'occasion de lire des auteurs suisses et j'avoue ne pas connaître grand chose à l'actualité littéraire de ce pays entouré de montagnes et semblant dormir au bord de ses nombreux lacs. "Le silence des abeilles" a attiré mon attention en titillant ma fibre "verte", sensible à la cause des abeilles tandis que l'argument littéraire achevait de me convaincre.
Ce qui surprend dans ce roman c'est la personnalité de Siddhârta qui erre entre tolérance et détestation de ce qui n'est pas national, qui oscille entre envie d'aller vers les autres et repli sur soi, sur une identité suisse intolérante et imperméable à l'étranger. Pourtant, Sid ira manifester à Davos contre le sommet du G9, le sommet à la gloire du capitalisme le plus sauvage qui soit, à l'ombre des banquiers muets. Pourtant, Sid tombera amoureux d'une jeune femme japonaise puis osera un coup d'éclat solitaire pour punir par là où il a péché le patron du groupe industriel qui fabrique et distribue le Secolo qui empoisonne les abeilles.
Le lecteur navigue entre les beautés de la nature et le sordide des groupuscules extrême-droite qui s'entraîne clandestinement avant d'organiser des expédititions punitives contre les étrangers, tente de démêler les sentiments contradictoires de Sid et sa vision du monde souvent fluctuante....à l'image d'une certaine jeunesse qui se révolte contre l'injustice du monde tout en cédant, parfois, aux sirènes du repli sur soi et du rejet de l'autre. Il se prend à sourire voire à rire en accompagnant le jeune protagoniste de ce roman d'aprentissage parce que certaines situations deviennent cocasse: le monde s'empêtre autour de ses multiples absurdes contradictions.
"Le silence des abeilles" me laisse perplexe: à vouloir créer un fil conducteur entre le monde des abeilles, rassurant par sa structure sociale inaltérable, et le héros qui ne sait plus trop à quoi ni à qui se raccrocher pour tenter de comprendre le monde et d'y faire sa place, l'auteur ne rend pas lisible le moteur de son écriture. Certes, il y a les éléments du roman d'apprentissage mais le lecteur a du mal à les décrypter: il est difficile de s'attacher aux personnages ou de raccorder les grands évènements contemporains avec le parcours de Siddhârta. En un mot comme en mille, même si je ne me suis pas ennuyée lors de la lecture du roman, je ne suis pas parvenue à comprendre où l'auteur voulait en venir: portrait d'une génération déstabilisée voire sacrifiée par la modernité? Critique d'un modèle sociétal en bout de course?


Une certitude se dégage de ma lecture: la Suisse est tout sauf une image d'Epinal où le chocolat au lait fleure bon les alpages tranquilles et où l'atmopshère feutrée des établissements bancaires laisse filtrer le silence des secrets bien gardés. Ce pays sans mer est loin d'être lisse comme la surface d'un lac: un vent de révolte peut y souffler à l'image d'un foehn indomptable.





Les avis de Mlle Gima  Suisse-info   femina.ch   info.ch   juliann   plume   

(5/7)





dimanche 15 novembre 2009

Dimanche poétique # 1



Je rejoins avec plaisir l'initiative de Celsmoon: dimanche rime avec poésie!
Comme je suis friande de haïkus, je ne peux résister à l'appel si particulier de ces poèmes courts qui en disent si long sur le monde.
Ce soir, un poème de Boshô

Une châtaigne tombe
les insectes font silence
parmi les herbes

vendredi 13 novembre 2009

Nouveau né


Après la saison des prix littéraires, la saison des festivals où la lecture est mise en avant commence. Elle avait déjà commencé avec Les lecture sous l'arbre, à Chambon-sur-Lignon (en Haute Loire), organisé par les Editions Cheyne (Jean François Manier-Martine Mellinette). Ces lectures sont un rendez-vous attendu par les amateurs de textes poétiques et de musique. Elle atteindra sa vitesse de croisière avec Les Lettres d'automne de Montauban.
J'aime les lectures publiques, j'aime que l'on me fasse la lecture à voix haute, moi qui raconte, plusieurs fois par jours, des albums et des contes à mes petits élèves....cela me repose et m'aide à laisser divaguer mon imagination tout en nourrissant mon imaginaire. C'est pourquoi, lorsque j'ai appris qu'un festival de lecture à voix haute, "Livres en tête", était créé par La Sorbonne en partenariat avec France-Culture, j'ai encore pesté d'être une provinciale: encore un évènement bien sympathique à se passer loin de mon coin de Bretagne (profonde?)! Il se tiendra du 19 au 22 Novembre prochain, au réfectoire des Cordeliers, 15 rue de l'école de médecine, Paris 6è Métro Odéon ... de nombreux auteurs y sont invités, notamment la lauréate du Goncourt, Marie N'Diaye!

Communiqué de presse:

"Ce premier festival de lecture est organisé par le Service culturel des étudiants de l'Université Paris-Sorbonne (Paris IV) et les Livreurs-lecteurs, en partenariat avec France-Culture, Le collège des universités de Paris et la Mairie de Paris.
La programmation, le choix des textes lus et des auteurs invités sont proposés par l’écrivain Pierre Jourde.
De nombreux auteurs sont invités (Éric Naulleau, Pierre Michon, Éric Chevillard, Richard Millet, Valère Novarina, Marie Ndiaye, Jean-Marie Laclavetine, Claude Louis-Combet, Hafed Benotman, Carole Martinez, Bernard Jannin, Ludovic Hary, Marie-Hélène Lafon, Johann Trümmel, etc.)
Différents événements sont proposés (Ta Page Nocturne, Bal à la Page, Quizz littéraire, etc.) durant lesquels sont lus les auteurs invités mais aussi des textes pamphlétaires, des parodies et des détournements littéraires.
Certaines soirées associent la musique et les mots avec la participation exceptionnelle de Xavier Phillips (violoncelle), de Benoît Delbecq (Claviers) et de Xavier Ehretsmann (aux platines)."
Une affiche bien alléchante, n'est-ce pas?!

(Photo issue d'un article de La Dépêche)

jeudi 12 novembre 2009

Prix littéraire

Quelques blogueuses bien connues en ont parlé sur leur blog: un nouveau prix est né lors de cette rentrée littéraire à laquelle nombre d'entre nous ont pu participer grâce aux belles propositions de Ulike.net et Babelio.
Le Grand Prix Littéraire du Web est une belle aventure participative au cours de laquelle les blogueurs ont eu un grand espace de parole. Un jury de blogueurs a lu la douzaine de titres en tête des préférences et a décerné le prix mardi soir.
Quatre catégories: Roman français, Roman étranger, Premier roman et un prix Spécial du Jury (comme à Cannes soulignait Leiloona).
Un autre prix était aussi décerné, et cela je ne le savais pas avant d'en être informée: le prix du meilleur chroniqueur. Je dois avouer que lorsque Raphaël Labbé de Ulike.net m'a envoyé un courriel pour m'annoncer que la chronique de Chatperlipopette sur "La dure loi du karma" de Mo Yan avait emporté la majorité des suffrages, j'ai cru à une blague puis j'ai ressenti une très grande joie devant la reconnaissance apportée aux contributions des blogueurs.
En janvier prochain, une nouvelle rentrée littéraire aura lieu et ce sera encore une superbe occasion de lire en avant-première de nombreuses belles pages!
Merci à l'équipe des chroniques de la rentrée littéraire qui a su mutualiser énergies et savoir-faire pour offrir un éventail exhausif des romans de l'automne.


mercredi 11 novembre 2009

Adopter un monde, adopter le monde

Il y a quelque temps, dans le cadre du swap jeunesse organisé par Emmyne, ma charmante swappeuse Lamia m'avait offert, parmi d'autres, un album qui m'a beaucoup touchée et beaucoup émue. D'ailleurs, ce n'est qu'aujourd'hui (parce que je ne veux pas que Lamia pense que j'ai oublié d'en parler) que je parviens, enfin, à prendre du recul et poser des mots sur le flot d'émotion qui me happa à la lecture.
Le narrateur est un jeune garçon qui lors d'un dimanche en famille, à la campagne, chez ses grands-parents, se fait une joie d'explorer la caverne d'Ali Baba qu'est le bureau de son grand-père. Ce dernier a rapporté de ses voyages autour du monde une multitude d'objets que le jeune garçon ne se lasse pas de regarder et de se faire expliquer. Mais ce qui le fascine plus que tout c'est la mappemonde de son grand-père, mappemonde départ d'une grande question sur ses origines: le jeune garçon est d'origine noire africaine tandis que son grand-père est blanc. Quel grand, quel immense voyage a-t-il fait, lui, le jeune narrateur avant de venir ici?
Le grand-père gâteau, le prend sur ses genoux et lui raconte la nuit des temps, le temps du nomadisme, mais surtout une coutume que de nombreux peuples sur terre pratiquent: l'adoption. "Tu sais, l'adoption est une tradition vieille comme le monde! Elle existe depuis plusieurs centaines d'années et se pratique sur tous les continents, même dans le Grand Nord, chez les Inuits qu'on appelle aussi les Esquimaux."
Il lui raconte les prénoms donnés en souvenir de la famille naturelle et celui donné par la famille qui accueille, il lui raconte la Malaisie où "il arrive qu'une famille confie l'un de ses enfants à un couple qui n'en a pas. Mais avant que le petit ne parte vivre chez ses nouveaux parents, il doit avoir goûter au lait de sa première maman. C'est comme ça, dit-on, qu'un lien invisible les unit pour toujours." Le flot des paroles du grand-père embarque son petit-fils dans une immense rêverie où les couleurs se mêlent et où les enfants tout en étant semblables à lui, ne lui ressemblent pas.
Une question, grave, émerge: ce doit être difficile de se séparer pour toujours de son enfant, non?  La réponse du grand-père est absolument merveilleuse: "La vie a beucoup d'imagination, tu sais, elle écrit des histoires douces et amères, à la fois pleines de sourires et de larmes, souvent mystérieuses. A nous de les comprendre et de les vivre!"
Les passages d'un monde à l'autre sont incessants et multiples au coeur de nombreuses familles, quelque que soit l'endroit où elles vivent.
"D'un monde à l'autre" est un album tout en émotions et en finesse où l'interrogation suscite une richesse d'histoires, une multitudes de réponses à un même manque....celui d'un enfant dans un foyer. Il explique, avec des mots simples et tendres, qu'accueillir une vie est aussi fort que de donner la vie, qu'être enfant adopté est aussi fort qu'être un enfant naturel....l'amour d'une mère est universel et unique pour l'enfant qu'elle borde et embrasse le soir dans son lit.
Un album délicat, sobre et d'une immense humanité! On en vient à regretter une chose (essentielle)....que nos sociétés, dites modernes, compliquent à l'infini un acte qui est pourtant naturel: l'accueil d'un enfant qui n'est pas le sien!

Les tranchées


Elles ont laissé des traces encore perceptibles au coeur des paysages du Nord et de l'Est de la France: des ondulations dans les champs, une route qui serpente, un crêt qui s'est émoussé.... Elles ont laissé des blessures telles que certains hommes n'avaient plus visage humain, que certains hommes en ont été bouleversés au plus profond d'eux-mêmes.

Cette année, je ne serai pas à la cérémonie commémorative (elle commence dans 5 minutes et je suis toujours en pyjama); cependant, je ne peux m'empêcher de penser à toutes ses vies perdues, hâchées, gâchées par un terrible rouleau compresseur: l'instinct mortifère des peuples qui inscrivent leur histoire dans le sang et la boue.

Les tranchées ont changé la vie des femmes: elles ont pris leur part de labeur tant en ville qu'à la campagne....elles se sont affranchies d'un joug qui mettra une bonne génération à leur offrir un droit longtemps bafoué: le droit de vote et leur autonomie vis à vis du Pater Familias....mettre un bulletin de vote dans l'urne et pouvoir s'affranchir et s'émanciper de l'autorisation maritale pour ouvrir un compte en banque et être autre chose qu'une mineure aux yeux de la loi.

La littérature s'est emparée, bien vite, de cette tragique boucherie: qui n'a pas lu "Les croix de bois" de Roland Dorgelès ou "Le feu" d'Henri Barbusse, sans connaître le frisson du cauchemar vécu par ces hommes brisés au fond de leurs trous suintant d'humidité et de peur!?

Les auteurs contemporains ont été également inspirés par cette période si particulière: "Sang noir" de Louis Guilloux, "A l'ouest rien de nouveau" de E.M Remarque (lu il y a fort longtemps et qui mériterait une relecture), "Orages d'acier" de Ernst Jünger, "Dans la guerre" d'Alice Ferney, "La chambre des officiers" de Marc Dugain, "Les âmes grises" de Philippe Claudel et plus récemment "L'homme barbelé" de Béatrice Fontanel.

Chacun, à leur façon selon leur vécu, leur sensibilité ou leur regard, mis en mots et/ou en images les miasmes, le sordide, le cauchemar quotidien, la peur, la terreur qui liquéfie celui qui part à l'assaut, la longueur interminable des minutes, des heures et des jours lorsque l'on est dans une tranchée, couvert de boue et de vermine....des mots qui secouent, qui émeuvent, qui terrassent et qui parviennent à dire le non-dit ou d'indicible.

Des hommages romanesques pour ces êtres qui ont tous perdu une part d'eux-mêmes, quand ce ne fut pas leur vie, dans ce conflit qui modernisa les manières de tuer son prochain à grande échelle!

Depuis l'an dernier, il n'y a plus de poilu pour témoigner de l'horreur....alors n'oublions pas, pour eux mais aussi pour ceux qui nous succéderont.

Une correspondance ICI


Et dire quej'ai oublie "Les champs d'honneur" de Jean Rouaud et "Le chemin des âmes" de Joseph Boyden...entre autres!

lundi 9 novembre 2009

C'était hier



C'était il y a 20 ans! Après la journée de travail, c'est un choc qui m'attend: le Mur de Berlin est sur le point de tomber! Je suis accro aux infos et sous mes yeux, un pan de mur s'affaisse: une scène surréaliste, la rencontre entre les manifestants de l'Ouest et des soldats Est-Allemands. Puis, c'est la Porte de Brandebourg qui laisse passer un flot, inexorable, d'hommes et de femmes qui tombent dans les bras des uns et des autres. Un vent de liberté allait emporter l'ancien bloc de l'Est et la fin d'une époque tombait avec les pans de mur berlinois!

Nous étions tous des Berlinois ce soir-là....et beaucoup d'entre nous pleuraient devant leur poste de télé.

Aujourd'hui, le monde célèbre les 20 ans de la chute d'un mur de la honte....il y en a encore un debout, en Israël. Tiendra--il aussi longtemps que celui de Berlin? J'ose espérer que non.

(photo de Wazieres Aurélien: mur de séparation entre Isarël et la Palestine, Bethléem)

dimanche 8 novembre 2009

Un nouveau défi pointe son nez


Non, non, ce n'est pas un défi auquel je participe mais, en me promenant chez Bladelor, je suis tombée sur cette annonce: défi SF. Comme j'aime beaucoup la SF, je me permets de faire de la réclame pour cette aventure littéraire imaginée par geishanellie.

Pour vous laisser convaincre cliquez ICI !

Bonne lecture et excellents voyages dans une myriade de galaxies romanesques!

Des fils de vie



L'écriture de nouvelles est un art littéraire plus difficile qu'il ne paraît: l'exercice, qui consiste à dire beaucoup en peu de pages, peut souvent s'avérer périlleux. Je découvrais pour la première fois l'univers de la grande novelliste canadienne, Alice Munro, avec "Les Lunes de Jupiter", recueil de douze nouvelles, relativement longues, certes, et fortes d'une myriade de personnages virevoltant autour du thème principal de chacune d'entre elles, telles les satellites, les lunes, de la planète Jupiter.
Alice Munro installe son lecteur dans le monde délicieusement trouble des histoires de famille, au coeur des années 50, ces années d'après-guerre où le sombre lentement s'estompe. Au centre de ses histoires, délicatement tissées et à la trame parfois triste, on rencontre des femmesmarquées par la vie, les déceptions, les joies ou les peines. Elles sont jeunes ou moins jeunes, d'âge mûr ou au bord de la vieillesse. Toujours elles se racontent et narrent un quotidien qui tricote l'Histoire des hommes. Toujours elles portent la mémoire d'une époque, d'un temps sur le point de disparaître. Sous leur apparence fragile, souvent se révèle un caractère étonnant, celui de celles qui ne se laissent pas abattre par les circonstances, celui de celles qui trouve le courage de dire non et de partir presque à l'aventure, loin d'une vie dans laquelle elles s'enlisent. Elles rencontrent l'improbable, se racontent à une oreille presque inconnue, se livrent et se cachent en même temps. Parfois elles sont belles, parfois elles sont laides, souvent elles paraissent quelconques mais possèdent toujours une lumière intérieure qui appelle à la tendresse. Ces femmes côtoient leurs contraires et leurs jumelles, au risque de frôler l'intolérance de l'incompréhension....cependant la chaleur ténue d'une flamme est toujours au détour du chemin: entre les silences des fidèles rigoristes, penchées sur leur ouvrage d'aiguille au son du balncier d'une antique horloge, et les rires d'une kyrielles de tantes secouant les murs de la maison familiale, il y a l'épouse qui se lasse d'une indifférence maritale et s'exaspère de son sentiment d'infériorité, il y a le souvenir d'une relation amoureuse ou la vie chaotique d'une fille qui cherche sa voie.
"Les Lunes de Jupiter" est un recueil dont la lecture enchante tout en installant le lecteur dans une tendre mélancolie, celle des souvenirs de famille qui lentement remontent à la surface, souvenirs suscités par l'universalité des personnages et de leur histoire. L'écriture est belle, douce, rythmée par les couleurs sépias des années d'après-guerre, celles des remises en questions et des espoirs en les balbutiements de la naissance d'une nouvelle époque.
Alice Munro maîtrise avec brio cet art si difficile de la nouvelle et le plaisir de la lire est ineffable.

Nouvelles traduites de l'anglais (Canada) par Colette Tonge




L'avis de Médiapart

(photo de Jerry Bauer)


samedi 7 novembre 2009

Swap au long cours: l'automne


Mardi matin, à l'heure du petit déjeuner d'une fin de vacances, le facteur sonne à la porte: c'est Mr Chatperlipopette qui réceptionne un gros paquet....chouette c'est le swap d'automne! Frétillant, telle une dorade au coeur d'une mer bretonne, je me suis fait violence pour ne pas me jeter tout de suite sur ledit colis: c'est vrai, quoi, je sais conserver un zeste de civilisation! Aussi, ai-je terminé, tranquillement (euh, non, j'avoue...rapidement) mon thé et ma tranche de brioche.
Ensuite....ce fut la découverte d'un contenu aux couleurs de l'arbre, cher au coeur de ma binômette Mirontaine: le vert profond côtoie un vert plus tendre, offrant une ambiance forestière aux nombreux paquets. Des marrons et des coques d'amour en cage apportent le fruité automnal, saison d'abondance avant les derniers feux d'un été qui s'éloigne à grands pas.
Je dois avouer que j'ai été très, très gâtée par Mirontaine qui, connaissant mon penchant pour les albums jeunesse, a doté ma bibliothèque jeunesse de jolis titres!


Entre les paquets de verdure en papier, s'est glissé un adorable petit pot de confiture où se trouvait une création qui m'a beaucoup émue: un adorable petit chat réalisé par le petit Korrigan de Mirontaine et sa mamie....chat qui a rejoint très vite ma collection féline du bureau!




Mirontaine a pensé aussi à la lueur tremblotante mais précieuse de la bougie, à la chaleur du bois d'un porte-bougie en forme de sapin ainsi qu'à la douceur apaisante du miel: le parfait trio pour la dégustation d'une tisane vespérale tandis que la pluie chante sur les toits.

Mirontaine sait que j'adore le chocolat....un paquet de délicieux mendiants a titillé les papilles de la Chatperlipopette's family!!!

Le miel a été dégusté jeudi soir, dans une tisane apaisante....juste avant de rejoindre la chaleur de la couette....Mmmmmm qu'il est bon et d'une douce saveur!!!!


Un immense merci à Mirontaine et à Bladelor, l'organisatrice de ce joli swap au long cours!!!!

mardi 3 novembre 2009

Le paradis perdu


"Ils avaient été repoussés jusqu'au bord du Pacifique, ils avaient vendu une bonne partie de l'Etat de Washington pour le prix d'une Buick Regal avec la transmission bousillée, s'ils faisaient un pas en arrière, ils disparaissaient dans l'océan. Personne n'entendrait plus parler d'eux sur cette terre qui leur apparetnait, excepté dans les musées d'ethnographie."
Une telle présentation de quatrième de couverture ne peut que receler la plus belle surprise comme la plus grande déception pour un lecteur appâté par ces phrases évocatrices des tribus enfouies dans les souvenirs d'une histoire récente aux allures de préhistoire.
Que reste-t-il à ces tribus indiennes qui n'ont pas eu la chance ni le flair des Navajos de Las Vegas, hormis les rogatons d'une histoire qui n'en finit plus de mourir? Que reste-t-il à ces hommes, à ces femmes, à ces enfants, parqués dans des réserves où le sordide de l'alcool se dispute avec un misérable quotidien au cours duquel on ne peut que mourir d'ennui? Que reste-t-il à ces fières tribus une fois que le bison ou la baleine ont été chassés des grandes prairies et de l'océan, une fois que les traditions sont devenues simples légendes? Un oeil aiguisé par des générations d'habiles chasseurs, le maniement d'une arme, la capacité de concentration face à la proie que l'on a choisie? Autant de questions pouvant demeurer sans réponse claire.
Frédéric Roux suit la piste de ces interrogations en donnant vie à des personnages hauts en couleurs, plus extraordinaires et incroyables les uns que les autres, entre douceur, regrets, amertume et violence. Le lecteur approche, à pas feutrés, la danse échevelée de Percy et son frère Stud, indiens Makahs, flanqués d'un Howard, ancien du Viet-Nam, egrenant les aphorismes piochés au fil de ses lectures littéraires (le seul indien de la réserve à avoir lu des livres jusqu'au bout!!!), de Greg, un taiseux à la carrure de géant et à l'inquiétant et trouble passé, de Chris, échalas en bout de course et à la mystique réduite à néant par la maladie qui le ronge, et de toute une galerie de personnages des plus étonnants.
Que reste-t-il à ces jeunes hommes, dont l'avenir n'est que brouillard au coeur duquel ils se perdent dans cesse, lorsque les portes de la prison s'ouvrent enfin, quand l'alcool grignote leur volonté et leur apporte inerte béatitude? Un sursaut de lucidité, exprimé par les tatouages ethniques de Stud et sa conversion à l'abstinence et le dépoussiérage d'une tradition oubliée...la chasse à la baleine!
C'est ainsi que Neath Bay, près de Vancouver, ce bout du monde oublié entre océan et forêt de séquoias, va devenir le terrain d'une bataille aux allures de baroud d'honneur pour les 1500 indiens Makahs (ils étaient 40000 à la fin du 19è siècle), eux qui ont été dépossédés de leur culture, de leur mode de vie, de leur terre par le rouleau compresseur d'une histoire qui n'allait pas dans leur sens, qui ne comprenait pas l'essence d'une culture à l'écoute de la Nature; eux qui vivent dans la misère et les effluves d'alcool, à deux pas du monde dit civilisé et de la modernité.
La chasse à la baleine devient le cheval de bataille de six énergumènes bien décidés à faire valoir une autre vision du monde, malgré leur parcours chaotique voire odieux. Sont-ils tous sincères, ces six lascars? Dans une certaine mesure, oui, mais avec des bémols vite gommés devant la horde sauvage d'un genre de militants écologistes dont l'extrémisme est à la hauteur du mépris qu'ils peuvent avoir pour les cultures traditionnelles.
Frédéric Roux orchestre cette histoire en entrelaçant le tragique au burlesque le plus profond, en parsemant la quête du paradis perdu d'un humour décapant éreintant sans concession l'atavisme désespérant des tribus engluées dans un marasme identitaire et la culture blanche hégémonique et mortifère mais aussi une certaine idée de l'écologie des blancs (le colonel écolo Saul Homes est savoureusement méchant et ridicule!!)...sans compter une petite perfidie, très subtile et hélas fugace, envers un roman-(en)quêteur français sillonnant l'Amérique (je suis certaine que vous voyez de qui je veux parler) qui s'empresse de ne pas voir un pan plus que laid et inavouable de l'Amérique de nos fantasmes. Moby Dick revient hanter la baie amérindienne et son Capitaine Achab doit affronter le verbiage et non plus le cachalot. Notre Stud n'est sans doute pas Achab mais certainement un valeureux capitaine parti à la reconquête d'une estime de soi à bord d'un canoë venu du fond des âges.
"L'hiver indien" est le roman d'une quête, celle d'un paradis perdu sous le fer et le feu des vainqueurs, celle d'une culture sombrant lentement dans l'oubli, celle de marginaux qui, dans un sursaut de fierté envers leur appartenance ethnique, vont à la rencontre de leur histoire et de leur liberté noyée par l'alcool, le diabète, l'obésité et une acculturation savamment orchestrée. Comme dans "Moby Dick", la baleine et ces hommes atypiques de "L'hiver indien" sont une parabole de la liberté servie par une écriture romanesque d'une grande qualité où le farfelu, l'inattendu, voire le déjanté, viennent réduire les clichés les plus éculés à ce qu'ils sont....des reflets ternes et tristes, une fausse bonne conscience pour soulager le remords de médiocres vainqueurs.
"L'hiver indien" est un roman que l'on garde en soi longtemps: l'émotion étreint derrière le rire et accompagne de mélancolie le burlesque dansant.






Un grand merci à Suzanne de Chez les filles pour cette très belle lecture!





lundi 2 novembre 2009

Goncourt

(photo AFP)

Il faisait l'unanimité parmi les lecteurs qui ont eu la joie de le lire (je devrai attendre les vacances de Noël pour m'en emparer à la médiathèque...il est tout le temps de sortie!!!) et le jury de l'Académie Goncourt l'a couronné:


Trois femmes puissantes de Marie NDiaye va connaître un nouvel essor et c'est tant mieux!

Un petit mouvement d'humeur à l'encontre d'Orange.fr: pourquoi avoir mis la bobine de Beigbeder au lieu de celle de la lauréate du Goncourt? Du coup, j'ai eu quelques frayeurs en croyant que l'auteur, controversé, de "Un roman français" avait remporté le Goncourt!!!! Ouf, il n'en était rien mais quand même, il a fallu que je clique sur le titre du billet pour me rassurer!





(Frédéric Beigbeder est le surprenant lauréat du Renaudot)

samedi 31 octobre 2009

Glanage de saison

Dès que le soleil ira se coucher, des lutins déguisés viendront sonner aux portes des maisons....frissons garantis si les occupants ne sont pas munis de friandises et autres douceurs sucrées!
En attendant, Chatperlipopette, en balade sur le web, a trouvé une bien jolie photo pour illustrer ce jour d'Halloween:
Joyeux Halloween


Héhéhéhé, je savais que vous alliez être terrorisé à la vue de ce chat en pleine méditation halloweenesque!

vendredi 30 octobre 2009

La culture sur le web


(photo trouvée sur le web, auteur Raoul Trifan, album flick.fr)

Cet après-midi, dans ma boîte à courriels, j'ai trouvé un message m'invitant à cliquer sur quelques liens: ce sont des entrevues d'auteurs réalisés à la BNF. J'ai visualisé la première partie de l'émission littéraire "Interlignes" consacrée à Laurent Mauvignier.


"Interlignes" donne la parole aux "écrivains susceptibles de remporter un prix littéraire cette année."

"Animée par Dominique Antoine, Intrelignes prend le temps (4 épisodes par auteur) d'approcher, de découvrir et de décrypter l'écriture et le travail d'écriture de chacun des auteurs invités."

J'ai trouvé ce concept très intéressant, l'ambiance intimiste, on a l'impression d'être aux côtés des auteurs et surtout, je me suis régalée à écouter Laurent Mauvignier!

"Jusqu'ici ont participé : Patrick Besson, Dany Laferrière, Laurent Mauvignier et Frédéric Beigbeder. Au programme dans les prochaines semaines : Marie N'Diaye et David Foenkinos le 31 octobre. Yannick Haenel et Bruno Tessarech le 7 novembre. Simon Liberati et Clémence Boulouque le 14 novembre. Daniel Picouly le 21 novembre."


Merci Camille Jung pour ce courriel qui ayant piqué ma curiosité m'a emportée dans un charmant sillage!

jeudi 29 octobre 2009

La vengeance est un plat qui se mange froid



Lincoln Perry est un ancien flic devenu détective privé: suite à un accrochage sérieux avec l'homme qui fut son rival, LP dut quitter la police. Alors qu'il s'occupe sans histoire de son agence, qu'il attend que son associé se remette de ses blessures, son ex-fiancée l'appelle pour lui demander de retrouver Matthew, le fils de son défunt mari. En effet, ce dernier, Alex Jefferson, a été retrouvé assassiné et laisse un héritage conséquent à son fils. Lincoln Perry ne sait pas encore qu'en acceptant d'aider son ex, il va s'embourber dans un chemin des plus douteux: il devient très vite le suspect numéro 1, d'autant que tout concorde à l'accuser malgré toutes ses dénégations!
Commence alors une dangereuse partie gendarme et voleur où la corruption, les mensonges et les dissimulations mènent la danse. Qui se cache derrière le tueur, ce boucher tortionnaire qui se repait de la longue souffrance de ses victimes? Quelle vengeance lui dicte ses actes cruels? De révélations en sordides mensonges, se déroule une enquête en eaux troubles dans lesquelles nagent les prédateurs manipulateurs et leurs poissons pilotes manipulés; eaux marécageuses où les détenteurs du pouvoir de l'argent n'ont que faire des vies des plus démunis qu'ils détruisent sans ciller.
"Une tombe accueillante" est un roman noir, un thriller rondement mené, au suspense bien construit, à l'écriture suffisamment efficace pour tenir en haleine le lecteur malgré les ficelles du genre rapidement décelées. La psychologie des personnages a juste ce qu'il faut de profondeur pour les rendre crédibles, cependant elle ne parvient pas à masquer le côté irritant du héros, privé au grand coeur, désabusé mais encore un peu idéaliste, jouant sur la corde usée des poncifs du genre. Bien entendu il y a le flic collant, celui qui ne voit pas que le héros est innocent et qui le charge dès qu'il le peut; bien sûr il y a l'ex qu'il n'a pas rayée de ses souvenirs et la future petite amie qui se cache derrière une bonne camaraderie; certes il y a l'associé à la fidélité indéfectible et au regard extérieur de la raison; il y a tous les ingrédients pour que la mayonnaise prenne mais, car il y a une réserve, le lecteur ressent comme une insatisfaction à l'issue de sa lecture....il passe un bon moment mais sans plus. J'aurai aimé un peu plus de chemins tortueux, de méchanceté, de personnalités cauteleuses et moins de stéréotypes. Même si la lecture du roman est fluide, s'écoule avec l'envie de savoir comment cela se termine, l'histoire est loin d'être aussi sombre que je ne l'espérais....le politiquement correct serait-il un peu trop de mise? Bref, Lincoln Perry est loin d'être un personnage à la hauteur d'un Harry Bosh ou d'un Philip Marlowe!

Roman traduit de l'anglais (USA) par Mireille Vignol






Merci à Nanou qui m'a gentiment prêté ce roman.

Les avis de vent sombre keisha nanou

mercredi 28 octobre 2009

Le pousse-pousse, c'est toute sa vie



Le Veinard est tireur de pousse à Pékin; il est intègre, sobre, dur au labeur et n'a qu'un seul objectif en tête: économiser assez de yuan pour acquérir son propre pousse et devenir ainsi son propre patron! Le Veinard rogne sur tout pour gonfler au fil des mois et des années son petit pécule et, tout en étant bien considéré par ses compagnons de misère il est loin de partager leurs tendances de consommateurs d'alcools et de filles de joie.
Il loge, quand il n'est pas engagé au mois chez un particulier, dans une chambre pour célibataire au-dessus du garage de Maître Liu et sa fille La Tigresse. Entre les courses à travers la ville et les engagements dans les familles, Le Veinard rempli sa tirelire et parvient enfin à réaliser son rêve le plus cher: acheter son pousse et pouvoir s'énorgueuillir de sa réussite, de sa belle stature d'athlète ainsi que de penser à prendre femme. Très vite, le malheur ternit l'avenir radieux qui s'offre au Veinard: lors d'une course risquée en-dehors de la ville, alors que les rumeurs de guerre enflent chaque jour, pour le gain de quelques yuan supplémentaires, il se retrouve arrêté et embarqué par un groupe de soldats qui lui volent son pousse et lui laissent la vie. Notre Veinard est de retour à la case départ, sa liberté si chère à son coeur entravée et le moral au plus bas. Cependant, notre tireur de pousse a de la ressoource et comme tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir dès que l'occasion se présente à lui, il s'empresse de fausser compagnie aux soldats en emportant, en prime, à défaut de son pousse, les trois chameaux du convoi.
Le Veinard récupère une partie de son argent en vendant à perte les chameaux et de retour en ville, rebondit pour atteindre une fois de plus son rêve, acheter un pousse. Seulement, même si la chance demeure une compagne discrète mais réelle, Le Veinard rencontre plus d'obstacles qu'auparavant: entre les maisonnées désagréables où les épouses sont de vraies harpies, la concupiscence de La Tigresse qui le leurre et la surveillance policière de la famille Cao, les déconvenues se succèdent et apportent découragement et amertume. Notre Veinard tombera de Charybde en Scylla et lecteur sera le spectateur impuissant d'une vie déchue où la tristesse, la souffrance et le désespoir se disputent les lambeaux d'un rêve devenu vaine chimère. Il suit les efforts, sans cesse renouvelés, d'un pauvre hère, soumis à la dure loi d'un karma mais surtout d'une époque et d'un vent de l'Histoire, rouleaux compresseur d'une population fragile et miséreuse, en quête d'une pitance journalière qui lui permettra de voir chaque lendemain.
Lao She signe avec "Le tireur de pousse" un roman social digne d'un Zola, tant le réalisme est présent; il met en scène, avec tendresse, sans pathos exagéré et un humour décapant , le menu peuple de Pékin, celui qui par sa misère apporte la richesse et l'insouciance aux castes aisées et aux puissants. Le Veinard tente de sortir de sa condition de subalterne voire d'esclave, malgré son manque d'instruction et sa grande solitude (il a perdu les siens et du quitter sa campagne pour gagner sa vie en ville). Or, la marche d'une société en bout de course (Lao She suggère à demi-mot les futurs bouleversements de la Chine), refuse, par son fatalisme et son attachement à l'ordre des choses, l'espoir d'une vie meilleure aux hommes de bonne volonté. Le héros vit ses malheurs sans pouvoir être dans la capacité de faire les bons choix en raison de sa naïveté et de son absence d'éducation: le lecteur se demande, tout au long du récit, si la vie du Veinard aurait été différente s'il n'avait pas choisi cette funeste course en dehors de la ville.
Lao She utilise, avec un savoureux brio, le burlesque, non seulement de la description des personnages mais aussi des situations dans lesquelles Le Veinard se retrouve pour en extraire une force romanesque où la farce côtoie le tragi-comique. Cependant, à côté d'une verve pleine d'humour, Lao She sait décrire les mille et un petits détails du quotidien (la hiérarchie chez les pousse-pousse, leurs vêtements, leurs postures ou encore les plats revigorants achetés dans les gargotes...) sans lasser le lecteur, sans oublier d'accompagner les moments les plus critiques vécus par son héros de splendides descriptions empreintes de poésie, descriptions qui participent à la dramaturgie romanesque.
"Maintenant le ciel gris se diaprait de rouge, et les contours des arbres et des lointains se précisaient. Puis, peu à peu, le rouge se mêla au gris, formant des taches pourpres et violettes. L'horizon avait la couleur des raisins pas encore mûrs. Peu après, une teinte orange vif apparut et le coloris du ciel devint plus lumineux. Soudain, tout le paysage se détacha distinctement; la brume matinale qui couvrait l'orient se moira d'un rouge éclatant tandis que le zénith bleuissait. Puis la brume se dissipa et les rayons dorés du soleil apparurent enfin, tissant dans la trame des nuages une immense toile de feu: et les champs, les arbres, l'herbe passèrent alors du vert bleuté à un jade resplendissant." (p 38)
"Les eaux des douves du Palais étaient déjà complètement gelés, et leur brillant ruban gris longeait les anciens remparts de la Cité interdite. Aucun son ne parvenait de l'intérieur des murs. Les tours de guet aux toits finement travaillés, la voûte aux reflets d'or, les grands portails vermillon et les kiosques de la colline du Belvédère semblaient demeurer en suspens dans le clair de lune. On eût dit qu'ils attendaient que retentît l'écho de quelque voix à jamais silencieuse. Un vent léger soufflait doucement, franchissant les murailles de la Cité interdite. Il effleurait légèrement les kiosque et les palais comme s'il voulait leur raconter quelque histoire secrète d'un lointain passé." (p 126)
La lecture de ce roman m'a emmenée dans l'univers pittoresque, chaleureux et parfois épouvantablement tragique, du petit peuple pékinois du début du XXè siècle. Ce menu peuple, Lao She l'avait déjà admirablement peint dans "Quatre générations sous un même toit".
"Le tireur de pousse" est un prélude à tout ce que Lao She développera par la suite: la misère crasse des plus pauvres, la hantise du lendemain, les saisons apportant leur lot de drames, la fange qui semble ne jamais décoller des pieds des masses laborieuses, la corruption, pieuvre étouffant les plus faibles, ou la richesse méprisante de certains riches.
Il met en scène aussi les progressistes qui souhaitent voir le pouvoir être plus à l'écoute des misères du peuple et s'ouvrir un peu plus au monde moderne et se fait l'écho d'une vague qui bouleversera pour longtemps le visage, hors du temps, de la Chine.

Nota Bene: la traduction de mon exemplaire n'a pas été revisitée par François Cheng et sa fille; elle date de 1985 et parfois le style m'a paru un peu lourd. Cependant, elle n'a en rien diminué mon plaisir de lire ce premier roman de Lao She!

Roman traduit du chinois par Denise Ly-Lebreton







Roman lu dans le cadre des Lectures communes de Parfums de Livre



mardi 27 octobre 2009

Un défi personnel


Me rendant, dimanche matin, au Festival du Livre de Carhaix, la honte m'est tombée dessus, telle la vérole sur le bas-clergé breton: je n'avais pas pris le temps de lire les romans achetés au salon!!!

Ce soir, en allant chez Yvon, l'idée d'un challenge particulier m'est venue: et si je me lançais un défi à moi-même ayant pour objectif de lire d'ici la prochaine édition les romans bretons qui m'attendent dans ma PAL?

En effet, depuis le temps, ils s'accumulent:


Jamais de la vie de Françoise Moreau

Des gourmandises sur l'étagère de Françoise Moreau

Plume, lettre à un chat disparu de Claude Ansgari

Un an avec les trois petites soeurs de Yolande Catelain (littérature jeunesse)

La nuit blanche d'Hervé Bellec

Délit d'initié à Brest de Laurent Ségalen

Haïkus du chat de J.Poullaouec

Les Mange-Rêve: le grand dérèglement de J-L Le Pogam

Les Mange-Rêve: la route du nord de J-L Le Pogam

La peine du menuisier de Marie Le Gall

Les bois dormants de Fabienne Juhel

Mon vieux grenier en Bretagne de Louis Pouliquen

La cabane d'Hippolyte de Marie Le Drian (merci Sylire!!!)


Au rythme d'un par mois, ce défi est réalisable, non?

lundi 26 octobre 2009

Le voyageur immobile


Louis C. Lynch, dit "Lucy" depuis sa première rentrée scolaire, vit à Thomaston sans jamais avoir désiré quitter cette petite ville de l'Amérique profonde à une encablure de la trépidante et cosmopolite New-York. Il y est viscéralement attaché et ne peut envisager d'aller vivre ailleurs. Il y a ses amis, ses épiceries, son fils, ses souvenirs heureux et malheureux, il y croise des figures familières, celle dont l'histoire intime est inscrite dans l'atmosphère, dans les interstices du bitume ou du gazon, et qu'il peut lire, relire sans fin, par le prisme de son optimisme indéfectible et sans faille.
Il a entrepris d'écrire l'histoire de sa vie et, alors que son épouse Sarah, s'occupe des ultimes préparatifs de leur voyage à Venise, Lou achève de regarder derrière lui une vie qu'il a lentement déroulée. Il regarde et voit les menus faits de son enfance, coincée entre un père d'un tel optimisme qu'il semble être simplet et une mère au réalisme épuré de tout regrad amène sur l'être humain: son meilleur ami Bobby Marconi en compagnie duquel il "surfait" dans la camionnette de livreur de lait de son père, ses balades à vélo dans les quartiers de la ville, les soirées au bal du samedi soir où il regardait les filles sans espoir de conquête ou sa rencontre avec Mr Mock et à leur amitié construite au fil des grilles repeintes, à une époque où les Noirs américains étaient maintenus sur les bas-côtés de la société. Lou se rappelle aussi de sa terrible expérience due aux agissements d'une bande de mauvais garçons, expérience qui restera imprimée, malgré l'apparent oubli, au plus profond de son être: les moments passés dans un tonneau, la nuit, attendant, soumis à une immense frayeur, sa fin programmée, provoquant sa première "absence" et un étrange bien-être au "réveil".
Son ami Bobby s'est exilé de Thomaston pour partir en Europe et s'installer à Venise où il mène une brillante carrière de peintre et est devenu Robert Noonan. Il regarde, lui aussi, par-dessus son épaule et voit son passé revenir à lui: son enfance difficile, entre un père autoritaire et violent et une mère oscillant entre folie douce et perte de raison, son amitié incongrue avec Lou Lynch, ce garçon timoré, timide et en quête de copain.
Tous deux, séparés par un océan et une vision de la vie, sont les voix d'une histoire où perce la nostalgie d'une époque révolue, celle des petites villes américaines des années 50, engluées dans un ronron insipide, prémice d'une récession économique (l'épicerie Chez Ikey qui perdure malgré l'arrivée des grandes surfaces dévoreuses de petits commerces tisserands de liens sociaux, la tannerie qui pollue tout, la natur et les hommes, les livraisons des bouteilles de lait, les quartiers "ghetto" des différentes couches sociales...). Pourquoi ces deux garçons si différents, si éloignés l'un de l'autre, ont-ils tissé des liens d'amitié, que trouvaient-ils l'un chez l'autre? Chacun leur tour, ils s'interrogent sur la nature de ces liens et leurs regards croisés sur le monde actuel apportent un parfum de frustrations du couple, de désirs inavoués et inassouvis, de violences secrètes, et un lourd passif du poids des origines sous les hyprocrisies empoisonnées de la vie provinciale, cette vie souvent étriquée qui n'a de cesse de pourfendre, à coups de lames perfides, ce qui ose sortir du bon ordonnancement des choses. Chacun, à leur manière, ont construit une face du pan d'une vie: entre le danger de l'aventure et le confort d'une vie sans surprise, la présence d'un parfum légèrement délétère....celui de l'amour commun d'une femme.
Richard Russo dissèque, soigneusement, les âmes de ses personnages, allant jusqu'au bout de l'ambiance guimauve et provoquer l'écoeurement de son lecteur devant l'optimisme horripilant de Lou Lynch père, qu'il a envie de secouer pour lui faire quitter ce sourire à la limite de la niaiserie. Lou Lynch, parangon de la confiance en son pays qui ne peut que désirer le bien et le bonheur de ses citoyens, ce pays qui est l'exemple de la liberté (à partir du moment où on n'est ni noir, ni latino, ni indien!) et de la démocratie, alors que tout part à vau l'eau entre les cancers dus aux pollutions industrielles et le déclin économique. Le lecteur se dit que Lucy n'a aucune chance d'évoluer et commence à angoisser devant l'inamovible sourire dont il a hérité et son entêtement à ne pas vouloir bouger de Thomaston. Par de subtils petits coups de pinceau, Russo apporte profondeur et complexité à Lucy si bien que très rapidement, le lecteur ne peut s'empêcher de s'y attacher, de sourire avec lui, de regarder nostalgique le passé et les souvenirs, d'éprouver tendresse et compassion pour le monde qui va comme il peut. Derrière les apparences, se dissimule toujours une face invisible avec ses joies et ses blessures, c'est ce, grâce à une très belle écriture et un regard tendre, que Russo dessine délicatement, au gré des tons sépia de l'univers révolu des souvenirs et de l'enfance.
"Le pont des soupirs" est un roman intimiste qui déroule une galerie de personnages plus attachants les uns que les autres, malgré leurs défauts; ainsi le personnage de Berg, le professeur de lettres, père de Sarah, dont les cours subversifs sont un véritable régal...un orfèvre de la maïeutique! Ou encore le frère de Lou senior, irritant de grossièreté mais débordant d'amour indicible pour son frère comme pour sa belle-soeur. Au fil des chapitres et de leurs touches minimes mais essentielles, l'irritation, l'agacement ressenti devant la naïveté de Lou et les "absences" de Lucy (absences qui puisent leur origine dans le refus d'accepter la noirceur inexplicable du monde? Absences qui offrent une porte de sortie, une respiration salutaire, un monde de paix et de sérénité dont il a de plus en plus de difficulté à quitter?) , laissent la place à une vision positive du monde malgré ses imperfections et apportent, sans fausse note, le dénouement du récit: Lucy qui déplace son amour du voyage immobile pour la fraîcheur enthousiaste d'une enfant qui s'éveille à la vie.

Roman traduit de l'anglais (USA) par Jean-Luc Piningre






Roman lu dans le cadre des Lectures Communes de Parfums de Livre


On se fait des petits classiques cette année?


Non, ce n'est pas encore un caprice! Non, ce n'est pas une lubie! Oui, c'est le relai d'une info bien intéressante pour les amoureux de la littérature, de la belle écriture et d'une époque qui peut paraître dater de la Préhistoire!

En me baladant chez Bladelor, j'ai trouvé un nouveau défi lancé par Mariel: "J'aime les classiques"! Comme cette découverte était le prolongement d'une discussion avec Sylire à Carhaix, ni une ni deux, zou...j'ai foncé et je me suis inscrite.

Dans peu de temps, dans le cadre d'une lecture commune avec mes accolytes de Parfums de livre, je me ferai un plaisir de relire "Le lys dans la vallée" de Balzac....un bon début pour ce défi, non?

De Balzac, je continuerai bien mon itinéraire avec du Sophocle, de l'Aristophane, du Tourgueniev, du Tchekov, du Stendhal et du Cervantès...entre autres!

1 classique par mois, la mer à boire, à lire? Non, juste un pur plaisir!