samedi 3 octobre 2009

Le bibliobus québécois

Le Chauffeur conduit un bibliobus pas comme les autres sur les routes québécoises reliant les contrées isolées à l'antre de l'évasion par la lecture. Il sillonne, trois fois dans l'année, l'alsphate pour déposer dans ses réseaux, au creux des bras des chefs de ces derniers, le sac de livres qui les fera tenir jusqu'au prochain passage. Les réseaux, une image qui rappelle la clandestinité, le mystère, le secret jalousement gardé et l'aventure fleurant bon le danger...une image qu'aime Le Chauffeur, ce bibliothécaire ambulant, porteur de mots, d'ensoleillement et de compagnie. Alors qu'il pense entamer son ultime tournée, il croise la route de saltimbanques français dont fait partie Marie. Très vite, Le Chauffeur ressent une attirance irrésistible pour Marie en qui il pense trouver son double, son reflet, sa complémentarité; très vite leurs chemins se croisent et recroisent au gré des représentations pour finalement se suivre afin de permettre aux artistes français de réaliser un de leurs désirs: visiter le Québec. Marie, étoile frêle, fée lumineuse au crayon donnant vie aux oiseaux, petit grain de sable brillant qui rend incongrue la présence, au début inquiétante, du tuyau destiné à aider Le Chauffeur à stopper une vie dont il ne veut plus, dont il a perdu le goût. Au gré des virages, au gré des arrêts dans les villages perdus, au gré des conversations parmi les livres, une tasse de tisane à la main, Le Chauffeur réapprend à regarder la vie d'un autre oeil, celui de l'espoir, de la couleur chaude des paysages, du rythme cardiaque qui s'accélère parce qu'un doux sentiment affleure au moment où il s'attendait le moins. Il est parfois des romans dont on a du mal à expliquer pourquoi on est entré immédiatement dans l'atmosphère qui s'en dégage: "La tournée d'automne" en fait partie. Dès la première phrase, la magie a opéré, le voyage en compagnie du Chauffeur a commencé avec l'envie qu'il ne finisse jamais. Un ancien camion laitier transformé en bibliobus....un breuvage laiteux, nourrissant, remplacé par les mots, les images, l'imaginaire, autres nourritures fondamentales, le lait, source de vie de l'enfance des Hommes, devient flot immatériel d'une source alimentant la curiosité de ces derniers. Un camion qui attire autant les villageois que les chats québécois....les chats amateurs invétérés de lait mais aussi immuables compagnons du stylo qui glisse sur le papier. J'ai aimé me faire toute petite, près des rayonnages, aux côtés des badauds écoutant la musique des artistes, derrière la fenêtre du bibliobus, regardant défiler des paysages inconnus et pourtant familiers. J'ai aimé les moments de contemplation du fleuve si grand, si majestueux qu'il ressemble à l'océan, si magique que l'on distingue le souffle jaillissant des baleines en balade. Une beauté sauvage et immémoriale en filigrane du chemin de vie d'un homme arrivé à l'âge de la retraite qui ouvre les yeux sur les joliesses du monde, un personnage qui m'a émue au plus haut point et que j'ai accompagné, subjuguée, d'un bout à l'autre de sa tournée. Le Chauffeur tisserand de liens invisibles entre les lecteurs, ses grands lecteurs, et ses livres que certaines disparitions n'attriste pas bien au contraire, heureux que leur voyage continue sur d'autres routes. "La tournée d'automne" par ses côtés sucrés m'a embarquée dans un monde où le bruit est en sourdine (même la fanfare n'est pas tonitruante), où les sons feutrés divaguent, où la brume des larmes voile un regard sans le noyer; un monde qui peut paraître irréel, voire artificiel, mais qui dégage une douce chaleur humaine, une dentelle à la fragile apparence et à la force réelle, offrant un havre de paix dans un environnement qui ne semble pas se lasser d'être bruyant. Ce fut comme un arrêt du temps, une fenêtre s'ouvrant sur un jardin paisible dans la lumière dorée d'un été indien...sensations d'étirement temporel, flaveurs d'une guimauve élastique que l'on déguste avec une lente gourmandise pour faire durer la magie de l'éphémère.
"C'était un petit camion Ford de deux tonnes. Il avait beaucoup roulé, il était vieux, mais on ne lui aurait pas donné son âge. De couleur gris ardoise, il avait fière allure avec ses formes arrondies, ses rideaux aux fenêtres et le mot Bibliobus peint en blanc sur le côté. Il ouvrit une des portes arrière, abaissa le marchepied et monta à l'intérieur...Après toutes ces années, le charme opérait toujours: sitôt la porte fermée, on se trouvait dans un autre monde, un monde silencieux et réconfortant où régnaient la chaleur des livres, leur parfum secret et leurs couleurs multiples, parfois vives, parfois douces comme le miel." (p 13)
Roman lu dans le cadre du Blogoclub de lecture

jeudi 1 octobre 2009

Le Chant de la Terre II


Le premier volet du Chant de la Terre commençait avec La grande course de chars à voile, volet au cours duquel on découvrait des être hybrides à foison, d'étranges mastodondes paisibles et insensibles à la douleur qui lentement s'éteignaient sans que l'on comprenne pourquoi, des quêtes croisant la route sans fin des possibles du Grand Loin et des espoirs pour l'Humanité.
Des millions et des millions d'années sont passées, Starquin est toujours emprisonné dans sa cage cosmique de Dix Mille Ans, et les êtres de cette Terre aux mille visages sont toujours les acteurs inconnus de la Quête. L'Arc-en-Ciel régit le monde où vivent les Humains Sauvages, où d'étranges gardiens gèrent un dôme bizarre où déambulent des Spécialistes qui auront leur part d'action, ténue mais ô combien essentielle....les gouttes d'eau font les grandes rivières et les actes les plus minimes peuvent avoir des conséquences primordiales.
Ce second épisode, ce chant de la Terre qui se déroule au coeur du 143è millénaire d'une ère que l'on ne peut imaginer, est celui de la naissance d'une triade, la Triade voulue par Starquin, le prisonnier du temps, celle qui détient une des clés de sa libération. Ainsi, les fils du destin invisible des uns et des autres tissent-ils la route qui fera se croiser La Fille, Néoténite aux allures incongrues de gros bébé, le Vieil Homme, le Cuitador Zozuba, gardien du Dôme, et Manuel, l'Artiste, l'Humain Sauvage. Ils s'engagent dans une aventure initiatique au cours de laquelle ils iront de surprise en surprise en rencontrant un monde où les apparences sont plus importantes que l'être, où la vie rêvée est celle que l'on aimerait vivre, une vie virtuelle qui lentement érode l'être que l'on est. La locomotive à vapeur est le dernier endroit où l'on peut enfin connaître de vrai frisson d'une vie qui peut s'arrêter abruptement, le lieu où la mort peut survenir sans crier gare, la route sur laquelle tout peut finir...un délice mortifère qui offre l'envie de continuer aux blasés téméraires d'une réalité virtuelle, fausse et mensongère: cette machine, infernale?, sillonne à un train d'enfer, le Pays des Rêves Perdus, celui qui engrangent les désirs inavoués, les chimères les plus folles, que peuvent receler les subconcients, les inconscients des êtres humains.
Michael Coney happe son lecteur par le truchement d'un style oscillant entre poésie et imaginaire débridé où les limites entre la fantasy et la SF sont parfois très floues, au point de se confondre. Il est parfois difficile de raccorder les faits de la Triade à ceux du premier volet qui évoquait la naissance de l'homme qui rassemblerait tous les humains: cet éventuel désagrément ne gâche en rien la saveur de cette épopée futuriste où les références à Huxley et "Le meilleur des mondes" et à Stevenson et ses aventures, sont autant de pépites à déguster.
La place de plus en plus importante de l'ordinateur dans le quotidien du monde contemporain et les craintes que cela inspire, transparaît dans le personnage inanimé et intemporel, froid gérant au caractère imprévisible, de l'Arc-en-Ciel, ce maître invisible qui dirige la vie et le destin de cette Terre assujettie à un progrès dont l'Humanité a perdu les clés. Coney utilise les espoirs et les peurs de notre époque contemporaine vis à vis des progrès technologiques pour alimenter son oeuvre (en excellent auteur de SF!) et les décortique au fil des pérégrinations de notre Triade...et c'est délectable! Les avantages du progrès ont abouti à la création de monstres, les Néoténites et leurs avatars de l'île du delta qui sous leur apparente immobilité cachent une vie spirituelle des plus fines et des plus abouties, à la perte des jalons de la vraie vie et au refus d'accepter la dictature d'un ordinateur permettant alors une émancipation pour devenir des Humains Sauvages (ceux qui vivent, enfantent et meurent en harmonie avec la nature même si elle est hostile!). La course effrénée après les chimères dévoreuses de temps et de psyché qui s'achève dans les wagons emballés de la Locomotive est un peu celle dans laquelle sont entraînés les Hommes cédant aux chants factices des sirènes du faux-semblant clinquant et dérisoire. Mais la rédemption est toujours possible, allégeant ainsi le fardeau des Hommes: la volonté de l'esprit, son désir de liberté ouvrent les portes des cages qu'ils se sont construites...la Triade est le petit grain de sable qui enrayera la machine éructante et écumante, l'oeil qui s'ouvre pour réaliser combien les chimères sont délétères.
"La locomotive à va peur céleste" est un roman passionnant, foisonnant et protéiforme: j'ai aimé me perdre dans les lacis du récit, les apartés et les contes pour mieux retrouver le sel du roman.
Merci à BOB pour cette très belle lecture!

Traduit de l'anglais (GB) par Isabelle Delord-Philippe

Les avis à lire chez BOB


mercredi 30 septembre 2009

Pour apprendre les jours de la semaine


En fin de semaine dernière, j'ai apporté en classe "La semaine de Souris Chérie" afin de sensibiliser mes PS et mes MS à la semaine qui s'égrenne au fil des jours. Je connais depuis longtemps cet album si joliment coloré à l'histoire simple, rythmée comme une comptine. Depuis longtemps j'ai succombé au charme de Souris Chérie, héroïne élégante et raffinée de cette histoire de temps qui passe, en bon ordre et en boucle. J'ai craqué pour les chapeaux plus fous les uns que les autres de Souris Chérie....plus fous que ceux portés par Amélie Nothomb (a-t-elle un chapeau ruche d'abeille?)!

Tout au long de la semaine, Souris Chérie sort faire des emplettes: elle prépare, elle s'apprête pour le bal des souris du samedi soir! C'est ainsi que le "Lundi Souris Chérie est de sortie/met son chapeau à.../va acheter un manteau à carreaux." Le mardi elle est aussi de sortie, met un autre chapeau et part acheter une robe. Chaque jour, Souris Chérie est de sortie, met un chapeau et achète un élément de sa tenue de bal. La comptine des jours se déroule tel un défilé de mode où les chapeaux sont à la fête.

Enfin arrive le samedi qui voit Souris Chérie très en beauté: robe à pois, chaussures à grelots, sac à trous, manteau à carreaux et chapeau étoilé. Elle danse toute la nuit avec Monsieur Lérot, en queue-de-pie et souliers vernis. Ils se plaisent beaucoup mais n'osent se le dire: le dimanche s'écoule au rythme des rêveries de Souris Chérie qui décide d'aller porter un gâteau d'amour mandarine à Monsieur Lérot....A-t-elle eu raison? Mon petit doigt me suggère une fin heureuse, très ouverte à l'interprétation enfantine: le jeune enfant devra avoir bien décodé les non-dits pour trouver la réponse à la question. C'est ce qui fait le charme de cette fin attendue pour les adultes mais mystérieuse pour les petits.

Un joli moment passé en compagnie d'une adorable petite souris très élégante et très jolie! Un album à mettre entre toutes les mains et une agréable façon d'apprendre les jours de la semaine. Il y a une subtilité importante dans les illustrations: la place du soleil qui change en fonction du jour et du moment de la journée...il m'a fallu un peu de temps pour le remarquer!

mardi 29 septembre 2009

Le diable de Temps

(entrée de l'ancienne prison de Guingamp)
Le Temps est un vrai diablotin: il prend en ce moment, pour moi, l'apparence d'une porte de prison entrouverte qui ne me laisse guère d'espace pour prendre mon temps et du temps pour moi et mon Chatperlipopette.

Les lectures se font, se dégustent tandis que les billets ont du mal à être rédigés!

Ahhhh! Temps, que tu sais être cruel par moment!

Swap au long cours: l'été


Ce soir, enfin j'ai du temps à moi, pour moi et pour mon blog que je délaisse en ce moment! Le temps de parler du contenu du colis "Swap au long cours" concocté par ma binôme Mirontaine.
La thématique étant celle de l'été, Mirontaine a établi un splendide fil rouge...ou plus exactement bleu, couleur évoquant la mer et les pauses estivales sur les plages.

Si je vous révèle que j'ai été, une fois de plus, honteusement gâtée, vous me croirez, n'est-ce pas?!

Ce fut un festival bleuté qui m'attendait à l'ouverture du colis (j'ai oublié de photographier le papier cadeau, une symphonie en bleu!). Après l'ouverture frénétique des cadeaux, je ne pus qu'être comblée par leur contenu!!!



La "mère" confiture que je suis se trouva devant 2 pots de confiture maison, joliment parés de tissu bleuté: mûres et cerises....miam, miam je les réserve pour les longues journées hivernales lorsque mes papilles réclameront un peu de chaleur du lointain été!

Puis mon sens olfactif fut titillé par un agréable parfum....celui que dégageait les bâtons d'encens aux senteurs marines, accompagnés de leur porte-encens pirogue....les voyages sont assurés pour cet hiver!

Ce fut à nouveau au tour des papilles de se retrouver à la fête: dans le coffret se nichent des sachets de tisanes invitant à la relaxation et aux pauses "égoïstes" (que je devrais m'octroyer beaucoup plus souvent!!); et dans la belle pochette tricotée (que j'aime ces grosses mailles bleu foncé!!!!) se cache un délicieux thé aux accents chaleureux de l'été. Le coffret en question contient aussi une huile de massage "vitalité" que je n'ai pas encore essayée (mais cela ne saurait tarder!)...mon cher et tendre époux va avoir du travail en perspective mais chuuuut... ainsi qu'un mélange d'huiles essentielles à diffuser qui procure une sensation de sérénité!!!! Au fait, Mirontaine, comment as-tu deviné que je m'intéressais aux bienfaits des huiles essentielles?

Mirontaine connaît ma manie des carnets: un très beau petit carnet....délicieusement bleu, n'attend plus que les titres des livres à lire!


Et côté lecture, me direz-vous? Héhéhé, Mirontaine sait qu'une LCA a toujours peur de manquer et s'est occupée de ma PAL en me permettant de découvrir la littérature italienne (Huuuummmm, l'Italie....un pays rimant avec vacances et soleil!). Les romans sont accompagnés d'un petit livre, d'une collection que je découvre, "Le goût de la mer", un véritable petit trésor du monde maritime que l'on compulse pour se donner du baume au coeur!

Le tout accompagné d'une carte très chatperlipopesque illustrant félinement le fil bleu des vacances d'été à la mer!

En un mot comme en mille: MERCI et encore MERCI Mirontaine pour ce somptueux colis! Je suis heureuse que tu me fasses découvrir la littérature italienne....l'Italie m'a conquise lorsque j'ai visité Rome, elle m'a happée lors de mon séjour napolitain et j'espère un jour m'enivrer de ses beautés florentines!

Bladelor et son "Swap au long cours" me font voyager et découvrir une Italie littéraire que je ne connais pas beaucoup!

mercredi 23 septembre 2009

La mal aimée



Si vous avez aimé "Raymond rêve" vous adorerez ce nouvel album qui est un concentré de poésie, de joli texte et de belles illustrations!

Bientôt l'automne et ses rondes de champignons attirant aussi bien les papilles que les yeux...mais parfois les plus beaux chapeaux et plus belles collerettes ont des charmes bien trompeurs si par mégarde ils atterissent au creux de l'assiette!

Cependant, ce n'est pas parce qu'un champignon est vénéneux qu'il n'est pas utile et qu'il doit faire peur. C'est l'argument poétique et scientifique de ce précieux album qui ravira les yeux et les oreilles des petits comme des grands. On y apprend l'osmose entre le champignon et l'arbre, son utilité pour les "petites bêtes" qui peuplent les bois...et on découvre les rêves secrets de notre mal aimée.

Des illustrations léchées, belles, claires et pleine de vie qui redorent le blason de notre mal aimée amanite dite "tue-mouche". Une surprise attend les fans de Raymond en milieu de promenade en sous-bois!

Un coup de coeur qui m'a fait dévaliser la librairie de ses deux exemplaires: je n'ai pas su résister, que dis-je! je n'ai pas voulu résister à l'appel de ce nouvel opus d'Anne Crausaz et je ne le regrette aucunement!

Maintenant que nous savons...nous ne regarderons plus du même oeil ce beau champignon au chapeau rouge doté de points blancs.

Un album bonheur à déguster sans fin et qui secoue les idées reçues!

(photo visoflora.com)

Mémoire et patrimoine


Le week-end dernier se tenaient les Journées du Patrimoine (à noter que cette année les graphistes n'ont guère été inspirés: diantre que l'affiche officielle peut être laide!). Elles drainent toujours beaucoup de monde et ce fut le cas encore cette année à Guingamp où deux mondes tenaient la vedette: les usines Tanvez à travers ses anciens ouvriers et leurs descendants portraitisés de manière absolument sublime par le photographe Olivier Metzeger; et la prison dont la mise hors d'eau s'est achevée cette année. Une très belle réalisation et un lieu de mémoire extraordinaire. Cette prison est unique en Europe: elle est de type "pennsylvanien", ouvrit en 1835 et ferma à la fin des années 50.

Une mosaïque pour vous donner un aperçu du lieu...j'ai vu après coup que deux gendarmes, en tenue, étaient présents....cocasse, non?!


NB: la pseudo prisonnière (la prison a beau avoir été restaurée de très belle manière qu'elle en devient agréable, elle reste tout de même un lieu où on n'aimerait guère vivre!) derrière le barreau...c'est moi ;-)

dimanche 13 septembre 2009

Et les indiens?

Voilà un premier roman qui m'a laissée perplexe malgré son argument littéraire intéressant. Il est étrange de commencer de cette manière une chronique mais ma surprise et mes interrogations vont planer sur mes mots.
Un jeune anthropologue français débarque en Californie, dans une université où officie un célèbre musicien musicologue: il est curieux d'observer la manière et l'art avec lesquels cet enseignant orchestre la transmission de son savoir. Lorsque notre narrateur arrive à Berkeley, le groupe d'étudiants est encore sous l'émotion de la disparition de l'une des leurs: Mary qui s'est éteinte, doucement, lentement, en suivant le chemin de l'anorexie. Pourquoi une jeune fille, danseuse, belle, pétillante, pleine de vie, se laisse-t-elle emporter par la faim orchestrée? C'est ce que décide de comprendre le narrateur en menant une enquête en filigrane de ses recherches universitaires. Sur sa route, il croise des personnages hauts en couleurs, intéressants à l'image de la propriétaire de sa chambre et de son colocataire, vieux babacool converti au bouddhisme, parfois inquiétants (comme Barry le petit ami de Mary) et quelque peu surprenant comme Tree qui deviendra son amante torride et peu embarrassée par les tabous!
Notre héros rédige son journal de bord, collectant et reportant sur le papier les menus faits et gestes des étudiants et des enseignants, les remarques qui lui viennent à l'esprit en lisant et regardant les infos où la campagne des éléctions présidentielles bat son plein. Il note la place prise par l'obésité, mal du siècle de la société américaine, qui devient peu à peu un enjeu politique et une gageure de santé publique; il s'aperçoit d'ailleurs que Barry et Graham, un prof d'ethonologie de l'université, ont réfléchi à la question et que Mary a participé à un séjour d'étude dans une tribu amazonienne dont la particularité est de manger ses défunts. Un déclic se serait-il produit dans la tête de Mary à l'issu de cette étude?
Le style du roman est très moderne, très "dans l'air du temps" ce qui peut être dérangeant...d'ailleurs, je dois avouer qu'il m'a gênée pendant un moment, cependant, on s'habitue au fil des phrases et cela passe. Le cannibalisme placé en toile de fond peut apparaître comme une interrogation philosophique et ethonologique sur les actuels comportements alimentaires d'une société moderne de l'abondance et de l'outrance. Le nouveau Monde a-t-il changé depuis le débarquement des premiers colons? On peut s'interroger longtemps sur le changement ou non des hommes depuis cette époque lointaine, sans pour autant récolter un élément tangible de réponse. C'est ce qui fait le charme de ce récit qui s'avère être, au final, une lecture surprenante qui bouscule certaines convenances de bienséance (les scènes amoureuses, entre le narrateur et son amante, sont d'un érotisme torride, osé, à la limite de la violence et au bout d'un moment leur côté volontairement trash lassent le lecteur et n'apportent rien à l'histoire ni à l'argument littéraire).
Que dire de ce premier roman? Il est plaisant à lire une fois le rythme prosodique intégré et est intéressant dans sa construction. Cependant, son parti pris très "dans l'air du temps" (une pincée d'autofiction, deux louches d'érotisme torride saupoudrées d'un zeste de violence sexuelle) a freiné mon enthousiasme. "Les nouveaux indiens" a le mérite d'être une curiosité de la rentrée littéraire.



Je remercie Suzanne de Chez les filles de m'avoir proposé ce titre qui a su titiller ma curiosité.

Vous trouverez encore beaucoup d'autres avis sur le site des chroniques de la rentrée littéraire ICI

mercredi 9 septembre 2009

Une idée originale pour laver son linge!


Coco, un adorable petit singe, regarde sa maman s'occuper du linge de la famille: elle met les vêtements puis la lessive dans la machine à laver. Lorsqu'elle a fini, elle appuie sur un bouton et aussitôt la machine se met en marche en ronronnant! E-pa-tant!! Bien entendu, Coco veut imiter sa maman et file dans sa chambre chercher ses habits...en plusieurs voyages. Au final, comme la machine à laver est déjà prise, Coco a une idée géniale en regardant les cabinets: il y fourre ses vêtements (même son super pyjama à étoiles!), y met de la lessive, ferme le couvercle et...chouette un bouton pour mettre en marche....celui de la chasse d'eau! Catastrophe: tout déborde, tout bouillonne, tout mousse et...bouhhhh! plus de pyjama à étoiles avalé par la tuyauterie! Heureusement, Coco a une maman compréhensive et trèèèèè zen: elle le gronde mais sans s'énerver (elle!) et lui explique le pourquoi du comment des choses.

Cette histoire, amusante et tendre à la fois, a un accompagnement musical: de jolies musiques scandant les épisodes de l'histoire et aussi des bruitages marquant de manière sonore les actions de la maman et de Coco. Cet accompagnement permet à l'enfant auditeur de découvrir non seulement les bruits de la vie quotidienne mais aussi les instruments de musique (qui sont déclinés à la fin du cd).

La collection des aventures de Coco est un concept intéressant (certains titres sont indisponibles mais on peut les trouver en médiathèque) et amusant pour aider à ouvrir les oreilles et l'attention auditive de nos "chères petites têtes blondes". Une agréable occasion de proposer un éveil sensoriel et musical.

Je l'ai expérimenté, il y a quelques années, en section de TPS/PS (les 2/3 ans) avec succès!

Oups, la rentrée des classes!


Voilà une semaine que j'ai repris le chemin de l'école et voilà une semaine que je rame pour reprendre le rythme....Le soir est témoin de mes piquages de nez sur le roman en cours et les réveils sont un peu difficiles.

29 loupiots dans la classe: 21 garçons et 8 filles....cette année sera dynamique ou ne le sera pas! Les habitudes de classes ne sont pas encore en route, les repères sont à donner et les cadres à baliser...de l'énergie et surtout ne pas se laisser déborder par les risettes irrésistibles des "roudoudous" (c'est qu'ils sont malins les lutins et savent utiliser les ficelles de la séduction à bon escient!)

Donc, sur le feu plusieurs chroniques dont celle sur "Les nouveaux indiens", roman qui m'a interpellée, sans me déplaire mais sans me transporter non plus....deviendrai-je vieille? La rentrée de la Bibli des p'tits chats devrait avoir lieu cet après-midi.

Quand je regarde la pile de romans lus à chroniquer, les frissons d'inquiétude apparaissent et une question me taraude, impitoyable: réussirai-je à me mettre à jour d'ici la fin du mois? Allez, on y croit!!!
Le PIF de Lamia est arrivé samedi dernier: elle m'a gâtée-pourrie!!! Les photos viendront plus tard: mon APN est en réparation et je m'interroge sur les délais!
J'ai reçu le colis "été" du swap au long cours, de la part de Mirontaine: une féérie en bleu, des merveilles et des choix "pile poil"! Là aussi, en raison de l'absence d'APN, les photos ne sont pas au rendez-vous.

mardi 1 septembre 2009

Swapounet des vacances: enfin, le déballage!


J'aurais du poster ce billet hier mais un imprévu est venu chambouler le timing... entre mon pneu à faire réparer et le retour inespéré de ma chatte siamoise Isatis, maigre comme un clou et déshydratée au plus haut point, j'ai un peu perdu la notion du temps. Mais je me rattrape ce soir (Isatis est en observation jusque jeudi soir chez le vétérinaire), après une pré-rentrée à l'école bien remplie.


Celsmoon organisait en Juillet dernier un petit swap vacances pour faire rêver ceux qui ne partaient pas vraiment en vacances.

A mon retour de région parisienne, j'ai pu ouvrir mon colis qui contenait plein de jolies choses:



-deux romans


-un pot de confiture maison (aux fraises sauvages) et sa cuiller customisée pour s'en régaler


-un adorable pendentif vert et bleu
-une jolie bougie faite maison avec un tournesol, symbole du soleil estival (qui a manqué pas mal en Bretagne cet été)
-un savon de Marseille aux senteurs de lavande


-et une carte réalisée de ses blanches mimines (très adroites!) par ma swappeuse.



....c'est agréable Noël en plein été, non?

Celsmoon a organisé de main de maître ce joli swap estival qui m'a permis évasion et concoctage de paquets! Merci Celsmoon et mille et un mercis Maggie ma swapeuse !!!!

dimanche 30 août 2009

Rivages de l'attente


Un petit village perdue au fin fond de la Turquie, une échoppe de barbier au coeur d'une ville lointaine et proche à la fois. Les bruits des ciseaux, le crissement de la lame du rasoir, la circulation, les palabres sous le vieil arbre du village où veille aussi un barbier dans son échoppe; ces bruits furtifs et tellement présents entraînent l'imagination d'un lecteur qui se laisse dériver le long d'un rivage de blé, d'herbes folles et de rue d'alsphate, l'entraînent vers un ailleurs pas vraiment étranger....seulement étrange.
Une atmosphère d'attente, dans laquelle s'étire le silence des secondes qui s'égrennent, s'installe entre les mots, entre les phrases, sous le rythme d'une lenteur étudiée d'une histoire qui pourrait ne pas en être une. Un client évoque l'écriture de son roman, un roman qui ne parvient pas à s'achever, il laisse dériver son regard dans le vague, dans un lointain intemporel puis ses mots renaissent, ailleurs, dans une autre échoppe de barbier, celle de Cingil Nuri, au coeur d'un village d'Anatolie qui cherche ses disparus.
Nuri a disparu, il y a trop longtemps, si longtemps qu'on ne fait plus le compte des années qui ont passé et lorsqu'il réapparaît, sans aucune explication, c'est Colombe, la plus belle fille du village qui disparaît sans laisser de traces. Il faut la retrouver et mettre la main sur le coupable car cette disparition est de trop. L'angoisse s'insinue dans le moindre interstice du village et le maire, flanqué de son garde doté d'une vieille pétoire, se lance à la recherche du coupable. L'accusation jette son dévolu sur un jeune homme rêveur, un amoureux des clairs de lune illuminant les plaines ondoyant dans la nuit....la différence est tellement facile à pointer. Le village ressent la terreur de la suspicion, l'angoisse de l'incertitude, la chappe du pouvoir d'un homme qui décide de tout...hélas, Colombe est toujours introuvable malgré la capture du jeune homme: des recherches vaines naît, peu à peu, une folie chez les villageois qui s'engoncent dans leurs secrets et leurs silences. Sous le feuillage impavide de l'arbre de la place et sous les regards immuables des anciens qui y palabrent sans fin, la lente folie s'insinue pour emporter la raison qui voit les disparus emporter jusqu'à leur propre ombre!
Le narrateur, comme le lecteur, oscillent entre la réalité et le monde imaginaire dans cette échoppe de barbier d'où on peut disparaître sans aucune autre cérémonie et réapparaître autrement, échoppe-seuil d'un passage vers l'ailleurs. L'Anatolie s'échappe de l'échoppe du brabier comme la ville entre dans ce village perdu, sans heure et sans âge: l'auteur dessine les tremblements de l'air immobile de ses mots et de ses images dignes d'un "Rivage des Syrtes" ou d'un roman de Kafka....on attend sans cesse une réponse qui ne vient que par bribes, ou pas du tout et on vit aux frontières de l'absurde. "Les ombres disparues" est aussi un roman de l'attente, une attente dans un village qui semble être loin de tout, comme perdu aux portes d'un désert, perdu dans le temps et l'espace. Quant au côté absurde, les allusions aux démarches administratives sortent quasiment de l'univers kafkaïen, tout comme les recherches et les divers arguments des villageois. La mise en abyme des deux échoppes de barbier, les miroirs de ces dernières, les apparences cachées, tues, comme étouffées par des masques, sont autant d'hommages subtils à l'oeuvre de Borgès: derrière la glace, derrière les regards, derrière les apparences, la réalité est autre, a une autre dimension, a une autre réalité et un autre imaginaire que l'on tente décrypter.
"Les ombres disparues" est le premier roman que je lis d'un auteur que je ne connaissais pas du tout. J'aime les aventures littéraires et me lancer dans l'inconnu au risque de déchanter: la découverte de cet auteur turc et de son écriture m'a d'abord surprise au plus haut point, me perdant dans le dédale des mots et des images qu'ils suscitaient, puis j'ai apprivoisé le rythme de l'écriture et mis de côté la "raison" pour me laisser emporter par la force onirique du récit...un peu comme devant un tableau d'art moderne à Beaubourg! C'est alors que la magie a opéré et m'a embarquée dans le sillage irréel d'une histoire entre réalisme et absurde, entre réel et imaginaire qui cependant montre combien l'homme a peur de la différence et cherche à la juguler dans un coin sombre pour ne plus avoir à composer avec elle.
Un très beau roman, atypique et magique....à découvrir comme un trésor enfoui et revenu à la surface.

Merci à Guillaume de Babelio pour cette découverte inattendue de très très belle facture....en souhaitant que ce roman se fasse une jolie place au coeur de la rentrée littéraire!


Roman traduit du turc par Noémie Cingöz

(2/7)




jeudi 27 août 2009

De Mao à la loi du marché


Ximen Nao, un propriétaire terrien jovial et amène, se fait arrêter en pleine Révolution chinoise et fusiller sans autre forme de procès: son crime est d'être un possédant, avec terres, épouse et concubine, même s'il n'a pas été pingre envers autrui. Malgré ses cris d'innocence, il est passé par les armes et se retrouve en Enfer où il continue, entre divers tourments, à crier contre l'injustice du monde. Lassé de ses hurlements et jérémiades, le roi des Enfers lui accorde une petite délivrance: il sera réincarné mais en animal! C'est ainsi que Ximen Nao revient sur terre, dans le village où il est né, a grandi et propéré, dans la peau d'un âne, puis d'un boeuf, d'un cochon, d'un chien et enfin d'un singe. Chaque passage terrestre est riche en aventures et mésaventures, rempli d'émotions les plus diverses: Ximen revient à chaque fois, dans son village natal, sur ses pas, auprès des siens et de ses proches pour les regarder suivre leur chemin, les épauler à l'aulne de ses moyens, les encenser ou les critiquer....silencieusement, les yeux réjouis ou noyés de larmes. Notre Ximen est toujours agacé par une drôle mouche du coche, "le petit drôle de Mo Yan" qui se trouve toujours au coeur de l'action pour répéter et amplifier le moindre fait et geste de la famille et des membres du Parti, grâce à sa verve et son humour dévastateur! Cinquante ans d'histoire chinoise défilent dans le village de Ximen du canton de Dongbei, entre rires, larmes et apartés: le lecteur est embarqué sur un fleuve où la dérision et l'ironie sont en filigrane d'un récit protéiforme et d'une richesse romanesque qui amplifie le plaisir de lire.
Mo Yan est fidèle à son image: gouailleur, impertinent, baroque et loufoque à la fois. Il brosse un portrait empreint de tendresse derrière les critiques de la paysannerie chinoise qu'il connaît bien pour avoir grandi à la campagne: ces paysans suiveurs pouvant se rebeller tout en restant dans la ligne dictée par Mao, sont menteurs, un tantinet voleurs, parfois naïfs mais toujours rigolards, prêts à boire l'alcool de riz et s'empiffrer de plats gras et moelleux...au final, ce sont de bons bougres que le manque d'éducation n'élargit pas l'horizon. Ximen Nao, notre héros, comme l'auteur, souffre avec le peuple qui ne mange pas toujours à sa faim, le comprend tout en éreintant, avec le sourire, le système qui provoque pollution et improductivité: la fin de la propriété privée annonce la chute des rendements, la catastrophe alimentaire orchestrée, sans le vouloir, par la réforme agraire....catastrophe humaine, sociale et environnementale qui perdurera quelques décennies avant que le pouvoir de Pékin fasse machine arrière (au grand dam des purs et durs de la Révolution!).
Notre Ximen est un éternel et immense contestataire et empêcheur de tourner en rond....jusqu'aux Enfers où il met à bout le roi qui, n'en pouvant plus, l'expédie dans le monde des vivants réincarné en animal....quand on chauffe les oreilles du pouvoir en place, on s'expose à des désagréments certains! Son alter ego humain est son valet Lan Lian qui s'entêtera à agacer le chef du Parti du village en restant paysan indépendant et en ignorant la réforme agraire malgré les vexations. Lan Lian, le grain de sable dans l'engrenage révolutionnaire, petit poil à gratter dans l'idéal communiste: l'individuel irréductible qui ne se plie pas à la collectivisation....le roseau qui ploie sans se briser sous la tempête idéologique.
Au fil de ses réincarnations animales, Ximen Nao suivra l'évolution idéologique de la Chine de la Révolution maoïste jusqu'à l'ouverture vers l'économie de marché: ses avatars prendront une large part à l'histoire en marche, autant de pépites de résistance qui sous le couvert d'un humour dévastateur secouent avec vivacité les bienséances. Ximen verra ses enfants prendre des chemins différents pour se trouver une place dans la nouvelle société en construction: les renoncements, l'intégration des nouveaux dogmes, l'hypocrisie, l'avidité de pouvoir et la cupidité qui assèche le coeur. Ainsi, son fils, Ximen Jinlong, se transformera-t-il en parangon de la Révolution puis en chantre du capitalisme (avec tous les défauts qui accompagne ces états d'esprits), accumulant rapidement moult perversions permises par le système (ah, la chute final due à une trop grande gourmandise est un petit éreintement, parmi d'autres, de la société chinoise actuelle qui n'échappe pas aux dégâts collatéraux dans la jeunesse dus à l'occidentalisation à marche forcées de la classe dirigeante), étouffant le passé familial dans un appétit de reconnaissance exacerbé au point de tout renier...tandis que sa fille, Ximen Baofeng, deviendra la main qui soulage les souffrances, celle qui oublie d'être pour que les autres soient.
Toute une galerie de personnages, hauts en couleurs, défilent sous la plume de Mo Yan qui n'hésite pas à se mettre en scène sous les traits d'un "petit drôle" aussi pénible qu'amusant, aussi véloce de la langue que des jambes, aussi gouailleur qu'ironique, aussi turbulent que sagace...un autre poil à gratter qui d'une pirouette se joue tant de ses concitoyens que du pouvoir en place tout en échappant aux pires châtiments: en effet, ce Mo Yan n'est qu'un vilain garnement, une mouche du coche dont tout le monde s'accommode malgré tout car il fait bien rire en virevoltant partout! Et comme il est prolixe en sarcasmes et en révélations en tous genres (c'est qu'il a la langue bien pendue ce "drôle") il devient très vite celui qu'il ne faut pas trop secouer afin de se garantir une relative paix. Le narrateur, quant à lui, n'hésite pas à remettre à sa place ce feu follet ni à brocarder les divers écrits de ce dernier....écrits tant imaginaires que réels: une mise en abyme des plus amusantes et délirante!
"La dure loi du karma" est difficilement résumable tant la richesse de l'écriture, la prolixité gouailleuse de l'auteur, la multitude des personnages, les nombreuses références littéraires et culturelles, sont des petits trésors à découvrir avec délectation tout au long des 760 pages du roman! Un vrai faux pavé, doté d'une autobiographie en filigrane de l'auteur, qui se lit avec jubilation et passion. Le lecteur se délecte des mots, des tournures stylistiques, des digressions qui nourrissent le récit de virevoltes et de plaisanteries plus osées et acidulées les unes que les autres. "La dure loi du karma" est un immense et intense voyage dans le temps, au coeur d'une Chine qui se transforme à coups de Grand bond en avant, de Révolution Culturelle, de dictature du marché et autres routes parfois à la limite du surréalisme et aux frontières de l'impossible.

Un opus digne des précédents romans de Mo Yan: verve, humour corrosif, impertinence gouailleuse, portraits sans concession d'une société qui se cherche et parfois se perd...en un mot comme en mille, une lecture ju-bi-la-toi-re!!!

Je ne peux que remercier Ulike.net pour cette extraordinaire lecture!

Roman traduit du chinois par Chantal Chen-Andro




Une interview de l'auteur ICI
Un papier intéressant LA
Tout sur la rentrée littéraire ICI

(1/7)

mercredi 26 août 2009

De circonstance télévisuelle


Ce soir La dame de Monsoreau passe à la télévision....je n'ai pas allumé la télé mais je me suis rappelée mon petit séjour sur les bords de Loire et ma visite d'Azay-le-Rideau....

mardi 25 août 2009

La Grèce de Parménion


Parménion, jeune spartiate au caractère farouche et déterminé, solitaire en raison de son métissage (sa mère est macédonienne), est le héros de cette épopée uchronique au coeur de la Grèce antique. Parménion, grand stratège spartiate au destin heurté et chaotique, se voit appelé à se lancer dans un combat sanglant et sans merci contre l'Esprit du Chaos, l'esprit du mal et de la désolation: entre courage épique, fidélité aux valeurs humaines, abnégation et faiblesses, entre voyages guerriers et aventures dans les limbes enchantées, il tiendra la destinée de l'Humanité au bout de son épée, au bout de son courage et ses croyances, aux côtés des plus grands conquérants que sont Philippe de Macédoine et Alexandre le Grand. Parviendra-t-il à contrer les desseins mortifères du Chaos, cette entité immortelle qui ne vit que du sang et de la souffrance des hommes?
David Gemmell plonge son lecteur dans une Grèce divisée en cités-états dont certaines brillent plus que d'autres: Athènes, Sparte et Thèbes se disputent la suprématie politique et militaire. Sparte à l'orgueil terrible et exclusif, Sparte qui, avec ses 300 combattants tint en échec l'armée d'invasion venue de Perse, est respectée et crainte. Sparte qui apprend à ses enfants, garçons et filles, à se battre jusqu'au bout de leurs forces, à ne jamais renoncer et à être fier de leur appartenance à la cité! Sparte et sa discipline d'airain, Sparte et sa philosophie dépouillée qui façonnent des soldats d'une redoutable détermination, d'une maîtrise consommée du combat et d'un courage exacerbé.
Parménion, le métis chahuté et maltraité par ses compagnons de caserne, est un des adolescents les plus prometteurs: sa sagacité, son intelligence, son coeur et son appétit de reconnaissance et d'amour sont autant de pépites à exploser pour la grandeur de Sparte. Mais c'est sans compter sur la toile invisible que tissent, sur fond d'éternité, les forces spirituelles et magiques: pour que Parménion puisse être un rouage essentiel du Grand Oeuvre, il doit être isolé pour nourrir dans l'intimité de sa chair une rancoeur sourde pour y puiser la force de se lever contre sa cité-mère, pour y puiser les éléments qui feront de lui une arme dans le combat éternel entre la Source et le Chaos....inexorablement son destin lui échappe pour le placer sur une route où il croisera et rencontrera les plus grands hommes de son siècle.
"Le lion de Macédoine" est une tétralogie au souffle épique prenant et trépidant: peu à peu le récit glisse de biographie romancée de Parménion à l'histoire d'une lutte immémoriale entre le Bien (la Source) et le Mal (le Chaos) au cours de laquelle les interventions magiques de Témis, Dérae, Aristote (l'homme aussi sage que pleutre, qui déambule au gré des portails enchantés d'une époque à une autre, d'une dimension à une autre, et qui sera, quelques temps, le précepteur d'Alexandre) ou du peuple de l'Enchantement et les passages gardés par des portails oubliés ouvrant sur des mondes à venir ou revisités, apportent une dimension fantastique et une touche de fantasy bienvenue.
David Gemmell touche du doigt une question qui taraudera toujours l'Humanité: le Bien peut-il vaincre le Mal qu'il crée implicitement? En effet, conditionner la rancoeur de Parménion pour qu'il devienne une pièce maîtresse sur l'échiquier de cette lutte ne provoqua-t-il pas l'émergence du Chaos lors de l'union d'Olympia et de Philippe? Cette nuit sacrée qui engendra Mal et grain de sable imprévu dans l'engrenage de la prédiction, était-elle prévue et donc fondamentale? L'interaction intime entre la Source et le Chaos est l'indéchiffrable voie que l'Homme tente de lire et d'éclairer par ses actes les plus inattendus....ainsi Alexandre au soir de sa jeune vie, pied de nez ultime à l'Esprit du Chaos qui lentement grignotait sa volonté.

"Le lion de Macédoine" est une tétralogie d'une excellente facture tant sur le plan de l'écriture que de l'intrigue et de l'ambiance. Le lecteur se laisse emporter par le souffle héroïque de l'histoire de la Grèce antique et les interventions du monde spirituel et enchanté. Une très très belle lecture!


Romans traduits de l'anglais (GB) par Eric Holweck, traductions révisées par Thomas Day




lundi 24 août 2009

Quand Hollywood était muet


Jun Nakayama est une ancienne star hollywoodienne du cinéma muet: il coule des jours paisibles, dans un quartier huppé de Los Angeles, dans sa retraite dorée, due aux bons placements immobiliers et fonciers réalisés lors de sa période faste. Il est célibataire, seul et n'ai jamais retourné au Japon. Chaque semaine, il déjeune avec une de ses voisines, Mme Bradford, une femme pétillante et pleine d'allant, fantaisie agréable brisant le quotidien bien réglé de notre charmant vieux monsieur. Mais le hasard vient toujours frapper à la porte au moment le plus inattendu et cela en la personne d'un jeune homme, scénariste, inconditionnel du cinéma muet et grand admirateur du jeu de Jun Nakayama. Ce dernier, plutôt désarçonné et interloqué, refuse tout d'abord d'écouter le jeune homme et lui raccroche au nez....c'est sans compter avec l'opiniâtreté du jeune américain et la remontée par palier d'un passé qu'il croyait enfoui définitivement.
C'est ainsi que le lecteur se laisse guider, au gré des souvenirs de Jun, au coeur des années 20, aux débuts du cinéma, industrie folle et joyeuse où les hommes et les femmes forcent le destin et la réussite par des paris plus risqués les uns que les autres. Entre frivolité et contexte socio-politique difficile pour les étrangers aux Etats-Unis, Jun glisse du statut d'étudiant brillant à celui de star montante du 7ème art. Une fulgurante ascension malgré sa nationalité, malgré le racisme envers les asiatiques, fait de Jun un exemple de réussite sociale: des planches du théatre du quartier asiatique à la pellicule des films, chemin qui l'éloigne encore plus d'un éventuel retour au Japon. Cependant, même s'il devient une icône aux yeux de certains, nombres de ses compatriotes lui reprochent de camper l'archétype du personnage asiatique, fourbe, faux, méchant, stéréotype du regard américain et occidental sur l'Extrême-Orient: Jun ne fait-il pas pire que mieux pour l'image du Japon? Ne cède-t-il pas trop facilement aux sirènes, trompeuses, de la célébrité éphémère...d'autant que l'animosité croissante des américains envers les chinois et les japonais enveniment les rapports sociaux, économiques et politiques. Mais Jun ne pense qu'à perfectionner son jeu, la subtilité du placement de son corps, d'un geste, du mouvement d'un sourcil ou la subtilité d'un mouvement des lèvres. Le muet est l'art de la subtilité du mouvement corporel, la subtilité de la photographie et de la lumière...tous, ingrédients essentiels de la transcription en images d'atmosphères, d'ambiances et de sentiments. Alors qu'il se trouve au sommet de son art, Jun stoppe subitement sa carrière en 1922. Pourquoi cette soudaine disparition? Parce que les propositions des studios se faisaient de plus en plus rares en raison de son appartenance ethnique? Parce que, malencontreusement, il a été mêlé au meurtre d'un metteur en scène, meurtre jamais, officiellement, élucidé?
La proposition du jeune scénariste remue la vase des occasions manquées, des mauvais choix, des croisements ratés, et lui fait prendre conscience qu'il est temps d'affronter les démons du passé, sans fausse honte et sans crainte et d'accepter de se regarder enfin dans la glace et de vivre enfin.
"Si loin de vous" est un roman où la nostalgie sur le temps passé est un des moteurs, voire une méditation sur ce qu'on laisse derrière soi, sur ses erreurs et errances. Mais c'est aussi un délicieux voyage au coeur de l'émergence d'un nouvel art qui prendra une place grandissante: le cinéma, d'abord muet puis parlant. Les fêtes sur Sunset Boulevard dessinent l'insouciance, la vitalité et la folie d'un métier qui flirte avec tous les excès, où les zones d'ombres et de lumières peuvent être mortifères et mystérieuses....Hollywood sera toujours Hollywood, un mode aux limites toujours repoussées et aux relations des plus sulfureuses entre subversion et raison.
Nina Revoyr souligne aussi, avec délicatesse, la difficile intégration des non-occidentaux et les conditions drastiques imposées par les lois gouvernementales. En filigrane, la peur de l'autre, le rejet de la différence et le mépris envers ce qui n'est pas soi.
"Si loin de vous" est une lecture qui nous entraîne dans le tourbillon naissant d'un siècle qui verra grandir l'éclosion d'un nouvel art, le cinéma, déclinaison parfois extravangante des histoires en images et en sons. Les accents nostalgiques teintent de sépia les collines de Los Angeles et étouffent les sons d'une modernité bruyante pour que les années qui filent et défilent n'aient pas le goût amer des regrets....il y a du Kazuo Ishiguro, quelque part entre les lignes et sous les émotions ce qui est loin d'être déplaisant!!!
Au final, le roman de Nina Revoyr, est une lecture plus que plaisante malgré une lenteur, certainement voulue afin de faire ressentir la nostalgie latente et le sépia de l'ambiance des souvenirs, qui derrière le rythme presque ralenti scande une descente au coeur de l'intériorité que le héros a voulu oublier. Un rythme qui s'affole à mesure que la réalité contemporaine devient prépondérante dans une explosion d'émotions qui fait avaler au lecteur les 150 dernières pages...là, les larmes affleurent, prêtes à franchir le malheureux barrage que le mental tente de dresser face au flot émotionnel. Une balade dans le temps tout en délicatesse.


Roman traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Bruno Boudard






Je ne peux que remercier Suzanne de Chez les filles pour cette lecture que je n'aurais certainement pas faite spontanément! Une belle découverte....inattendue et pleine de petites pépites comme je les aime!

Il pleut des défis!

Levraoueg a lancé cet été le défi 1% littéraire afin d'aborder avec gourmandise la rentrée littéraire (bien fournie en titres même s'il y a un léger fléchissement!) et Antigone propose une solution pour diminuer la hauteur de nos PAL (qui ne connaissent pas du tout la crise, elles!).


Comme le soulignait Sylire, le premier défi apparaît comme le plus réalisable....quant au deuxième....euh...c'est la foi qui sauve, non? Au moins, il a le mérite de motiver l'ascension de certains Everest de papier!!!

Du coup, grâce à Antigone, je vais pouvoir, presque coup sur coup, orner deux billets (prochains) de son joli et irrésistible logo: "La nuit des temps" de Barjavel et "L'homme qui venait du passé" de Driss Chraïbi....et quasiment boucler les défis de Grominou (Blog au trésor) et Catherine (Littérature policière sur les 5 continents).

Elle n'est pas belle la vie de lecteur!!!!


jeudi 20 août 2009

Huis-clos norvégien


René Derain, garde-chasse, fait partie d'un groupe d'amateur de chasse qui a loué un chalet, au coeur d'une forêt, en Norvège. L'hiver n'est pas encore là, seulement le frémissement automnal. Les participants ne se connaissent pas, ils rejoignent les uns après les autres le chalet norvégien.
René est monté là-haut en voiture, en compagnie de son chien. En fin de parcours, il s'arrête histoire de se dégourdir les jambes et prendre l'air: son chien, soudain, se met à l'arrêt en hérissant le poil en grondant puis la queue entre les pattes refuse d'entrer plus avant dans l'immensité sombre des sapins. Une peur tenaille la bête....René s'interroge et observe, inquiet, cette forêt inconnue, fascinante et mystérieuse. Diantre, pourquoi ne s'est-il pas fié à l'instinct de son chien? Sans doute parce que parvenu si près du point de rendez-vous, après un si long voyage, il aurait été idiot de s'en retourner; parce que l'appel d'une belle partie de chasse est plus fort que l'appréhension instinctive d'un animal; parce que, une fois arrivé au chalet, l'accueil est chaleureux, convivial et empreint de prometteuses balades chasseresses; parce que, souvent, à la croisée des chemins, un minuscule démon intérieur chuchote un choix que l'on n'aurait pas du faire.
C'est ainsi que commence un inquiétant séjour au cours duquel peu de choses sont normales: le gibier meurt étrangement, la neige et le froid s'abattent soudainement sur la forêt, les moyens de communication tombent en panne, les réserves de nourritures diminuent, la glace étreint le chalet dans une gangue de solitude propice à l'émergence d'une lente folie et la lecture d'un roman provoque un dérapage incontrôlé et incontrôlable dans le déséquilibre d'une harmonie en perdition.
René Derain, au fil de la lecture du roman sorti de la bibliothèque du chalet, se voit happé par la suspicion, l'inquiétude, l'angoisse, la haine pour arriver sur le fil ténu du rasoir: parviendra-t-il à dépasser son errance pour garder l'équilibre fragile de sa raison? Le blanc glacé d'une neige irréelle l'enveloppera-t-elle d'un froid linceuil ou lui montrera-t-elle la route à suivre pour se retrouver? Autant de questions que l'auteur laisse longtemps sans réponse, distillant les morsures de la peur, de l'angoisse et de la folie au gré des phrases, morsures dissimulées sous les images d'un monde végétal semblant endormi, encerclé par le froid tétanisant d'un hiver polaire en avance....comme si les mauvais génies de la forêt avaient décidé de laisser errer leurs fantômes de brumes glacée entre les sombres lignes vertes des arbres ensommeillés. L'écho lointain des croyances oubliées gémit doucement au coeur des craquements du bois qui éclate et du crissement étouffé de pas dans la neige. L'homme peu à peu se retrouve face à lui-même, face à ses contradictions et ses limites: la ligne rouge est mince, la frontière entre réalité et imaginaire un inquiétant tremblement du givre au soleil.
Hugo Boris orchestre avec une maîtrise du suspense et de la montée en puissance de l'angoisse, un récit étonnant où l'absence du tangible laisse libre cours à un imaginaire propre à chaque lecteur....surtout lorsque la petite musique des passages du roman dégoté dans la bibliothèque égrenne ses notes surréalistes et inquiétantes. Où nous mène-t-il ce diable d'auteur? Au coeur d'un enfer d'une glaciale blancheur? Au seuil d'une folie fille d'une réalité qui échappe et d'un imaginaire paranoïaque incontrôlable?
"La délégation norvégienne" est un roman qu'on lit sans décrocher une seule seconde tant l'intrigue tient en haleine et tant est grande l'envie de savoir comment s'achève cette huis-clos forestier. L'atmosphère pesante et glaciale, l'argument littéraire (un groupe de chasseurs passionnés réunis dans un chalet perdu au coeur d'une forêt scandinave) m'a beaucoup rappelé une ancienne lecture "Scène de chasse en blanc" de Mats Wägeus. J'ai lu beaucoup de billets positifs au sujet de "La délégation norvégienne" et mon attente a été comblée: un vrai régal dévoré en quelques heures!!!!
Il y a un petit plus qui est une très belle trouvaille: les derniers chapitres sont collés....le libre-arbitre est celui que se donne le lecteur, découper ou non ces ultimes pages, débouchant sur un cruel dilemme, laisser une question sans réponse ou choisir la possibilité d'une réponse! Détail important amenant à une espèce d'interactivité entre l'auteur (et sa toute puissance) et le lecteur (doté également d'un pouvoir certain).

Les avis de clarabel sentinelle laure cathulu fashion sébastien woland (qui a détesté le roman)


mercredi 19 août 2009

Aperçus de mes colis

Le swapounet "vacances" de Celsmoon est terminé. J'ai pu envoyer mon colis dans les temps (mais j'ai eu quelques sueurs froides malgré la chaleur caniculaire qui règnait à Meulan)




et j'ai eu la joie de découvrir celui de ma swappeuse à mon retour.


Les images entières et en couleurs le 31 août!!!

Mon prix Landerneau à moi


Depuis le temps que je devais décerner mon Prix Landerneau 2009!!! Même si toutes les chroniques n'ont pas été publiées (il en manque 2), je me permets de dévoiler mes préférences.


1) A l'angle du renard de Fabienne Juhel

.....pour la complexité de son héros et son suspense angoissant au coeur d'une Bretagne costarmoricaine ancrée dans son terroir.


2) L'homme barbelé de Béatrice Fontanel

....pour son héros torturé, d'une psychologie insondable; pour son écriture intéressante et son histoire si tristement humaine.


3) L'origine de la violence de Fabrice Humbert

....pour la quête et enquête du héros qui amène le lecteur à plonger au coeur d'une catastrophe humaine.


Je suis toujours en train de lire, par petits bouts, "L'attente du soir": je ne parviens pas à entrer dans l'histoire, je suis glacée par l'immensité sombre des personnages....chaque phrase lue est un pas de plus vers une insondable tristesse...trop difficile pour moi. Je ne sais pas quand j'en terminerai la lecture ni si je l'achèverai un jour.


Je remercie mille et une fois Elodie de m'avoir permis de participer, une fois encore, à cette très agréable aventure: les découvertes, agréables ou non, ouvrent sans cesse un horizon littéraire riche en émotions!