mardi 31 mai 2022

Sherlock, Lupin et moi: dernier acte à l'opéra

 


J'ai retrouvé le trio d'adolescents friands de mystère et d'aventure avec plaisir. Après Saint-Malo en période estivale, nos jeunes amis m'ont entraînée à Londres pour admirer, Covent Garden, la diva Ophélia Merrodew , vedette du nouvel opéra du maestro Giuseppe Barzini.

Irène Adler, en septembre 1870, alors que les canons prussiens sonnent le glas pour les armées françaises, et que Paris devient dangereux, part avec son père et Horacio Nelson, l'homme de confiance de la famille, pour Londres.

Irène est heureuse de retrouver Sherlock Holmes, incognito, et Lupin qui, part le plus pur des hasards, se trouve à Londres, son père se produisant dans un cirque en tournée londonienne.

Le soir même, Irène et son père assistent, émerveillés, à la représentation donnée par la grande cantatrice Ophélia Merrodew.

La magie de l'instant ne résiste pas à l'annonce d'un meurtre perpétré à l'hôtel Albion, où logent Arsène et son père Théophraste. Ce dernier est accusé d'avoir assassiné le secrétaire particulier du grand Giuseppe Barzani. Les trois amis enquêtent pour innocenter le père d'Arsène, accusé trop évident pour qu'il soit le véritable meurtrier. Or, un malheur ne venant jamais seul, Ophélia Merrodew disparaît à son tour.


L'enquête m'a entraînée dans les bas-fonds de Londres comme dans les beaux quartiers et les grands magasins. Il y a même l'entrée en scène du fameux brouillard londonien plongeant la ville dans une dangereuse purée de poix. Le quartier miteux de Bethnal Green, dont est originaire la cantatrice, est sordide au possible et inquiétant : des tripots malsains, des mines patibulaires, une vieille femme dérangée, des ruelles sombres et gluantes tels les tentacules d'une pieuvre …. de quoi engendrer angoisse et ambiance horrifique.

Les jeunes héros prendront de nombreux risques pour découvrir la vérité et éviter, ainsi, la pendaison à Théophraste Lupin.


Comme pour le premier volet de leurs aventures, j'ai apprécié les informations distillées (j'ai souri, amusée, quand le jeune Sherlock trouve la maison du 221B Baker Street, intéressante et pas mal du tout) par la jeune narratrice, permettant de mieux appréhender les personnalités des adolescents : leurs caractères deviennent plus marqués et ils laissent deviner leurs futures personnalités.

L'intrigue est menée tambour battant dans un contexte historico-scientifique très bien documenté : le XIXè siècle est bien esquissé, sans être ennuyant, tout comme le Londres victorien et les avancées scientifiques et technologiques.

Le récit est distrayant et bien construit. J'y prends goût !

Traduit de l'italien par Béatrice Didiot

Quelques avis :

Babelio  Bianca  Sens Critique  PatiVore

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lundi 30 mai 2022

L'attaque du Calcutta-Darjeeling


 

1919, la Grande Guerre s'est achevée quelques mois auparavant, laissant des paysages et des âmes dévastées, la terre crevassée par les tranchées, des champs de ruines tant matériels que psychologiques. Quand on a tout perdu, l'espoir de tenter sa chance en Inde devient la planche de salut de nombreux britanniques. C'est ainsi que notre héros, le capitaine Sam Wyndham, ancien de Scotland Yard, vétéran traumatisé de la Grande Guerre, il est dépendant à la morphine, débarque à Calcutta, ville presque aussi dangereuse pour un britannique que les tranchées : chaleur moite, insectes en tout genre, eau frelatée, ruelles malfamées et la haine de plus en plus visible des indigènes envers les colons.


Wyndham se retrouve vite à enquêter sur l'agression mortelle dont a été victime un haut fonctionnaire, Mac Auley. Cela est-il du à cette haine envers le colon blanc ? Ou est-ce un crime crapuleux ? C'est que le capitaine et son équipe, formée par un jeune officier indien, le sergent Banerjee issu de l'élite indienne il est passé par Cambridge, et Didby, anglais arrogant et raciste.

Sa hiérarchie souhaite que l'enquête soit bouclée rapidement afin d'éviter une main mise de la « section H » de la police militaire aux méthodes musclées.

Une complicité se nouera rapidement entre Wyndham et Banerjee, jeune homme éduqué, intelligent, sympathisant des idées indépendantistes et tiraillé entre sa fidélité envers les siens et le devoir inhérent à sa fonction. Il est l'archétype du fonctionnaire indigène prêt à prendre la relève lorsque l'indépendance sera proclamée.

Une autre complicité naîtra entre Wyndham et un conducteur de rickshaw qui lui servira de guide et de taxi lors de ses déplacements dans les méandres de Calcutta.

Alors que l'enquête semble piétiner, l'attaque du train reliant Calcutta à Darjeeling donne à penser au plus grand nombre que les deux événements sont liés. D'autant plus qu'un célèbre rebelle indien, Benoy Sen, en fuite depuis plusieurs années se fera arrêté. Cependant, mieux vaut être prudent avec les évidences et prendre les événements avec circonspection et calme.


Abir Mukherjee construit avec brio un roman policier digne d'un roman d'Agatha Christie avec une véritable ambiance « Cluedo ». Il peint une ville secouée par les premières révoltes indiennes contre l'autorité britannique dues aux lois Rowlatt entrées en vigueur en 1919, lois iniques autorisant les arrestations des plus arbitraires.

Le contexte politique est aussi poisseux que le climat chaud et humide du Bengale. La peur du terrorisme provoque la mise en place d'une terreur systémique, pour étouffer dans l'oeuf la moindre velléité de révolte chez les indiens.

Il brosse le portrait d'une Inde aux prémices d'une longue révolte, d'abord violente ensuite pacifique sous l'influence de Gandhi, dans laquelle le monde politique et celui des affaires s'entendent merveilleusement bien pour le développement de leurs sociétés commerciales. Notre héros se voit contraint de se passer des procédures traditionnelles pour utiliser des chemins détournés pour affirmer ses valeurs humanistes et progresser dans son enquête, démontant les multiples manipulations au plus haut niveau. Le cynisme teinté d'un humour féroce donne une véritable force au roman, lui permettant d'aborder les problèmes socio-politiques marquant la fin inéluctable du Raj britannique.


Je ne connais pas l'Inde et encore moins Calcutta mais la force d'évocation des mots choisis par l'auteur pour décrire cette ville, son ambiance, son architecture, ses bas-fonds comme ses palais, ses fumeries d'opium, fait que la lectrice que je suis a eu l'agréable sensation d'y être, de souffrir de cette moiteur poisseuse, de cette chaleur qui étouffe, de humer les odeurs les plus agréables comme les plus abjectes... j'étais à Calcutta, en 1919, dans la galère aux côtés de Sam Wyndham.

Abir Mukherjee fait la part belle à la capitale du Bengale occidental au point que je ne regrette pas d'y avoir passé quelques jours en compagnie de ces policiers humanistes et rigoureux.

« L'attaque du Calcutta-Darjeeling » est le premier volet des enquêtes de Sam Wyndham et Banerjee. D'ailleurs, Banerjee aura-t-il de l'avancement ? Wyndham s'acclimatera-t-il à Calcutta ? Parviendra-t-il à faire changer le regard de ses pairs sur les locaux ? Certaines répondes se trouveront, certainement, dans les tomes suivants que je lirai avec plaisir.

Traduit de l'anglais par Fanchita Gonzalez-Batlle

Quelques avis :

Babelio  Mon roman noir et bien serré  Le Figaro littéraire  Du côté de chez Cyan  PatiVore  Manou  Sens Critique  Alex  Belette Rachel

Lu dans le cadre


 
 





 

La panne

 


Chaque mois, la libraire Mots & images organise un goûter littéraire au cours duquel les participants échangent leurs avis sur leurs lectures. Ce moment est toujours précieux et intéressant car les avis se confrontent loin de toute artificialité.

C'est au cours d'un de ces joyeux goûters que j'ai découvert un auteur suisse peu connu et méconnu : Friedrich Dürrenmatt et son court roman, ou longue nouvelle, « La panne ».

Il a été écrit en 1956 et deviendra, la même année, une pièce radiophonique. En 1972, Ettore Scola en fera une adaptation cinématographique sous le titre « La plus belle soirée de ma vie », puis en 1979 « La panne » sera adaptée en comédie pour un théâtre ambulant. Il faut dire que le roman est « théâtral » dans sa construction : unité de temps, de lieu et d'action.

Autant dire que ce roman, de grande qualité, a frappé les esprits au point de l'adapter tant au théâtre qu'au cinéma.


Alfredo Traps, représentant en textile, suite à une panne de voiture, se retrouve coincé pour une nuit dans un village où il trouve logis chez un juge à la retraite, faute de place dans l'hôtel du coin.

Cela tombe bien, il manque au juge et à ses vieux amis magistrats, un rôle …. celui de l'accusé. En effet, régulièrement, les compères juristes se retrouvent pour dîner joyeusement et jouer revivre de vieux procès sans le cadre rigide de la loi.

Alfredo est un gai luron et ne refuse ni le gîte ni le couvert ; il accepte sans sourciller le rôle d'accusé car il se demande bien de quoi les vieillards gourmets et gourmands pourraient l'accuser, lui dont la vie est simple et limpide.

Malgré les mises en garde de son « avocat », Alfredo se laisse emporter par l'ambiance bon enfant et la conversation délicieuse des convives. Le jeu s'installe au fil des plats et des verres remplis des meilleurs vins, peu à peu l'étau se resserre autour de l'inculpé qui ne pense à mal et ce jusqu'à la fin du repas. Mais, une fois dans sa chambre ….. Alfredo repense à la portée des révélations faites au cours du dîner et en tire les conséquences.... glaciales.


C'est le premier roman de Friedrich Dürrenmatt que je lis et j'ai été happée de bout en bout par ce récit délirant d'un humour noir féroce. L'auteur trouve les mots justes, instaure une ambiance dérangeante tout en mettant en place le jeu, un peu pervers, des retraités. Le jeu qui peut ne pas en être un et Dürrenmatt sait jouer du flou, du non-dit et de l'imagination des personnages : la frontière est mince entre réalité et fiction du jeu.

Chaque mot est pesé, chaque action amenée avec une précision diabolique, les coups sont donnés à force de mets savourés, de panses remplies, de vins dégustés au point qu'Alfredo, comme le lecteur, ne sait plus si cela relève de la plaisanterie ou de la perversité la plus brutale. C'est ce jeu subtil avec ces lignes qui fait la saveur de ce roman qui réserve une chute à la hauteur du talent de l'écrivain.

Ce dernier pose son postulat dès la première page :« Nous ne vivons plus sous la crainte d'un Dieu, d'une justice immanente, d'un Fatum comme dans la Cinquième Symphonie ; non ! plus rien de tout cela ne nous menace. » Notre monde n'est plus hanté que par des pannes. Pannes de voiture, par exemple, comme celle de la Studebaker d'Alfredo Traps, un soir, au pied d'un petit coteau.. » Donc, cette nouvelle platitude des existences sonne-t-elle la fin de l'inspiration pour les écrivains ? Après la lecture de « La panne » on ne peut que saluer avec respect la maestria de l'auteur à monter, à partir d'une situation d'un banal pathétique, une intrigue au suspense haletant et à l'ambiance presque baroque tant l'excès est partout... un excès intelligent au service d'une écriture ciselée et percutante.

Traduit de l'allemand (Suisse) par Armel Guerne

Quelques avis :

Babelio  Violette  Sens Critique

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samedi 7 mai 2022

Quand les pensées gelaient dans l'air

 


Je ne savais pas qu'Alberto Moravia avait écrit des nouvelles pour la littérature jeunesse. C'est pourquoi, intriguée, j'ai emprunté ce recueil de huit nouvelles.


Qu'en dire ?


Le recueil est recommandé pour les jeunes lecteurs à partir de dix ans ; les histoires sont faciles à comprendre et amusantes.

Le parti pris de Moravia rappelle celui des fables de la Fontaine : les animaux sont doués de paroles et de pensées afin de mettre en scène les comportements et les désirs humains. Il n'y a pas forcément de morale explicite à la fin de chaque nouvelle, cependant le texte apporte quelques clefs au lecteur comme ne pas être ancrés dans ses certitudes comme le Pin Gouin professeur de géographie soutenant, mordicus, que la glace ne peut pas fondre car elle est aussi solide que la pierre. La force des lois de la nature lui démontreront que voyager, même contre son gré, est source de confrontation avec l'altérité et la nouveauté.

Moravia met en scène les interrogations enfantines, avec la Gi Rafe qui ignore qu'elle est girafe parce que devenue orpheline trop tôt : pour se construire, on a besoin du miroir que sont nos parents, on a besoin de leurs enseignements, de leur expérience pour grandir et savoir qui on est. Grandit-on seul ? On aimerait bien parfois or c'est entouré de sa famille, de ses amis que l'on acquiert expérience et maturité.


Par petites touches, Alberto Moravia, par le biais de l'humour, apporte quelques réponses aux nombreuses interrogations des adultes en devenir. Ohhhh, ce délectable espace-temps dans lequel les jeunes lecteurs peuvent se reconnaître : tout ce qui est plus vieux qu'eux date d'au moins un milliard d'années, le temps ne passe pas aussi vite qu'ils le souhaiteraient, surtout lors des activités obligatoires. L'époque des parents c'est de la préhistoire quant à celui des grands-parents il remonte, au moins, à l'époque des dinosaures.

Ahhhh, l'histoire du pauvre morse qui s'interdisait de penser car au Pôle Nord, il fait tellement froid que les pensées gèlent et ne restent dans l'air … donc tout le monde peut savoir que chacun pense ce qui est loin d'être une vie tranquille.


La dernière nouvelle est un peu plus triste que les autres, du moins l'ai-je perçue ainsi. Cha Calot est amoureux de la belle Gi Raffine, un tantinet bêcheuse, et aimerait l'épouser. Or l'odeur de Cha Calot est difficilement supportable pour Gi Raffine qui préfère celle des plantes à celle des charognes. C'est l'éternelle histoire d'amour impossible du ver de terre amoureux d'une étoile. C'est aussi une manière de montrer qu'il est important d'aller au-delà des différences pour réaliser quelque chose. Cha Calot épousera une jeune fille de sa condition, une demoiselle Hyè Ne, mais aura toujours le cœur serré lorsqu'il croisera son premier amour, son étoile jamais atteinte.


Un recueil agréable à lire et intéressant car Moravia soulève nombre de questions que se posent les jeunes enfants. Le texte est judicieusement servi par les illustrations d'Anaïs Vaugelade.


Traduit de l'italien par Diane Ménard et illustré par Anaïs Vaugelade


Lu dans le cadre:

  
  



samedi 30 avril 2022

Les mémoires d'un chat

 


Satoru
, amoureux des chats depuis toujours, adopte, un jour, Nana, « sept » en japonais, un jeune chat errant qu'il sauve après qu'il ait été renversé par une voiture et ait échoué, épuisé, sur le parking de l'immeuble, une patte cassée.

La vie commune commence entre le jeune homme et son chat. Cela aurait pu durer longtemps si un aléa de la vie n'était pas venu perturber le bel ordonnancement des jours.

Satoru doit se séparer de son chat et recherche, parmi ses anciens camarades de classe, qui pourrait s'en occuper.

Les deux compagnons parcourent le Japon en quête du foyer d'accueil idéal. C'est, à chaque fois, l'occasion de se remémorer les souvenirs de jeunesse, les joyeux comme les malheureux, de Satoru, jeune garçon devenu orphelin, que sa tante prit sous son aile... sans son chat d'alors, « Huit ». Satoru en sera toujours triste.

On parcourt le Japon en voiture et dans le regard du chat, friand de nouvelles découvertes et de belles aventures. Les présentations avec les potentiels adoptants ne se déroulent pas toujours au mieux. Il faut dire que Nana n'y met pas vraiment du sien... et pour cause. Ce que Nana veut, c'est passer le plus de temps possible en compagnie de Satoru car, même si le jeune homme n'en dit rien à ses amis d'enfance, même s'il n'en parle jamais avec Nana, Nana, lui, sait, depuis le début, l'aléa de la vie qui jette Satoru sur les routes japonaises. Il aura recours à toutes les ruses possibles et inimaginables pour gagner du temps précieux.

On le saura, avant les amis d'enfance, en écoutant le constat de la chatte du couple tenant un gîte acceptant les animaux de compagnie, devant l'attitude du chien qui aboie sur Satoru, alors que ce dernier est réputé pour être apprécié par tout animal croisant son chemin. Les animaux perçoivent ce que les hommes ne voient pas : la maladie qui ronge l'organisme de manière irrémédiable.


Le roman est le journal de bord de Nana, ce chat plus que sagace et audacieux, ce chat indépendant et pourtant débordant d'amour et de tendresse pour son maître, celui qu'il s'est choisi : renversé par une voiture, il a pensé, immédiatement, à rejoindre au plus vite le jeune homme de l'immeuble autour duquel il traînait ses pattes de jeune chat libre parce que lui seul pouvait le secourir.

Il y a les regrets des uns et des autres, les joies oubliées, les jalousies, les premiers émois. Il y a ces liens d'amitié, toujours forts malgré la distance et les années.

Chaque étape est une manière pour l'auteure décrit le Japon contemporain, attaché à ses traditions et intégré dans la modernité. Une modernité produisant les « enfants clefs », enfants délaissés par leurs parents trop absorbés par leur travail pour s'en occuper. En lisant ce passage, mon visionnage du manga animé « Kotaro en solo » est entré en résonnance avec « Les mémoires d'un chat », série dont le héros est un garçonnet de quatre ans vivant seul.

J'ai apprécié, également, les passages sur la mémoire envers les disparus : les personnages leur parlent, leur relatent les menus et grands faits de leur quotidien. Ils ne sont plus là physiquement mais toujours présents, invisibles. Ces passages ont établi des passerelles avec « Petites boîtes » d'Ogawa... et j'aime quand mes lectures, mes visionnages font écho entre eux avec pertinence et intelligence.


Hiro Arikawa avec « Les mémoires d'un chat » signe un roman qui donne la part belle à la tendresse, à la bienveillance, à l'humour et aux émotions. On rit, on aime, on se moque gentiment, on rêve, on regarde d'extraordinaires paysages, on s'arrête devant la silhouette majestueuse du Mont Fuji, on écoute le ressac de ma mer, on pleure aussi... on vit pleinement aux côtés de Nana et Satoru.

Le dernier chapitre est d'une intensité indicible et fait naître une gamme d'émotions allant crescendo. J'ai refermé le livre, la gorge serrée sans pouvoir endiguer le flux lacrymal.

Ce fut une lecture très forte en émotions et la belle découverte d'une auteure que je ne connaissais pas du tout.

Traduit du japonais par Jean-Louis De la couronne


Quelques avis:

Babelio  Livraddict  Tomtom Latomate Critiques Libres  Sens Critique


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mercredi 27 avril 2022

Un mois au Japon: visionnages

 


Ce qui est formidable dans les défis littéraires auxquels je participe, c'est qu'en plus des livres il y a des films et des séries.

En avril, j'ai pu regarder plusieurs séries et deux films d'animation, tout en lisant les romans prévus. Je dois avouer qu'être en vacances de Pâques du 8 avril au soir au 24 au soir, ça aide beaucoup.




Les séries sont au nombre de quatre:




* "Midnight diner: histoires de Tokyo" adaptée du manga "La Cantine de minuit" de Yaro Aba. J'ai tout de suite entrée dans l'histoire de cette gargote, ou izakaya, du quartier de Shinjuku, fondé en même temps que 22 autres arrondissements en remplacement de la municipalité de Tokyo, en 1947. L'ambiance de l'izakaya est chaleureuse et conviviale, les habitués s'y retrouvent autour de soupes miso, de ramens ou autres délices de la cuisine simple et traditionnelle du Japon. Les personnages gravitent autour du patron, appelé "Maître" par les clients. Sur la carte affichée à l'extérieur, peu de plats: le tonjiru, soupe miso au porc, du saké, de la bière et shochu, une liqueur japonaise. Cependant, pourvu qu'il ait les ingrédients en cuisine ou qu'on les lui apporte, le Maître peut tout cuisiner avec calme et sérénité. Le Maître est peu disert, il écoute, cuisine et fume entre deux services. Quand il prend la parole c'est pour dispenser un conseil plein de sagesse et de bon sens.

J'ai aimé que chaque épisode soit centré sur un personnage, sa relation à un plat et un conflit personnel à résoudre: tout est délicat, précis et permet d'approcher l'intimité des personnages et d'apprendre beaucoup de choses sur le quotidien des Tokyoïtes. Cerise sur le gâteau, si j'ose dire, la recette du plat en fin d'épisode suivi du "Bonne nuit" des personnages principaux de l'histoire. Le téléspectateur est impliqué par cet aparté. 

De minuit à 7h du matin, c'est la diversité sociologique extraordinaire du quartier de Shinjuku qui vient se restaurer à la Cantine de minuit. On croise des hommes d'affaires, d'anciens acteurs, des danseurs, des jeunes gens en quête de travail, des marchands du coin et même des drag-queens. L'ambiance est bon enfant, joyeuse souvent, triste parfois. J'ai savouré les deux saisons qui ont un goût évident de "revenez-y".



* "Samouraï gourmet". On fait connaissance avec le héros,Takeshi Kasumi, au premier matin de sa vie de retraité. Il ne sait pas à quoi occuper son temps libre aussi son épouse, femme au foyer fort occupée par ses multiples activités, dont la chorale, lui suggère de faire de la marche. Takeshi découvre peu à peu son quartier qu'il ne faisait que traverser rapidement pour se rendre à son travail.

Le personnage se retrouve toujours dans une gargote ou un restaurant huppé... au Japon, la nourriture est un sujet important. Ainsi, ai-je accompagné Takeshi dans ses nombreuses dégustations qui lui font souvent revivre des moments précieux de sa jeunesse. Comme il est encore timoré face à l'adversité, un ami imaginaire l'accompagne pour lui redonner foi et courage: un samouraï errant. 

On assiste à des situations cocasses et amusantes, on sourit et on salive beaucoup devant les plats appétissants savourés par Takeshi. Il n'y a qu'une seule saison, hélas.



* "The journalist". On change de registre: on suit l'affaire d'un scandale politico-financier dans lequel sont impliqués le Premier Ministre et son épouse. Une journaliste du Toto Newspaper, Anna Matsuda, enquête sans relâche sur l'affaire afin que le peuple japonais prenne conscience du degré de corruption des élites. L'action se déroule quelque temps avant la pandémie liée au COVID-19 qui retarda d'un an les JO de Tokyo.

"Qui servons-nous?" demande un fonctionnaire lorsqu'on contraint une équipe du Bureau des Finances à falsifier les minutes des séances de la Diète et les archives d'un projet immobilier, afin que les archives concordent avec les propos, malheureux, du Premier Ministre assurant que s'il était lié, ou sa femme, au scandale, il démissionnerait immédiatement. Au nom de la stabilité politique, des fonctionnaires doivent faire disparaître des documents sans que le pouvoir prenne en compte leur moralité et leur foi en leur mission. Le drame est inévitable: un fonctionnaire se suicide. Son épouse et sa soeur, aidées par la journaliste Anna Matsuda, décident d'intenter un procès. Ce qui ravit un procureur désireux de mettre fin aux magouilles d'un proche du pouvoir.

La série m'a entraînée dans les sombres et glauques rouages du pouvoir japonais au sein duquel règne la corruption, les conflits d'intérêt et le mensonge. Lorsque les fonctionnaires tiraillés entre les injonctions impossibles de leur hiérarchie et leur sens du devoir, les remises en question foisonnent et libèrent, malgré la peur, la parole. L'image des élites politiques et économiques est malmenée sans vergogne dans ce thriller glaçant, mis en scène avec sobriété apportant une vraie justesse au jeu des acteurs. 



* "Kotaro en solo". Un manga animé, de dix épisodes, mettant en scène un enfant de 4 ans, Kotaro Sato. Il emménage seul dans un studio. Ses voisins sont intrigués et très vite s'attacheront à l'enfant.

Pourquoi est-il seul? Ses parents travaillent-ils tout le temps? Rapidement, on s'aperçoit de l'absence des parents de Kotaro. Le petit garçon s'inscrit  l'école du quartier, se fait des amis et admire un héros de manga animé Tonosaman, d'ailleurs il porte l'épée de Tonosaman sur le côté et parle de manière surannée. Son voisin, Karino, un auteur de manga en manque d'inspiration, s'érige en tuteur du garçonnet et l'accompagne dans ses déplacements quotidiens. Peu à peu, ils tissent des liens d'amitié et on les suit aux bains publics, à la supérette, à l'école, au cinéma ou au parc.

Kotaro reçoit chaque semaine une somme d'argent de la part d'une "gentille personne". L'argent est apporté par un avocat, chaque semaine Kotaro offre collation et chansons ainsi que son journal intime de la semaine. Qui est "la gentille personne"? Kotaro cherche à le savoir, comme le téléspectateur, sans succès. 

Au fil des épisodes, on en apprend plus sur le passé de Kotaro et cela donne lieu à des épisodes émouvants comme celui dans lequel Karino se rend compte que Kotaro mange des mouchoirs en papier, alors qu'il a de quoi acheter de la nourriture convenable, résurgence de l'époque où délaissé par ses parents il ne mange pas à sa faim. Il y a les épisodes au cours desquels il croise trois enfants affamés à la cueillette de plantes comestibles, ou lorsqu'il retrouve d'anciens compagnons d'orphelinat. 

"Kotaro en solo" est un maga animé tendre et cruel à la fois: il aborde un sujet sociétal particulier au Japon, l'abandon d'enfants par des parents débordés par leur travail et complètement dépassés par la tâche éducative qui leur incombe. La scène des gants en caoutchouc est d'une intense émotion car on constate qu'il y a des mères incapables de toucher leur enfant. J'ai ri et versé ma petite larme en visionnant l'unique saison des aventures de Kotaro, je me suis attachée aux personnages qui portent, tous, leurs fêlures et qui vivent leur quotidien en composant avec elles. 

Visionnés dans le cadre:




lundi 25 avril 2022

Choses dont je me souviens

 


Sôseki Natsume
frôle  la mort en 1910 : un ulcère à l'estomac l'oblige à rester alité plusieurs mois, les pronostics ne sont pas des plus optimistes.

Cependant, la chance est du côté de l'écrivain qui dans « Choses dont je me souviens » relate le quotidien de sa maladie et de ses maux.

Revenir, presque, d'entre les morts donne une nouvelle dimension à la vie et à ses joies.

Etre proche de franchir la ligne ténue entre la vie et la mort instaure une envie, impérieuse ?, de noter impressions et réflexions de ces moments heureux, de pleine conscience d'être libéré des contraintes, parfois lourdes, de la vie quotidienne, ce qui apporte une clarté d'esprit.

Sôseki relate ces moments au cours desquels il établit des bilans, il explore toutes les sensations éprouvées en regardant le ciel d'automne, il compose nombre de haïkus et de kanshis, poèmes respectant la métrique, complexe, de la poésie chinoise.

Il est également humble devant l'immensité des possibles ténèbres comme devant les innombrables joies qu'offre le monde des sensations.

Sôseki est dans l'urgence d'où une relative sécheresse de son style, son âme de poète il la glisse dans ses haïkus dans lesquels la joie comme le désespoir sont dits en peu de mots dont la force d'évocation est indéniable et d'une rare beauté.

Il faut se laisser porter par ses redondances, celles d'un homme qui cherche à se souvenir, qui creuse dans sa mémoire et celle de ses proches pour établir une vue d'ensemble de ce qui lui est arrivé, notamment la perte de connaissance, longue et angoissante, qu'il ne peut revivre que par la mémoire d'autrui.

Avec concision, Sôseki parvient à évoquer l'intime sans outrance et avec une grande pudeur. C'est ce qui fait la grande force de son récit. On est dans sa chambre, on palpe la douleur et l'angoisse avec l'empathie que le récit sait générer ce qui ôte tout voyeurisme et exhibitionnisme. Sôseki exprime avec poésie la finitude, le côté trivial de la vie, et la grâce, la spiritualité inhérente à tout homme sensible. Ainsi ai-je savouré ce kanshi, me représentant Sôseki sur son lit de souffrance, l'esprit en éveil prêt à se repaître de chaque beauté du monde :

Renversé sur le dos
Je suis comme un muet
Silencieux je regarde
L'immensité du ciel
Les nuages sont immobiles
Le jour passe
Rien ne se passe

« Choses dont je me souviens » est un récit mélancolique, parfois décousu mais empreint de l'envie d'atteindre l'idéal d'harmonie, d'exprimer le goût pour la poésie, la peinture, le thé, toutes les choses simples loin de toute vulgarité. L'atmosphère est feutrée, on chuchote, on murmure, on écoute les silences de l'angoisse ou de l'extrême joie.

Je me suis installée, près du narrateur, pour vivre et ressentir à son rythme et me dire que la vie est bien trop courte pour laisser obscurcir son horizon par l'impitoyable finitude. Chaque parcelle du Beau est un instant précieux que l'on se remémore à l'envi.

Traduit du japonais par Elisabeth Suetsugu

Quelques avis :

Babelio  Sens Critique  Textes prétextes

Lu dans le cadre




  


  



jeudi 21 avril 2022

Petites boîtes

 


Quatrième de couverture 
:

« La narratrice de ce livre vit dans une ancienne école maternelle. Tout y est petit, au format de ceux qui la fréquentaient autrefois. Cette femme habite seule dans ce jardin d'enfants mais en ces lieux se trouve un auditorium, un endroit précieux où sont recueillies d’étranges petites boîtes... »


Je n'avais pas lu de roman de Yoko Ogawa depuis longtemps, aussi est-ce avec joie que j'ai lu « Petites boîtes ».

La narratrice vit dans une ancienne école maternelle où tout est petit, à la mesure d'enfants de 3 à 5 ans. J'ai aussitôt pensé à Alice, au pays des merveilles, avec une différence importante : elle n'est pas passée de l'autre côté du miroir et ne s'y trouve pas prisonnière.

Elle prend soin de l'école et de ses bâtiments silencieux. Seul l'ancien auditorium connaît une activité régulière car il abrite d'étranges petites boîtes en verre. Que contiennent-elle ? D'où viennent-elles ?

De l'ancien musée de la ville, elles contenaient et protégeaient les vestiges et servent, dorénavant, à recueillir les souvenirs des enfants disparus. Leurs parents leur rendent visite, discutent des petits riens de la vie, changent les décors en fonction des saisons, imaginent la manière dont aurait grandi leur enfant décédé.

On croise des anonymes et des personnes connues de la narratrice.

Monsieur Baryton, l'ancien conservateur du musée. Sa fiancée est en soin dans un hôpital d'où elle lui écrit de nombreuses lettres. Au fil des semaines, son écriture devient de plus en plus illisible au point que Mr Baryton sollicite l'aide de la narratrice pour leur retranscription : plus la vie en elle s'amenuise, plus les caractères de son écriture se réduisent jusqu'à disparaître. Depuis la fermeture de son musée, il ne parle plus mais chante ce qu'il dit, sa voix enchante les auditeurs cependant il préfère se murer dans le silence.

La cousine de la narratrice a perdu son fils et depuis refuse de prendre d'autres chemins que ceux qu'il a parcouru. Elle ne lit que les ouvrages d'auteurs morts, ne sort que très peu hormis pour vendre ses bentos et visiter la boîte dans laquelle reposent les souvenirs de son enfant.

La coiffeuse aime jouer sur les jeux d'extérieur : chaque dimanche elle joue selon un parcours immuable. Elle passe beaucoup de temps à coiffer les poupées représentant les enfants disparus. Elle répare les lyres-pendentifs avec les cheveux, si fins, des jeunes enfants morts.

Le dentiste, que les élèves de l'école maternelle appelaient Mr Carie, utilise ses instruments pour créer des jouets ou de minuscules instruments de musique que les gens porteront en pendentif aux oreilles lors des concerts de soi à soi, sur la colline lorsque le vent est favorable.


« Petites boîtes » aborde le thème essentiel de la conservation du souvenir, de la mémoire. Les parents des enfants morts peuvent devenir résilients au fil de leurs visites. Les anniversaires sont fêtés, les cérémonies de remise de diplômes, un mariage même est célébré, celui du fils de la cousine. Les années passent, le souvenir reste et est magnifié par le soin apporté aux petites boîtes en verre, à la fois fragiles et fortes.

Le roman peut désarçonner et il est possible de ne pas y entrer car, pour un occidental il peut avoir un côté morbide et glauque dans l'installation des rangées de boîtes en verres dans lesquelles des poupées sont disposées, matérialisant les disparus. Les parents sont-ils dans le déni ? Au début, j'étais mal à l'aise car oui, le spectacle de ces boîtes dans l'auditorium et les rituels des adultes sont très dérangeants. Cependant, il ne faut pas perdre de vue qu'au Japon le rapport avec la mort et les morts n'est pas le même qu'en occident : l'autel des ancêtres dans les maisons où chaque jour une offrande est faite, les visites rituelles au temple, la discussion naturelle avec les disparus montrent que les disparus ne sont jamais loin.

Le malaise ressenti, parfois, lors de la lecture, peut venir, également, du fait que la ville semble avoir été détruite ou abandonnée à partir du moment où les enfants ont disparu. Les enfants ne sont que des souvenirs. Que s'est-il passé ? Liberté est laissée à l'imagination du lecteur.


Il y a des scènes étrangement poétiques, notamment celles des concerts de soi-à-soi au cours desquels, les parents orphelins de leur enfant, portent des pendentifs aux oreilles. Ce qui peut être très macabres est la composition des instruments de musique silencieux pour le public : ils sont faits d'os d'enfant, perpétuant ainsi le lien filial. Tout l'art de Yoko Ogawa est de montrer combien les liens entre le visible et l'invisible, ce que l'on entend et ce que l'on n'entend pas, exercent une force magnifique même si cela vole en éclats lors d'une tempête... purificatrice ?

Ces liens, distendus ou carrément inexistants en occident, sont vivaces au Japon. En les évoquant et en les invoquant, Yoko Ogawa apporte, avec délicatesse et poésie, une dimension fantastique au roman. Quoi de plus proche du fantastique que ces boîtes dans lesquelles grandiront les enfants morts, que ces absences qui sont autant de présences.


« Petites boîtes » est un roman surprenant et fascinant : on se surprend à lire en chuchotant car partout règne le calme et le silence. Parfois, on perçoit une galopade, un éclat de rire enfantin, faisant ressurgir la vie. Cela peut être perçu comme atroce ou émouvant.

Je suis tombée, une fois encore, sous le charme de l'écriture de l'auteure, écriture à la grande force d'évocation. Je l'ai beaucoup apprécié car il n'y a pas de tristesse infinie dans cette manière de construire la mémoire autour des disparus et loin d'être le déni de la mort, c'est un moyen de conserver les souvenirs.

Traduit du japonais par Sophie Rèfle


Quelques avis :

Babelio  Télérama  Marianne

Lu dans le cadre:



 



mardi 19 avril 2022

Ramen, vous avez dit Ramen? Comme c'est Ramen.

 


Après ma première soupe miso maison, j'ai réalisé mes premiers ramens. J'en ai trouvé chez l'épicier asiatique de ma ville ainsi que des champignons Shimeji et des Pak choi.

Pas de bouillon  base de bonite séchée pour moi, végétalisme oblige, je me suis contenté d'un bouillon de légumes enrichi avec du miso blanc.

(crédit photo: moi)






Ingrédients:

- 1,5l de bouillon de légumes

- 1 poireau pas trop gros

- 5 côtes de blette (pas trop grandes)

- quelques fleurs de brocolis

- 1 oignon

- du miso blanc

- des Shitakés

- des Shimejis

- 3 Pak choi

- du tofu nature

- 3cm de gingembre frais (à râper ou couper finement)

- 2 feuilles de nori

- du saké de cuisine

- de la sauce soja

- de la sauce japonaise

- des ramens pour 2 personnes (200g)

Recette:

1) Faire cuire à la vapeur le poireau finement coupé et les côtes de blette puis les réserver au chaud.

2) Faire revenir les Shitakés puis les Shimejis à la poêle, déglacer avec de la sauce soja.

3) Faire revenir les morceaux de tofu nature à la poêle, ajouter du gingembre frais puis réserver au chaud.

4) Faire revenir au wok les Pak choi, l'oignon et les fleurs de brocolis

5) Le bouillon a mijoté pendant la cuisson des légumes, j'y ai versé les ramens pendant 5 mn.

Dressage du bol à ramens:


- mettre au fond: un peu de sauce soja et du saké de cuisine.

- verser un peu de bouillon puis la portion de ramens.

- disposer les parts de légumes puis ajouter un peu de bouillon pour réchauffer le tout.

- terminer par les morceaux de nori découpée en lamelles.

- c'est prêt à déguster, bon appétit!!


Recette réalisé dans le cadre:







Un café maison

 


Tokyo, dans un beau quartier, un couple semble vivre heureux … sauf que les apparences sont trompeuses.

Yoshitaka Mashiba, jeune PDG dynamique et fortuné annonce, sans émotion, à son épouse Ayané qu'il la quitte car elle n'est toujours pas tombée enceinte.

La condition de leur mariage reposait sur un enfantement puisque Yoshitaka ne peut concevoir la vie de couple sans naissance d'enfant. Pas d'enfant, ce sera le divorce.

Ayané s'y attendait-elle ou espérait-elle qu'il oublierait le fameux « sine qua non » ? Elle reçoit la décision de son mari avec stoïcisme et, on peut le dire, froideur. Elle ne lui offrira pas le plaisir de supplier pour l'attendrir. Non... elle lui offrira une vengeance à la hauteur de sa colère.


« Un café maison » est le deuxième roman de Keigo Higashino que je lis et j'apprécie autant cette seconde enquête en compagnie du duo inspecteur bourru et professeur de physique décalé, Kusanagi et Yukawa. La dernière fois, le duo s'était quitté plutôt en froid, dans l'enquête présente, le froid est toujours présent et c'est la coéquipière de Kusanagi, Kaoru qui aura un rôle décisif dans l'enquête.

Quelques jours après l'annonce de Yoshitaka à sa femme, cette dernière part passer quelques jours chez ses parents à Sapporo, située à mille kilomètres de Tokyo. Deux jours plus tard, la police contacte Ayané pour lui annoncer la mort de son époux, empoisonné en buvant du café.

Le lecteur sait, dès les premières pages, que l'auteur du crime est Ayané, c'est la marque de fabrique de la série mettant en scène le professeur Yukawa. Par contre ce que personne ne sait c'est la manière dont elle a pu s'y prendre pour commettre le meurtre en étant absente.

C'est ce qui sera recherché tout au long du roman : comment prouver que l'épouse est la meurtrière ? Kusanagi semble subjugué par la grâce et la beauté d'Ayané, artiste de patchwork renommée, au point qu'il donne l'impression d'occulter les soupçons pesant sur elle tandis que sa jeune collègue, Kaoru la soupçonne d'emblée en raison d'une inadéquation entre l'image de la maîtresse de maison parfaite qui range chaque chose à sa place et le désordre dans le rangement ds flûtes à champagne.

Yukawa n'entre pas en scène immédiatement, il se mêle à l'enquête parce que Kaoru le lui demande : le poison, qui est de l'arsenic, a bien du être introduit quelque part dans la tuyauterie sauf que les données inconnues sont : où ?, dans la tuyauterie, et quand ?

Au fil de l'enquête, on commence à comprendre le mobile principal ainsi que le temps d'organisation du meurtre. On apprend, également, que l'époux avait une maîtresse en la personne d'Hiromi, l'élève préférée de son épouse : l'homme est suffisamment cynique pour préparer en amont sa séparation, d'autant plus qu'Hiromi est enceinte. Nouvel argument pour perpétrer le meurtre.

Petit à petit les pièces du puzzle s'emboîtent parfaitement grâce au collationnement des indices minimes mais déterminants laissés par la suspecte, ses proches et le passé de son mari, mari qui n'est pas des plus sympathiques et pour lequel je n'ai éprouvé aucune compassion.

Le professeur Yukawa pourra pousser un « Eurêka » libérateur : la mise en œuvre du crime était de longue haleine et devait imposer une maîtrise de chaque instant pour son auteure. La clé est à la hauteur du talent de Keigo Higashino : extraordinaire.

« Un café maison » se lit d'une traite : le suspense, sans être intense, est très prenant car on cherche à découvrir les minuscules indices disséminés par l'auteur. Seuls les faits et gestes de la suspecte ainsi que quelques éléments de son passé peuvent mettre la puce à l'oreille. Quant au processus de l'empoisonnement, la réponse sera des plus surprenantes.

Un excellent roman policier sur une vengeance très subtile.

Traduit du japonais par Sophie Rèfle

Quelques avis :

Babelio  Livraddict  Livroscope  Eric Dumais

Lu dans le cadre