samedi 19 décembre 2009

L'origine est dans l'abîme


Europe de l'Ouest, Allemagne, dans un futur proche, des banlieues sombres et étranges, des familles dispersées dans différents pays, des travails peu rémunérateurs et pas vraiment exaltants, un train interminable, le Grand Train, malgré sa grande vitesse, une vision de fillette qui fait frissonner et un héros qui part vaillamment gagner sa croûte dans ce train interminable et sombre. C'est au cours du voyage que Daniel Kean se trouve confronté à une situation extrême: un voyageur a une bombe greffée sur son corps, l'horreur semble inévitable, aussi Daniel est-il encouragé à faire la conversation au jeune terroriste. Commence alors, une course poursuite pour mettre la main sur un secret jalousement gardé, un secret qui pourrait changer la manière de vivre et de penser du monde. Un secret jouant avec la frontière fragile de l'hérésie religieuse ne peut qu'attiser convoitises et folies, secret dont le fil conducteur est une Bible, "La Sainte Bible de l'Amour et de l'Art" aux quatorze chapitres, aux quatorze paraboles. Dans ce monde futuriste, les groupes religieux s'identifient à un ou plusieurs chapitres de cette Sainte Bible et les explorent au cours de rites gestuels, de danses étranges permettant d'entrer en osmose avec l'enseignement du chapitre. Le corps et l'esprit se mêlent pour parvenir à approcher une Vérité, une quintessence de la parole sacrée.



Daniel Kean n'est pas un esprit puissant, il fait plutôt partie des sceptiques, des non-croyants, aussi, lorsqu'il s'embarque, contre son gré, dans cette quête religieuse et scientifique, c'est avec plus une envie d'en découdre pour récupérer sa fille et tenter de venger la disparition de son épouse, l'esprit de vengeance est son moteur, sa raison de vivre, que par foi de croyant...ce qui est loin d'être le cas de ses compagnons d'aventure aussi disparates que complémentaires.


A la suite de Daniel et de ses compagnons, le lecteur entre dans l'univers très particulier développé, comme une dentelle alambiquée et donc mystérieuse, par Somoza qui semble prendre un malin plaisir à le perdre à l'infini. Il s'amuse à dérouler une toile gigantesque de questionnements, de routes possibles à emprunter ou non, de dédales spirituels, de labyrinthes de la pensée ou de foisonnements philosophiques. Le lecteur déambule, comme Daniel, incrédule puis perplexe jusqu'à ne plus rien y comprendre avant de renouer le fil de la quête, frissonnant dans les espaces sous-marins sous cloche, les maisons piégées d'invisibles armes....une richesse d'actions qui parfois amène à l'overdose. On oscille entre Science-Fiction et Bande Dessinée, les scènes donnent l'impression de ridicule mais c'est pour mieux happer la proie qu'est devenue le pauvre lecteur, saucissonné dans son envie d'aller toujours plus loin dans le frisson et l'incroyable. Un incroyable objet du discours: la présence pesante d'une religion d'une grande complexité régissant le moindre recoin de la vie sociale, culturelle, politique et économique de ce monde futuriste; tout est religion, tout est croyance. Aussi, lorsque la quête parviendra à son terme, la surprise n'en sera que plus grande: non seulement, le lecteur comprend alors le pourquoi des signaux inconscients qui lui titillaient les neurones depuis un bon moment, mais encore, il a la joie d'être entré à pieds joints dans la ronde endiablée de l'auteur, une ronde dans laquelle sont venus les mythes et les déités des temps immémoriaux.


"La clé de l'abîme" est construit comme un thriller et évolue dans la sphère du fantastique avec tout le cortège d'interrogations inhérent au genre: le devenir de l'humanité, la place de Dieu dans la société, les croyances doivent-elles régir le quotidien, doit-on et/ou peut-on tuer, psychologiquement, Dieu comme on tuerait son père afin de s'affranchir enfin de ses carcans? Est-Il né et comment? L'humanité a-t-elle toujours un sens lorsqu'elle devient un objet sans cesse contrôlé et réglé, dans tous les domaines d'activité et ce jusqu'au plus intime qu'est la procréation, par des machines? Comment les générations futures parviennent-elles à se reconstruire après un cataclysme bouleversant les modes de vie? Ces questions existentielles sont servies par une force romanesque de l'écriture qui sait susciter les arcanes de l'imaginaire avec en prime, à la fin de l'épilogue, une excellente raison d'aimer se replonger dans l'univers fascinant de la littérature classique....je me disais bien que certaines phrases me rappelaient certaines oeuvres classiques!


Même si, parfois, j'ai été déçue dans mon attente de pistes complètement tordues dans la construction de l'intrigue, j'avoue avoir apprécié la nouvelle trame de Somoza qui a le don de dérouter et de surprendre.

Roman  traduit de l'espagnol (Cuba) par Marianne Millon



 

Les avis de Cuné   leiloona   stephie   le cafard cosmique   émeraude   virginie   Béné    lael  






(6/7)

mercredi 16 décembre 2009

Coffret de contes


Je devais  parler depuis quelques temps d'un joli coffret de contes édité par Gallimard et la SNCF. Trois recueils de contes choisis parmi des contes russes (je les adore ces contes russes!), des contes de Grimm (je ne connaissais pas ceux-là!) et des contes de Gripari.
Ce florilège est très agréable et offre de jolies fenêtres d'évasion grâce aux quêtes des héros, aux métamorphoses des uns et des autres, aux voyages extraordinaires à la vitesse de la lumière (ou d'une queue de renard magique ou à dos de coursier plus rapide que Pégase lui-même!), aux rencontres tant incongrues que magiques. Les méchantes sorcières s'effacent devant les affreux sorciers ou ignobles diables, les rois cupides se retrouvent bateliers pour l'éternité, les princes insouciants et égoïstes sont écartés tandis que les jeunes hommes et jeunes femmes, même un tantinet écervelés pour avoir oublié quelques précieux conseils, après de multiples épreuves parviennent à trouver le chemin du bonheur et de la félicité.
J'ai aimé "Le géant aux chaussettes rouges" de Gripari, géant qui part à travers le monde, jusqu'en Chine où on ne parle que le chinois et délicieusement transcrit par l'auteur, pour l'amour d'un petit bout de femme!
J'ai adoré "La princesse grenouille" qui ôte sa peau de batracien le soir venu (Mélusine n'est jamais bien loin!!!) pour aider son bienaimé jusqu'au jour où arrive ce qui doit arriver pour le bonheur d'avoir des frissons même si l'on sait que tout s'achèvera bien!
J'ai aimé "L'oiseau d'or", de Grimm, dont la quête est guidée par un malin renard au panache supersonique et dont la demande de récompense peut à première vue rebuter -d'ailleurs notre héros n'y adhère pas spontanément-
En un mot comme en mille, j'ai vraiment apprécié, le temps d'une attente chez le vétérinaire et entre deux sorties en ville, de me replonger au coeur de l'univers du conte, de ce fil d'histoire qui apporte sensations fortes, interrogations, cheminement de pensée et des réponses auxquelles sur lesquelles la réflexion est de mise!
Un seul bémol au sujet de ce coffret: certaines illustrations sont vraiment moches et c'est bien dommage car les contes, surtout russes, mériteraient nettement mieux!!!! Pourquoi les faire si grossières et si tristes (je sais que le N&B n'est pas toujours synonyme de sombre et de laideur)? Je n'ai pas été enthousiasmée par le parti pris au sujet des illustrations qui sont essentielles pour attirer l'oeil et garder l'attention du lecteur. Ce n'est pas parce que les mangas et/ou dessins animés actuels sont particulièrement moches côté coups de crayon que l'on doit faire obligatoirement dans le moche! Je suis convaincue que l'on peut réaliser de belles illustrations sans pour autant trop augmenter le prix du livre.
Je remercie Emeline Guiraud pour ces contes qui m'ont redonné, l'espace d'une lecture, mon âme d'enfant acquise aux merveilleux!


dimanche 13 décembre 2009

Dimanche poétique # 5


Aujourd'hui, direction le XVIè siècle et ses poètes de La Pleiade en compagnie de Joachim Du Bellay.
Je suis certaine que ce poème vous rappelera bien des souvenirs d'école!

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,

Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,

Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la doulceur angevine.

Joachim du Bellay (1522-1560)

Un bonus en musique, dont je ne me lasse pas, ICI  
 
Je vous invite à passer lire les poèmes dominicaux des compagnons de voyage de Celsmoon là !
 
 


Le retour d'Ulysse/ Pénélope et les prétendants (1509)
Bernardino di Betto dit le Pinturicchio (1454-1513)

mercredi 9 décembre 2009

La vertu, le lys et la passion

Félix de Vandenesse, un jeune aristocrate, a vécu une enfance et une adolescence des plus difficiles: né après un frère, qui a pris toute l'affection dont était capable la mère, et une soeur, il n'y a plus de place à prendre dans le coeur maternel. Aussi, passe-t-il son temps entre rêveries et sarcasmes, entre désir d'être aimé et les tristes pensions où la famille l'envoie étudier.
Une morne existence scande ses jours gris jusqu'au jour où, lors d'un bal, donné en l'honneur du duc d'Angoulême, à Tours, il rencontre une femme qui le subjugue au point de lui faire perdre toute mesure: il lui baise avec passion les épaules...ce qui fait rougir et fuir la belle dame. Qui est cette céleste inconnue? Un concours de circonstance heureux, amène Félix à séjourner à Frapesle, chez les Chessel, amis de sa mère, où il rencontre enfin celle qui l'enchante depuis le fameux bal.

Commence alors une douce, longue et romantique histoire d'amour platonique, entre Félix, à peine sorti de l'adolescence, et Henriette de Mortsauf. Chaque jour voit grandir l'attachement, quasi maternel, de ces deux êtres malmenés par la vie: Félix, englué dans une enfance solitaire et triste, et Henriette, mariée très jeune à un homme déjà vieux, mère de deux enfants souffreteux, épouse d'un hypocondriaque persécuteur et égoïste. La vallée de l'Indre devient le cadre idyllique d'un amour éthéré au creux duquel deux amants vertueux épousent leurs souffrances, leurs peurs et leurs espérances: les vergers, les bois et les landes offrent mille et un bouquets au fil des saisons, messagers délicats d'un lien amoureux des plus purs (d'ailleurs, Mme de Mortsauf ne tient-elle pas à considérer Félix comme son enfant, afin de pouvoir l'aimer sans offenser son serment d'épouse!), le parc et les allées somptueuses ombragées, les lieux de tendres confidences et de mains maintes fois baisées avec passion. Cependant, la belle harmonie s'avère n'être pas éternelle: encouragé par les sollicitations de Mme de Mortsauf, Félix se lance dans les affaires publiques en intégrant le cabinet du roi, à Paris. Après un long séjour en Touraine au cours duquel la maladie du comte rapproche encore plus les amants et transcende leur dévouement tout en élevant leur âme, le nouvel éloignement, nourrissant la mélancolie d'un Félix, amoureux d'une étoile, rend ce dernier bien désirable pour les femmes du monde attirées par l'ombre d'un amoureux transis. C'est ainsi que Félix rencontre Lady Arabelle Dudley qui lui ouvre grand les portes de la passion charnelle, celle qui consumme et brûle les coeurs et les corps. Une indiscrétion de la part de la mère de Mme de Mortsauf plonge cette dernière dans les terribles affres de la jalousie, jalousie qui lentement lui rongera le coeur.

Ma première lecture datant du lycée,c'est avec un plaisir mêlé d'appréhension que j'ai relu "Le lys dans la vallée": retrouverai-je le charme de cette histoire d'amour impossible? Serai-je encore émue par les descriptions somptueuses des paysages et des émotions? Serai-je à nouveau sous le charme d'une atmosphère romantique, champêtre et pleine de bons sentiments?
La maturité aidant, j'ai mieux cerné le personnage d'Henriette qui loin d'être une romanesque amoureuse évaporée, est une femme ayant la tête sur les épaules, sachant organiser et gérer un domaine, au dévouement extrême envers son époux et ses enfants qu'elle protège et chérit. C'est elle qui détourne Félix de son envie d'entrer en religion et l'amène à se lancer dans le monde afin d'y faire carrière: Henriette est fine politique et fine mouche aussi, elle sait qu'elle perdra Félix et sans doute pense-t-elle se sauver d'elle-même en l'éloignant de Clochegourde afin qu'il apprenne à voler de ses propres ailes. Certes, elle larmoie, pleure beaucoup sur ses malheurs domestiques et spirituels; certes, elle repousse trop l'amour aveugle de Félix par des pirouettes à la limite de la coquetterie, même au nom de la bienséance et du devoir moral, et signe d'autant plus ses sentiments qui l'attache à ce jeune homme sans expérience, brûlant de passion et d'imaginaire; certes, elle agace parfois mais elle surprend très souvent....plus que Félix! Henriette est le portrait de l'image, délicate et complexe, de la dame du monde vue par Balzac: intelligente, passionnée et sentimentale, solitaire ayant conservé une âme d'enfant tout en possédant une haute idée du devoir conjugal et maternel. Une femme-mère-enfant, idéal balzacien qui peut paraître aujourd'hui non seulement désuet mais frisant aussi le ridicule. La relation, amoureuse platonique, entre Félix et Henriette est proche du sentiment éprouvé par certains mystiques d'où la douleur face à l'incomplétude lors de l'expérience du manque (les absences de Félix et surtout son infidélité), mal nécessaire dans le combat mené entre les sens et l'âme. Henriette expérimente la plus déchirante des douleurs: celle de constater avec amertume que sa vie ne fut qu'un mensonge, qu'elle n'aspirait qu'à vivre son amour avec Félix. Au prix d'une lutte sans merci avec sa conscience, elle parviendra à dépasser l'amertume d'une défaite pour parvenir enfin à la sérénité.

J'ai goûté avec délice la construction intéressante du roman: une longue lettre de Félix à une femme qu'il aime, Nathalie de Manerville, dont la réponse est d'une savoureuse ironie, Balzac montre qu'il a un grand humour et peu d'illusions sur la nature humaine (Félix est loin de tirer les marrons du feu!)!

J'ai aimé la diversité des points de vue orchestrés par un Balzac qui dut certainement désarçonner nombre de ses contemporains: comment mettre en scène l'amour-passion, avec le souvenir de la scène du baiser à l'épaule, à un moment intime de l'agonie d'Henriette, tout en exprimant les vertus des valeurs de la famille, les critiques de la société (entre les enfances sombres et solitaires dans les familles aristocratiques, les jeunes filles mal mariées à des hommes dejà âgés, et aigris, et les hypocrisies d'un système qui exclut les capacités féminines, Balzac décoche quelques flèches désagréables) mais aussi ses points positifs ou encore louvoyer entre la beauté de la passion et la défiance envers cet état brûlant et dévastateur, sans heurter la sensibilité "romantique" du moment!? A la lumière du XXIè siècle, ressent-on de l'outrance, voit-on du "faux" ou de l'improbable dans certaines scènes? Si on est cynique...certainement sinon...on voit la passion amoureuse déchirer une femme seule, mariée à un tyran domestique, qui ne sait et, surtout, ne peut pas laisser tout derrière elle pour vivre cette passion!

J'ai savouré "Le lys dans la vallée" comme un souvenir qui soudain rejaillit et prend une autre ampleur avec les années écoulées: la lente et belle promenade sur les bords de l'Indre, partie de "la doulce France" chère à la Renaissance, avec les descriptions des paysages où la nature est magnifiée, presque idéalisée (ahhh la scène des vendanges!!!), offre une belle adéquation entre la personnalité de l'héroïne et son environnement (Henriette est douce et généreuse comme le sont les rives de l'Indre, sa belle âme ne peut que vivre au coeur d'une nature d'abondance).

La langue française classique a une musicalité ineffable et indicible...la lire est un plaisir, la quitter une promesse de revenir boire à une source d'émotions loin d'être surfaites.




Les avis de lily    

Roman lu dans le cadre des lectures communes de Parfum de livre


Roman lu dans le cadre du défi Littérature classique (1/12)

dimanche 6 décembre 2009

Nouveauté pratique



Grâce à l'initiative dominicale de Celsmoon, la liste des poèmes édités sur ce blog s'allonge. Afin de m'y retrouver et pour vous permettre une meilleure navigation, je me suis dit qu'un ré-chat-pitulatif de tout cela serait bien utile!
J'ai classé les auteurs par ordre alphabétique suivi des liens vers les poèmes.
Je vous souhaite une bonne lecture et d'agréables promenades poétiques chez moi :-)

Al-Nabigha Al-Dhoubyani "De ses longs cheveux se voilant..." /

Appolinaire G.  "Automne malade" /

Bastard J. "Casaluna" /
Baudelaire C. "Les chats" / "Les fenêtres" /
Bergèse P.   "Neige, vent pluie..." /
Boshô "Haïku" (chataîgne) /
Buson haïku (cerisier)/

Césaire A. "Jour et nuit" /

Dhou'l-Roummah  "Adieu" /

Farrokhzad F. "Le vent nous emportera" /


Heine H. "La Loreleï" /

La Fontaine J.  "Le corbeau et le renard" /
L'Hermite T-F   "sonnet" /

Neruda P.   "Sonnet XXVII" /


Poullaouec J. "Haïkus du chat" /



Sà du Là   "Mélodie des lotus" /
Saint-Denys Garneau H.  "Pins à contre-jour" /
Ségar Senghor L.  "Femme noire" /

Tardieu J.  "L'oblique" / "Un chemin" /

Viau Th. "épigramme" /

Yaha  "haïku" (jardin)/

Dimanche poétique # 4


Ulike.net a lancé un concours autour de Jean de La Fontaine. Je ne m'y suis pas inscrite mais je ne peux oublier une des fables apprises sur les bancs de l'école élémentaire et que j'aime, de temps à autre, réciter aux enfants de ma classe (pour le simple plaisir de la langue et des images suscitées par le poème):

Le Corbeau et le Renard



Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l'odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
"Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. "
A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ;
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s'en saisit, et dit : "Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute :
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. "
Le Corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.


Jean de La Fontaine ((1621-1695)
 


Pour lire les poèmes du jour chez les Compagnons de Voyage de Celsmoon c'est ICI que vous trouverez tous les liens!

samedi 5 décembre 2009

Par un soir de décembre....


...en rentrant de l'école, après avoir tergiversé quelques semaines, j'ai sauté le pas et me suis lancée dans une belle aventure: celle d'une blogolectrice!
C'est avec émotion que je souffle les 3 bougies de Chatperlipopette: malgré quelques soucis d'inspiration chroniques, mon blog continue son chemin au gré de mes lectures, au gré de mes envies.
Chatperlipopette a pris une grande place dans ma vie: grâce à lui j'ai pu rencontrer de très belles personnes, échanger sur mes ressentis de lecture et élargir mes horizons.
Je ne peux que remercier mes lecteurs fidèles ou seulement de passage, bavards ou muets....et partager avec vous cet anniversaire.
Vous prendrez bien une petite part de gâteau, non?



Un peu de "L'inespérée"


Comme je le soulignais ci-dessous, le texte (que j'ai trouvé percutant) "Le mal" m'a laissée "toute chose": ce qui y était écrit possédait une soudaine force tant la réalité quotidienne est imprégnée par la présence télévisuelle.

"Elle est sale. Même propre elle est sale. Elle est couverte d'or et d'excréments, d'enfants et de casseroles. Elle règne partout. Elle est comme une reine grasse et sale qui n'aurait plus rien à gouverner, ayant tout envahi, ayant tout contaminé de sa saleté foncière. Personne ne lui résiste. Elle règne en vertu d'une attirance éternelle vers le bas, vers le noir du temps. Elle est dans les prisons comme un calmant. Elle est en permanence dans certains pavillons d'hôpitaux psychiatriques. C'est dans ces endroits qu'elle est le mieux à sa place: on ne la regarde pas, on ne l'écoute pas, on la laisse radoter dans son coin, on met devant elle ceux dont on ne sait plus quoi faire. Les jours, dans les hôpitaux comme dans les prisons, sont plus longs que les jours. Il faut bien ls passer. On lui fait garder les invalides mentaux, les prisonniers et les vieillards dans les maisons de retraite. Elle a infiniment moins de dignité que ces gens-là, assommés par l'âge, blessés par la Loi ou par la nature. Elle se moque parfaitement de cette dignité qui lui manque. Elle se contente de faire son trvail. Son travail c'est salir la douleur qui lui est confiée et tout agglomérer - l'enfance et le malheur, la beauté et le rire, l'intelligence et l'argent - dans un seul bloc vitré gluant. On appelle ça une fenêtre sur le monde. mais c'est, plus qu'une fenêtre, le monde en son bloc, le monde dans sa lumière pouilleuse de monde, les détritus du monde versés à chaque seconde sur la moquette du salon. Bien sûr on peut fouiller. On trouve parfois, surtout dans les petites heures de la nuit, des paroles neuves, des visages frais. Dans les décharges on met la main sur des trésors. Mais cela ne sert à rien de trier, les poubelles arrivent trop vite, ceux qui les manient sont trop rapides. Ils font pitié, ces gens. Les journalistes de télévision font pitié avec leur manque parfait d'intelligence et de coeur - cette maladie du temps qu'ils ont, héritée du monde des affaires: parlez-moi de Dieu et de votre mère, vous avez une minute vingt-sept secondes pour répondre à ma question. Un ami à vous, un philosophe, passe un jour là-dedans, dans la vitrine souillée d'images. On lui demande de venir pour parler de l'amour, et parce qu'on a peur d'une parole qui pourrait prendre son temps, peur qu'il n'arrive quelque chose, parce qu'il faut à tout prix qu'il ne se passe rien que de confus et de désespérant - c'est à dire moins que rien -, en raison de cette peur on invite également vingt personnes, spécialistes de ceci, expertes de cela, vingt personne soit trois minutes la personne. La vulgarité, on dit aux enfants qu'elle est dans les mots. La vraie vulgarité de ce monde est dans le temps, dans l'incapacité de dépenser le temps autrement que comme des sous, vite, vite, aller d'une catastrophe aux chiffres du tiercé, vite glisser sur des tonnes d'argent et d'inintelligence profonde de la vie, de ce qu'est la vie dans sa magie souffrante, vite aller à l'heure suivante et que surtout rien n'arrive, aucune parole juste, aucun étonnement pur. Et votre ami, après l'émission, il s'inquiète un peu, quand même, pourquoi cette haine de la pensée, cette manie de tout hacher menu, et la réalisatrice lui fait cette réponse, magnifique: je suis d'accord avec vous mais il vaut mieux que je sois là, si d'autres étaient à ma lace, ce serait pire. Cette parole vous fait penser aux dignitaires de l'Etat français durant la Seconde Guerre mondiale, à cette légitimité que se donnaient les vertueux fonctionnaires du mal: il fallait bien prendre en charge la déportation des juifs de France, cela nous a permis d'en sauver quelques uns. Même abjection, même collaboration aux forces du monde qui ruinent le monde, même défaut absolu de bon sens: il y a des places qu'il faut laisser désertes. Il y a des actes qu'on ne peut faire sans aussitôt être défait par eux. La télévision, contrairement à ce qu'elle dit d'elle-même, ne donne aucune nouvelle du monde. La télévision c'est le monde qui s'effondre sur le monde, une brute geignarde et avinée, incapable de donner une seule nouvelle claire, compréhensible. La télévision c'est le monde à temps plein, à ras bord de souffrance, impossible à voir dans ces conditions, impossible à entendre..." (P 19 à 22)

Fenêtres sur le monde


Christian Bobin est un écrivain de l'intime, des émotions les plus délicates, des petits riens du quotidien qu'il tamise d'une lumière évanescente, celle du regard par-dessus l'épaule, celle de l'hier ou celle des sentiments que l'on tait aux autres.

Dans "L'inespérée", il livre à son lecteur des textes d'une intériorité qui tend à la pureté des émotions, des sentiments: il y parle, toujours avec délicatesse, même lorsqu'il s'insurge, de l'amour (celui éprouvé pour une passante, un jour de pluie, celui d'une femme partagée entre son amant et son mari, celui de l'homme qui aime la distance pour écrire son amour à la femme de sa vie, l'écrit permettant, sans doute, ce que la conversation intime refuse à la pudeur), de l'amitié, de la banalité de la vie qui peut receler, de manière très inattendue, des joyaux que l'on espérait plus. Cependant, il ne reste pas sans réaction face à ce qui lui déplaît: son regard sur la société telle qu'elle est devenue est celui de la déconsidération, celui de l'amertume inacceptée. Les tranches de vie, entre deux images d'une grande poésie, cachent un aspect peu engageant de notre monde qui devient la proie d'une télévision à la trop grande place. Du coup, elle pervertit la pureté à laquelle Bobin aspire...d'ailleurs, il n'hésite pas à en faire le personnage central d'un texte au titre extrême "Le mal" (c'est dire son aversion pour cet écran qui rend captif): elle captive sans être captivante, elle est la nouvelle "nurse" des mondes clos, ceux de l'enfermement pénal, psychiatrique ou de la vieillesse, elle est partout et s'en fiche qu'on ne la regarde pas...elle est là et captera, à un moment où à un autre, un regard même morne. "Le mal" est un texte dont la violence des propos affleurent sous une écriture ciselée, décapante derrière sa richesse; il surprend, il interpelle et peut mettre mal à l'aise car Bobin ne fait aucune concession.
"L'inespérée" est un recueil qu'il est difficile de résumer tant les sensations, les émotions qu'il met en mots sont saisissantes, poétiques et entraînent le lecteur dans un monde à l'écart du monde, d'où seules des rumeurs lointaines des bruits du quotidien viennent troubler le recueillement dans lequel il s'est plongé; un recueillement sur la part d'ombre intime que chacun porte en soi. "L'inespérée" amorce une subtile méditation sur l'accomodement du monde avec les êtres et les choses, pose les jalons d'un voyage intérieur au long cours balisé par images sensibles de l'écriture de Bobin.
Il est facile de rapprocher Christian Bobin de Philippe Delerm, mais là où le second utilise l'encre de la nostalgie pour dessiner les volutes des souvenirs, le premier puise à la source de la mélancolie pour appréhender les illusions du monde. Toujours est-il que l'on ne quitte pas, comme on quitte un manteau, l'écriture ni l'ambiance étrange des textes de Bobin: elles s'installent durablement dans la mémoire de nos émotions, distillant le besoin de les feuilleter et de les ressentir à nouveau, au gré des envies. Les recueils de Bobin, comme ceux de Delerm, sont de ceux vers lesquels toujours on revient pour picorer des sensations, glaner des émotions et repartir avec une nouvelle énergie.

Les avis de lilly   caro[line]   biblioblog   florinette  




(1-134= 133)

mercredi 2 décembre 2009

Tag de Décembre

Mathilde s'est lancée dans la création d'un tag...celui de décembre! Il faut donner ses 5 desserts préférés de Noël.

  1. Les macarons (avec leur coupe de champagne mais chuuuut)


  2. Le Père Noël en chocolat


  3. accompagné de son duo de clémentines


  4. Les Mendiants


  5. Le pain d'épices


Pluie et poésie


Ce n'est pas parce que je suis bretonne que j'ai craqué pour ce très bel album "La pluie" chez Mijade! Ce n'est pas non plus parce que le fil conducteur est une ombre féline.
La bibliothèque du village où j'enseigne cache parfois de petits trésors inattendus: c'est ainsi qu'une de mes collègues est tombée sur "La pluie" et dès qu'elle me l'a fait lire, j'ai succombé au charme poétique non seulement du texte mais aussi des illustrations.
Il n'y a pas vraiment d'histoire mais plutôt une déclinaison des sensations provoquées par la pluie: l'auteur, Catherine Blanc, est parvenue à poser des mots simples d'une grande poésie sur un phénomène météorologique commun, tandis que Guy Servais a réussi le tour de force de créer des illustrations d'une douceur poétique éclatante grâce aux pastels et aux crayons de couleur. La pluie devient le personnage central de l'album au gré des escapades d'un chat de gouttière, ombre délicate se promenant sur les toits des maisons, sur les branches dénudées d'un arbre, dans l'herbe humide d'une campagne où tout le monde s'est mis à l'abri. Les pages en N&B et en couleurs se succèdent ouvrant le regard sur un monde intérieur qui glisse au rythme musical, si particulier d'une pluie sur les carreaux d'une fenêtre, sur une route déserte ou sur le bitume d'un trottoir.
Dès l'ouverture de l'album, le monde du sensible happe le lecteur, petit ou grand, offrant à cette pluie une dimension artistique à laquelle on ne prend jamais garde. Le texte comme l'illustration permettent au jeune lecteur d'appréhender les sentiments engendrés par le temps pluvieux: la mélancolie qui apparaît est normale, le gris évoque une tristesse qui lentement s'écoule au tempo lancinant d'une pluie.
"La pluie descend/Lave les toits/Lisse les chats
La pluie descend/Trempe les champs/Froisse les feuilles"
(....)

"La pluie descend/Et le chagrin/Ce soir revient
Je ne vois plus/Que tout ce gris/Que fait la pluie
(...)
La pluie est la compagne d'une transparence liquide des peines....d'ailleurs ne les emporte-t-elle pas jusqu'à la rivière où elles s'élancent pour un long voyage? "La pluie emporte toutes les peines vers la rivière".
"La pluie" est un album dont l'atmosphère et l'ambiance feutrée (malgré les gouttes et les ondées) apportent un certain apaisement: la structure poétique du texte oblige à une lecture plus lente et plus intimiste que pour une histoire. D'ailleurs, spontanément, je l'ai lu en classe sotto voce et d'une musicalité proche de l'adagio.
Un très joli album, qui invite au voyage, à mettre entre toutes les mains!

lundi 30 novembre 2009

Panier!



J'ai beaucoup entendu parler d'Harlan Coben, en bien et en moins bien d'ailleurs, et le défi "Littérature policière sur les 5 continents" fut l'occasion pour moi de tenter l'aventure. Je ne souhaitais pas lire "Ne le dis à personne" parce que j'ai vu le film lors de sa sortie, aussi ai-je choisi "Temps mort" opus d'une série dont l'action se situe dans les milieux sportifs.

C'est l'histoire de Myron Bolitar, un agent sportif au grand coeur, d'une naïveté en amour sans borne, aux allures de tendron sentimental cachant une détermination à toute épreuve: il faut dire qu'il fut une étoile montante du basket, lui petit blanc perdu parmi les noirs, dont la trajectoire fut stoppée par une vilaine blessure. Son meilleur ami, Win, est un étrange personnage richissime, requin en affaire, doté d'un humour corrosif et pétri de violence, éduqué qu'il fut à la mode des services secrets. Bref, un duo de choc pour une affaire aux apparences tranquilles: il faut servir de baby sitter à une jeune prodige, noire, du basket féminin, Brenda Slaughter, qui a oublié d'être laide et contrefaite. Elle a reçu des menaces de mort et, en cette veille de match crucial pour le lancement d'une ligue de basket féminin, il est souhaitable que rien de fâcheux ne lui arrive.
De fil en aiguille, Myron se retrouve à rechercher la raison de la fuite puis de la disparition de la mère de Brenda, départ coïncidant avec une affaire trouble datant de vingt ans, celle du décès de l'épouse d'Arthur Bradford, héritier d'une famille influente de Livingstone et homme politique. Myron remue une boue que beaucoup souhaitaient oublier, aussi est-il confronté aux sbires des uns et des autres: les découvertes macabres viennent troubler les bonnes familles, des squelettes bien cachés dans les placards ressurgissent de manière inopportune, les faiblesses de la police montrent qu'il y a eu des enquêtes étouffées, des témoignages tus. La vérité sera étonnante, troublante et cruelle, donnant un goût amer à la peine de Myron.


Que dire sur ce polar sinon qu'il m'a ennuyée jusqu'aux cinquante dernières pages! Je n'ai rien trouvé de transcendant à l'écriture ni à l'intrigue, les traits d'humour tombaient à plat (était-ce du à mon manque de culture sportive et de vie de vestiaires?Ou à une mauvaise traduction?), la mise en place des éléments de l'enquête laborieuse, les considérations sociétales un peu trop rapides (que voulez-vous, j'aime bien les éléments explicatifs dans les polars).
Une lecture décevante: je m'attendais à plus machiavélisme dans la construction de l'histoire (j'avais adoré "Ne le dis à personne"!!). Certes, un des personnages cache bien son jeu et surprend mais le tout n'est pas vraiment bien amené. Une impression d'écriture bâclée....dommage. Une question m'est venue à l'esprit, après avoir lu la bibliographie impressionnante de l'auteur: publier à un rythme d'enfer (1 roman presque tous les 6 mois) ne nuit-il pas à la qualité de l'écriture, de la construction de l'intrigue et à l'inspiration? J'ai eu la désagréable sensation de lire un roman écrit dans un moule, le contenant ne change pas, seuls quelques changements d'ingrédients pour avoir une impression de nouveauté....mais cela n'engage que moi.


Roman traduit de l'anglais (USA) par Paul Benita




L'avis de lalivrophile  

Roman lu dans le cadre du défi Littérature policière sur les 5 continents organisé par Catherine      

dimanche 29 novembre 2009

Dimanche poétique # 3


Ce dimanche, un poème pour illustrer mon attachement au monde des petits félins que sont les chats....Baudelaire a su en parler mieux que personne!


Les Chats



Les amoureux fervents et les savants austères
Aiment également, dans leur mûre saison,
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires


Amis de la science et de la volupté
Ils cherchent le silence et l'horreur des ténèbres;
L'Erèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres,
S'ils pouvaient au servage incliner leur fierté.


Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
Qui semblent s'endormir dans un rêve sans fin;


Leurs reins féconds sont plein d'étincelles magiques
Et des parcelles d'or, ainsi qu'un sable fin,
Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques.

(Baudelaire, Les fleurs du mal)
 




Les dimanches poétiques sont aussi chez George     Celsmoon  , initiatrice de ces jolis moments (elle a mis en lien les "compagnons de voyage"!)

samedi 28 novembre 2009

Al dente


Le sous-titre de ce recueil de nouvelles est très évocateur: "histoires de solitude et d'allégresse". En effet, dès la première nouvelle, nous sommes plongés dans un univers où l'amertume, le cynisme se disputent aux petites joies de la vie ordinaire. Ces histoires nous font passer du rire aux larmes, des petits bonheurs au quotidien à des ambiances sordides et effrayantes, nous racontent la vie ordinaire dans une civilisation du tout média, univers qui creuse souvent les vies de solitude; nosu croisons la route d'humains ou d'animaux, de bons samaritains ou de facétieux et inattendus diablotins, de sorcières modernes ou de pauvres hères dont la vie ne tient qu'à un fil.

Sous le regard de Benni, oscillant entre désespoir et cruelle facétie, les contes traditionnels virent à l'inconcevable: ainsi "L'ogre" égrenne-t-il les turpitudes adultes, celles qui manipulent les enfances misérables, celles qui achètent et vendent des corps enfantins pour des consommateurs perdus dans la noirceur d'une âme que plus rien n'assouvit. La montée en puissance de cette nouvelle cisèle la perversité d'un monde moderne où les frontières entre fantasmes et réalités sont d'autant plus minces lorsque le pouvoir de l'argent s'en mêle: le héros, un "ogre" aux allures sympathiques de tonton gâteau, se retrouve confronté à un scénario qu'il était loin d'imaginer; entre ses remords de pourvoyeurs de chair frâche et enfantine et étonnements, il sombre peu à peu devant la démence du monde. La morale est loin d'être sauve et la chute des plus glaciales! Quant à Alice, elle erre sans fin pour trouver le passage vers l'autre côté du miroir, sans être épaulée par le lapin blanc et sans chapelier fou pour offrir la chaleur d'un thé! Le miroir a parfois des allures de mirage et le prince charmant loin de l'être!
Stefano Benni est le scénariste fou d'un film italien au baroque échevelé: il transporte son lecteur dans le dédale d'une société qui perd ses repères, qui se perd un peu elle-même chaque jour; certains sombrent avec brio, d'autres de manière plus pathétique...mais tous sont touchants et le regard de l'auteur a un peu de tendresse pour tout ce petit monde. L'Italie et ses folies sont présentes: le football avec l'illustre inconnu Poldo, arrière de son état et précurseur des "attaques" au but des défenseurs, le portable omniprésent, celui qui comble, faussement, les solitudes, les crèches vivantes qui peuvent voir d'étranges dénouements loin d'être très catholiques! Les images foisonnent, le clair-obscur des passions côtoie la lumière d'une "allégresse", les personnages sont des acteurs au verbe haut et aux gestes pleins d'emphase...bref, on entend les cris, les pleurs ou les rires, le tout baignant sous la douce lumière printanière méditerranéenne qui laisse très vite place aux feux écrasants du plein été.
"La grammaire de Dieu" est un recueil dans lequel le désespoir est souvent présent mais tempéré par des moments oniriques d'une grande poésie: ainsi, la nouvelle consacrée aux rêves perdus où les larmes enchâssent ces derniers ou encore celle consacrée à l'esprit des cheminées apportant une dimension féérique au recueil....les plus belles roses poussent souvent sur le fumier et les instants magiques sont souvent issus du sordide.
Toutes les nouvelles sont travaillées et ciselées, allégées de toute fioriture inutile, afin de décocher leurs flèches avec une précision machiavélique: le lecteur est mis devant un miroir peu flatteur, au reflet très dérangeant....c'est ce qui m'a enthousiasmée! Une vision de l'être humain qui ne laisse cependant pas de côté la tendresse, la douceur et encore moins la poésie. Mais l'Homme n'est-il pas un mélange de tout cela avec ses heurs et malheurs? La noirceur jamais très éloignée de la blancheur, surtout lorsque l'humour est de la partie?
En un mot comme en mille, "La grammaire de Dieu" est un recueil savoureux et sans concession, un tantinet iconoclaste où le politiquement correct n'est pas forcement de mise....tout comme j'aime!
 
Nouvelles traduites de l'italien par Marguerite Pozzoli




 
Les avis de lecture sans frontières   filigranes    annickdor    plume  
Une interview ICI  
 
Ce livre a été lu dans le cadre du Cercle des Parfumé

mercredi 25 novembre 2009

Le dernier Ponti!


C'est toujours une joie pour moi de découvrir le dernier album de Ponti! Hier soir, je me suis précipitée chez ma libraire afin de me jeter sur le dernier-né de mon auteur jeunesse favori: Bih-Bih et le Bouffron-Gouffron .
Bih-Bih, flanquée de son ami Filifraiime, champignon à chapeau rouge de son état, se rend tranquillement boire un thé au Café du fond de la forêt quand elle emprunte un charmant petit chemin. Ce qu'elle ne sait pas encore c'est que ce chemin est le dernier existant sur Terre: un monstre énooooooooorme a avalé la Terre. Et hop, notre Bih-Bih, aux allures d'Alice au pays des merveilles, se retrouve engloutie au fin fond de l'estomac du glouton intersidéral, le Bouffron-Gouffron.
Commence une quête pour ressortir du ventre du monstre affamé au cours de laquelle Bih-Bih croise les momuments et les oeuvres les plus célèbres de l'Humanité. Une goutte d'eau sera la clé de la fin de cet étrange sortilège....
Ponti promène son lecteur au coeur de son imagination plus que foisonnante pour lui offrir un voyage en compagnie des oeuvres les plus célèbres et une plongée dans une langue dans laquelle les sonorités sont jubilatoires, le vocabulaire improbable ouvrant les portes vers le Merveilleux! Sans compter les illustrations à lectures multiples et à géométrie variable (on tient l'album dans quasiment tous les sens!)...de quoi se perdre avec ravissement.
A noter le format: grand et large, idéal pour la lecture en cinémascope. Même s'il n'est pas facile à manipuler, c'est un vrai plaisir à lire, à observer, à fouiller pour toujours y trouver la "substantifique moelle" chère à Rabelais: peut-on laisser se perdre les chefs d'oeuvre de l'Humanité? Peut-on les laisser "mourir" et ne plus être regardés, étudiés, transmis?
Une fois encore, Ponti nous offre de la belle ouvrage où la folie douce de l'auteur est à la hauteur de sa réputation!

dimanche 22 novembre 2009

Hommage à Albert Camus


Vous êtes certainement tombé, au gré de vos pérégrinations bloguesques, sur le blog de Denis et Fabienne. Ces derniers proposent de rendre hommage en Janvier prochain à Albert Camus en invitant les blogueurs qui le souhaitent à lire et à parler des écrits du grand écrivain.
Albert Camus mérite d'être encensé autrement que par notre cher Président de la République (au fait, a-t-il lu un roman de Camus? Je lui suggèrerais bien la lecture de "L'étranger"!).
C'est pourquoi, je vous convie à vous rendre ICI afin d'en savoir plus sur cette aventure littéraire. Inutile de vous dire que j'en suis.
A cette occasion, je me ferai un plaisir de relire "L'étranger"....les classiques sont toujours bons à relire!